François Hollande après le Bourget : toujours plus favori

Les voici enfin les sondages de l’après-Bourget ! Aujourd’hui, CSA et BVA publient tous les deux leur sondage permettant d’évaluer l’impact du meeting de François Hollande qui s’est tenu dimanche dernier.

Ceux-ci nous permettent en premier lieu de voir que le candidat renforce son image, déjà très positive au sein de l’opinion et qu’il s’affirme encore un peu plus dans la position de favori. Néanmoins, en termes d’intentions de vote, les répercussions restent pour l’instant faibles, même si une légère augmentation est perceptible, ce qui renforce encore la domination du candidat socialiste.

Le meeting du Bourget : une notoriété très élevée et un événement fort de la campagne

Le meeting du Bourget a bénéficié d’un fort retentissement médiatique, et par conséquent est largement connu : 88% des Français en ont entendu parler (1). Cependant, 71% ne l’ont pas vu directement puisqu’ils déclarent avoir seulement avoir été en contact avec des commentaires sur la performance du candidat socialiste. 5% des Français déclarent avoir vu le meeting en entier et 12% en partie. Naturellement, c’est parmi les sympathisants du parti socialiste que l’impact a été le plus important : 32% d’entre eux déclarent avoir vu le meeting en entier ou en partie (contre 17% en moyenne dans la population française).

Il s’agit de scores très forts, à prendre néanmoins avec toute la précaution nécessaire, puisqu’il s’agit là de résultats déclaratifs.

Par ailleurs, ce meeting, largement attendu et commenté, nourrit l’intérêt pour la campagne. L’institut CSA (2) enregistre une augmentation de 7 points de l’intérêt des Français en deux semaines. 73% d’entre eux se déclarent désormais intéressées par la campagne électorale. L’institut souligne que la progression de l’intérêt est particulièrement notable parmi les catégories modestes (67%, +9 points parmi les employés et les ouvriers), ce qui fait dire à Jérôme Sainte-Marie, directeur du département Opinion de CSA qu’« il semblerait donc que nous soyons au moment où s’effectue la politisation pré-électorale, avec l’entrée en lice des catégories populaires ». Le meeting du Bourget pourrait donc bien s’affirmer comme un tournant dans cette campagne.

Un impact très positif sur l’image du candidat, même si l’enthousiasme n’est pas de mise

Une majorité des Français a trouvé le candidat socialiste convaincant lors de sa prestation, même si l’enthousiasme n’est pas de mise, 41% l’ayant trouvé « plutôt » convaincant et seulement 15% « tout à fait » convaincant. François Hollande a néanmoins particulièrement convaincu son camp (89% des sympathisants socialistes dont 35% « tout à fait convaincant »). Son discours, ancré à gauche avec la dénonciation du « monde de la finance » a séduit également les deux tiers des sympathisants de la gauche de la gauche (68%) et 72% des sympathisants d’Europe Ecologie – les Verts. Une majorité des sympathisants du MoDem se déclarent également convaincus par le discours du candidat socialiste. L’appréciation du discours du candidat est donc très importante. François Hollande renforce son image suite à ce meeting, majoritairement considéré comme réussi.

Les bénéfices d’image pour le candidat socialiste sont importants. Certes, un Français sur deux (exposé au meeting ou à ses commentaires) déclare que l’image qu’il se fait de François Hollande n’a pas été modifiée suite au meeting du Bourget. Mais 44% déclarent que cette image s’est améliorée, et seuls 3% font part d’un ressenti négatif et évoquent une dégradation de l’image du candidat dans leur esprit. Ainsi, le meeting a effectivement permis à François Hollande de séduire davantage, et plus particulièrement les électeurs de gauche dans leur ensemble : 69% des sympathisants socialistes déclarent avoir désormais une meilleure image de l’ancien premier secrétaire du PS, 66% des sympathisants de la gauche de la gauche et 61% des sympathisants d’Europe Ecologie – les Verts. Au MoDem, le gain est plus modeste (34%), le discours ayant certainement eu une tonalité trop à gauche pour séduire largement cette frange de l’électorat.

Le positionnement de François Hollande est apprécié. Une majorité des Français (54%) le juge à gauche « juste comme il faut » (2), 23% « pas assez à gauche » et 18% « trop à gauche ». Parmi les sympathisants socialistes, ce jugement est, sans surprise, plus favorable : 76% considèrent son positionnement adéquat mais tout de même 20% ne le trouvent « pas assez à gauche ». En revanche, plus à gauche, la capacité de François Hollande à séduire reste encore relative malgré sa dénonciation du monde de la finance. Après son discours du Bourget, 70% des sympathisants de la gauche de la gauche estiment que le candidat n’est pas assez à gauche, un sentiment également bien présent quoique minoritaire chez les sympathisants d’Europe Ecologie – les Verts (36% pour 58% trouvant son positionnement « comme il faut »). Ainsi, François Hollande, malgré l’inflexion de son discours avec une critique marquée des « puissances financières » reste toujours relativement au centre pour les Français. D’ailleurs, les sympathisants du MoDem approuvent très largement son positionnement (à 69%).

Plus globalement, 60% des Français estiment que François Hollande effectue une bonne campagne (2), contre 32% qui pensent l’inverse. Néanmoins, comme les chiffres précédents le montraient, parler d’enthousiasme serait exagéré : seuls 6% des Français évoquent une « très bonne campagne ». Par ailleurs, la capacité à convaincre du candidat socialiste reste limitée. Le seul domaine où le candidat socialiste est considéré comme massivement convaincant est la réduction des inégalités sociales (52% contre 43% le jugeant « pas convaincant »), ce qui ne constitue pas un changement par rapport à l’avant meeting, ce sujet étant un des points forts du candidat. Remarquons notamment que François Hollande n’est considéré convaincant que par un tiers des Français sur les deux sujets qu’ils jugent les plus importants à l’approche de la campagne : le pouvoir d’achat (38% contre 56% ne l’estimant pas convaincant) et l’emploi (37% contre 57%). Enfin, bien qu’il en ait fait un de ses principaux marqueurs politiques, François Hollande suscite peu d’adhésion sur la question des déficits publics (33% le trouvant convaincant contre 61%). L’annonce du programme détaillé du candidat aujourd’hui pourra peut-être faire bouger ces lignes, qui restent assez fixes depuis sa désignation comme candidat du parti socialiste.

Néanmoins, l’impact du meeting demeure réel et positif. Reste à savoir si cette amélioration de l’image du candidat sera durable et se traduit dans les intentions de vote.

Une légère amélioration dans les intentions de vote

L’amélioration de l’image du candidat se traduit également par l’augmentation du sentiment que celui-ci va gagner l’élection. François Hollande renforce sa position de favori : 43% des Français estiment qu’il va gagner l’élection présidentielle à venir, une augmentation de 3 points par rapport à début janvier (2). Plus des deux tiers des sympathisants de gauche anticipent la victoire du candidat socialiste (69%). C’est surtout la baisse de Nicolas Sarkozy qui est remarquable : seuls 23% des Français considèrent qu’il fera un deuxième mandat contre 31% au début du mois de janvier.

Dans les intentions de vote à proprement dit, l’amélioration existe, mais elle reste faible. L’institut CSA enregistre une progression du score du candidat socialiste de 2 points par rapport au début du mois de janvier, mais l’écart par rapport à Nicolas Sarkozy progresse, le président reculant d’un point. François Hollande devance donc désormais encore plus nettement tous les autres candidats au premier tour (31% contre 25% pour Nicolas Sarkozy, 17% pour Marine Le Pen et 15% pour François Bayrou).

Si l’on regarde l’évolution par catégorie de population (à prendre avec prudence du fait des faibles effectifs), le discours du Bourget semble avoir permis à François Hollande de progresser auprès des sympathisants d’extrême-gauche et des catégories populaires. En revanche, l’institut CSA note une diminution auprès des sympathisants socialistes (74%, -6 points par rapport à deux semaines auparavant).

Enfin, il convient de remarquer que la gauche de la gauche connaît également une embellie, tout comme le MoDem dans cette nouvelle étude. La progression de François Hollande ne rogne donc pas sur l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, qui gagne 2 points par rapport au début du mois et recueille son plus fort score d’intentions de vote depuis le début de la campagne (9%). De la même manière, François Bayrou poursuit sa progression est n’est pas gêné par l’augmentation dont bénéficie François Hollande. Le président du MoDem obtient 15% d’intentions de vote dans ce nouveau sondage (+2 points). Eva Joly reste stable à un très faible niveau (2%). Il n’y a donc pas de rééquilibrage à gauche vers le candidat socialiste : la gauche augmente globalement son score au détriment de la droite.

Ces tendances devront être confirmées dans d’autres études. L’Ifop note également une progression de François Hollande dans les intentions de vote, mais plus faible, le candidat passant de 26,5% avant son meeting à 27,5% mercredi 25 janvier. Par conséquent, l’écart avec Nicolas Sarkozy, qui reste stable, augmente dans la même mesure (de 3,5 points à 4,5 points).

Ainsi, bien que l’impact en termes d’image soit important pour François Hollande, il n’est que limité dans les intentions de vote. La deuxième partie de la semaine, pendant laquelle le candidat présentera son programme et débattra avec Alain Juppé en prime-time sur France 2 aura-t-elle un effet plus significatif dans les intentions de vote ?

(1) Sondage BVA pour Orange, la presse régionale et RTL, réalisé par internet les 24 et 25 janvier 2012, auprès d’un échantillon  de 1185 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.

(2) Sondage CSA pour BFM TV, 20 minutes, RMC et CSC, réalisé par téléphone les 23 et 24 janvier 2012, auprès d’un échantillon  de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Les intentions de vote sont réalisées auprès des personnes inscrites sur les listes électorales, soit 898 individus.

(3) Sondage Ifop avec Fiducial pour Europe 1, réalisé par internet. Les intentions de vote sont réalisées auprès d’un échantillon d’environ 1200 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales. Il s’agit d’intentions de vote en continu : quotidiennement 300 à 350 électeurs sont interrogés. La vague du jour est cumulée avec celle des deux jours précédents.

L’inexorable chute de la popularité de Nicolas Sarkozy

A trois mois de l’élection présidentielle, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy est au plus bas. Aucun président de la Ve République ne s’était soumis aux suffrages des Français avec un tel niveau d’impopularité. Aujourd’hui, seuls 32% des Français se déclarent satisfaits de Nicolas Sarkozy.

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Une incroyable chute en un an après un court état de grâce

Plus encore que les records d’impopularité qu’il va recueillir, c’est la vitesse avec laquelle Nicolas Sarkozy tombe dans l’impopularité qui impressionne. Largement élu en mai 2007 avec 53% des voix, Nicolas Sarkozy démarre son mandat avec une forte popularité (de 65% jusqu’à 69% en août 2009). L’ "état du grâce" du président est de courte durée et la chute sera rapide. Entre août 2008 et février 2009, la popularité de Nicolas Sarkozy est divisée par deux, et passe de 69% à 38%.

Le style du nouveau président bouscule les Français. Bien que le passage sur le yacht de son ami Vincent Bolloré, souvent évoqué pour expliquer ce désamour soudain, ait été "excusé" (il a lieu en mai, avant la chute de popularité), la mise en scène de la vie privée du président, son côté bling-bling, des réformes très clivantes (bouclier fiscal notamment) atteignent chaque mois davantage l’image du président.

De février à mai 2008, la chute se ralentit mais se poursuit toujours régulièrement. Un an après son élection, seuls 35% des Français se déclarent satisfaits du président de la République.

2008-2009 : une certaine amélioration avant un nouveau déclin

De mai à octobre 2008, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy remonte de près de 10 points. Elle se stabilise ensuite à 44% jusqu’au début de l’année 2009. La fin de l’année 2008 est marquée par les débuts retentissants de la crise économique et financière. Le président de la République se montre alors réactif, intervient sur la scène européenne, met en place un plan de sauvetage des banques puis un plan de relance de l’économie française. Août 2008, c’est également la guerre en Géorgie, où Nicolas Sarkozy se donnera un rôle clé et fera signer le traité de paix entre les deux partis. Enfin, au second semestre 2008, la France prend la présidence de l’Union européenne. Sur le plan de la communication, Nicolas Sarkozy  commence à se donner une posture plus présidentielle, plus apaisée.

A partir de février 2009, alors que les Français sont de plus en plus inquiets face à la crise, une nouvelle baisse de la popularité du président intervient et sa cote rejoint les bas niveaux observé au début de l’année 2008. Elle s’améliore de nouveau d’avril à août 2009, au moment des élections européennes et du remaniement gouvernemental. 45% des Français se déclarent satisfaits du président deux ans après le début de son mandat, en août 2009. La popularité du président de la République n’atteindra jamais de nouveau un tel niveau.

2010-2011 : Les tréfonds

La cote de popularité de Nicolas Sarkozy reprend sa chute à partir de la rentrée 2009. Elle atteint un niveau dramatiquement bas en mars 2010 (30%). Si elle remonte ensuite légèrement jusqu’à l’été (atteignant 36% en août), Nicolas Sarkozy semble ensuite payer pour trois forts événements de son quinquennat, survenant durant l’été 2010 : la réforme des retraites, le déclenchement de l’affaire Woerth-Bettencourt qui conduira à l’éviction du ministre du Budget porteur de cette réforme emblématique, et le discours de Grenoble, qui affirme une radicalisation sur le thème de l’insécurité. En outre, la stratégie de repli médiatique opérée par le Président ne porte pas ses fruits. Le flou entretenu autour de la nomination éventuelle de Jean-Louis Borloo à Matignon pour ensuite maintenir François Fillon non plus. En octobre 2010, la cote de popularité de Nicolas passe sous la barre des 30% (29%). En avril 2011, elle enregistre son plus bas niveau historique, avec seulement 28% de Français se déclarant satisfaits de l’action de leur président. 

Un faible regain depuis l’été 2011

Les derniers mois de l’année 2011 montrent un certain regain, bien que la popularité de Nicolas Sarkozy demeure à des niveaux très faibles : en moyenne depuis juillet 2011, la cote de popularité de Nicolas Sarkozy s’établit à 33%. D’octobre 2010 à juin 2011, cette moyenne était de 30%. Il est notamment intéressant de remarquer que l’annonce des plans de rigueur ne se traduit pas par une dégradation de la cote du président, mais pas non plus par une progression très significative.

L’image de Nicolas Sarkozy reste donc gravement abîmée dans l’opinion. Le futur candidat à l’élection présidentielle parviendra-t-il à reconquérir les électeurs malgré la faible satisfaction qu’il suscite ?

Cet article s’appuie sur les cotes de popularité de l’Ifop pour le Journal du Dimanche. Ces sondages sont réalisés chaque mois par téléphone auprès d’un échantillon d’environ 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Marine Le Pen : un véritable changement dans l’image du Front national ?

On a beaucoup parlé ces derniers temps du changement que Marine Le Pen incarnait pour le Front national. La nouvelle présidente du parti en donnerait une image plus moderne, plus apaisée. Elle aurait « normalisé » le parti d’extrême-droite et l’aurait rendu fréquentable. Les intentions de vote, à des niveaux encore jamais atteints pour un candidat du Front national (de l’ordre de 20% depuis des mois), attesterait de cette nouvelle respectabilité du parti et de sa dirigeante. En outre, un sondage TNS Sofres (1), largement relayé et qui a fait la une du Monde, a mis en lumière que les idées du Front national n’ont jamais été aussi partagées et banalisées au sein de la société française. Ainsi, 31% des Français se déclarent en accord avec les idées du Front national, un niveau jamais observé auparavant. De surcroît, la candidate porterait désormais des valeurs moins extrémistes. Ce sondage nous apprenait ainsi que 41% des Français considèrent que Marine Le Pen est plutôt la représentante d’une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles quand 45% jugent qu’elle incarne à l’inverse une extrême droite nationaliste et xénophobe. Ainsi, pour près d’un Français sur deux, le Front national serait devenu un parti de droite modéré.

Dans quelle mesure le Front national est-il aujourd’hui considéré comme un « parti comme les autres » ? Marine Le Pen se démarque-t-elle véritablement de son père dans l’esprit des Français ?

Une candidate qui améliore l’image du Front national, mais qui suscite toujours un rejet fort

Seuls 35% des Français déclarent avoir une bonne image de Marine Le Pen (2). En parallèle, un Français sur deux dispose d’une mauvaise opinion de la présidente du Front national. Parmi ceux-ci, 30% déclarent en avoir une « très mauvaise opinion », un niveau de rejet exceptionnellement fort qui touche peu de personnalités politiques, hormis les politiques d’extrême-droite et des personnalités contestées du fait de positions jugées extrémistes (Claude Guéant en fait les frais par exemple). Les deux candidats principaux de 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal suscitent également des oppositions aussi intenses, ayant su exaspérer toute une frange de l’opinion publique par leur façon hors norme d’exercer la politique.

Ceci étant dit, Marine Le Pen permet tout de même à l’extrême-droite de largement redorer son blason. D’une part, son image se révèle bien meilleure que celle de son père : celui dispose seulement de 20% d’opinions positives contre 33% pour sa fille selon le dernier baromètre Ifop/Paris Match (3). D’autre part, c’est bien Marine Le Pen qui tire l’image du parti vers le haut, alors que celui-ci reste mal perçu par l’opinion : quand la leader frontiste dispose de 35% d’opinions positives (2), son parti n’en recueille que 19%.

Si l’on va plus loin dans la comparaison entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, ce que permet de faire un sondage TNS Sofres, on s’aperçoit que l’amélioration dont est porteuse Marine le Pen n’est pas limitée à certains domaines. Marine Le Pen est jugée faire aussi bien ou mieux que son père sur tous les aspects testés par l’institut de sondage, que ceux-ci concernent sa personnalité ou ses compétences.

D’abord, le personnage de Marine Le Pen séduit plus les Français que celui de Jean-Marie, et ceci constitue la principale révolution. La fille dispose en effet d’un abord plus avenant et elle permet de redynamiser l’image du parti par sa jeunesse. Etant une femme, par ailleurs non mariée, elle incarne également une certaine modernité, un détachement relatif des valeurs traditionnelles que véhicule le parti d’extrême-droite. Ainsi, un Français sur deux (49%) considère la fille plus sympathique que le père. En outre, 45% estiment qu’elle est plus convaincante, ce qui découle très certainement de son image plus consensuelle, moins provocante, en somme moins extrémiste.

Outre les qualités purement personnelles, il apparaît également, mais auprès d’une proportion plus faible de la population, que Marine Le Pen permet au FN de gagner en respectabilité : pour 26% des Français, elle est plus démocrate que son père, pour 23% davantage digne de confiance et pour 25% moins dangereuse. Sans doute, l’impact du caractère plus sympathique de la leader du Front national joue en sa faveur et rejaillit également sur sa respectabilité. Plus concrètement, Marine Le Pen a effectué un profond travail de remaniement de l’image de son parti, en essayant de faire oublier l’association du FN avec des mouvements de l’extrême-droite la plus radicale, tout du moins en termes d’image. L’exclusion d’un militant parce qu’avaient été diffusées des photos de lui en effectuant le salut nazi, la volonté affichée d’exclure les éléments les plus radicaux des manifestations du Front national, tout cela bénéficie à la présidente du mouvement et lui permet d’acquérir une meilleure image que son père sur le plan du respect des principes de la République française.

Par rapport à Jean-Marie Le Pen, Marine gagne, en outre, notablement sur le plan de la compétence : pour 26% des Français, elle connaît mieux ses dossiers et pour 23% elle est davantage capable de gouverner. Enfin, pour un tiers des personnes interrogées (34%), elle est plus proche des préoccupations des gens. Par conséquent, ce n’est pas simplement sur la posture que Marine Le Pen dépasse son père, sa crédibilité de fond, sur les dossiers, est également mieux reconnue.

En somme, l’image de la candidate du Front national s’avère nettement plus positive que celle du fondateur du parti. Dans ce contexte, aux yeux des commentateurs et surtout des Français, Marine Le Pen présente plus de chances que son père de faire gagner le FN (43%).

Si l’image de Marine Le Pen est indéniablement meilleure que celle de son père, il faut pour autant relativiser cette amélioration, qui n’est reconnue que par une minorité des Français. Certains ne se laissent pas duper par ce qu’ils peuvent ne percevoir que comme un nouveau camouflage du mouvement extrémiste et pointent que la nouvelle présidente du mouvement constitue un autre type de danger que son père. Ainsi, près d’un Français sur cinq (17%) estime que Marine Le Pen est plus dangereuse que son père. Plus globalement, les Français restent d’abord convaincus, outre la plus grande sympathie personne qu’elle peut inspirer, que Marine Le Pen n’est, sur le fond, pas si différente de son père.

D’autres éléments démontrent que Marine Le Pen, bien qu’étant mieux perçue que le fondateur du Front national, demeure cependant toujours une candidate de l’extrême-droite. Les fondamentaux du Front national sont toujours bien présents.


L’immigration et l’insécurité restent le fond de commerce du Front national

Bien que Marine Le Pen soit jugée plus convaincante que son père, le FN peine à apparaître crédible sur les thèmes qui ne sont pas les siens. Alors que le parti a engagé des efforts importants pour se crédibiliser en matière économique par exemple, en présentant un chiffrage détaillé de son programme, la confiance des Français envers le Front national sur les sujets économiques et sociaux reste faible.

Ainsi, une récente étude de l’institut BVA (4) montre que, mise en concurrence avec les quatre prétendants principaux à l’élection présidentielle, Marine Le Pen est classée en dernière position sur tous ces sujets : pouvoir d’achat, chômage, croissance économique, dette publique, impôts et éducation. Elle arrive seulement à égaler le faible score de Nicolas Sarkozy concernant la pauvreté et la précarité : la présidente du Front national est jugée la plus crédible dans ce domaine par 9% des personnes interrogées (Nicolas Sarkozy par 10%, François Bayrou par 20% et François Hollande par 53%).

Marine Le Pen ne l’emporte que sur les sujets traditionnels au Front national. Aux yeux des Français, c’est ainsi elle la plus crédible concernant l’immigration (37%) et l’insécurité (31%). Ainsi, la révolution du Front est-elle relativement limitée. La crédibilité de Marine Le Pen sur des domaines qui ne sont pas les siens reste à construire.


Un vote qui comporte toujours une forte dimension protestataire

Un des points forts de Marine Le Pen est indéniablement sa capacité à incarner un changement du système, alors que les Français restent très peu confiant dans la classe politique, surtout en cette période de crise économique et financière qui fait souvent apparaître comme impuissantes les solutions proposées par les gouvernants. Traditionnellement, le Front national reste, pour les électeurs, un moyen d’exprimer un rejet de la classe politique en place. Néanmoins, il faut relativiser cette vision, cette idée n’étant partagée que par une minorité des Français. Ainsi, Marine Le Pen incarne le changement pour seulement 38% des Français (4). Ce score assez élevé est identique à celui que recueille François Bayrou (38%) et très inférieur à celui qu’obtient François Hollande (46%).

Par ailleurs, cette idée d’un renouveau des dirigeants, en remplacement d’une classe politique décrite par la candidate du Front national comme corrompue et incompétente, n’est pas pleinement incarnée par Marine Le Pen parce qu’elle ne convainc pas vraiment dans le rôle de chevalier blanc qu’elle semble s’octroyer. Ainsi, une majorité des Français (53%) estime que Marine Le Pen n’est pas honnête, un score que seul Nicolas Sarkozy dépasse parmi les principaux présidentiables (François Bayrou 34%, François Hollande 42% et Jean-Luc Mélenchon 43%) (6).


Une candidate plus apte à formuler les problèmes qu’à les résoudre

Le Front national a souvent l’image d’un parti qui sait percevoir les problèmes des Français, et plus particulièrement des catégories modestes, qui se sentiraient à l’inverse peu écoutées et comprises des grands partis. Il faut néanmoins relativiser également cette idée largement répandue puisque Marine Le Pen n’apparaît pas, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, comme celle qui serait la plus proche des préoccupations des Français. Ainsi, un Français sur quatre (39%) considère la candidate « proche des préoccupations des gens » selon un sondage TNS Sofres de décembre dernier (6). Ce résultat la place en troisième position des principaux présidentiables. Elle est loin du disposer du même crédit en la matière que François Hollande (50%) ou François Bayrou (47%).

En outre, si le Front national sait tout de même assez largement identifier les problèmes (44% des Français déclarant adhérer aux constats dressés par le parti (1)), les réponses qu’il y apporte ne convainquent qu’une minorité des Français. Seuls 23% des Français jugent que la présidente du Front national apporte des solutions, un score très en deçà de celui de François Hollande (41%) et François Bayrou (41%), mais qui est néanmoins égal à celui du Président sortant, fortement fragilisé dans son lien avec le peuple français.

Autre signe démontrant que la crédibilité de Marine Le Pen reste en partie à construire, elle n’est pas encore perçue comme capable d’endosser la fonction présidentielle. Ainsi, seuls 13% des Français estiment qu’elle a la stature d’une présidente de la République (4) (à titre de comparaison, ce score est de 39% pour François Hollande, 37% pour François Bayrou et 46% pour Nicolas Sarkozy). Même parmi les personnes se déclarant prêtes à voter pour elle, seuls 57% des répondants lui accordent cette stature. En outre, sa compétence, bien que meilleure que celle de son père, reste très faiblement reconnue : 60% des Français ne la jugent pas compétente, le score le plus élevé parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle hormis Eva Joly (6). Enfin, 70% des répondants considèrent que Marine Le Pen n’est pas crédible sur la scène internationale, une vraie faiblesse par rapport à ses concurrents (Nicolas Sarkozy 37%, François Hollande 48% et François Bayrou 57%).

Plus globalement, seuls 11% des Français déclarent adhérer à la fois aux constats et aux idées du Front national (1). Un tiers des Français n’adhèrent qu’aux constats (33%) tandis que 47% n’adhèrent ni à son diagnostic, ni à ses propositions.

Conclusion : une normalisation limitée du parti d’extrême-droite, touchant principalement les sympathisants de l’UMP

Pour la majorité des Français, l’image du Front national reste globalement la même après l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Il demeure un parti extrémiste, dont la capacité à gouverner n’est pas reconnue. Néanmoins, une normalisation est très perceptible chez une partie de la population, et notamment parmi les sympathisants de droite.

Ainsi, si 59% des Français estiment que l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du mouvement n’a pas changé le parti, tout de même un peu plus d’un Français sur dix (12%) estime que le parti a changé en bien (tandis que 5% pensent qu’il a changé en mal) (5). C’est à droite que l’amélioration du l’image du Front national est la plus perceptible : elle concerne un sympathisant de l’UMP sur trois (32%). Remarquons également au passage combien Marine Le Pen incarne un changement positif dans son propre parti, les deux tiers des sympathisants du FN (66%) considérant que l’image du Front a changé en bien depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête (26% estimant qu’elle n’a pas changé et 2% en mal).

Par ailleurs, la sensibilité au discours du Front national reste forte parmi les sympathisants de l’UMP. Même si parmi eux seule une minorité déclare adhérer aux constats et aux solutions proposées par Marine Le Pen (5%), un sur deux (50%) se déclare en accord avec les constats de la présidente du Front national (33% en moyenne pour l’ensemble de la population française).

Dans ce contexte, les sympathisants de la majorité plaidant pour un rapprochement avec le parti d’extrême-droite sont de plus en plus nombreux : ce sont désormais 45% des sympathisants de l’UMP qui y sont favorables, 38% souhaitant des alliances électorales selon les circonstances et 7% une alliance électorale globale (1).

(1) Sondage TNS Sofres/Logica pour le Monde et France 2, réalisé par en face-à-face les 4 et 5 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(2) Sondage TNS Sofres et Mediaprism pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(3) Sondage Ifop pour Paris Match, réalisé par téléphone les 19 et 20 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 958 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(4) Sondage BVA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, réalisée par internet les 18 et 19 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 974 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(5) Sondage TNS Sofres pour Dimanche+ / Canal +, réalisé par téléphone les 10 et 11 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 996 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(6) Sondage TNS Sofres pour I-télé, réalisé par internet le 8 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1020 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Evolution des intentions de vote d’octobre à aujourd’hui

Depuis l’année dernière, les instituts de sondages multiplient les mesures d’intentions de vote pour l’élection présidentielle à venir. Dans les médias, la vision offerte de ces baromètres est souvent parcellaire, en se limitant au derniers résultats avec les évolution par rapport à la précédente enquête. Or, il est également précieux d’analyser les tendances qui se dégagent après plusieurs mesures.

Pour cet article, nous nous appuierons sur les intentions de vote de l’intention BVA, puisque c’est cet institut qui nous offre la mesure la plus récente. Les différents instituts donnent des résultats relativement proches mais nous jugeons préférable de ne pas dresser d’évolutions entre des intentions de vote provenant de plusieurs instituts de sondage, ceux-ci utilisant parfois des méthodologies différentes. Nous tenons ensuite à préciser que si des mesures antérieures à octobre existent, elles ne sont ici pas prises en compte, l’offre politique étant alors très incertaine. Depuis cette date, les instituts utilisent une liste de candidats stable. Auparavant, par exemple, était testé Jean-Louis Borloo, dont la présence à un niveau de l’ordre de 5% peut influer de manière non négligeable sur les scores de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre de l’Ecologie a retiré sa candidature au début du mois d’octobre. A l’inverse, d’autres petits candidats n’étaient pas encore testés, et bien que leur poids reste marginal, l’addition des voix qui se reporte sur eux peut faire varier à la baisse le score des "gros" candidats, surtout à droite et au centre (Christine Boutin, Corinne Lepage, Frédéric Nihous, Hervé Morin, Nicolas Dupont Aignan, Jean-Pierre Chevènement).

Les intentions pour François Hollande au plus bas en janvier, bien qu’il reste largement en tête

Juste après sa désignation aux primaires socialistes, François Hollande plafonne dans les intentions de vote en recueillant 39% des suffrages selon BVA. Il devance alors le chef de l’Etat, qui arrive en deuxième position, de 16 points. Puis, les intentions de vote pour le candidat du PS diminuent assez régulièrement et atteignent leur plus bas niveau au début du mois de janvier (28%). La dernière vague du baromètre, mi-janvier, montre une légère progression (+2 points), qui reste à confirmer par les études à venir. L’impact du discours du Bourget devra notamment être analysé.

Malgré une perte de l’ordre de dix points en deux mois, François Hollande demeure largement en tête des intentions de vote du premier tour, avec 7 points d’avance sur Nicolas Sarkozy. En outre, cette diminution doit être relativisée par ce qu’on peut désigner comme "l’effet primaires". Avec le processus de désignation, le candidat Hollande a effectivement bénéficié d’un fort éclairage médiatique. De plus, le succès du processus même des primaires ouvertes à l’ensemble des électeurs de gauche a également sans doute rejailli en partie sur le candidat. La diminution des scores du candidat après cette séquence apparaissent plus comme un rééquilibrage que comme une véritable désaffection à  son égard.

Il est intéressant de noter que ce qui a été présenté comme des "cafouillages" à répétition, notamment autour de l’accord EELV-PS, du quotient familial ou des 60 000 postes d’enseignants, semble ne pas avoir eu d’influence sur les scores du candidat.

Les intentions de vote à venir devront être scrutées avec la plus grande attention, le candidat entrant en effet dans une phase décisive de sa campagne avec la présentation de son programme complet à la fin de semaine, après l’annonce de certaines mesures lors de son discours au Bourget hier.

Une grande stabilité dans les intentions de vote de Nicolas Sarkozy

Sur la longue période, les intentions de vote pour le président sortant varient peu, avec une amplitude constatée de 4 points. Après avoir progressé d’octobre à novembre, en passant de 23% à 27%, il se maintient depuis à un score d’environ 24% avec néanmoins une tendance qui semble être à la diminution. Cette stabilité se traduit notamment par un écart stable avec Marine Le Pen (4 points début octobre, 5 points mi-janvier).

Le Président de la République n’a pas bénéficié de la forte séquence européenne de la fin de l’année qui a débouché sur un accord le 9 décembre dernier. L’annonce d’un deuxième plan de rigueur début novembre semble avoir joué légèrement en sa faveur (il atteint son plus haut niveau, 27% dans la mesure de mi-novembre), mais cet effet a été très vite dissipé, les intentions de vote retrouvant leur niveau d’avant l’annonce des mesures dès début décembre.

Le socle électoral de Nicolas Sarkozy résiste largement à l’ascension continue de François Bayrou depuis novembre. En outre, le président profite de la diminution des intentions de vote pour le candidat socialiste, bien que l’écart atteigne toujours 7 points lors de la dernière enquête. Il demeure pour autant loin des 31% des voix qu’il avait obtenues en 2007 lors du premier tour.

Un socle solide qui se maintient pour Marine Le Pen

Depuis octobre dernier, Marine Le Pen jouit d’un score stable (amplitude de 2 points) à un haut niveau (18% en moyenne), comme si sa campagne ou les événements extérieurs n’avaient pas d’influence sur son socle électoral. Elle demeure à la troisième place sans parvenir à se rapprocher du couple en tête. Ce niveau d’intention de vote demeure exceptionnel pour la candidate du Front national, bien au-delà du score obtenu par son père en 2007.

François Bayrou, une percée flagrante

En deux mois, François Bayrou double son score auprès des électeurs, en passant de 7% d’intentions de vote à la mi-novembre à 13% à la mi-janvier. Il s’agit sans doute de l’évolution la plus intéressante en ce début de campagne. Les prochaines enquêtes permettront de savoir si ce mouvement se poursuivra et si le candidat centriste parvient encore à élargir son audience. La marge de progression jusqu’à son score réel en 2007 (18,56%) reste forte.

Jean-Luc Mélenchon, une faible progression

La tendance est également à la hausse pour Jean-Luc Mélenchon, mais de manière plus modeste. En octobre et novembre, le candidat du Front de gauche obtient de 5% à 6% d’intentions de vote : en décembre et janvier de 7% à 8%. Seul candidat de l’extrême-gauche à arriver à percer dans les études d’opinion, Jean-Luc Mélenchon reste néanmoins loin des scores qu’a pu obtenir la gauche radicale lors de l’élection présidentielle de 2002.

La candidature d’Eva Joly ne décolle pas

Depuis octobre, la candidat d’Europe Ecologie – les Verts reste relativement stable dans ces enquêtes d’intentions de vote, avec un score autour de 4%. Traditionnellement peu performants aux élections présidentielles (Dominique Voynet avait obtenu 1,57% des voix en 2007), les écologistes sont très loin des scores obtenus lors des dernières élections (régionales et européennes).

Les intentions de vote de BVA sont disponibles sur le site internet de l’institut www.bva.fr.

Le AAA : boulet pour Nicolas Sarkozy, ascenseur pour François Bayrou

Une semaine après la dégradation de la note française auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s, l’importance du débat politique autour de cette question en fait un thème incontournable à un peu moins de 100 jours de l’élection présidentielle. Néanmoins, ses répercussions auprès de l’opinion sont nuancées : un peu plus de quatre Français sur dix y voient des conséquences faibles voire nulles pour l’économie française tandis qu’un Français sur deux (48%) se montre à l’inverse inquiet*. Venant encore relativiser la portée de l’événement auprès de l’opinion, des sondages en début de semaine** démontraient que les effets de la dégradation sont plus faiblement perçus quand il s’agit de sa situation personnelle.

Pour autant, loin de se désintéresser de cette question macroéconomique complexe, les Français l’appréhendent très différemment selon leur positionnement politique, reflétant le débat politique sur le sujet mais aussi l’importance de thèmes sous-jacents à cet événement : la financiarisation des économies mondiales et la réduction des déficits publics. Comment les candidats à l’élection présidentielle sont-ils appréhendés au regard de cette question et lequel est jugé le plus crédible pour remettre la France sur le chemin de la note maximale ?

Nicolas Sarkozy :  grand perdant de la dégradation mais une crédibilité élevée pour faire regagner le triple A

Aux yeux des Français, la perte du triple A va peser sur la campagne du président sortant. Un sondage TNS Sofres* montre que près des trois quarts des Français (72%) estiment que la dégradation de la note française va pénaliser Nicolas Sarkozy (contre 3% qui estiment que cela va lui profiter et 14% que cela ne jouera ni en positif, ni en négatif). Le président de la République est le seul des principaux candidats à l’élection présidentielle à souffrir de la perte du triple A (les autres étant jugés pénalisés par l’événement par de 5% à 15% des répondants), un résultat sans surprise puisque c’est le seul à exercer actuellement le pouvoir.

Plus étonnant, Nicolas Sarkozy est le candidat qui est jugé le plus apte à faire regagner un cran à la note française, même si les Français restent très dubitatifs sur cette possibilité : 28% des Français pensent que le président de la République pourra faire regagner le triple A à la France en cas de réélection, un score équivalent à celui que recueille François Bayrou (27%), et significativement au-dessus de celui de François Hollande (20%). Les candidats les plus extrêmes apparaissent comme les moins crédibles sur cette question, Marine Le Pen ne pouvant faire regagner le AAA que dans l’esprit de 12% des Français, et Jean-Luc Mélenchon de 7% d’entre eux. Ceci traduit globalement la plus forte confiance dont bénéficie Nicolas Sarkozy sur la question des finances publiques face son principal adversaire, François Hollande. Ainsi, dans un sondage Ifop*** mettant face-à-face les deux candidats, 32% des Français jugent Nicolas Sarkozy comme le plus apte de mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics, quand 25% estiment qu’il s’agit de François Hollande (et 43% ni l’un ni l’autre).

Les sympathisants de l’UMP sont logiquement les plus confiants quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à restaurer la crédibilité des comptes publics (74%). Ce score doit être mis en regard de celui qu’obtient François Hollande auprès des sympathisants de son parti : 43% (contre 44% pensant au contraire que le candidat socialiste, s’il était élu ne parviendrait pas à faire regagner le AAA à la France auprès de Standard et Poor’s). Nicolas Sarkozy jouit donc d’une forte crédibilité sur cette question auprès de ses partisans, ce dont ne peut s’enorgueillir son principal rival, François Hollande, dont les sympathisants sont divisés sur sa capacité à mettre en place une politique permettant de faire regagner un cran à la note française.

L’illustration de cette confiance à l’égard de Nicolas Sarkozy peut se faire à travers un autre résultat, encore plus édifiant : 86% des sympathisants de l’UMP considèrent que si Nicolas Sarkozy était réélu, la France ne courrait pas le risque de subir une nouvelle dégradation. 69% des sympathisants du parti socialiste pensent de même de François Hollande.

Auprès de l’ensemble de la population, Nicolas Sarkozy jouit également d’une forte crédibilité pour ne pas faire perdre un nouveau cran au pays, 43% des Français estimant que la note de la France ne serait pas de nouveau dégradée s’il était réélu (contre 37% pensant l’inverse). Ce score est plus élevé que ceux qu’obtiennent François Hollande (37%), Marine Le Pen (26%) et Jean-Luc Mélenchon (23%), mais en-deçà de celui de François Bayrou (51%).

Somme toute, la perte du triple A, si elle est largement reliée à la politique du Président en exercice, n’apparaît que comme un handicap relatif pour lui. Les plans de rigueur mis en place par le gouvernement, l’expérience du président sortant sur ces questions jouent en sa faveur et lui donne une forte crédibilité en matière de finances publiques, relativement aux autres candidats.

François Bayrou : le plus crédible pour redresser les finances publiques

Parmi les concurrents de Nicolas Sarkozy, seul François Bayrou fait pour l’instant vraiment de l’ombre au président de la République sur le domaine de la dette publique et des déficits. Le candidat du MoDem bénéficie de la constance de sa position sur le sujet, ayant déjà fait du redressement des finances publiques un de ses principaux arguments de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il est aujourd’hui considéré comme aussi capable que le président de faire regagner son triple A à la France (par 27% des Français contre 28% pour Nicolas Sarkozy et 20% pour François Hollande). Surtout, un Français sur deux (51%) le considère apte à maintenir la note actuelle s’il était élu. Seuls 23% des Français estiment que la France pourrait connaître une nouvelle dégradation sous sa présidence. A cet égard, François Bayrou est le candidat le plus crédible, seuls 43% des Français estimant Nicolas Sarkozy préserverait la France d’une nouvelle dégradation et 37% pensant de même de François Hollande.

François Bayrou bénéficie d’une crédibilité reconnue au-delà de ses partisans. Ainsi, 49% des sympathisants de l’UMP jugent qu’aucune dégradation n’aurait lieu sous sa présidence. Les sympathisants du parti socialiste accordent une confiance encore plus marquée envers le candidat du MoDem (63%), proche de celle qu’ils prêtent à leur propre candidat (69%).

Si le redressement des finances publiques devenait l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, François Bayrou pourrait bien accroître encore son potentiel électoral, en constante augmentation depuis décembre. Il est aujourd’hui le candidat jouissant de la plus forte reconnaissance sur ce thème.

François Hollande : crédible sans excès

Bien qu’il en ait fait l’un de ses marqueurs politiques lors de la primaire socialiste, François Hollande peine à convaincre sur sa capacité à réduire les déficits. Il est ainsi jugé bien moins crédible que Nicolas Sarkozy et François Bayrou sur cette question. S’agissant de son aptitude à faire conserver à la France sa note actuelle, les répondants sont partagés en deux camps d’égale importance : 37% pensent que la France ne serait pas de nouveau dégradée sous la présidence de François Hollande et 39% estiment à l’inverse qu’au moins un nouveau cran serait perdu. Et seul un Français sur cinq (20%) considère que le candidat peut faire regagner le AAA au pays (contre 59% pensant l’inverse).

La crédibilité de François Hollande n’est pas même pleine parmi les sympathisants du parti socialiste : 43% d’entre eux pensent que l’ancien premier secrétaire du parti pourra faire regagner le AAA à la France et une proportion équivalente estime l’inverse (44%), loin donc des 74% des sympathisants UMP qui croient leur candidat capable de reconquérir le cran perdu. En revanche, une éventuelle nouvelle dégradation sous la présidence de François Hollande est exclue par 69% des sympathisants socialistes (contre 18% l’estimant possible), un score important mais, de nouveau, plus faible que celui que Nicolas Sarkozy obtient auprès de ses propres sympathisants (86%). En outre, sur ce point, les sympathisants socialistes jugent François Bayrou presque aussi crédible (63%). Cette relative faiblesse du candidat parmi ses propres sympathisants doit cependant être prise avec précaution. Certes, elle peut signifier, très simplement, une incapacité perçue du candidat à redresser les finances publiques. Toutefois, il ne faudrait oublier qu’une part importante des sympathisants socialistes considère probablement que la mise en place d’une politique renforçant notamment le service public, les aides aux personnes défavorisées, n’est pas propice à une meilleure notation des agences. Or, ces priorités sont peut-être plus importantes à leurs yeux que le jugement de Standard et Poor’s, d’autant plus qu’une partie de l’électorat socialiste appelle de ses vœux une résistance face à la financiarisation, comme l’a d’ailleurs montré le fort score d’Arnaud Montebourg lors des primaires.

Ainsi, le candidat socialiste marche sur des oeufs. S’il veut renforcer sa crédibilité sur le sujet des déficits publics, il risque de se couper de la gauche du parti socialiste et, de surcroît, aura du mal à apparaître plus crédible que François Bayrou, qui jouit d’une plus forte antériorité de son discours sur la gestion rigoureuse des finances publiques. D’un autre côté, si le sujet acquiert une véritable importance dans la campagne, en le délaissant, il risque d’ouvrir un boulevard au candidat centriste et au président sortant.

Les extrêmes : un profit à tirer de l’effondrement du système ?

Candidats des extrêmes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen apparaissent peu crédibles sur leur capacité à permettre à la France de regagner son triple A, ou tout du moins à préserver la note actuelle. 47% des Français estiment que la note pourrait de nouveau être dégradée sous la présidence de Marine Le Pen (26% pensant l’inverse) et 47% sous la présidence de Jean-Luc Mélenchon (23% pensant l’inverse). Et seule une très faible minorité des Français les considère capables de faire regagner le triple A à la France : 12% pour Marine Le Pen, 7% pour Jean-Luc Mélenchon.

La gauche de la gauche, comme l’extrême droite, jouissent d’une faible confiance pour rétablir les comptes publics, ce qui est traditionnel pour ces partis. D’ailleurs, les deux candidats ne prétendent pas faire de la restauration du AAA une des priorités de leur politique. Les extrêmes souhaitent un bouleversement du système capitaliste et financier actuel et rejettent le pouvoir des agences de notation. Ce n’est pas par leur capacité à résorber le déficit que ces candidats gagneront des suffrages, mais bien par leurs propositions visant à changer le système.

A ce jeu, Marine Le Pen est la grande gagnante. Elle apparaît aux yeux des Français comme celle qui a le plus à gagner de la perte du AAA : 61% des Français estiment que cela lui profite dans le contexte de la campagne. En deuxième position, arrive Jean-Luc Mélenchon (54%), à quasi-égalité avec François Hollande (53%).

Conclusion : quelle crédibilité de la classe politique pour regagner le AAA ?

Deux types de gagnants apparaissent suite à la perte du triple A : ceux qui pourront capitaliser sur le pessimisme ambiant pour convaincre de la nécessité de changements radicaux et les candidats dont la crédibilité est reconnue sur le plan des finances publiques. François Hollande, qui devra jongler avec un électorat socialiste composé à la fois d’une frange nourrissant des attentes en termes de changement du système capitaliste financiarisé et souhaitant un État plus généreux, et à la fois d’une partie exigeant une politique rigoureuse concernant les comptes publics, se trouve dans une position complexe.

Quel que soit le candidat élu, la tache sera rude, aucun des principaux candidats ne recueillant une forte confiance pour regagner le triple A. Une majorité des Français ne croit pas à l’hypothèse d’un retour à la note maximale, même en cas d’élection d’un des candidats jugés les plus crédibles. Ce fort pessimisme alerte, une nouvelle fois, sur le niveau de défiance envers les dirigeants politiques et sur leur incapacité perçue à pouvoir changer le cours des choses, surtout en matière économique.

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

** Voir notre article à ce sujet : la réaction des Français après la perte du triple A

*** Sondage Ifop pour Paris Match réalisé par internet du 4 au 6 janvier 2012, auprès d’un échantillon 1163 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1726-1-study_file.pdf

Vers une relativisation de la perte du triple A ?

Après les trois sondages parus en début de semaine sur la perte du triple A français, TNS Sofres publie une nouvelle étude* sur le sujet, réalisée jeudi 19  janvier. Celle-ci montre que 48% des Français considèrent comme graves pour l’économie du pays les conséquences de la dégradation de la note française (8% "très graves" et 40% "assez graves"). A l’inverse, 43% les estiment faibles (37% "pas vraiment graves" et 6% "pas graves du tout").

Une étude Ifop réalisée de samedi à lundi dernier** livrait des chiffres nettement différents pour une question identique : 68% des Français considéraient que les répercussions pour l’économie française étaient graves et 32% "pas graves". Si l’absence de possibilité de ne pas se prononcer dans le sondage Ifop, alors qu’elle était offerte dans le sondage TNS Sofres, interdit de conclure à un recul de 20 points de l’inquiétude concernant les conséquences de la dégradation, ces chiffres démontrent néanmoins une perte de vitesse de cette opinion au sein de la population française. L’absence d’effets visibles à la dégradation, notamment la faiblesse des taux auxquels la France a réussi à emprunter sur les marchés durant la semaine écoulée, semble avoir relativisé la portée de cet événement.

Ce sondage TNS Sofres permet également de constater combien cette question de la note française auprès des agences de notation est politiquement clivée. Thème d’affrontement des politiciens de gauche et de droite au cours des dernières semaines, la perte du triple A divise les différents sympathisants : à l’UMP, les conséquences sont minimisées avec 67% des sympathisants qui qualifient les conséquences de peu ou pas du tout graves. Au PS en revanche, 58% des sympathisants évoquent des conséquences graves.

 

Résultats détaillés du sondage TNS Sofres

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

**  * Sondage Ifop pour Sud Ouest dimanche, réalisé par téléphone les 15 et 16 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 851 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1712-1-study_file.pdf

Seuls quatre Français sur dix considèrent que l’opposition ferait mieux que le pouvoir actuel

L’Ifop pose tous les mois une question sur la crédibilité de l’opposition*. Malgré l’approche de la présidentielle et la victoire de la gauche à deux élections, certes pas les plus importantes (cantonales et sénatoriales), les Français accordent une confiance assez stable à la gauche tout au long de l’année 2011.

En moyenne sur la période, 43% des Français estiment que l’opposition ferait mieux que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir. Tout au long de l’année, les évolutions sont relativement limitées. La crédibilité de la gauche augmente légèrement à partir de mars, après les élections cantonales. A la même époque, on assiste à une diminution de la cote de popularité du président de la République.

Le niveau de crédibilité de l’opposition reste ensuite stable, autour de 44%, jusqu’au mois d’octobre. Celui est marqué par deux événements d’importance pour l’opposition : la victoire aux élections sénatoriales, qui pour la première fois sous la cinquième République, donne la majorité de cette assemblée à la gauche ; la primaire socialiste, marquée par un taux de participation important, qui intronise François Hollande comme le candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle. La crédibilité de l’opposition augmente alors significativement (+5 points). Un Français sur deux (49%) estime alors que la gauche ferait mieux que la droite.L’embellie est néanmoins de courte durée puisqu’en décembre, la crédibilité de l’opposition revient à son niveau du début de l’année 2011 (40%).

Graphique : "Selon vous, l’opposition ferait-elle mieux que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir ?"


La mesure de janvier confirme cette tendance (39%). Les débuts de la campagne présidentielle ne crédibilisent pas l’opposition, mais le candidat socialiste n’a pas encore dévoilé son programme.

La confiance qu’accordent les Français à l’opposition pour faire mieux au gouvernement reste donc minoritaire. Eu égard la faible popularité de l’exécutif, ceci ne doit pas être interprété tant comme un signe de faiblesse de la gauche que comme une décrédibilisation de la classe politique en général.

A quelques mois de la présidentielle, la gauche ne convainc que quatre Français sur dix de sa capacité à mieux gérer le pays que la droite. Un score inquiétant pour les opposants à Nicolas Sarkozy mais qui néanmoins a très largement progressé tout au long du mandat du président de la République, démontrant son usure. La crédibilité accordée à l’opposition était en effet de 33% en moyenne au début de son mandat (mai 2007-décembre 2009), de 38% en moyenne en 2010 et, donc, de 43% en moyenne en 2011.

* Sondage Ifop pour Paris Match. Chaque mois est interrogé par téléphone un échantillon d’environ 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

François Hollande : forces et faiblesses du candidat socialiste

A la mi-janvier, le candidat socialiste domine toujours largement dans les intentions de vote, spécialement dans celles se rapportant au second tour. Néanmoins, depuis le mois de décembre, l’avance de François Hollande se réduit. Ceci a traduit un rééquilibrage après la mise en apesanteur du candidat après sa désignation lors des primaires socialistes à la fin octobre. Cette prime dans les sondages, qui fait suite à l’annonce de la candidature, est régulièrement constatée (songeons à l’embellie qu’a connu François Bayrou suite à sa déclaration de candidature début décembre) même si elle n’est pas automatique (Hervé Morin n’en a par exemple pas profité).

Aujourd’hui, cet effet est derrière nous et les intentions de vote qui se resserrent entre les quatre premiers candidats, avec la présence du Front national à un haut niveau et l’émergence du candidat du MoDem, indiquent que rien n’est encore joué.

Dans ce contexte, interrogeons-nous sur l’image du candidat François Hollande, car celle-ci sera évidemment déterminante à l’heure du choix. L’ancien secrétaire du parti socialiste, bien qu’il possède des atouts certains, pâtit également de faiblesses non négligeables.

1. La baisse du candidat Hollande, simple rééquilibrage ou chute inquiétante ?

Les récentes études d’opinion montrent toutes, sans exception, une perte de vitesse du candidat socialiste dans les intentions de vote, mais aussi en termes d’image. Les deux dimensions sont naturellement liées, mais doivent néanmoins faire l’objet d’une attention séparée, les candidats disposant de la meilleure image n’étant pas forcément ceux disposant du meilleur potentiel électoral. Ainsi, Marine Le Pen occupe depuis des mois la troisième position dans les intentions de vote pour la présidentielle, alors qu’elle est par ailleurs l’une des personnalités politiques disposant d’une image les plus négatives au sein de l’opinion publique. Néanmoins, sa capacité à se distinguer sur certains enjeux cristallisant de fortes attentes, notamment des catégories populaires ou en peur de déclassement, explique son niveau dans les intentions de vote.

Après avoir bénéficié à plein d’un « effet primaires » pendant deux mois, le candidat socialiste commence à perdre du terrain dans les intentions de vote à partir du mois de décembre et retombe graduellement à son niveau d’avant le vote des primaires. Depuis, son score reste relativement stable (exemple ci-dessous avec les intentions de vote Ifop*).

François Hollande dispose toutefois toujours d’un socle enviable (28%, légèrement au-dessus du score obtenu par Ségolène Royal, 26%). Il reste en tête des intentions de vote pour le premier tour et surtout, domine encore largement son principal rival au second tour, l’écart se recreusant même de nouveau en janvier selon l’Ifop (cette tendance n’ayant toutefois pas été confirmée à ce jour par d’autres instituts).

En parallèle, son image décline lentement, notamment sur ses points forts (proximité, incarnation du changement,…) et François Hollande a perdu, comme dans les intentions de vote au premier tour, une part de son avance sur ses concurrents, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy. Le candidat socialiste descend dans l’arène et y perd quelques plumes, après avoir été « porté aux nues » suite aux primaires, processus de désignation novateur en France de part la possibilité ouverte à chaque citoyen de gauche d’exprimer son choix. Largement considéré comme une réussite dans l’opinion, ce processus avait permis à François Hollande d’acquérir du crédit et de la hauteur, en se soumettant à un suffrage largement ouvert alors que les autres candidats restaient la proie des querelles politiciennes.

Cette perte de vitesse du candidat se comprend par le changement de position de François Hollande, qui enfile désormais ses habits de concurrent dans la course à l’Elysée e et incarne le parti socialiste dans le débat et la campagne présidentielle. Il suscite désormais des attentes fortes de la part de l’opinion, qui attend de le juger sur des propositions concrètes pour établir ou conforter son choix à l’élection. Sa forte médiatisation permet également aux Français d’affiner leur jugement sur sa personnalité, son savoir-être, ses compétences.

2. Les points forts de François Hollande : proximité, sympathie, changement, politique sociale

 Quand on analyse l’image de François Hollande, plusieurs points forts se dégagent. Néanmoins, comme il a déjà été souligné, l’image du candidat se dégrade par rapport à ce qu’elle était juste après sa désignation.

Premier point fort du candidat, sa stature sociale, ce qui n’est pas très étonnant au regard de sa couleur politique, mais la domination de François Hollande sur ce point atteint des niveaux très importants : 46% des Français estiment François Hollande est le plus capable de mener une bonne politique sociale (contre 18% pour Nicolas Sarkozy, 36% ni l’un ni l’autre**). Dans la même lignée, un sondage Ipsos*** montre que le candidat socialiste domine nettement sur les questions de sauvegarde du pouvoir d’achat, de réduction du chômage, de préservation du système de retraites et d’atténuation des inégalités sociales.

Néanmoins, comme le montre le graphique ci-dessous portant sur le sondage Ifop, même sur cette dimension sur laquelle le candidat socialiste est naturellement fort, il perd du terrain (-6 points par rapport à novembre), mais sans que cela profite à son adversaire, ce sont en effet les réponses « ni l’un, ni l’autre » qui progressent en conséquence.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

La proximité constitue un autre indéniable atout pour François Hollande, surtout face à un Nicolas Sarkozy particulièrement affaibli sur cette dimension sur laquelle il était pourtant performant en 2007. Alors que le lien entre le président de la République et les Français semble rompu, François Hollande semble plus à même de répondre aux préoccupations (42% contre 18% pour Nicolas Sarkozy et 40% ni l’un ni l’autre). Sur cette question, le candidat perd également des points par rapport à novembre dernier (-6 points), là encore au profit du rejet des deux candidats (« ni l’un, ni l’autre »).

Pour autant, si l’on sort de la comparaison entre les deux favoris, on s’aperçoit que François Hollande fait face à un autre concurrent de poids s’agissant de la proximité, en l’occurrence François Bayrou. En décembre dernier, dans un sondage TNS Sofres/Trielec****, 56% des Français jugeaient le président du MoDem « proches des gens comme eux », un score proche de celui de François Hollande (58%). En outre, les dynamiques semblent jouer contre le candidat socialiste : alors que celui perd 5 points entre octobre et décembre sur la dimension de proximité, François Bayrou en gagnait 6. Et le candidat centriste recueillait alors moins d’intentions de vote qu’aujourd’hui. L’image du président du MoDem a donc pu encore se bonifier depuis la réalisation de cette enquête.

Autre avantage du candidat socialiste, le changement qu’il incarne. Mais, François Hollande, très en avance en novembre quand il s’agissait d’être le plus à même de porter un projet pour la France (47% contre 29% pour Nicolas Sarkozy), fait aujourd’hui jeu égal avec le président sortant (37% contre 35%). Il s’agit du trait d’image sur lequel le candidat socialiste perd le plus de terrain en deux mois, suite sans doute aux hésitations voire contradictions sur les mesures qu’il a porté, notamment la question du quotient familial, tandis que dans le même temps, Nicolas Sarkozy a multiplié les propositions, principalement en mettant en avant la TVA sociale.

En outre, sur ce point, Marine Le Pen se tient en embuscade. Le sondage TNS Sofres montre que si 58% des Français estimaient en décembre que François Hollande « veut vraiment changer les choses », ils sont 55% à penser de même pour la présidente du Front national. De surcroît, l’étude Ipsos avance ce n’est pas le candidat socialiste qui a le plus de convictions aux yeux des Français mais bien Marine Le Pen (77% contre 70% pour François Hollande, 66% pour François Bayrou et 67% pour Nicolas Sarkozy).

La présentation du programme du candidat, à la fin du mois de janvier, aura le pouvoir de faire varier assez fortement ces deux indicateurs, qui seront donc à surveiller avec la plus grande attention. Si l’on compare l’image de François Hollande en décembre 2011 avec celle de Ségolène Royal en décembre 2006, il apparaît que les deux candidats sont à des niveaux comparables sur la dimension de proximité (« comprend les problèmes des gens comme vous ») mais que François Hollande apparaît moins porteur de changement (-6 points).

Graphiques : L’évolution des traits de personnalité de François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine et Le Pen et François Bayrou entre octobre et décembre 2011 (graphique TNS Sofres/Triélec)

Si l’on s’intéresse à la personnalité du candidat, François Hollande l’emporte largement sur le président sortant. Le sondage TNS Sofres montre ainsi qu’il est considéré comme sympathique par 64% des Français (contre 34% pour Nicolas Sarkozy). Sur cette dimension également, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, François Bayou est le seul qui puisse lui faire concurrence (59%)

Par ailleurs, l’étude d’Ipsos réalisée en décembre montre que 64% des Français considèrent le candidat socialiste comme sympathique (34% pour Nicolas Sarkozy) et 61% honnête (31% pour Nicolas Sarkozy). Toutefois, de nouveau, il ne devance François Bayrou que de quelques points (59% le trouvent sympathique et 59% honnête).

3. Les points faibles de François Hollande : étoffe présidentielle, capacité à gouverner, dynamisme

Juste après la primaire, François Hollande était considéré comme le candidat ayant le plus les épaules pour endosser le costume du prochain président (62% des Français considéraient qu’il avait l’étoffe contre 57% pour Nicolas Sarkozy selon le sondage TNS Sofres). En décembre, Nicolas Sarkozy l’emporte sur cet aspect, le candidat socialiste perdant 10 points (52% pour François Hollande et 58% pour Nicolas Sarkozy). Le président sortant ne gagne pas en carrure malgré son omniprésence sur la scène internationale pour affronter la crise de l’euro. En revanche, François Hollande, qui perd davantage sur ce trait d’image que sur d’autres, semble, outre son « atterrissage post-primaires », perdre en crédibilité suite à certaines tergiversations, notamment sur l’accord PS-EELV. Avec ce score, François Hollande signe une performance identique à celle de Ségolène Royal en décembre 2006.

Par ailleurs, le sondage Ifop, qui demande aux personnes interrogées de choisir celui ayant le plus l’étoffe du président montre que l’avance de Nicolas Sarkozy sur cette dimension est encore plus forte que ne le laissent montrer les chiffres présidents. François Hollande, s’il est bien considéré comme ayant la carrure par une majorité des Français, ne peut rivaliser avec le président en exercice quand les deux candidats sont mis face-à-face : 43% des Français considèrent que Nicolas Sarkozy est celui qui a le plus l’étoffe (-4 points entre novembre et janvier) contre 23% (-2 points) estimant qu’il s’agit de François Hollande.

Le candidat socialiste apparaît relativement faible sur certains champs. En termes de politique internationale, l’avance du président sortant est importante : 43% des Français estiment que c’est Nicolas Sarkozy qui est le plus à même de défendre les intérêts de la France à l’étranger, contre 23% jugeant que c’est plutôt François Hollande. En outre, comme François Hollande bénéficiant d’une prime sur la politique sociale, Nicolas Sarkozy est jugé plus crédible en matière d’insécurité, thème largement ancré à droite. Le candidat socialiste se révèle très à la traîne sur ce domaine (19% contre 38% pour Nicolas Sarkozy), et, en outre, recule par rapport à novembre (-4 points).

Enfin, sur la question déterminante de la dette, c’est encore Nicolas Sarkozy qui l’emporte (32% contre 25% pour François Hollande), mais le président perd cinq points en deux mois, tandis que le candidat socialiste n’en perd que deux. La position « ni l’un, ni l’autre » est la plus citée par les répondants sur cette question, ce qui démontre une perte de confiance forte envers les principaux partis pour trouver des solutions pour la sortie de crise.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

Sur le versant de la personnalité, François Hollande possède un point faible : son dynamisme. Seuls 43% des Français qualifient de dynamique l’ancien Premier secrétaire du parti socialiste, alors que ce trait d’image est accordé à Nicolas Sarkozy par 74% des Français, à Marine Le Pen par 71% et à Jean-Luc Mélenchon par 51%.


Conclusion : Un candidat Hollande qui s’affaiblit, au profit de Nicolas Sarkozy et des « troisièmes hommes »

En deux mois, François Hollande a beaucoup perdu de son aura acquise lors de sa désignation par le processus des primaires. S’il domine encore largement dans les intentions de vote, surtout au second tour, le candidat de parti socialiste n’enthousiasme pas (ou plus) les Français. Sa personnalité, sa capacité à incarner le changement et à mener une politique efficace sont certes reconnus, mais il reste concurrencé sur de nombreux points, que ce soit par le Président sortant, ou par les « troisièmes hommes » que sont François Bayou et Marine Le Pen. Par ailleurs, à fin décembre, François Hollande dispose de scores d’image relativement équivalents, sur les principaux indicateurs, à ceux que Ségolène Royal obtenait à la même époque en 2007, ce qui relativise là encore l’idée d’un parti socialiste dont la victoire ne ferait guère de doutes.

L’avance du candidat socialiste ne doit donc pas faire croire que l’élection est jouée d’avance, d’autant plus que la perte de vitesse de François Hollande est largement ressentie dans l’opinion, ce qui peut le décrédibiliser encore un peu plus : désormais seuls 37% des Français estiment que c’est François Hollande qui est le plus à même de remporter l’élection (-10 points en deux mois), soit à peine plus que Nicolas Sarkozy (35%, +6 points). En outre, le niveau important des réponses « ni l’un, ni l’autre » et son augmentation en deux mois (28%, +4 points) rend relativement crédible l’hypothèse d’une « surprise » qui dessinerait un second tour où l’un des deux grands partis français serait exclu au profit d’un candidat du centre ou de l’extrême-droite.

Graphique : Trait d’image comparé de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

 

A l’aube d’une séquence importante pour lui (grand discours d’orientation le 22 janvier puis présentation de son programme), le candidat François Hollande devra montrer qu’il est capable de fédérer sur sa personne et ses propositions. Pour l’instant, pour beaucoup, il demeure le plus à même de battre Nicolas Sarkozy et donc d’exprimer un rejet à l’égard du président sortant. Mais les Français ne préféreront-ils pas voter pour un candidat plutôt que de voter contre un candidat ?

La réaction des Français après la perte du triple A : des sondages qui se suivent mais ne se ressemblent pas totalement

Après la perte de la note AAA auprès de l’agence Standard et Poor’s vendredi 13 janvier, les instituts de sondages ont réagi de concert pour nous livrer la réaction des Français face à cet événement. Ce ne sont pas moins de trois sondages qui ont été publiés en trois jours, avec des résultats assez différents….


1. Mardi matin : sondage Ipsos : 52% des Français estiment que les conséquences de la perte du triple A seront graves pour l’économie française

L’institut Ipsos est le premier à livrer des résultats sur le sujet*. Réalisé le 13 et 14 janvier, ce sondage nous apprend que 52% des Français considèrent que la perte de la note maximale auprès de Standard et Poor’s entraînera des conséquences graves pour l’économie française (9% « très graves » et 43% « assez graves »). A l’inverse, 39% des personnes interrogées estiment que les conséquences n’auront pas de réelle gravité (31% « pas vraiment graves » et 8% « pas graves du tout »).

Remarquons tout de suite que ce sondage a été réalisé « à chaud », la dégradation de la note ayant été reportée par les agences de presse le 13 janvier vers 16h30. Plus qu’à chaud, même dans l’urgence. Ipsos nous indique que la question a été administrée à une part restreinte de l’échantillon (764 personnes alors que l’échantillon en compte au total 948), ce qui semble indiquer que la question sur la perte du triple A a été ajoutée au cours du terrain d’enquête, une fois l’information connue.

La méthode interroge car les résultats de ce sondage Ipsos différent assez sensiblement de ceux qui seront obtenus dans les sondages réalisés par d’autres instituts à partir du 14 janvier. Certes, une opinion à chaud n’est souvent pas la même qu’une opinion plus posée, d’autant plus que le discours médiatique a été fort et relativement dramatisant sur cette dégradation de la note française dans les jours qui ont suivi. Néanmoins, la stabilité des résultats obtenus entre des sondages réalisés plus « à froid » et ceux réalisés quelques mois auparavant permet de douter de l’existence d’une différence de perceptions dans la réaction « à chaud ». Quelle que soit la vérité sur l’existence de cet effet « à chaud », il est permis de douter de la qualité de cet échantillon restreint.

2. Mardi après-midi : sondage Ifop : 68% des Français estiment que les conséquences de la perte du triple A seront graves pour l’économie française

L’après-midi est publié un sondage Ifop**, réalisé du 14 au 16 janvier, avec une question quasiment identique à celle du sondage Ipsos***. L’écart entre les résultats des deux sondages est flagrant. Ce deuxième sondage indique que ce sont 68% des Français qui considèrent que les conséquences de la dégradation seront graves pour l’économie française (21% « très graves » et 47% « assez graves »), soit un écart de 16 points par rapport au sondage Ipsos…

Certes, ce dernier permettait aux personnes de ne pas se prononcer, ce qui n’était pas offert aux répondants du sondage de l’Ifop. Néanmoins, la proportion des non-répondants (9%) n’explique pas entièrement la différence.

L’Ifop avait déjà posé la même question (sur le mode conditionnel) début décembre. Et la stabilité des résultats est évidente : 66% des Français prévoyaient alors que les conséquences de la perte du AAA seraient graves pour l’économie hexagonale. La comparaison dans le temps montre donc que l’événement en lui-même n’a pas eu d’influence sur l’opinion publique.

Par conséquent, la différence entre les études Ipsos et Ifop pose d’autant plus problème. La présence d’une mesure précédente cohérente dans le sondage Ifop incite à se fier plutôt aux résultats de cet institut.

Outre les conséquences sur l’économie française, l’Ifop interroge son échantillon sur les conséquences redoutées pour la situation personnelle. Conformément à ce qui avait déjà été mis en lumière avant l’événement (cf. notre article précédent), l’inquiétude sur sa propre vie quotidienne est nettement moins élevée, même si elle reste importante. Quatre Français sur dix (41%) estiment que les conséquences de la dégradation seront graves pour leur situation personnelle (8% « très graves » et 33% « assez graves »).

3. Mercredi matin : sondage Harris interactive : 56% des Français estiment que la perte du triple A constitue un événement grave

Ce matin, un autre sondage a été rendu public, réalisé par Harris interactive les 16 et 17 janvier****. Les chiffres sont encore une fois différents, mais cette fois-ci, parce que les questions sont différentes. Interrogés sur l’impact de la perte du triple A sur leur vie quotidienne, les Français sont divisés : 49% estiment que cet impact sera important (9% « très » et 40% « assez ») et 46% qu’il ne le sera pas (10% « pas du tout important » et 36% « plutôt pas important). Ce résultat varie peu par rapport à celui obtenu en décembre (avec une question hypothétique).

Bien que l’intitulé de la question soit assez proche de celui de la question de l’Ifop interrogeant sur les conséquences pour la situation personnelle, il est compréhensible que les résultats diffèrent. Si les définitions demeurent subjectives et laissées à l’appréciation de la personne interrogées, la notion de « situation personnelle » renvoie en effet plus à l’emploi, au salaire… alors que dans la notion de « vie quotidienne », des éléments macroéconomiques interviennent davantage, à l’exemple du niveau des prix. Or, comme le montrait le sondage de l’Ifop, les Français anticipent plus de conséquences macroéconomiques (pour « l’économie française ») que micro-économique (pour leur « situation personnelle »).

 

Au global, sans préciser le champ des conséquences (macro ou micro), l’inquiétude domine, comme le prouve une autre question de ce même sondage, qui ne précise pas sur quel plan les conséquences doivent être considérées. 56% des Français estiment alors que la perte du AAA est un événement grave.

 

En définitive : les enseignements à tirer de ces sondages

Que retirer de ces différents sondages et de leurs subtilités ?

1. Les Français reconnaissent majoritairement que l’impact de la dégradation de la note française sera grave même si environ un tiers n’anticipe aucune conséquence à cet événement.

2. Aux yeux des Français, les conséquences de la perte du triple A seront d’abord macro-économiques. Ils s’inquiètent moins quant à leur situation personnelle, même si la crainte reste bien présente (4 Français sur 10). De surcroît, elle est légèrement plus importante parmi les catégories modestes.

3. Les réactions face à cet événement sont modérées. Quelle que soit la question, les personnes interrogées favorisent les réponses nuancées. Le catastrophisme n’est pas de mise.

4. Les résultats observés aujourd’hui sont comparables à ceux obtenus en décembre dernier. L’événement et sa médiatisation n’ont pas infléchi les perceptions des Français, déjà figées lors des débats sur cette question avant même la dégradation.

 

 

* Sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France et Le Monde, réalisé les 13 et 14 janvier2012 par téléphone auprès d’un échantillon de 948 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

 ** Sondage Ifop pour Europe 1, réalisé du 14 au 16 janvier 2012 par internet auprès d’un échantillon de 999 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

 *** A titre de comparaison, voici l’intitulé des deux questions. Leur similitude interdit d’envisager un effet de formulation :

Ipsos : L’agence de notation Standard et Poor’s a décidé de retirer son triple A à la France. Pensez-vous que cette décision entraînera des conséquences très graves, assez graves, pas vraiment graves ou pas graves du tout pour l’économie française ?

Ifop : Vous savez que l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé la note de la France. La perte par la France de son triple A aura-t-elle, selon vous, des conséquences très graves, assez graves, pas si graves que cela ou pas graves du tout sur l’économie française ?

**** Sondage Harris interactive pour LCP, réalisé les 16 et 17 janvier 2012 par internet auprès d’un échantillon de 1018 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Les Français et la perte du triple A : des conséquences redoutées mais limitées

A un peu moins de 100 jours du premier tour de l’élection présidentielle, la France a perdu sa note maximale auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s. Cette nouvelle, arrivant à point nommé un vendredi 13, a eu la dimension d’un véritable choc politique et a nourri un affrontement entre les différents candidats durant tout le week-end. Les concurrents de l’actuel président de la République se font fort de rappeler que le gouvernement, après avoir insisté lourdement sur l’importance de la préservation de cette note maximale pour l’Etat français, a fait volte-face en affirmant depuis quelques semaines que la dégradation ne constituerait pas un événement de si grande ampleur.

En attendant l’arrivée certainement éminente de nouvelles études sur la façon dont l’opinion perçoit la perte du AAA français, nous pouvons rappeler quelles étaient les perceptions des Français avant la dégradation en nous appuyant sur deux sondages réalisés en décembre dernier. Ceux-ci démontrent que malgré une inquiétude bien réelle, les Français étaient loin de considérer l’éventualité d’une dégradation comme une catastrophe économique.

Les deux tiers des Français estimaient que la perte du triple A était porteuse de graves conséquences pour l’économie française

Un sondage Ifop, réalisé les 15 et 16 décembre dernier* montre que les Français étaient, dans leur grande majorité, inquiets des conséquences d’une dégradation de la note de la France pour l’économie française. Ainsi, 66% des répondants estimaient que la perte du AAA aurait des conséquences graves pour l’économie française. Néanmoins, seuls 17% qualifiaient ces conséquences de « très graves », un Français sur deux (49%) les considérant « assez graves ».

En parallèle, un tiers des Français (32%) estimait que les conséquences ne seraient pas si importantes, mais seuls 7% les jugeaient « pas graves du tout ». Ainsi, même si l’impact de la dégradation est reconnu – par neuf répondants sur dix –, les Français restent relativement mesurés quant à ses répercussions et ne cédaient pas, mi-décembre, au catastrophisme.

Ce sondage intervient au moment même de l’infléchissement du discours du gouvernement, quand les différents ministres et membres de la majorité commencèrent à minimiser les conséquences de la dégradation pour le pays.  Les résultats semblent conforter en partie ce discours en montrant que la modération est finalement la position qui prévaut au sein de l’opinion. Néanmoins, les Français se refusent à ne voir aucune conséquence à la décision des agences de notation.

 

Des Français moins inquiets quant aux conséquences sur leur propre quotidien

Un autre sondage, réalisé par Harris interactive du 7 au décembre 2011**, s’intéresse à l’impact que la perte du triple A aurait, selon les Français, sur leur vie quotidienne. Et il s’impose que, pour eux, la dégradation est porteuse de moins de conséquences sur ce plan que pour l’économie française. Ce résultat est d’autant plus frappant que ce sondage a été réalisé avant le changement d’inflexion du discours gouvernemental.

Début décembre, un Français sur deux (51%) estimait que la perte du AAA aurait des conséquences importantes sur sa vie quotidienne. L’inquiétude est donc, là aussi, majoritaire, mais significativement moindre que celle qui prévaut pour l’économie hexagonale (66%). A l’opposé, 43% des personnes interrogées se montraient optimistes et pointaient un impact qui ne serait pas important pour leur propre situation.

Comme pour le sondage précédent, les Français restaient relativement modérés dans leurs jugements. Seuls 14% des répondants considèraient l’impact « très important » (pour 37% « plutôt important ») et seuls 15% « pas du tout important » (pour 28% « plutôt pas important »).

 

Une vision partagée, quelle que soit la catégorie sociale

Les résultats détaillés de ces deux sondages portent un enseignement important : le niveau de gravité perçu des conséquences de la perte du triple A ne varie pas  significativement selon la catégorie socio-économique. Les catégories modestes, pour lesquelles on observe généralement et assez logiquement une plus forte inquiétude face à de possibles dégradations de la condition économique, ne redoutent pas plus que les catégories aisées l’impact de la décision des agences de notation. Preuve sans doute que cet événement macroéconomique touchant les marchés financiers apparaît, dans l’esprit des Français, éloigné de l’économie réelle.

Sur la question de la perte du triple A, le seul clivage pertinent est politique. Les sympathisants de l’UMP se démarquent et suivent majoritairement le discours gouvernemental. Ainsi, avant le changement d’inflexion, ils se révèlent plus pessimistes que la moyenne et 62% d’entre eux estimaient alors que l’impact de la perte du triple A serait important (contre 51% des Français en moyenne). Après l’infléchissement du discours de la majorité, ils faisaient à l’inverse montre d’un plus grand optimisme. Ainsi, seuls 56% d’entre eux considéraient que les conséquences pour l’économie française seraient graves (contre 66% des Français en moyenne).

Conclusion : quelles perceptions maintenant que la dégradation est intervenue ?

De nouvelles études sur la réaction de l’opinion face à la dégradation de la note de la France devraient sans doute être connues rapidement. Elles devront notamment nous éclairer sur plusieurs points. D’abord, sur les répercussions de cette dégradation pour les Français : les résultats obtenus avant la dégradation se maintiendront-ils, l’inquiétude s’atténuera-t-elle ou augmentera-t-elle ? Dans quelle mesure le passage d’une hypothèse au fait modifiera-t-elle les perceptions ? Cette question s’éclairera sans doute largement des conséquences éventuelles que les Français pourront ressentir sur l’économie réelle, et notamment sur leur pouvoir d’achat ou sur la situation de l’emploi. En question sous-jacente, apparaît l’importance de ce sujet aux yeux des Français : face à d’autres problèmes économiques les préoccupant très largement, tel le taux de chômage, quel degré d’intérêt porteront-ils à ce sujet relatif à la sphère financière, éloignée de leur réalité ?

Ensuite, il faudra naturellement scruter les conséquences de cette dégradation dans le contexte de la campagne électorale. La perte du triple A sera-t-elle imputée au gouvernement en place ou les Français estimeront-ils que cette dégradation était inévitable et que le pouvoir politique, quelle que soit sa tendance, n’a que peu d’influence sur une décision relevant davantage des marchés que du pouvoir politique ? Comment seront jugés les programmes économiques des candidats à l’aune de la dégradation ? Dans cette campagne, y aura-t-il un avant et un après le vendredi 13 janvier ?

 

 * Sondage Ifop pour Sud Ouest dimanche, réalisé par téléphone les 15 et 16 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 851 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1712-1-study_file.pdf
 ** Sondage Harris interactive pour M6, MSN actualité et RTL, réalisé par internet du 7 au 9 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1157 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.harrisinteractive.fr/news/2011/Results_HIFR_M6MSNRTL_12122011.pdf