Les sondeurs sont-ils mauvais ? L’exemple de la précédente élection présidentielle

Alors que les sondages s’enchaînent dans la perspective de la prochaine élection présidentielle, les critiques à leur égard se font de plus en plus visibles du fait des écarts observés entre les études publiées par les différents instituts ces derniers jours.

L’exercice des intentions de vote est toujours complexe, mais ne s’apparente pas aux « magouilles sondagières » que l’on décrit souvent. Les redressements effectués ne le sont pas « au bon nez » du sondeur et s’appuient sur des données solides (votes antérieurs notamment), même si, il ne faut le nier non plus, entre parfois en jeu une légère part de subjectivité, le sondeur se reposant également sur l’expérience passée et sur ses connaissances en sciences politiques. Si l’on veut bien sortir du discours caricatural et dénonciateur des sondages, on retiendra que plusieurs difficultés, bien réelles, doivent être surmontées par les professionnels et que celles-ci peuvent expliquer les différences constatées entre les différents instituts de sondage, qui y apportent des réponses parfois différenciées :

 

Les « menteurs »

Quand on parle des redressements des sondages d’intentions de vote, on évoque souvent plus particulièrement la difficulté à estimer le vote pour le Front national. Si les débats autour des redressements sont centrés sur cette question, c’est que le Front national a très longtemps été la principale « victime » d’un phénomène bien décrit par les sciences politiques, la « désirabilité sociale ». Il s’agit, pour l’interviewé, de déclarer voter pour un autre candidat que celui pour lequel il a l’intention de réellement voter, parce qu’il nourrit une honte à avouer son véritable choix. Le répondant ment donc pour se rendre plus acceptable, plus “désirable” aux yeux de l’enquêteur ou de la personne qui lira les résultats.

Le vote pour l’’extrême-droite est le plus sous-déclaré. Plus généralement, le vote pour la gauche (plus facile à assumer socialement) est légèrement sur-déclaré. Notons que ce phénomène joue aussi concernant l’abstention et que les Français ont parfois du mal à avouer qu’ils ne se rendront pas aux urnes lors d’une élection, surtout quand il s’agit d’une élection nationale importante comme l’élection présidentielle.

Le biais de « désirabilité sociale » est plus important quand la personne interrogée soumet ses réponses à un enquêteur (lorsqu’il est interrogé en face-à-face ou par téléphone). Dans les sondages par internet, où le répondant est seul face à son ordinateur, ce phénomène est moins fort mais existe cependant.

Ce biais est corrigé a posteriori par le redressement de l’échantillon à partir des votes antérieurs. Ainsi, si dans l’échantillon interrogé, on trouve 28% de personnes ayant déclaré avoir voté pour Ségolène Royal en 2007, on fait en sorte que ces personnes ne représentent que le poids qu’elles devraient avoir (26%, le score réel obtenu en 2007). On donne donc dans l’échantillon à chacune de ces personnes un poids de 0,93 (et les électeurs de candidats « sous-déclarés » auront, eux, un poids supérieur à 1).

Concernant plus spécifiquement le vote Front national, ces dernières années sont marquées par une plus grande facilité pour les répondants à se dire électeurs du parti d’extrême-droite. Le redressement introduit donc un moins grand écart entre le chiffre brut et le chiffre corrigé qu’il n’a pu l’être auparavant.

 

Les hésitants

Les sondages d’intentions de vote commencent à être conduits bien avant l’élection. Or, beaucoup d’électeurs se déterminent dans les derniers jours avant le scrutin. Comme le montre le graphique ci-dessous, lors la précédente élection présidentielle française en 2007, 17% des votants déclaraient s’être décidés au dernier moment, 18% les derniers jours et 21% au cours des dernières semaines.


Cette volatilité de l’électorat est une donnée à prendre en compte quand on analyse les sondages d’intention de vote, au global, mais aussi par candidat. Il apparaît en effet, que les « hésitants » sont plus représentés dans certains électorats. En l’occurrence, pour l’élection présidentielle qui s’annonce, les hésitants sont particulièrement présents au sein de l’électorat de François Bayrou et d’Eva Joly, alors que d’autres candidats disposent de socles électoraux bien plus solides, comme François Hollande et Nicolas Sarkozy.

Ces électeurs hésitants, dont le choix peut varier d’un jour sur l’autre, apportent une difficulté supplémentaire au sondeur, qui conduit généralement ses intentions de vote de manière régulière. Or les mesures publiées par un même institut de sondage doivent rester cohérente dans le temps et ne peuvent pas varier trop fortement en raison de ces électeurs dont le choix n’est pas encore fixé (mais qui oscille généralement entre un nombre limité de candidats). Ceci peut inciter un professionnel à modérer un écart, entre deux mesures d’intentions de vote, qui serait trop important pour un candidat dont l’électorat est fortement hésitant, afin de ne pas surestimer un potentiel électoral dont la solidité est faible. Ceci ne signifie pas qu’un candidat dont l’électorat serait majoritairement hésitant ne peut voir son score augmenter (ou diminuer) dans les sondages, mais seulement que les professionnels gardent à l’esprit la volatilité de l’électorat. Ils restent plus prudents quant aux évolutions constatées pour les candidats qui disposent de nombreux électeurs “hésitants”, quitte à avoir parfois la tentation de “lisser” des évolutions constatées qui leur sembleraient pouvoir tenir plus du biais que d’un véritable mouvement de l’opinion.

De manière systématique, les sondeurs interrogent les personnes composant leur échantillon sur leur certitude de choix.

 

La qualité de l’échantillon

Pour construire des intentions de vote, et plus généralement un sondage,  la qualité de l’échantillon est essentielle. En France, les échantillons sont construits par la méthode des quotas, c’est-à-dire que dans l’échantillon, sera interrogé une proportion déterminée d’hommes et de femmes, d’urbains et de ruraux, etc. pour que ces proportions correspondent à ce qu’elles sont dans la population réelle. Généralement, les instituts imposent des quotas de sexe, d’âge, de profession, de région et de « catégorie d’agglomération » (échelle permettant de différencier les territoires ruraux et urbain)

On critique parfois les échantillons construits selon cette méthode. Et en effet, la théorie statistique pose que la représentativité de l’échantillon est assurée par un tirage aléatoire, donc sans définition de quotas, avec un hasard d’interrogation pur. Mais dans les faits, la mise en place des conditions théorique est tout simplement impossible. Ces conditions posent en effet que chaque Français possède la même probabilité d’être interrogé. Or des raisons pratiques évidentes s’y opposent  : parce qu’il n’existe aucune liste de numéros de téléphones ou de courriels comprenant toute la population (pour les enquêtes par téléphone ou internet), parce qu’il est impossible d’aller sonner à toutes les portes (digicodes et autres restrictions d’accès aux domiciles…) (pour les enquêtes en face-à-face), mais aussi parce que les gens s’absentent de chez eux, parce que certaines personnes refusent de répondre, etc.. Ainsi, les conditions de compositions d’un échantillon aléatoire ne peuvent être réunies de manière empirique. Un échantillon construit selon la méthode dite “aléatoire” sous-représenterait obligatoirement certaines catégories de population selon les biais mentionnés ci-dessus (actifs moins présents chez eux notamment). Par conséquent, les professionnels des sondages ont adopté une autre méthode, permettant de construire des échantillons représentatifs malgré toutes ces contraintes. En France, a été fait le choix de la méthode par quotas, qui a su faire ses preuves.

La qualité de l’échantillon se mesure au respect des quotas, mais également à d’autres critères. Ainsi, par exemple, pour un sondage téléphonique, il faudra veiller à rappeler plusieurs fois une personne indisponible, ou à varier les horaires d’appels, afin notamment que les personnes les plus « actives » et donc les moins présentes à leur domicile, soit bien représentées dans l’échantillon. De la même manière, pour un sondage par internet, on veillera à un temps d’interrogation permettant de recueillir l’opinion des personnes qui ne sont pas forcément connectées plusieurs fois par jour. Chaque méthodologie (interrogation par internet ou téléphone puisque ce sont généralement les deux utilisées concernant les intentions de vote) possède ses qualités et ses défauts, que les instituts de sondages connaissent (et qu’il serait malheureusement trop long de détailler ici). Les précautions décrites ci-dessous participent à réduire ces biais, et on considère que ces deux méthodologies permettent d’obtenir des échantillons représentatifs de la population française.

Une fois toutes les personnes interrogées, et donc l’échantillon constitué, les sondeurs opèrent un redressement. Celui-ci, selon le principe décrit ci-dessous, doit permettre à l’échantillon de présenter les mêmes caractéristiques que la population réelle, en termes socio-démographiques (si les quotas n’ont pas été parfaitement respectés, or il existe généralement un léger écart sur au moins un critère car il faut toujours conjuguer rapidité de constitution de l’échantillon et respect des quotas. Mais les éventuels écarts sont légers, car la qualité de l’échantillon est essentielle, et aucun sondeur digne de ce nom ne se permettrait d’avoir un échantillon trop « distordu »), mais aussi en termes politiques, et sur ce plan, le redressement est absolument nécessaire car aucun quota politique n’est fixé lors de la constitution de l’échantillon.

On évoque souvent la différence entre les chiffres bruts et les chiffres redressés dans le cas des intentions de vote. Les chiffres bruts sont complètement dépendants de la qualité de l’échantillon interrogé. Si celle-ci est au rendez-vous, les écarts sur les votes antérieurs sont généralement peu importants, mais existent. Ils ne sont pas dus uniquement à la qualité de l’échantillon, mais également aux phénomènes de sous ou sur-déclaration évoqués ci-dessous. Ils s‘expliquent également par les marges d’erreurs, autre donnée dont les sondeurs doivent tenir compte.

 

Les marges d’erreurs

Les marges d’erreurs demeurent un impondérable des sondages, posée par la théories statistiques. Les marges d’erreur varient selon la taille de l’échantillon, mais aussi selon le pourcentage considéré, ce qu’on oublie souvent. Ainsi, pour un échantillon de 1000 personnes, la marge d’erreur (avec un intervalle de confiance de 95%) est de 3,1 points pour un pourcentage égal à 50% et de 1,4 points pour un pourcentage égal à 5%.

 

L’épreuve de la réalité : le jour du vote

Face à toutes ces difficultés, comment les sondeurs s’en sont-ils sortis lors de la précédente élection présidentielle ?

Le tableau ci-dessous compare les  intentions de vote avec les résultats réels de l’élection pour l’élection de 2007. Nous avons pris pour comparaison avec les résultats réels du vote les dernières intentions de vote*, car il faut encore et toujours le rappeler, les sondages d’intentions de vote ne sont pas une prédiction des résultats électoraux. Par définition, ils servent à cerner les mouvements de l’opinion, en donnant un rapport de force à un instant t. Les sondages réalisés en février donnent le rapport de force de février, qui sera potentiellement modifié par la campagne électorale, pas le résultat du scrutin qui a lieu fin avril. Il n’y a donc de sens à ne comparer les résultats qu’avec les intentions de vote conduites le plus près possible du scrutin.

Des écarts existent, notamment concernant le vote pour Jean-Marie Le Pen, surestimé par les instituts, souvent au détriment du vote pour Nicolas Sarkozy. Néanmoins, il s’avère que les estimations des instituts se sont révélées plutôt proches des résultats réels de l’élection, surtout quand on garde à l’esprit la marge d’erreur à laquelle ces sondages sont soumis.

 

Conclusion : les sondeurs infaillibles ?

Cet article ne cherche pas à encenser les sondages. En tant que professionnels des études, nous sommes également les fins connaisseurs de leurs limites et de leurs biais. Leurs connaissances est d’ailleurs, à notre sens, une condition sine qua non de la bonne interprétation des sondages.

Les sondages sont loin d’être un instrument infaillible. La théorie statistique nous dit qu’ils seront toujours soumis aux marges d’erreurs. Les phénomènes sociologiques tels que la désirabilité sociale, la complexité effective à atteindre certaines catégories de population par les différents modes de recueil utilisés, posent que par construction, les sondages sont porteurs d’imperfections. Il n’empêche qu’on ne peut les rejeter parce qu’ils n’ont pas toujours permis de tout prévoir. Effectivement, aucun institut de sondage n’a, en 2002, donné la véritable affiche du second tour. Même si les sondeurs avancent des explications valables à cet événement (tendances au croisement des courbes de Lionel Jospin et de Jean-Marie Le Pen, détermination tardive des électeurs…), cette élection présidentielle reste le preuve vivace que la prudence dans l’interprétation doit rester de mise, que nous devons nous plier à une observation des évolutions dans le temps et à une comparaison intelligente entre les études des différents instituts de sondage.

Dans la majorité des cas néanmoins, la comparaison entre sondages d’intentions de vote et résultats de l’élection démontrent que ces outils sont pertinents et qu’ils apportent une information précieuse sur les rapports de force. En outre, ils demeurent à ce jour le seul moyen permettant de mesurer l’opinion, et par conséquent, ils ne sont pas prêts de disparaître.

 

*Les intentions de vote présentées sont les dernières réalisées par les instituts avant le scrutin de 2007 :

Sondage TNS Sofres en partenariat avec Unilog Groupe LogicaCMG pour Le Figaro, RTL et LCI, réalisé par téléphone les 18 et 19 avril 2007, auprès d’un échantillon de 1000 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/points-de-vue/530C971BB1E84260AA2AFEF6D3238977.aspx

Sondage Ipsos en partenariat avec Dell pour SFR et Le Point, réalisé par téléphone les 19 et 20 avril 2007, auprès d’un échantillon de 1598 personnes, représentatif de la population française inscrite sur les listes électorales. http://www.ipsos.fr/presidentielle-2007/index.php

Sondage CSA en partenariat avec Cisco pour Le Parisien/aujourd’hui en France, réalisé par téléphone le 20 avril 2007, auprès d’un échantillon de 1002 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.csa.eu/multimedia/data/sondages/data2007/opi20070420-intentions-de-vote-a-l-election-presidentielle-de-2007-vague-27.htm

Un sondage Ifop a également été réalisé juste avant le scrutin mais les résultats ne sont pas disponibles de manière intégrale sur le site de l’institut.

Qui veut vraiment l’élection de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ?

Au-delà de l’exercice convenu des intentions de vote, certains sondages permettent de mesurer l’adhésion réelle aux candidats qui concourent à l’élection présidentielle. Car il existe une différence entre l’intention de voter pour un candidat et la volonté réelle que celui-ci occupe la fonction suprême. Combien ne votent que par défaut, pour contrer un candidat plutôt qu’en réelle faveur de l’autre ? Quel engouement suscite d’un côté un président sortant qui a déçu par ses actions et irrité par son style, de l’autre côté un candidat socialiste choisi une fois le “champion” Dominique Strauss-Kahn écarté de la course, un candidat souvent décrié comme trop “mou” et trop consensuel ?

Un sondage Ipsos nous renseigne sur l’attitude des Français à l’égard des deux principaux candidats à l’élection présidentielle.

 

Seuls 14% des Français souhaitent réellement la victoire de François Hollande, et la même proportion celle de Nicolas Sarkozy

Le “champion des sondages”, qui domine largement les intentions de vote au second tour, ne suscite l’adhésion pleine et entière que de 14% des Français, qui déclarent que “c’est vraiment lui que [je] veux voir élu”. Et, de la même manière, 14% des Français souhaitent réellement la victoire du président sortant.

Ainsi, les candidats des deux principaux partis n’enthousiasment qu’une faible partie des électeurs, ce qui vient accréditer la théorie d’une campagne qui ne suscite que peu de passion.

 

Le choix “par défaut” domine chez les électeurs des deux principaux candidats

Il apparaît donc, que parmi les électeurs souhaitant la victoire respective de ces candidats, le choix se fait plus souvent par défaut, parce qu’à leurs yeux, il vaut mieux qu’un candidat soit élu qu’un autre. Ainsi, sur les 52% de Français souhaitant la victoire de Français Hollande, 38% le soutiennent en préférence à Nicolas Sarkozy (et 14% vraiment pour lui-même donc). Autrement dit, parmi les soutiens du candidat socialiste, seul un quart adhère véritablement à sa candidature, et trois quarts s’y rangent “par défaut”, pour faire barrage au président sortant.

S’agissant de Nicolas Sarkozy, ce phénomène est légèrement moins accentué, mais certainement avant tout parce que le président de la République dispose de moins de soutiens. Parmi les 34% de Français qui déclarent souhaiter sa victoire, 14% le font parce qu’ils veulent vraiment que Nicolas Sarkozy effectue un second mandat, et 20% parce qu’ils ne veulent pas d’une victoire du candidat socialiste (soit une proportion de deux tiers de soutiens “par défaut” et d’un tiers par adhésion véritable).

 

Le rejet de Sarkozy est majoritaire (insurmontable ?)

Même si l’engouement suscité par les deux candidats peut apparaître également faible dans les deux camps, une différence de taille apparaît entre les candidats. L’ampleur du rejet suscité par le candidat de l’UMP n’a pas de commune mesure avec celle qui touche le candidat du parti socialiste.  37% des Français déclarent souhaiter “vraiment que François Hollande soit battu”. Concernant Nicolas Sarkozy, cette proportion est largement majoritaire (57%), ce qui explique naturellement que le président sortant soit nettement devancé dans les intentions de vote au second tour par son rival socialiste. Cet handicap majeur qui persiste, à un peu moins de deux mois du scrutin, fait largement douter de la capacité de Nicolas Sarkozy à l’emporter. Mais il sonne également pour un défi pour François Hollande puisque ce sondage accrédite l’idée que le candidat socialiste serait davantage élu sur le rejet de Nicolas Sarkozy que sur ses propres propositions. S’il est élu, le candidat socialiste réussira-t-il à imposer son programme et à convaincre les Français du bien-fondé de ses solutions ?

 

Sondage Ipsos  en partenariat avec Logica Business Consulting pour France télévisions, Radio France et le Monde, réalisé par téléphone les 24 et 25 février 2012 auprès d’un échantillon de 959 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Intentions de vote : des dissonances entre les instituts

A deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, les médias se font l’écho de nombreux sondages d’intentions de vote, réalisé par différents instituts. Ce matin était diffusé par de nombreuses sources (France télévisions, Radio France, Le Monde) un sondage réalisé par l’institut Ipsos les 17 et 18 février*, soit juste après la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. L’enseignement principal de ce sondage étant que l’entrée en campagne du président de la République n’avait eu aucune conséquence dans les intentions de vote, Nicolas Sarkozy recueillant toujours 25% d’intentions de vote (comme au début du mois) et son principal adversaire, François Hollande, toujours 32%.

Or, il n’aura pas échappé aux observateurs qui suivent la parution des différents sondages, que deux études , réalisées sur des périodes proches voire identiques (OpinionWay réalisée également les 17 et 18 février** et Ifop réalisée du 16 au 20 février***), donnent des résultats légèrement différents, bien que la hiérarchie entre les candidats ne varie pas.

1. D’une part ces deux instituts observent une légère augmentation des intentions de vote pour Nicolas Sarkozy suite à sa déclaration de candidature, contrairement à Ipsos. Ainsi, OpinionWay constate une augmentation de 1,5 points par rapport au 8 février. Pour l’Ifop, l’augmentation est même de trois points depuis cette date.

2. L’écart entre les deux principaux candidats varie assez nettement. Le sondage Ipsos donne un très large écart au premier tour entre Français Hollande (32%) et Nicolas Sarkozy (25%) : 7 points. Pour OpinionWay et l’Ifop, cet écart n’est que de deux points ! (29% pour François Hollande et 27% pour Nicolas Sarkozy).

Ipsos
(17-18 février)
OpinionWay
(17-18 février)
Ifop
(16-20 février)
Nathalie Arthaud 0,5 0,5 0,5
Philippe Poutou 0,5 0,5 0
Jean-Luc Mélenchon 9 8 9
François Hollande 32 29 29
Eva Joly 3 2 2,5
François Bayrou 11 13 11
Corine Lepage 1 0,5 1
Dominique de Villepin 1,5 2 2
Nicolas Sarkozy 25 27 27
Frédéric Nihous 0 0,5 0
Nicolas Dupont-Aignan 0,5 0,5 0,5
Marine Le Pen 16 16,5 17,5

Par ailleurs, cette différence dans les niveaux d’intentions de vote se retrouve également au deuxième tour :

Ipsos
(17-18 février)
OpinionWay
(17-18 février)
Ifop
(16-20 février)
François Hollande 59 56 56
Nicolas Sarkozy 41 44 44

Une différence majeure apparaît entre ces deux groupes de sondages (Ifop et OpinionWay d’une part et Ipsos d’autre part) : le mode de recueil de l’information. Alors que les deux premiers sont réalisés via internet, l’étude Ipsos utilise le téléphone. Aujourd’hui, au niveau national, les intentions de vote par internet sont aussi courantes, voire davantage que celles par téléphone, parce qu’elles sont moins coûteuses. On dit souvent que les études par internet seraient moins fiables. Rien n’est moins vrai. En réalité, les études par téléphone, comme celles par internet, ont leur défauts (leurs biais), qu’il faut connaître – et qui sont particulièrement bien connus des professionnels dans les instituts. Par internet, il est plus difficile d’interroger les catégories les plus modestes, tant au niveau de leur revenu que de leur capital culturel (car elles disposent moins que la moyenne d’un accès à internet et se connectent moins régulièrement). Mais par téléphone, certaines catégories de population sont également plus difficiles à contacter : les actifs (plus rarement chez eux) et les jeunes, notamment parce que ceux-ci ne disposent plus d’une ligne téléphone fixe. Bien que la plupart des instituts interrogent désormais également les personnes sur leur portable voire sur des numéros dégroupés (opérateurs alternatifs, offre “triple play”), les sondages téléphoniques sont également porteurs de biais et il ne faut donc pas croire qu’un sondage par téléphone serait automatiquement plus fiable qu’un sondage réalisé par internet. En outre, un sondage par internet permet à la personne interrogée de s’exprimer sans fard, puisqu’aucun enquêteur n’est présent, ce qui peut permettre à certaines personnes d’être plus sincères et de déclarer sincèrement des votes qui peuvent encore être perçus comme “honteux”, notamment le vote Front national, même si cette “honte” tend à s’estomper au fil des années et le FN à gagner en respectabilité.

Pour autant, cette différence de méthodologie suffit-elle à expliquer les écarts constatés ? Elle pourrait en tout cas l’expliquer en partie. En outre, ne l’oublions pas, ces sondages restent soumis à une marge d’erreur, inhérente à la théorie statistique, qui justifie que tous les instituts ne donnent pas exactement les mêmes chiffres. Quant aux souvent invoquées “recettes de redressement” qui expliqueraient toutes les erreurs des sondages, nous rappellerons simplement que tous les instituts redressent leurs résultats à partir de la reconstitution des votes antérieurs (c’est-à-dire en vérifiant que l’échantillon reproduit bien les résultats réels de l’élection présidentielle de 2007 notamment) et utilisent peu ou prou les mêmes méthodes pour disposer, au final, d’un échantillon représentatif sur le plan politique.

Il nous semble intéressant de souligner les différences entre ces études, car l’exploitation des sondages dans les médias est généralement parcellaire, remplaçant un sondage par un autre, trop souvent sans offrir d’analyse approfondie mais seulement en énonçant des chiffres, qui seront remplacés le lendemain par ceux d’un autre sondage. Loin de nous l’idée de vilipender un institut au détriment des autres. Nous ne prétendons pas savoir lequel produit les meilleures intentions de vote et lequel se rapproche le plus de la réalité. Il faut observer les études produites dans leur diversité et en prenant le temps de relever leurs similitudes et différences, ainsi que les évolutions dans le temps. C’est de cette confrontation que naîtront les seules analyses pertinentes.

A nos yeux, ces différentes études restent des outils indispensables pour analyser le rapport de force entre les différents candidats, mais des outils dont l’interprétation doit être prudente et intelligente. Les sondages restent soumis aux effets de contexte, à la méthodologie choisie, à la marge d’erreur. Il convient donc de les interpréter avec un regard avisé sans tomber dans un rejet stérile de ces outils. Car malgré leurs différences dans les résultats, ceux-ci nous apportent tous le même constat :  le rapport de force est clairement, à ce jour, en faveur de François Hollande, qui reste en tête des intentions de vote au premier tour même s’il semble perdre de son avance, et qui, surtout, distance toujours très nettement le président sortant au second.

* Sondage Ipsos pour France télévisions, Radio France et Le Monde, réalisé par téléphone les 17 et 18 février 2012, auprès d’un échantillon de 969 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Les intentions de vote sont établies uniquement auprès des personnes inscrites sur les listes électorales, certaines d’aller voter.

** Sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI, réalisé par internet les 17 et 18 février 2012 auprès d’un échantillon de 975 personnes inscrites sur les listes électorales, issu d’un échantillon de 1045 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

*** Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Paris Match, réalisé par internet du 16 au février 2012, auprès d’un échantillon de 872  personnes inscrites sur les listes électorales, issu d’un échantillon de 926 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Eva Joly et François Bayrou ont des électorats peu structurés

S’il est intéressant de regarder les intentions de vote et leur évolution, afin de savoir quel est le poids relatif des candidats, il ne faut oublier de jauger leur potentiel électoral à la lumière de la “solidité” de leur électorat. En d’autres termes, parmi les électeurs qui aujourd’hui déclarent avoir l’intention de voter pour un candidat, combien sont sûrs de leur choix et combien peuvent encore changer d’avis ?

L’analyse des dernières intentions de vote de l’institut OpinionWay nous permet de connaître cette donnée pour les principaux candidats. Et il apparaît que la sûreté du choix des électeurs varie très significativement selon les candidats.

Eva Joly et François Bayrou : des électorats peu structurés

L’incertitude se révèle particulièrement importante au sein des électorats d’Eva Joly et de François Bayrou. Moins d’une personne déclarant avoir l’intention de voter pour la candidate d’EELV sur deux se déclare sûre de son choix (46%). Pour Français Bayrou, la proportion d’électeurs certains de leur vote est à peine minoritaire (52%). Ceci démontre la fragilité évidente des électorats de ces deux candidats. Dans les semaines à venir, il faudra savoir si Eva Joly et François Bayrou réussissent à convaincre définitivement ces personnes de voter pour eux, ou si ceux-ci se reportent vers un autre candidat (ou vers l’abstention ou le vote blanc ou nul). Plus que jamais, ces deux prétendants à la présidence de la République doivent faire leurs preuves pour renforcer leur socle électoral.

Les électeurs de François Hollande et Nicolas Sarkozy se disent très massivement sûrs de leur choix

Les électorats les plus structurés sont ceux des deux candidats qui occupent la tête des sondages, ce qui vient conforter un peu plus leur domination : 79% des personnes déclarant avoir l’intention de voter pour le candidat socialiste au premier tour se déclarent sûres de ce choix et 80% concernant Nicolas Sarkozy. Il s’agit des degrés de certitudes les plus élevés parmi les principaux candidats.

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen : deux tiers des électeurs déclarent qu’ils ne changeront pas d’avis

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se trouvent dans une situation médiane : 69% des personnes ayant l’intention de voter pour le représentant du Front de gauche et 71% de celles ayant l’intention de voter pour la candidate du Front national se déclarent certaines de leur choix. Il s’agit d’une proportion légèrement supérieure à la moyenne (67% des répondants se déclarant sûrs de leur choix).

 

Ainsi, cet indicateur nous montre que les deux mois qui nous séparent du premier tour de l’élection présidentielle peuvent encore réserver bien des surprises. Mais cette incertitude des électeurs, qui se maintient à des niveaux comparables à ceux qui prévalaient en 2007 à la même époque, peut-elle, en se réduisant, faire changer les tendances ? Là est toute la question.

 

* Sondage OpinionWay pour Le Figaro et LCI, réalisé par internet les 17 et 18 février 2012 auprès d’un échantillon de 975 personnes inscrites sur les listes électorales, issu d’un échantillon de 1045 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. 

Les degrés de certitude concernant les intentions de vote pour les autres candidats que ceux cités dans cet article ne sont pas connus (effectifs trop faibles dans l’échantillon).

François Bayrou ne retrouve que la moitié de son électorat de 2007

L’Ifop réalise régulièrement des sondages d’intentions de vote auprès d’échantillons relativement importants  qui permettent des niveaux de lecture relativement fins. Leur dernière étude* nous permet notamment de constater un élément important : alors que François Bayrou recueille des niveaux élevés d’intentions de vote (12,5% dans ce sondage), il ne retrouve que 50% de son électorat de 2007.

L’électorat de François Bayrou en 2007  plus dispersé que celui des autres principaux candidats

Les électeurs de François Bayrou en 2007 apparaissent particulièrement infidèles en comparaison des autres électorats de 2007. Seul un électeur de François Bayrou en 2007 sur deux déclare son intention de voter de nouveau pour le président du MoDem en 2012. A titre de comparaison, l’électorat de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 se reporte à 78% sur François Hollande, Nicolas Sarkozy retrouve 71% de ses électeurs en 2007, et Marine Le Pen séduit 84% des personnes ayant voté Jean-Marie Le Pen à la précédente élection présidentielle.

Ces résultats démontrent la volatilité évidente de l’électorat de François Bayrou et son caractère composite. Les Français ayant l’intention de voter pour le Béarnais ne sont pas des “fidèles”, votant systématiquement pour le MoDem à chaque élection, ou pas même à chaque élection présidentielle. Le MoDem reste avant tout le parti d’un seul homme, qui, lors de l’élection présidentielle, parvient à séduire largement un public de circonstance autour de la personnalité de François Bayrou, un public qui n’hésitera pas à voter pour un autre parti à la prochaine élection.

Cette incapacité à rassembler de nouveau son potentiel électoral constitue une faiblesse du candidat centriste, mais elle démontre également sa force puisque son haut niveau dans les intentions de vote montre que celui-ci arrive à séduire des électeurs qui n’avaient pas voté pour lui en 2007 (malheureusement, les données fournies par l’Ifop ne permettent pas d’analyser d’où est issu cet électorat).

L’électorat de François Bayrou en 2007 qui ne se reporte pas sur lui en 2012 est principalement un électorat de gauche

De nombreuses études l’avaient montré : en 2007, François Bayrou avait su séduire le centre-gauche et ses électeurs s’étaient largement reportés sur Ségolène Royal au deuxième tour. Le comportement des électeurs n’ayant pas l’intention de mettre de nouveau dans l’urne un bulletin François Bayrou en fait une nouvelle démonstration : 24% déclarent leur intention de voter pour François Hollande et seuls 9% envisagent un vote pour Nicolas Sarkozy. Les votes plus éloignées du positionnement du candidat centriste sont très minoritaires : 6% des électeurs de François Bayrou en 2007 déclarent avoir l’intention de voter pour Marine Le Pen, et la même proportion pour Jean-Luc Mélenchon.

Ainsi, les électeurs n’ayant pas l’intention de voter de nouveau pour François Bayrou se reportent aux deux tiers vers la gauche et à un tiers vers la droite.

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par internet et par téléphone auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1896 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Entre Marine Le Pen et François Hollande, le coeur des ouvriers balance

En avril dernier, un gros titre tiré d’un sondage Ifop avait fait couler beaucoup d’encre : Marine Le Pen dominerait très nettement les intentions de vote des ouvriers français. Qu’en est-il aujourd’hui après l’entrée en campagne de François Hollande ? Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à reconquérir cet électorat qu’il avait su séduire en 2007 par son “travailler plus pour gagner plus” ? Et quid de la place de Jean-Luc Mélenchon, qui affiche depuis quelques semaines son intention de disputer le vote ouvrier au Front national ?

Un sondage Ifop*, réalisé sur un échantillon de taille relativement importante (1723 personnes inscrites sur les listes électorales) permet d’analyser le vote ouvrier dans la perspective de la prochaine élection présidentielle :

- Quand on analyse les intentions de vote des ouvriers, deux candidats se détachent nettement en tête : Marine Le Pen, qui recueille 28% des intentions de vote et François Hollande, avec 27%. Si les deux candidats font pratiquement jeu égal au sein de cette population, la progression du Front national y existe bel et bien. En 2007, Jean-Marie Le Pen n’arrivait qu’en troisième position chez les ouvriers, avec 19% des suffrages**. Marine Le Pen a donc su asseoir l’attractivité de son parti auprès des ouvriers. Le candidat socialiste gagne, quant à lui, peu de points par rapport à Ségolène Royal, qui avait rassemblé 25% du vote ouvrier en 2007.

- Nicolas Sarkozy, en troisième position, est distancé, avec tout de même 17% des intentions de vote. Il avait recueilli 25% des suffrages ouvriers en 2007**. On peut bien parler d’un certain désamour, et cette partie de l’électorat perdue par le candidat de l’UMP semble bien s’être déportée, du moins en partie, vers la dirigeante du Front national.  Néanmoins, le président de la République séduit toujours une part conséquente des ouvriers. Il faudra surveiller, dans les semaines à venir, si son discours centré sur l’importance de la valeur travail arrivera à reconquérir cette frange de l’électorat.

- Jean-Luc Mélenchon recueille 9% d’intentions de vote parmi les ouvriers, ce qui traduit une pénétration au sein de l’électorat ouvrier identique à celle qu’il possède au sein de la population française au global (8,5%). Le candidat du Parti de Gauche est devancé au sein de la population ouvrière par François Bayrou (11%).

- Enfin, il ne faut pas oublier que les ouvriers constituent une catégorie de la population particulièrement encline à l’abstention. Si malheureusement le sondage de l’Ifop ne nous donne pas le chiffre des personnes déclarant avoir l’intention de s’abstenir ou de voter blanc et nul, l’abstention pourrait bien augmenter par rapport à 2007, notamment du fait de la déception que suscite le président sortant. Elle pourrait donc être la grande gagnante chez les ouvriers.

 

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par internet et par téléphone auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1896 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

** Panel Electoral Français (2007) CEVIPOF-Ministère de l’Intérieur, réalisé par l’Ifop par téléphone auprès d’un échantillon de 1847 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. N’ont été interrogées que des personnes inscrites sur les listes électorales.

Seuls 14% des Français souhaitent que la France abandonne l’euro

Alors qu’il est souvent dit que les Français sont de plus en plus eurosceptiques, un sondage Harris interactive* vient battre en brèche cette idée et démontre l’attachement des Français à la monnaie unique. Voici les principaux enseignements de ce sondage :

- 81% des Français souhaitent que la France reste dans la zone euro et seuls 14% espèrent, à l’inverse, que le pays revienne au franc.

- Néanmoins, l’adhésion des Français à la zone euro doit être nuancé. En effet, seul un peu moins d’un Français sur deux (46% exactement) souhaite que la France demeure dans une union monétaire dont les contours seraient identiques à ceux d’aujourd’hui. 35% des Français veulent que certains pays sortent d’une zone euro où la France aurait toujours toute sa place.

- Les clivages sont assez marqués sur cette question. D’abord entre catégories socioprofessionnelles : les catégories supérieures souhaitent majoritairement que la zone euro reste telle qu’elle existe aujourd’hui (55%) alors que les catégories modestes se montrent moins favorables à cette option (41%). Ces dernières sont significativement plus tentées par un retour au franc (19% contre 7% seulement des catégories socioprofessionnelles supérieures).

- Les différences partisanes sont également à relever. Premier enseignement, un sympathisants du Front national sur deux (48%) souhaite un retour au franc. C’est le seul bord politique qui se distingue véritablement sur cette question. Observons cependant que les sympathisants du Front de Gauche adhèrent légèrement plus à la sortie de l’euro que la moyenne, mais dans une proportion sans commune mesure (16%) avec ceux de l’extrême-droite (les sympathisants d’extrême-gauche ne sont pas assez nombreux dans l’échantillon pour permettre d’analyser leur position). Autre fait intéressant, un clivage entre la gauche et la droite s’observe sur le périmètre de la zone euro : alors que les sympathisants de gauche approuvent très majoritairement (67%) le maintien dans la zone euro avec ses frontières actuelles (seuls 24% souhaitant l’exclusion de certains pays),  à droite, le choix est plus partagé entre une zone euro réduite (41%) et une zone euro à 17 (53%).

 

* Sondage Harris interactive pour M6, MSN Actualités et RTL, réalisé en ligne les 9 et 10 février 2012, auprès d’un échantillon de 1025 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

2007-2012 : les préoccupations des Français ont bien changé

Le contexte entre l’élection présidentielle à venir et celle de 2007 a largement changé. Sans parler du paysage politique, des mouvements de fond ont traversé la société française et la mise au premier plan, depuis 2008, de la « crise » avec ces différents soubresauts, a profondément modifié les attentes des Français vis-à-vis du chef de l’Etat français.

La crise inscrit encore davantage le social au cœur des préoccupations

S’il est la principale préoccupation des Français depuis des années, et notamment en 2007, le chômage apparaît, aujourd’hui encore plus qu’hier, comme une inquiétude majeure des Français, sur laquelle les candidats à l’élection présidentielle apparaissent particulièrement attendus. Invités à déterminer les trois thèmes qui pèseront le plus dans leur décision du candidat à l’élection présidentielle parmi les onze proposés, un Français sur deux choisit « la lutte contre le chômage ». Ce thème domine donc très nettement tous les autres. Il est significativement plus cité qu’en 2007 à la même période (+6 points). En outre, il est important de souligner que ce thème gagne nettement plus de terrain parmi les sympathisants de droite (50%, +11 points), que chez ceux de gauche (54%, +4 points). Quelle que soit leur position sur l’échiquier politique, les Français affirment que le chômage constitue le premier déterminant de leur vote.

Comme en 2007, la deuxième préoccupation des Français est l’amélioration du pouvoir d’achat (34%, -2 points par rapport à 2007). Le maintien à un niveau quasi-identique qu’en 2007, alors même que la thématique du « pouvoir d’achat » en tant que telle est moins présente qu’il y a cinq ans, démontre la prééminence des questions sociales dans les attentes des Français. En effet, aucun candidat ne s’est (pour l’instant du moins) prétendu comme « le candidat du pouvoir d’achat », comme avait pu le faire Nicolas Sarkozy en 2007. Les politiques de rigueur prônées par les principaux candidats interdisent des promesses d’amélioration en ce domaine et le thème apparaît particulièrement peu présent dans leur discours.

L’éduction, un enjeu déterminant de cette campagne

Au même niveau que l’amélioration du pouvoir d’achat, les Français citent « l’amélioration de l’école et de l’enseignement » (34%). Cet enjeu se révèle bien plus présent qu’en 2007 (+5 points. Dans la hiérarchie des attentes des Français, il occupe désormais la 2e place ex-æquo alors qu’il n’était qu’au cinquième rang en 2007, devancé par l’amélioration du pouvoir d’achat, le financement de la protection sociale – thème qui a perdu en puissance certainement suite à la réforme des retraites menée par Nicolas Sarkozy – et la lutte contre la pauvreté – même si ce thème demeure stable avec 30% de citations en 2007 et 31% en 2012.

La montée en puissance de ce thème semble jouer en faveur de François Hollande, qui en a fait, à travers la priorité qu’il accorde à la jeunesse, l’un de ces principaux thèmes de campagne.

Par ailleurs, un autre thème fondamental du candidat socialiste, la politique fiscale, gagne également des points par rapport à la précédente élection (24%, +4 points), même si ce sujet ardu reste au deuxième plan des attentes des Français.

 

L’insécurité et l’immigration en net recul

Enseignement majeur à tirer de cette étude, l’importance des thèmes de l’insécurité et de l’immigration, qui avaient largement profités au candidat Nicolas Sarkozy en 2007, recule très nettement. Cette année, seuls 15% des Français citent « la lutte contre l’insécurité » soit une perte de 12 points par rapport à 2007 ! La lutte contre l’immigration clandestine est également moins citée (12%, -5 points) et la chute, si elle est plus faible, est également significative.

Ainsi, les thèmes de prédilection du candidat de l’UMP sont très nettement distancés par les enjeux sociaux, bien plus qu’en 2007. Si Nicolas Sarkozy reste bien plus crédible que François Hollande sur ces enjeux, cette avance n’apparaît pas déterminante pour lui faire remporter l’élection au regard des attentes modérées sur cette question. Néanmoins, ces thèmes pourront servir au président sortant à rassembler son camp puisqu’au sein des sympathisants de droite, ces deux préoccupations demeurent majeures : la lutte contre l’insécurité est citée par 29% des sympathisants de droite (-9 points par rapport à 2007) et la lutte contre l’immigration clandestine 30% (+6 points) (à titre de comparaison, ces deux thèmes sont cités respectivement par 9% et 4% des sympathisants de gauche).

L’environnement passe également au second plan des préoccupations

Autre enjeu dont l’importance décroît nettement aux yeux des électeurs : l’environnement. La protection de l’environnement n’est plus citée que par 16% des personnes interrogées, soit 11 points de moins qu’en 2007. Ceci explique en partie les difficultés de la candidate d’Europe Ecologie – Les Verts à s’imposer dans le débat.

 

Sondage TNS Sofres, réalisé par téléphone les 7 et 8 février 2012, auprès d’un échantillon de 974 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national

En vue de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a entrepris une vraie démarche de crédibilisation économique de son parti, notamment par la biais de la présentation d’un programme détaillé et chiffré au milieu du mois de janvier. La candidate cherche ainsi à combler une faiblesse relative de son parti, qui apparaît traditionnellement comme apportant des solutions relativement irréalistes sur les sujets économiques, de par un programme radical (sortie de l’euro, fermeture des frontières…).

Comme nous l’avons d’ailleurs montré dans l’un de nos précédents articles (forces et faiblesses de Marine Le Pen, à lire ici), la candidate du Front national, malgré des intentions de vote de l’ordre de 18% à 20%, ne convainc pas sur les sujets économiques. Ainsi, parmi les six principaux candidats à l’élection présidentielle (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon), seuls 10% la jugent la plus crédible pour lutter contre le chômage (aucun des candidats 28%, François Hollande 23% et Nicolas Sarkozy 16%), 9% la plus à même de défendre le pouvoir d’achat (aucun des candidats 29%, François Hollande 25% et Nicolas Sarkozy 15%) et 8% la plus capable de réduire la dette publique (aucun des candidats 30%, Nicolas Sarkozy 22% et François Hollande 19%) (1). Ce sondage a été réalisé avant la présentation du programme économique des différents candidats, mais aucune étude n’a depuis lors montré un basculement de l’opinion sur leur crédibilité respective.

Ainsi, la capacité de Marine Le Pen à fédérer des électeurs voulant bousculer le système ne se traduit pas pour autant par une capacité à convaincre du bien-fondé de ses propositions économiques. Le vote pour le Front national demeure un vote protestataire et les Français ne considèrent pas le programme du parti crédible, ce qui vient contrecarrer la volonté de Marine Le Pen de faire du Front national un parti de gouvernement.

Un sondage CSA réalisé les 31 janvier et 1er février confirme ce constat. Il montre que 69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national et qu’à l’inverse, seuls 18% le considèrent crédible.

Néanmoins, parmi les sympathisants du Front national, le programme économique du parti convainc largement : 70% d’entre eux le jugent crédible (et 18% non) même si une ambiguïté demeure. Ainsi, si les sympathisants du FN sont majoritairement favorables à une sortie de l’euro (59%), 38% d’entre eux déclarent qu’ils préfèrent que la France conserve la monnaie unique, alors que la sortie de l’euro reste l’une des mesures phare du programme du Front national.

Enfin, remarquons qu’auprès de ce qu’on pourrait considérer comme un noyau dur du Front national, les électeurs de Jean-Marie Le Pen en 2007 (le FN n’ayant recueilli que 10,44% des voix à cette élection, un faible score comparativement à 2002 et aux intentions de vote pour l’actuelle candidate), 28% des répondants ne jugent pas crédible le programme économique de Marine Le Pen, un score donc nettement supérieur à ce qui s’observe chez l’ensemble des sympathisants FN (18%).

 

(1) Sondage CSA pour BFM TV, 20 minutes et RMC, réalisé par téléphone les 12 et 13 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont ont été extraites 859 personnes inscrites sur les listes électorales en France.

(2) Sondage CSA pour Capital (M6), réalisé par téléphone les 31 janvier et 1er février 2012, auprès d’un échantillon de 1008 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

68% des Français sont favorables à l’anonymat des parrainages à l’élection présidentielle

Comme son père en 2007, Marine Le Pen a largement relayé dans les médias ses difficultés à réunir les 500 signatures d’élus nécessaires pour concourir à l’élection présidentielle. La candidate du Front national dénonce les pressions qui seraient exercées sur les élus accordant leur signature à l’extrême-droite. Elle propose de rendre les parrainages des élus anonymes afin de résoudre cette difficulté et de permettre à l’un des principaux partis français de participer à l’élection présidentielle. Elle a d’ailleurs déposé une question prioritaire de constitutionnalité dans ce sens, qui vient d’être renvoyée au Conseil constitutionnel pour examen par le Conseil d’Etat. Quelle est l’opinion des Français sur la question de l’anonymat des parrainages et sur la situation dans laquelle se trouve Marine Le Pen ?

Près d’un Français sur deux trouverait choquant que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle

Invités à choisir si l’absence de Marine Le Pen serait préjudiciable lors de l’élection présidentielle, 44% des Français se rangent à l’opinion selon laquelle l’incapacité de la candidate du Front national à concourir à l’élection serait choquante car son parti pèse dans l’électorat français, tandis que 45% préfèrent souligner que les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, et qu’en conséquence, elles ne doivent être changées même si cela implique que la candidate du Front national ne puisse se présenter à la fonction suprême (1). Parmi les sympathisants du Front national, l’indignation l’emporte largement : 81% trouveraient en effet choquant que Marine Le Pen ne recueille pas les 500 signatures.

Les Français largement favorables à l’anonymat des parrainages

Dans ce contexte, 68% des Français se déclarent favorables à l’instauration d’une loi qui  imposerait l’anonymat pour les parrainages à l’élection présidentielle et 32% opposés. Cette mesure est largement soutenue par les sympathisants du Front national (83%), mais également par ceux du MoDem (85%), tandis que les sympathisants de gauche (63%) y sont significativement moins favorables que la moyenne (2). L’adhésion à l’anonymat des parrainages est donc nette et les partisans de cette réforme ne se limitent pas aux sympathisants du Front national et aux personnes qui veulent que cette réforme soit engagée pour apporter une solution au “cas Marine Le Pen”. En effet, les deux tiers des Français approuvent cette réforme, soit nettement plus que le nombre de Français qui s’indignent que la candidate du Front national puisse ne pas concourir (44%).

L’anonymat des parrainages est largement préférée à une solution d’ “arrangement” entre les partis, les candidats des grands partis pouvant en effet permettre à un candidat n’ayant pas de réseaux d’élus de se présenter, en demandant à des maires de leur sensibilité d’accorder leur soutien à un autre candidat. 41% des Français sont favorables à ce que des adversaires de Marine Le Pen incitent des maires à accorder leur signature à la représentante du Front national (1). La même proportion y est opposée (41%). C’est naturellement parmi les sympathisants du FN que cette proposition est la plus soutenue (81%), autant que l’anonymat des parrainages.

En outre, près d’un Français sur deux (47%) approuve également la mise en place d’une loi qui permettrait à un maire de parrainer plusieurs candidats à une même élection présidentielle, tandis que 52% y sont opposés (2). Cette mesure reste donc également plus controversée mais son acceptation par 47% des Français démontre que la reconnaissance d’un dysfonctionnement du système de parrainage est bien présente au sein de la population.

Le FN suspecté d’instrumentaliser le débat

Ainsi, une réforme des parrainages permettant l’anonymat est majoritairement approuvée par les Français, mais pour autant, ceux-ci restent partagés sur la réalité des difficultés rencontrées par la présidente du Front national pour recueillir ses 500 parrainages et soupçonnent une instrumentalisation de la question. Si 40% d’entre eux estiment effectivement que la candidate du Front national rencontre des difficultés pour obtenir ses signatures, ils sont autant (41%) à considérer que ceci ne constitue qu’une manœuvre politique.

 

(1) Sondage TNS Sofres et Mediasprim pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(2) Sondage Ifop pour l’association des jeunes de France, réalisé par téléphone le 30 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 805 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.