L’analyse sociologique du vote au second tour : quels clivages socio-économiques ?

Après avoir analysé le vote en fonction de l’âge et du sexe, nous nous intéressons désormais aux caractéristiques socio-économiques : quels candidats ont choisi les Français au second tour de l’élection présidentielle selon leur position face à l’emploi ?

Des inactifs qui ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy et des actifs majoritairement pour François Hollande

La première différence à remarquer est celle qui oppose actifs et inactifs : les premiers votent plus que la moyenne pour François Hollande et lui ont accordé 54% de leurs voix (soit deux points de plus que la moyenne nationale) tandis que les inactifs placent en tête Nicolas Sarkozy, avec 51% des voix contre 49% seulement à son adversaire.

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon le statut professionnel (sondage OpinionWay)

Cette constatation rejoint naturellement le clivage par âge que nous avions remarqué dans notre article précédent : les inactifs sont majoritairement composés de retraités, donc de la frange la plus âgée de la population, une des seules à avoir voté majoritairement pour le candidat sortant. L’analyse du détail par catégorie d’inactifs rejoint effectivement largement les constats effectués par âge :

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon la catégorie d’inactifs (sondage OpinionWay)

Les retraités ont voté à 53% pour Nicolas Sarkozy, soit une sur-performance de 5 points par rapport à l’ensemble de la population pour le président sortant. Les personnes au foyer se prononcent presqu’autant pour le candidat de l’UMP (52%), qu’elles favorisent donc nettement. Cette catégorie étant composée de personnes de tous âges, nous observons donc que le clivage actif/inactif dépasse la question de la date de naissance.

Si l’on compare ces résultats par rapport à ceux de 2007, il apparaît que la progression de la gauche est importante dans ces deux catégories de population acquises à droite et plus particulièrement chez les retraités. Ainsi, lors du précédent scrutin présidentiel, 55% des personnes au foyer avaient voté pour Nicolas Sarkozy (soit trois points de plus qu’aujourd’hui) et surtout 64% des retraités avaient voté pour le candidat de l’UMP. Celui a donc perdu 11 points auprès de cette catégorie en cinq ans.

Enfin, les lycéens et étudiants ont choisi à l’inverse très massivement le candidat socialiste (59%, soit sept points de plus que sa moyenne nationale), un score identique à celui que lui accorde les 18-24 ans dans leur ensemble selon ce même sondage. La comparaison avec les données de 2007 s’avère également sévère pour le chef de l’Etat, qui perd onze points parmi cette catégorie par rapport à la précédente élection présidentielle : en 2007, les étudiants et lycéens avaient voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy (52%).

Parmi les actifs, les cadres et les professions intermédiaires ont davantage voté pour François Hollande que les catégories modestes

Si l’on s’intéresse désormais aux actifs, qui se sont donc prononcés à 54% pour François Hollande, des différences apparaissent selon les catégories socioprofessionnelles mais elles sont moins marquées que celles qui prévalent parmi les inactifs.

Un premier regard nous apprend que les catégories socioprofessionnelles supérieures ont un vote qui ne se distingue pas de celui des catégories socioprofessionnelles modestes. Elles votent en effet à 54% pour François Hollande et 46% pour Nicolas Sarkozy les unes comme les autres. Néanmoins, ceci cache des clivages plus fins.

Si parmi les catégories modestes, il n’y a pas de différence entre le vote des ouvriers (54% pour François Hollande et 46% pour Nicolas Sarkozy) et celui des employés (idem), qui favorisent donc légèrement le candidat de gauche comme l’ensemble des actifs, en revanche parmi les catégories plus aisées, un clivage net se dessine entre d’une part les professions intermédiaires et les cadres, et d’autre part les artisans, commerçants et chefs d’entreprise.

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon la catégorie socioprofessionnelle (CSP) des actifs (sondage OpinionWay)

Ainsi, comme traditionnellement, les artisans, commerçants et chefs d’entreprises se distinguent par un vote clairement plus à droite que la moyenne : 58% d’entre eux déclarent avoir voté pour Nicolas Sarkozy, un score supérieur de 10 points à sa moyenne nationale.

A l’inverse, les cadres supérieurs et les professions intellectuelles votent plus à gauche que l’ensemble de la population et des actifs (57%), comme les professions intermédiaires (56%). Ainsi, par rapport à 2007, le rapport s’inverse. Il y a cinq ans, les cadres avaient voté davantage que les classes populaires pour Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, les ouvriers et les employés ont voté plus à droite que les catégories socioprofessionnelles supérieures. Ainsi, c’est parmi les cadres et les professions intellectuelles que le chef de l’Etat a le plus reculé par rapport à 2007 et moins parmi les ouvriers et les employés qui votaient déjà majoritairement contre lui il y a cinq ans.

Les chômeurs ont très majoritairement voté pour François Hollande

La catégorie socioprofessionnelle constitue donc toujours un clivage remarquable dans l’analyse sociologique du vote. Mais il ne faut s’arrêter à ce critère car d’autres facteurs de différenciation face à l’emploi jouent également fortement. Ainsi, le vote varie également nettement selon le statut professionnel :

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon le statut professionnel des actifs (sondage OpinionWay)

Les personnes travaillant à leur compte ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy (54%, soit 6 points de plus que sa moyenne nationale), ce que laissait déjà apercevoir le vote massif des artisans, commerçants et chefs d’entreprise en sa faveur. Les salariés, qui constituent la grande majorité des actifs, votent à 54% pour François Hollande. Enfin, dernière catégorie d’actifs qui n’avait pas encore été distinguée jusqu’alors, les chômeurs (bien désignés comme actifs selon les catégories de l’INSEE puisqu’ils sont sur le marché du travail), se sont prononcés massivement pour le candidat socialiste : pratiquement les deux tiers d’entre eux (64%) ont choisi le candidat élu.

La sécurité face à l’emploi, un clivage déterminant

Alors que le nombre de précaires ne cesse d’augmenter dans la société, la sécurité face à l’emploi constitue de plus en plus un critère déterminant de l’analyse sociologique. Le comportement électoral des salariés se distingue en effet fortement selon leur type de contrat. Plus le contrat est précaire, plus le vote s’affirme à gauche.

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon le type de contrat (actifs seulement) (sondage OpinionWay)

Ainsi, les salariés en CDI ont voté à 53% pour François Hollande, ceux en CDD à 57% et ceux en intérim à 60%. Si ce critère recoupe en partie les clivages d’âge puisque les jeunes sont surreprésentés parmi les contrats précaires, le vote de la "France des petits boulots", qui apparaît comme particulièrement critique à l’égard du pouvoir politique, devra être suivi car cette partie de la population pourrait rapidement retirer son soutien à François Hollande si la politique de celui-ci n’obtenait pas de résultats rapides et significatifs pour elle. Rappelons d’ailleurs que la dimension "protestataire" du vote de cette catégorie de population s’était largement révélée au premier tour : ainsi, les salariés en intérim ont placé Marine Le Pen en tête de leur vote le 22 avril avec 38% de leurs suffrages (20 points de plus que sa moyenne nationale), et dans une moindre mesure, les salariés en CDD ont voté plus massivement pour la candidate du Front national que la moyenne (24%), en la plaçant en seconde position de leur vote après François Hollande (29%). Parmi ces précaires, le candidat sortant a obtenu au premier tour des scores incroyablement faibles : seulement 11% des intérimaires ont voté pour lui (16 points de moins que sa moyenne nationale, ce qui le plaçait en quatrième position après Marine Le Pen, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon) et 16% des salariés en CDD (11 points de moins que son résultat d’ensemble, en troisième position ex-æquo avec Jean-Luc Mélenchon).

Enfin, critère d’analyse plus classique, la différence entre les salariés du secteur public et du secteur privé est toujours importante face aux urnes. Conformément aux résultats classiques de sociologie politique, les salariés du public ont voté très majoritairement à gauche, tandis que ceux du privé votent presqu’à égalité pour les deux candidats (51% pour François Hollande et 49% pour Nicolas Sarkozy). Ces derniers ont donc légèrement davantage porté de bulletins Sarkozy dans l’urne que l’ensemble de la population.

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon le secteur professionnel (public/privé) (sondage OpinionWay)

Par rapport à 2007, les salariés du secteur privé ont donc "changé de cheval", puisqu’ils avaient alors voté à 51% pour le candidat UMP et à 49% pour Ségolène Royal. Chez les salariés du public, qui avaient pourtant majoritairement voté pour la candidate socialiste en 2007, le gain de François Hollande est très fort (10 points). Le parti socialiste retrouve donc une catégorie de population qui lui est habituellement très favorable.

Conclusion : le candidat des pauvres contre le candidat des riches ?

L’analyse du vote par niveau de revenus du foyer montre une progression linéaire entre celui-ci et le vote pour la droite : plus les revenus sont élevés, plus la propension à voter pour Nicolas Sarkozy est importante.

Le vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon le niveau de revenus mensuel du foyer (sondage OpinionWay)

Néanmoins, cet article montre que cette analyse, pour juste qu’elle soit, apparaît légèrement réductrice car des logiques plus fines sont à l’œuvre dont nous retiendrons les enseignements suivants :

1. Le clivage entre actifs et inactifs demeure particulièrement important, comme celui entre patrons, salariés dans l’emploi et salariés hors de l’emploi.

2. Les catégories socioprofessionnelles supérieures et les professions intermédiaires ont davantage voté pour François Hollande que les employés et les ouvrier, preuve que la gauche peine toujours à séduire les classes populaires, même si celles-ci ont voté majoritairement pour elle.

3. Le vote des personnes en contrat précaire s’est majoritairement tourné vers la gauche mais il comporte une forte dimension protestataire et pourrait davantage relever d’un rejet du sortant que d’une adhésion au discours de François Hollande. Celui-ci devra obtenir des résultats probants pour garder leur soutien.

 

Les résultats analysés pour les résultats du second tour de l’élection présidentielle sont tirés d’un sondage OpinionWay pour le Figaro, réalisé par internet le 6 mai 2012 auprès d’un échantillon de 9582 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales, ayant voté au second tour de l’élection présidentielle.
Parmi les nombreux sondages d’analyse d’électorat du second tour conduits, nous avons préféré celui d’OpinionWay car il offre la plus grande taille d’échantillon, et semble donc le plus fiable pour conduire une analyse par sous-catégories.

Les résultats du premier tour proviennent du sondage OpinionWay pour le Figaro, réalisé par internet le 22 avril 2012 auprès d’un échantillon de 10 418 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales, ayant voté au premier tour de l’élection présidentielle.

Les résultats pour l’élection présidentielle de 2007 sont tirés du "Panel électoral français 2007", enquête Ifop pour le CEVIPOF, réalisée par téléphone auprès d’un échantillon de 1 846 personnes inscrites sur les listes
électorales.

Que disent les premières études d’intentions de vote pour les élections législatives ?

Les élections législatives auront lieu dans un mois et demi. Les premiers sondages d’intentions de vote pour ces élections ont été publiés le soir-même du second tour de l’élection présidentielle. Ceux-ci permettent d’appréhender le rapport de force national entre les différents partis, même si naturellement, les élections législatives, qui se déroulent circonscription par circonscription, dépendent assez largement d’éléments locaux (implantation des candidats et notoriété, enjeux locaux, sociologie électorale dans la circonscription, etc.). Et en tout état de cause, ces sondages ne permettent pas de déterminer le nombre de députés qu’obtiendra chacun des partis. Ils renseignent sur le pourcentage de voix que chaque formation obtiendrait au premier tour auprès de l’ensemble des Français, deux mois après l’élection nationale par excellence qu’est l’élection présidentielle. Cette information a évidemment une importance cruciale, notamment pour appréhender le poids de partis qui ne seront sans doute pas ou symboliquement représentés à l’Assemblée nationale du fait du mode de scrutin majoritaire.

Beaucoup d’interrogations surgissent à quelques semaines de cette élection : la victoire de François Hollande sera-t-elle confirmée par une victoire de la gauche aux élections législatives et si oui, de quelle ampleur serait cette confirmation qui s’est, pour l’heure, toujours produite sous la Cinquième République ? Quel score pour la droite après la défaite de Nicolas Sarkozy alors qu’en 2007, la droite parlementaire avait raflé près de la moitié des suffrages (45,6%) ? Comment le Front national résistera-t-il à une élection traditionnellement moins favorable à cette formation (il avait obtenu 4,3% des suffrages en 2007 après en avoir obtenu 10,44% à l’élection présidentielle) ? Quel avenir pour le Front de gauche après son score à deux chiffres à l’élection présidentielle ? Saura-t-il profiter de l’implantation des élus communistes ou le vote pour Jean-Luc Mélenchon revêtait-il une forte dimension personnelle ? Les électeurs de gauche voteront-ils "utile" dès le premier tour des élections législatives ? Quel score pour Europe Ecologie les Verts en tant que formation alors qu’elle se présente unie avec le PS dans certaines circonscriptions ? La dégringolade du MoDem se poursuivra-t-elle ?

Autant de questions auxquelles les sondages permettent d’apporter un début de réponse. Un début, car nous le rappelons encore, ces sondages donnent le rapport de force à la date de leur réalisation et ne prédisent pas les résultats du scrutin de juin. En un peu plus d’un mois, les lignes peuvent encore bouger, surtout en un contexte politique dense, marqué par les premiers pas du nouveau président.

1. Les deux principaux partis, l’UMP et le PS, au coude-à-coude, dominent largement

Les premiers sondages d’intentions de vote montrent une nette domination des deux principaux partis, qui sont par ailleurs les deux gagnants du mode de scrutin majoritaire qui prévaut lors de ces élections législatives.

La majorité des études placent l’UMP (associée à ses alliés le Nouveau Centre et le parti radical)  légèrement devant le Parti socialiste (et le parti radical de gauche). En moyenne, les six études conduites jusqu’à aujourd’hui placent le PS à 30% d’intentions de vote et l’UMP à 32%, soit pour ces deux partis, un score significativement supérieur à celui qu’ils ont obtenu au premier tour de l’élection présidentielle.

Les premiers sondages d’intentions de vote pour les élections législatives de 2012

Le parti du nouveau président obtient, dans l’étude la plus pessimiste 26% des voix (Harris interactive mais notons que cet institut propose un item "candidat divers gauche", placé ici dans notre tableau dans le "autres", non proposé par les autres instituts et qui explique en partie pourquoi le score du PS est nettement inférieur à celui mesuré par les autres instituts, mais en partie seulement car si on ajoutait ces deux scores, la somme ne serait que de 28%). Le score le plus favorable (32%) est enregistré dans la dernière étude de CSA. Notons également que dans sa précédente enquête, CSA avait placé le PS symboliquement au-dessus de l’UMP (31% contre 30%), ce qu’aucune autre étude n’a confirmé.

Quant à l’UMP, son score s’échelonne entre 30% et 33% selon ces mêmes études. Par ailleurs, CSA montre une progression de trois points en faveur du parti de droite entre ses deux enquêtes, ce que l’institut BVA, qui a réalisé ses deux enquêtes aux mêmes dates, ne confirme pas, montrant un score stable (33% puis 32,5%). Il est encore évidemment trop tôt pour savoir quelles dynamiques sont à l’oeuvre, et seules de nouvelles études peuvent nous permettre de les dessiner. En outre, nous remarquerons que les études conduites le jour du vote, du fait de leur réalisation rapide (en quelques heures) présentent, à nos yeux, une fiabilité plus faible que des études "classiques" réalisées en deux jours. En outre, certaines ont été réalisées avant la connaissance des résultats du premier tour (Ifop), et d’autres en pleine soirée électorale (BVA, CSA et Harris interactive) ce qui peut également avoir une influence non négligeable sur les résultats.Une grande prudence s’impose donc concernant les conclusions que nous pouvons en tirer.

2. Le Front de gauche en dessous de son score de l’élection présidentielle, EELV au-dessus

En moyenne le Front de gauche recueille 9% d’intentions de vote, soit un score légèrement inférieur à celui de Jean-Luc Mélenchon le 22 avril (11,1%). Le score du rassemblement de la gauche radicale varie assez fortement selon les instituts (de 7% pour Harris interactive à 10,5% pour BVA), ce qui nous rappelle par ailleurs que le score de Jean-Luc Mélenchon avait posé difficulté aux instituts de sondage lors du premier tour de l’élection présidentielle puisqu’il avait été estimé en moyenne à 14% trois jours avant le scrutin, soit le plus fort écart constaté pour un candidat entre les sondages réalisés juste avant le scrutin et les résultats réels. Si les instituts en ont évidemment pris acte, ce précédent incite à prendre avec d’autant plus de prudence le score du Front de gauche.

Après les 2,31% d’Eva Joly, EELV obtient en moyenne 4,5% d’intentions de vote (entre 4% et 5% selon les instituts), soit un score quasiment doublé. Ceci ne parait guère surprenant car les écologistes réalisent habituellement de meilleurs scores aux élections législatives qu’à l’élection présidentielle (ainsi en 2007, ils avaient obtenu 3,25% des voix contre 1,57% à l’élection présidentielle) et profitent, de surcroît, de leur accord avec le PS qui leur réserve certaines circonscriptions. Pour autant, EELV reste très en-deça des scores obtenus lors des élections européennes de 2009 (16%) ou des élections régionales de 201%0 (12%) et pâtissent de la force du PS et de la gauche radicale.

3. Le Front national en troisième position dans les intentions de vote

Au premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a rassemblé un nombre de suffrages que le Front national n’avait encore jamais atteint. Le parti d’extrême-droite semble donc en mesure, si ce n’est d’envoyer des députés à l’Assemblée nationale, de largement perturber le jeu électoral en provoquant de nombreuses triangulaires. Au niveau national, les études d’intentions de vote ne montrent, pour l’heure, qu’un faible essoufflement du Front national dans une élection qui ne lui est pourtant pas la plus favorable. En moyenne, le Front national recueille un score de 16% dans les intentions de vote, oscillant entre 12% (dernière étude CSA) et 18% (Ifop).

L’amplitude est donc forte entre les instituts, pour un parti toujours difficile à estimer précisément par les sondages. Et si BVA et surtout CSA semblent dessiner une chute de ce score dans les derniers jours, il convient d’attendre les prochaines études avant de savoir s’il s’agit là d’une réelle tendance. Cependant, un score plus faible semble parfaitement envisageable pour le FN, notamment du fait d’un taux de participation habituellement plus réduit aux élections législatives, qui pourrait jouer en défaveur du parti de Marine Le Pen.

4. Le MoDem en grande difficulté ?

Avec en moyenne 5% des voix (entre 4% et 6% selon les études), le MoDem obtient pratiquement deux fois moins d’intentions de vote que son score à l’élection présidentielle (9,1%). Le parti de François Bayrou, qui avait déjà subi un net effondrement entre les élections présidentielle et législatives en 2007 (passant de 18,6% à 7,6%), semble en passe de rejouer ce mauvais scénario, avec des scores moindres. Les élections législatives, qui favorisent par leur mode de scrutin l’UMP et le PS, apparaissent particulièrement difficiles pour le parti centriste.

L’analyse sociologique du vote au second tour : selon l’âge et le sexe

Les résultats définitifs du second tour sont désormais connus : 51,62% pour François Hollande et 48,38% pour Nicolas Sarkozy. Sous ce résultat d’ensemble, des disparités fortes se cachent selon les catégories de population. Comment les Français ont-ils voté au second tour selon leurs caractéristiques socio-démographiques ?

Le vote selon l’âge : plus complexe que la formule "les jeunes pour Hollande, les plus âgés pour Sarkozy"

L’âge apparaît comme un facteur assez discriminant lors du vote. Il est d’ailleurs bien établi en sociologie électorale que les jeunes sont davantage portés à voter à gauche, tandis que les personnes les plus âgées tendent plus vers la droite. Néanmoins, l’analyse du vote lors de ce second tour apporte des nuances importante à l’idée que plus on serait âge, plus on voterait à droite.

Vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon les tranches d’âge (sondage OpinionWay)

Comme le montre ce graphique, les Français les plus jeunes votent largement plus que la moyenne pour François Hollande (59% contre 51,62% chez l’ensemble de la population), néanmoins, les 50-59 ans ont tout autant voire légèrement davantage voté pour le candidat socialiste (60%). Faut-il y percevoir un vote catégoriel pour l’avenir des retraites de la part de ceux qui vont y entrer dans les prochaines années ?

Hormis cette classe d’âge, la règle "plus on est âgé, plus on vote à droite" est respectée. Les Français âgés de plus de 60 ans votent majoritairement pour le candidat de l’UMP (54%), et le sondage OpinonWay sur lequel nous appuyons notre analyse montre également que Nicolas Sarkozy arrive à l’emporter chez les 35-49 ans (51%). Quant aux 25-34 ans, ils votent majoritairement pour François Hollande (55%).

Le vote selon le sexe : plus de différence entre les hommes et les femmes ?

Alors que les enseignements de la sociologie politique traditionnels montrent que les femmes sont légèrement plus portées à droite que la moyenne, le sondage OpinionWay réalisé le jour du vote montre que cette différence n’est plus prégnante pour le second tour de l’élection présidentielle de 2012 : hommes et femmes ont voté dans les mêmes proportions pour les deux candidats.

Vote au second tour de l’élection présidentielle de 2012 selon les tranches d’âge (sondage OpinionWay)

Le vote des femmes perdrait-il de sa spécificité et l’émancipation féminine gommerait-elle enfin son faible penchant conservateur ? Il convient de ne pas tirer trop vite cette conclusion. Cette absence de différence entre les sexes lors du scrutin, étonnante au regard des constats dressés lors des élections précédentes, n’est confirmée par aucune autre étude de sociologie de l’électorat à ce jour. Les autres instituts de sondage relèvent une légère prime au candidat de l’UMP parmi les femmes. Ainsi, selon CSA, 50% d’entre elles auraient voté pour le candidat sortant, 49% pour TNS Sofres et l’Ifop.

 

Sondage OpinionWay pour le Figaro, réalisé par internet le 6 mai 2012 auprès d’un échantillon de 9582 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales, ayant voté au second tour de l’élection présidentielle.
Parmi les nombreux sondages d’analyse d’électorat du second tour conduits, nous avons préféré celui d’OpinionWay car il offre la plus grande taille d’échantillon, et semble donc le plus fiable pour conduire une analyse par sous-catégories.

Les autres études mentionnées dans cet article sont les suivantes :

- TNS Sofres en partenariat avec Sopra Group pour Sciences Po Bordeaux, Grenoble et Paris : étude réalisée le 6 mai par téléphone auprès d’un échantillon de  1521 personnes, représentatif de l’ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales.
- CSA pour BFM TV, 20 minutes et RMC : étude réalisée le 6 mai par internet auprès d’un échantillon de  2612 personnes, représentatif de l’ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales.
- Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat : étude réalisée le 6 mai par internet auprès d’un échantillon de  1968 personnes, représentatif de l’ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus inscrite sur les listes électorales.


Les derniers sondages pour le second tour prévoyaient un écart légèrement plus important entre les deux candidats

Sans exception, tous les sondages ont donné, tout au long de la campagne, François en tête du second tour de l’élection présidentielle. Mais comment ces sondages résistent-ils à la confrontation avec les résultats réels du vote ?

Pour conduire cette comparaison, il faut d’intéresser aux derniers sondages publiés avant l’interdiction courant durant le week-end du scrutin. Rappelons en effet que les sondages ne sont pas une prédiction du résultat mais mesurent un rapport de force à un instant donné. La confrontation doit donc se faire avec les sondages conduits au plus près de l’échéance électorale, d’autant plus qu’il existe toujours une proportion d’électeurs décidant de leur vote au dernier instant. Si ceux-ci sont nettement minoritaires, d’autant plus pour un second tour où l’offre est restreinte et donc le choix plus aisé, ils représentent tout de même une part conséquente du corps électoral. Selon le sondage "jour du vote" de CSA, 10% des électeurs ont fait leur choix le jour-même et 17% dans l’entre-deux tours.

Les derniers sondages réalisés par les instituts donnaient les scores suivants aux deux candidats (clic pour agrandir) :

Ainsi, en moyenne, le résultat annoncé pour le candidat socialiste était de 53%, variant entre 52% et 53,5%. C’est donc le dernier sondage de l’Ifop qui se rapprochait le plus du résultat réel et donnait même le résultat effectif de dimanche quand on applique la règle de l’arrondi. A l’inverse, c’est le sondage de la TNS Sofres qui se révèle le plus éloigné des résultats réels, avec 53,5% accordés au nouveau président de la République.

Il est important de constater que le sondage de l’Ifop est celui qui a été réalisé le plus près du jour du scrutin puisque c’est le seul effectué en partie vendredi. Et il semble en effet que l’écart entre les derniers sondages parus et les résultats réels résulte d’un resserrement du rapport de force dans les derniers jours avant le scrutin, plus que d’une erreur de mesure des instituts. En effet, toutes les études ont montré un rapprochement des courbes dans l’entre-deux tours, comme le montre par exemple le baromètre de l’Ifop présenté ci-dessous :

Malgré ce resserrement des courbes, le croisement apparaissait très improbable, comme nous l’avions souligné à plusieurs reprises. En effet, les gains de Nicolas Sarkozy, certes réels (3 points entre l’après premier tour et la dernière vague d’enquête avant le second tour), restaient insuffisants. Il n’y a vraiment que dans la dernière étude qu’une réduction de l’écart entre Nicolas Sarkozy et François Hollande s’observait, le candidat UMP obtenant 48% d’intentions de vote. Le score de 47% atteint par Nicolas Sarkozy après l’entre-deux tours avait déjà été enregistré avant le premier tour et ne signait donc pas une véritable dynamique pour le président sortant. Ainsi, la pente d’augmentation de la courbe de Nicolas Sarkozy n’était pas assez forte pour permettre un croisement.

Ainsi, globalement, et malgré les nombreuses critiques qui se sont abattus sur eux, les sondages ne sont pas trompés. Si l’on peut naturellement s’attarder sur l’écart d’un à deux points entre les derniers sondages et les résultats réels (écart qui reste néanmoins compris dans la marge d’erreur), celui-ci résulte plus, à notre sens, d’une évolution du choix des électeurs dans les derniers jours qu’à une erreur dans la mesure, mais la cause de ce différentiel ne pourra naturellement jamais être déterminée avec précision.

En outre, les sondages montrent qu’ils restent essentiels dans l’évaluation des rapports de force politiques. Si certains ont voulu leur substituer d’autres analyses, à l’instar par exemple d’une prédiction du résultat de l’élection par les indicateurs économiques (www.electionscope.fr), les sondages (bien conduits et prudemment interprétés) démontrent aujourd’hui qu’ils restent des outils d’analyse pertinents.

Les estimations des instituts à 20h : justes à quelques décimales près…

Maintenant que les résultats réels sont connus, l’heure est à la confrontation des scores donnés par les instituts dans leurs estimations avec les résultats réels du vote.

Ci-dessous, figurent deux tableaux qui conduisent cette comparaison : le premier présente les estimations fournies à 20h et le deuxième les estimations affinées fournies plus tard dans la soirée (entre 21h et 22h) :

Les estimations des instituts à 20h étaient globalement justes à quelques décimales près. L’institut CSA est celui qui se rapprochait le plus du score final avec 51,8% pour François Hollande et 48,2% pour Nicolas Sarkozy, soit seulement 0,2 point d’écart. Ipsos et Harris interactive ont fourni les mêmes estimations avec 51,9% pour le candidat socialiste et 48,1% pour le président sortant, soit un écart de 0,3 point aux résultats réels. Enfin, TNS Sofres s’éloignait le plus du résultat final, avec 52% pour François Hollande et 48% pour Nicolas Sarkozy.

Ainsi, globalement, les estimations étaient très proches des résultats effectifs du scrutin. Tous les instituts ont surestimé de quelques décimales le score du candidat socialiste (et donc sous-estimé d’autant celui de son rival), mais l’écart est très faible.

En outre, au cours de la soirée, Harris interactive et Ipsos ont diffusé des résultats affinés qui collaient à 0,1 point près avec les résultats réels connus ce matin.

Confrontation des derniers sondages d’intentions de vote et des premières estimations

Les premières estimations ont été diffusées à 20h. Elles accordent entre 48,0% et 48,2% pour Nicolas Sarkozy et 51,8% et 52% pour François Hollande. Ce dernier avait été invariablement donné gagnant du second tour depuis le début de la campagne par les différents sondages.

Les dernières études d’intentions de vote, réalisées quelques jours avant le scrutin, lui accordaient entre 52% et 53,5% des voix, avec une tendance au resserrement entre les deux candidats dans la dernière semaine de l’entre-deux tours.

Pour rappel, le derniers sondages parus avant l’interdiction de publication étaient les suivants (clic pour agrandir) :


Ainsi, les derniers sondages, réalisés dans leur majorité le jeudi avant le second tour, donnait un écart entre les candidats qui semble, au regard des premières estimations, un peu plus large que les résultats du vote. Cet écart reste néanmoins réduit (1,5 points au maximum, inexistant au mieux).

En outre, le resserrement entre les courbes observés tout au long de l’entre-deux tours laissait à penser que l’écart final entre les candidats serait effectivement un peu plus réduit que la moyenne donnée par ces dernières études, et il est à cet égard intéressant de remarquer que c’est l’Ifop qui semble avoir donné le score le plus proche du résultat réel, et que c’est l’étude qui a été réalisée le plus tard (terrain courant jusqu’au vendredi).

Avant de tirer des conclusions définitives, il convient néanmoins d’attendre les résultats définitifs du second tour. Une comparaison plus fine pourra alors être établie.

Second tour de la présidentielle : les différentes estimations à 20h

Les instituts de sondage produisant des estimations donnent tous des chiffres très proches à 20h, accordant entre 51,8% et 52,0% à François Hollande et 48,0% et 48,2% pour Nicolas Sarkozy.

Pour rappel, les estimations précédentes sont diffusés dans les médias suivants :

- TNS Sofres : TF1, LCI et RTL
- Ipsos : France télévisions, Radio France et Le Monde
- CSA : BFM TV, Canal + , I-télé, RMC et 20 minutes
- Harris interactive : M6

Comparaison entre les taux de participation à 12h et 17h et la participation finale

Les jours d’élection, dès 12h, le ministère de l’Intérieur livre le taux de participation partiel au scrutin. S’ensuit alors un jeu de comparaison pour essayer d’estimer le taux de participation final (et souvent des suppositions pour savoir quel candidat est avantagé par cette baisse ou hausse de la participation).

Pour ce second tour de l’élection présidentielle, le taux de participation était de 30,66% à 12h et de 71,96%à 17h, soit des scores supérieurs au premier tour, mais nettement inférieurs à ceux de 2007 (respectivement 34,11% et 75,11%).

Voici un rappel des taux de participation partiels et finaux en France métropolitaine pour l’élection présidentielle depuis 1981 (clic pour agrandir) :

Le taux de participation à 12h au second tour est plus élevé que celui du 1er tour, mais cela ne constitue en aucun cas une surprise. Comme le montre ce tableau, il s’agit là d’une règle qui n’a jamais été démentie à l’élection présidentielle depuis 1981.

Quant à l’estimation du taux final à partir du taux de 12h, il s’agit là d’un exercice très complexe, voire impossible. Ainsi, en 2007, la hausse du taux de participation à 12h de près de trois points au second tour s’est traduite, au final, par une participation identique aux premiers et seconds tours. En 2002, la hausse finale était au contraire plus grande que celle de 12h. 2002 était naturellement un second tour atypique, mais une hausse de la participation finale largement plus forte que celle de 12h s’était également produite en 1988.

Les difficultés sont relativement identiques à partir du taux à 17h, l’histoire montrant également que la participation a évolué assez différemment de la fin de l’après-midi à la fermeture des bureaux selon les scrutins. Néanmoins, la prévision qui peut être faite à partir de ces chiffres est logiquement plus proche de l’abstention réelle, puisque construite à partir d’un résultat obtenu alors qu’une majorité des Français se sont déjà rendus aux urnes.

Resserrement des courbes au second tour mais Hollande toujours nettement en tête

Aujourd’hui paraissent les derniers sondages d’intention de vote avant la période d’interdiction de ceux-ci. Tous, sans exception, montrent un resserrement des courbes entre Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Voici un récapitulatif des derniers sondages parus avant le second tour (clic pour agrandir) :


Ainsi, en moyenne, les instituts donnent le rapport de force suivant : 53% pour François Hollande et 47% pour Nicolas Sarkozy. Les scores varient très peu entre les différents instituts : entre 52% et 53,3% pour le candidat socialiste et entre 46,5% et 48% pour le président sortant.

La tendance sur ces derniers jours montre que l’avance du candidat socialiste s’effrite légèrement :  le 1er mai, la moyenne des derniers sondages publiés donnait 54% pour François Hollande et 46% Nicolas Sarkozy. En quelques jours, l’écart s’est donc resserré de deux points entre les deux candidats. Faut-il pour autant en déduire que tout est possible et que Nicolas Sarkozy pourrait l’emporter le jour du scrutin ?

Si l’écart est désormais compris dans la marge d’erreur, il faut bien comprendre que la répétition de mesures donnant François Hollande en tête avec environ 53% des voix rend très fortement improbable que le rapport de force actuel soit très éloigné de ces chiffres. Il n’y a qu’une infime probabilité que la marge d’erreur des sondages, qui ne doit évidemment pas être négligée, joue toujours dans le même sens (c’est-à-dire qu’elle donne uniquement des mesures autour de 53%-47% plusieurs fois de suite alors que le rapport réel est de 50%-50%).

En outre, le niveau de certitude de l’électorat est fort, comme traditionnellement au second tour d’une élection, le choix étant plus aisé quand il est resserré. 92% des électeurs se déclarent sûrs de leur choix pour le second tour selon le dernier sondage de TNS Sofres (les autres instituts donnant des résultats comparables). Si évidemment ces 8% d’indécis peuvent numériquement faire changer le rapport de force, il faudrait que pratiquement tous ceux-ci se reportent sur Nicolas Sarkozy. Or, les études montrent que ces indécis ne se comportent pas très différemment du reste du corps électoral : ils ne présentent pas une propension à voter plus pour l’un ou l’autre candidat et devraient donc se répartir assez équitablement entre François Hollande et Nicolas Sarkozy sans en favoriser un de manière décisive.

Plus que dans la marge d’erreur ou dans la proportion d’indécis, c’est dans les mouvements qui pourraient se produire dans l’électorat dans les derniers jours que peut résider l’incertitude. La mobilisation des Français inscrits sur les listes électorales constitue toujours un des éléments les plus difficiles à apprécier dans un sondage. Le niveau de participation global et la mobilisation différenciée entre différents électorats pourrait influer sur le résultat final, même s’il y a très peu de chance qu’ils arrivent à bousculer le rapport de force actuel. En outre, il faut toujours rappeler qu’un sondage donne le rapport de force au moment de sa réalisation et n’est pas une prédiction. Ainsi, des événements de campagne intervenant après les dates d’interrogation de l’échantillon peuvent venir faire bouger les lignes (il faudra notamment voir si la position annoncée de François Bayrou incitera davantage son électorat à se reporter sur François Hollande), mais seul un événement majeur semble aujourd’hui à même de renverser la vapeur.

En conclusion, si les sondages ne peuvent naturellement pas nous donner avec une certitude absolue le nom du vainqueur le 6 mai, au regard de ces différentes études, la victoire de Nicolas Sarkozy apparaît très fortement improbable.

Comment la campagne de l’entre-deux tours modifie-t-elle le rapport de force ?

Après le moment-phare de l’entre-deux tours que représente le débat entre les deux candidats restant en lice, et à quelques jours du scrutin, il est intéressant de s’interroger sur les mouvements de l’électorat entre le premier et le second tour de l’élection. Pour conclure le fameux débat, le candidat Nicolas Sarkozy a fait un clair appel du pied aux électeurs du Front national, mais également à ceux de François Bayrou et aux abstentionnistes. Les prises de position récentes du chef de l’Etat, notamment avec sa proposition d’une présomption de légitime défense pour les policiers – présente dans le programme du Front national – et un discours recentré sur les craintes de l’électorat frontiste en matière d’immigration et de mondialisation, ont déclenché de nombreuses réactions à gauche.

De son côté, le candidat socialiste rappelle qu’il tient à s’adresser à tous les Français, et notamment aux électeurs de Marine Le Pen. Il ne dévie pour autant pas de sa ligne, et semble davantage capitaliser sur son avance et sur le rejet et la déception que peut susciter Nicolas Sarkozy au sein de la population.

Dans quelle mesure cette "drague" des électeurs du Front national fonctionne-t-elle ? Permet-elle au président sortant de réduire l’écart avec le candidat socialiste ? Comment réagissent les 9% d’électeurs de François Bayrou face à cette campagne ? Autant de questions auxquelles permettent de répondre l’analyse des sondages d’intentions de vote pour le second tour.

 

Les 19% d’électeurs de Marine Le Pen : une population stratégique mais ancrée dans ses choix

Nicolas Sarkozy et ses soutiens ont largement défendu l’idée que les cartes seraient rebattues à l’orée de l’entre-deux tours et que l’avance du candidat socialiste au second tour, indiscutable dans les sondages d’intentions de vote  conduits avant le 22 avril, s’effacerait rapidement. Or, dans la réalité, l’électorat qui était déjà très déterminé sur son choix de second tour, choix par définition plus simple car l’offre est resserrée, maintient largement les positions déjà arrêtées. Les différents sondages réalisés avant le débat montre une grande constance des reports de voix, notamment ceux des électeurs du Front national, en dépit des efforts des deux candidats pour attirer à eux cet électorat stratégique.

L’évolution donnée par l’Ifop dans ses intentions de vote quotidiennes démontre cette stabilité. Ces reports de voix, à prendre avec grande prudence car ils portent sur une partie seulement de l’échantillon et donc sur des effectifs assez faibles (de l’ordre de 200 personnes), évoluent de la manière suivante depuis le 22 avril :

On le voit, les évolutions sont peu importantes : près d’un électeur sur deux (environ 45%) ayant mis un bulletin Marine Le Pen dans l’urne au premier tour, votera pour Nicolas Sarkozy au second. L’évolution au cours de l’entre-deux tours n’est pas significative au regard de la taille du sous-échantillon.

Quatre électeurs de Marine Le Pen sur dix ne se prononcent pas, déclarent qu’ils s’abstiendront ou voteront blanc ou nul. Les effets de la déclaration de la candidate lors du 1er mai, faisant part de sa décision de voter blanc à titre personnel, s’ils existent, ne seraient sans doute pas encore visibles dans les dernières vagues d’enquête. Il conviendra de regarder si davantage d’électeurs décident d’adopter la posture de leur présidente, mais cela semble relativement peu probable, eu égard à la proportion déjà forte de personnes ne choisissant aucun des candidats, et à la posture de Marine Le Pen, refusant de dicter un choix à ses électeurs. Néanmoins, un mouvement n’est pas à exclure.

Enfin, seule une faible proportion des électeurs de Marine Le Pen se tourne vers François Hollande au second tour. Elle représente toutefois près d’un de ses électeurs sur cinq. Une tendance à un léger reflux du report de voix sur le candidat socialiste apparaît, par ailleurs confirmé par les études de CSA (de 27% le 22 avril, les reports pour le candidat socialiste diminuent à 23%) et d’Ipsos (de 18% à 14%). Celle-ci semble s’effectuer davantage au profit de l’abstention et du vote blanc que du vote en faveur de Nicolas Sarkozy.

 

Les 9% d’électeurs de François Bayrou : de plus en plus séduits par Nicolas Sarkozy ?

Moins important en taille, l’électorat de François Bayrou n’en est pas moins stratégique pour les deux candidats, même s’il est apparu moins courtisé. Parmi les 9% d’électeurs du candidat du MoDem, certaines évolutions semblent se dessiner dans cette campagne d’entre-deux tours.

L’outil barométrique de l’Ifop dessine les tendances suivantes (à prendre avec encore plus de précautions que celles portant sur l’électorat de Marine Le Pen, les effectifs étant deux fois moindres) :

- En premier lieu, l’abstention et votes blanc et nul gagnent du terrain dans les intentions des électeurs. L’Ifop montre que la proportion de personnes refusant de choisir entre les deux candidats double. Néanmoins, ce résultat doit être pris avec des pincettes : les instituts CSA et Ipsos qui livrent également le report de voix de ces électeurs, infirment cette tendance.

- Ensuite, parmi l’électorat centriste, Nicolas Sarkozy semble reprendre le dessus sur François Hollande. Les résultats de l’Ifop montrent que cette inversion est plutôt à imputer à une diminution du report des voix vers le candidat socialiste qu’à un gain du candidat de l’UMP. Ipsos, qui enregistre lui aussi que Nicolas Sarkozy repasse en tête parmi l’électorat de François Bayrou, l’impute à une augmentation du report en faveur du président sortant. Quant à CSA, il démontre également cette légère poussée de Nicolas Sarkozy mais dans la dernière vague d’enquête de cet institut, François Hollande séduit toujours davantage cet électorat que Nicolas Sarkozy : dans son enquête du soir du premier tour, les électeurs de François Bayrou sont 40% à se prononcer pour le candidat socialiste et 25% pour le candidat UMP ; dans le sondage réalisé les 24 et 25 avril, ces scores passent respectivement de 42% (+2 points) pour François Hollande et à 36% (+11 points) pour Nicolas Sarkozy.

 

Conclusion : l’écart se resserre légèrement mais reste important

Au global, les intentions de vote pour les deux candidats varient peu depuis le 22 avril. Un léger resserrement est enregistré par la plupart des instituts mais le candidat socialiste reste largement en tête. Les scores les plus favorables le créditent de 53% des voix contre 47% à son adversaire.

Les derniers sondages ne nous montrent pas encore l’effet du débat d’entre-deux tours, mais l’histoire nous montre que celui-ci n’a jamais eu un effet significatif, et l’écart entre les deux candidats est tel (de l’ordre de 6 à 8 huit points selon les études), qu’on voit mal comment pourrait se retourner un rapport de force si favorable à François Hollande, d’autant plus que le candidat de droite, s’il n’a pas failli, n’a pas non plus ébloui mercredi soir.

Le léger resserrement des courbes observé ces derniers jours peut notamment être imputé à un report des voix des électeurs de François Bayrou qui devient plus favorable à Nicolas Sarkozy. Mais la faiblesse relative de cet électorat et l’évolution somme toute réduite qui s’y produit ne semble pas pouvoir annoncer un renversement de tendance entre les deux candidats. Les effets de mobilisation du corps électoral auront également une importance capitale : dans quelle mesure les électorats des candidats non qualifiés pour le second tour se mobiliseront-ils ? Et combien d’électeurs n’ayant pas participé au premier tour viendront voter au second ? L’histoire des scrutins montre que la participation est toujours plus forte au second tour : à quel candidat cette mobilisation profitera-t-elle ?

Quoiqu’il en soit, plus le second tour se rapproche, plus les études se succèdent, plus l’hypothèse d’un croisement des courbes apparaît improbable.