Seuls 31% des Français sont satisfaits du quinquennat de Nicolas Sarkozy

A l’heure où le président de la République redevient un candidat comme presque tous les autres, il apparaît particulièrement handicapé par son bilan. Seuls 31% des Français se déclarent satisfaits de l’action qu’il a mené durant ses cinq ans de présidence, une satisfaction qui se révèle, en outre, pour le moins modérée : 3% se déclarent “très satisfaits” et 28% “plutôt satisfaits”*.

Plus des deux tiers des Français se disent mécontents de l’action du président et parmi ceux-ci, 36% s’affirment même “très mécontents” (et 31% “plutôt mécontents”), ce qui démontre, au-delà de l’importance du rejet, sa force. De surcroît, il est intéressant de remarquer que ce n’est pas l’accumulation de cinq années de pouvoir qui a déçu les Français. En effet, en avril 2008, un an après l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, 72% des Français se déclaraient déjà insatisfaits de son action (42% “plutôt mécontents” et 30% “très mécontents”). Nicolas Sarkozy a donc perdu très vite le crédit qui l’a porté à la présidence et “l’état de grâce” se révéla particulièrement court (cf notamment notre article sur l’évolution de la popularité de Nicolas Sarkozy). Durant les quatre années suivantes, s’est renforcé un peu plus le pôle de ses plus forts détracteurs, la part de Français se déclarant “très mécontents” passant de 30% à 36% entre 2008 et 2012.

Il est éclairant d’observer la satisfaction à l’égard du quinquennat de Nicolas Sarkozy parmi les différents électorats qui se dessinent pour l’élection présidentielle. Premier constat, au sein des électeurs prêts à accorder un nouveau mandat au président sortant, l’enthousiasme vis-à-vis du bilan n’est pas de mise. Si, sans surprise, ceux-ci se déclarent quasi-unanimement satisfaits du quinquennat (91%), seuls 9% se disent en être “très satisfaits” et 82% “plutôt”.

A gauche, sans trop de suspense non plus, le rejet est particulièrement marqué : 95% des électeurs ayant l’intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon se déclarent mécontents (et 76% “très”), 96% de ceux de François Hollande (et 61% “très”) et 91% de ceux d’Eva Joly (et 62% “très”).

Au sein de l’électorat centriste, l’insatisfaction est pratiquement aussi importante qu’à gauche : 85% des électeurs potentiels de François Bayrou sont mécontents du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Néanmoins, il est très important de noter que ce mécontentement très majoritaire n’est pas aussi fortement ancré et que “seules” 25% des personnes ayant l’intention de voter pour le candidat du MoDem se déclarent “très mécontentes” (contre 36% des Français en moyenne). Six électeurs potentiels de François Bayrou sur dix se déclarent “plutôt mécontents” du bilan du président de la République.

Enfin, c’est parmi les électeurs potentiels de Marine Le Pen que la situation est la plus mitigée : 22% d’entre eux se déclarent satisfaits et 78% mécontents du quinquennat, soit un taux de satisfaction plus faible que la moyenne de la population (31% de satisfaits et 69% de mécontents), mais plus élevé qu’à gauche ou au centre. En revanche, une part importante des électeurs frontistes se déclarent “très mécontente” (37%, et 41% “plutôt mécontente”) et affiche donc un rejet clair du président sortant.

 

Globalement, l’insatisfaction très majoritaire vis-à-vis du bilan de Nicolas Sarkozy dans tous les électorats (hormis évidemment le sien) explique largement les mauvais reports de voix qui s’effectuent pour lui dans les intentions de vote de second tour. Si le président de la République parvient à tutoyer François Hollande au premier tour, il accuse toujours un retard très conséquent au second, car il ne parvient pas à capter suffisamment le vote centriste et de l’extrême-droite.

 

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par questionnaire auto-administré en ligne et par téléphone du 23 au 26 février, auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1903 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus .

** Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Paris Match, réalisé par internet et par téléphone les 17 et 18 avril 2008 auprès d’un échantillon de 956 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Qui veut vraiment l’élection de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ?

Au-delà de l’exercice convenu des intentions de vote, certains sondages permettent de mesurer l’adhésion réelle aux candidats qui concourent à l’élection présidentielle. Car il existe une différence entre l’intention de voter pour un candidat et la volonté réelle que celui-ci occupe la fonction suprême. Combien ne votent que par défaut, pour contrer un candidat plutôt qu’en réelle faveur de l’autre ? Quel engouement suscite d’un côté un président sortant qui a déçu par ses actions et irrité par son style, de l’autre côté un candidat socialiste choisi une fois le “champion” Dominique Strauss-Kahn écarté de la course, un candidat souvent décrié comme trop “mou” et trop consensuel ?

Un sondage Ipsos nous renseigne sur l’attitude des Français à l’égard des deux principaux candidats à l’élection présidentielle.

 

Seuls 14% des Français souhaitent réellement la victoire de François Hollande, et la même proportion celle de Nicolas Sarkozy

Le “champion des sondages”, qui domine largement les intentions de vote au second tour, ne suscite l’adhésion pleine et entière que de 14% des Français, qui déclarent que “c’est vraiment lui que [je] veux voir élu”. Et, de la même manière, 14% des Français souhaitent réellement la victoire du président sortant.

Ainsi, les candidats des deux principaux partis n’enthousiasment qu’une faible partie des électeurs, ce qui vient accréditer la théorie d’une campagne qui ne suscite que peu de passion.

 

Le choix “par défaut” domine chez les électeurs des deux principaux candidats

Il apparaît donc, que parmi les électeurs souhaitant la victoire respective de ces candidats, le choix se fait plus souvent par défaut, parce qu’à leurs yeux, il vaut mieux qu’un candidat soit élu qu’un autre. Ainsi, sur les 52% de Français souhaitant la victoire de Français Hollande, 38% le soutiennent en préférence à Nicolas Sarkozy (et 14% vraiment pour lui-même donc). Autrement dit, parmi les soutiens du candidat socialiste, seul un quart adhère véritablement à sa candidature, et trois quarts s’y rangent “par défaut”, pour faire barrage au président sortant.

S’agissant de Nicolas Sarkozy, ce phénomène est légèrement moins accentué, mais certainement avant tout parce que le président de la République dispose de moins de soutiens. Parmi les 34% de Français qui déclarent souhaiter sa victoire, 14% le font parce qu’ils veulent vraiment que Nicolas Sarkozy effectue un second mandat, et 20% parce qu’ils ne veulent pas d’une victoire du candidat socialiste (soit une proportion de deux tiers de soutiens “par défaut” et d’un tiers par adhésion véritable).

 

Le rejet de Sarkozy est majoritaire (insurmontable ?)

Même si l’engouement suscité par les deux candidats peut apparaître également faible dans les deux camps, une différence de taille apparaît entre les candidats. L’ampleur du rejet suscité par le candidat de l’UMP n’a pas de commune mesure avec celle qui touche le candidat du parti socialiste.  37% des Français déclarent souhaiter “vraiment que François Hollande soit battu”. Concernant Nicolas Sarkozy, cette proportion est largement majoritaire (57%), ce qui explique naturellement que le président sortant soit nettement devancé dans les intentions de vote au second tour par son rival socialiste. Cet handicap majeur qui persiste, à un peu moins de deux mois du scrutin, fait largement douter de la capacité de Nicolas Sarkozy à l’emporter. Mais il sonne également pour un défi pour François Hollande puisque ce sondage accrédite l’idée que le candidat socialiste serait davantage élu sur le rejet de Nicolas Sarkozy que sur ses propres propositions. S’il est élu, le candidat socialiste réussira-t-il à imposer son programme et à convaincre les Français du bien-fondé de ses solutions ?

 

Sondage Ipsos  en partenariat avec Logica Business Consulting pour France télévisions, Radio France et le Monde, réalisé par téléphone les 24 et 25 février 2012 auprès d’un échantillon de 959 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

François Bayrou ne retrouve que la moitié de son électorat de 2007

L’Ifop réalise régulièrement des sondages d’intentions de vote auprès d’échantillons relativement importants  qui permettent des niveaux de lecture relativement fins. Leur dernière étude* nous permet notamment de constater un élément important : alors que François Bayrou recueille des niveaux élevés d’intentions de vote (12,5% dans ce sondage), il ne retrouve que 50% de son électorat de 2007.

L’électorat de François Bayrou en 2007  plus dispersé que celui des autres principaux candidats

Les électeurs de François Bayrou en 2007 apparaissent particulièrement infidèles en comparaison des autres électorats de 2007. Seul un électeur de François Bayrou en 2007 sur deux déclare son intention de voter de nouveau pour le président du MoDem en 2012. A titre de comparaison, l’électorat de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 se reporte à 78% sur François Hollande, Nicolas Sarkozy retrouve 71% de ses électeurs en 2007, et Marine Le Pen séduit 84% des personnes ayant voté Jean-Marie Le Pen à la précédente élection présidentielle.

Ces résultats démontrent la volatilité évidente de l’électorat de François Bayrou et son caractère composite. Les Français ayant l’intention de voter pour le Béarnais ne sont pas des “fidèles”, votant systématiquement pour le MoDem à chaque élection, ou pas même à chaque élection présidentielle. Le MoDem reste avant tout le parti d’un seul homme, qui, lors de l’élection présidentielle, parvient à séduire largement un public de circonstance autour de la personnalité de François Bayrou, un public qui n’hésitera pas à voter pour un autre parti à la prochaine élection.

Cette incapacité à rassembler de nouveau son potentiel électoral constitue une faiblesse du candidat centriste, mais elle démontre également sa force puisque son haut niveau dans les intentions de vote montre que celui-ci arrive à séduire des électeurs qui n’avaient pas voté pour lui en 2007 (malheureusement, les données fournies par l’Ifop ne permettent pas d’analyser d’où est issu cet électorat).

L’électorat de François Bayrou en 2007 qui ne se reporte pas sur lui en 2012 est principalement un électorat de gauche

De nombreuses études l’avaient montré : en 2007, François Bayrou avait su séduire le centre-gauche et ses électeurs s’étaient largement reportés sur Ségolène Royal au deuxième tour. Le comportement des électeurs n’ayant pas l’intention de mettre de nouveau dans l’urne un bulletin François Bayrou en fait une nouvelle démonstration : 24% déclarent leur intention de voter pour François Hollande et seuls 9% envisagent un vote pour Nicolas Sarkozy. Les votes plus éloignées du positionnement du candidat centriste sont très minoritaires : 6% des électeurs de François Bayrou en 2007 déclarent avoir l’intention de voter pour Marine Le Pen, et la même proportion pour Jean-Luc Mélenchon.

Ainsi, les électeurs n’ayant pas l’intention de voter de nouveau pour François Bayrou se reportent aux deux tiers vers la gauche et à un tiers vers la droite.

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par internet et par téléphone auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1896 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Entre Marine Le Pen et François Hollande, le coeur des ouvriers balance

En avril dernier, un gros titre tiré d’un sondage Ifop avait fait couler beaucoup d’encre : Marine Le Pen dominerait très nettement les intentions de vote des ouvriers français. Qu’en est-il aujourd’hui après l’entrée en campagne de François Hollande ? Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à reconquérir cet électorat qu’il avait su séduire en 2007 par son “travailler plus pour gagner plus” ? Et quid de la place de Jean-Luc Mélenchon, qui affiche depuis quelques semaines son intention de disputer le vote ouvrier au Front national ?

Un sondage Ifop*, réalisé sur un échantillon de taille relativement importante (1723 personnes inscrites sur les listes électorales) permet d’analyser le vote ouvrier dans la perspective de la prochaine élection présidentielle :

- Quand on analyse les intentions de vote des ouvriers, deux candidats se détachent nettement en tête : Marine Le Pen, qui recueille 28% des intentions de vote et François Hollande, avec 27%. Si les deux candidats font pratiquement jeu égal au sein de cette population, la progression du Front national y existe bel et bien. En 2007, Jean-Marie Le Pen n’arrivait qu’en troisième position chez les ouvriers, avec 19% des suffrages**. Marine Le Pen a donc su asseoir l’attractivité de son parti auprès des ouvriers. Le candidat socialiste gagne, quant à lui, peu de points par rapport à Ségolène Royal, qui avait rassemblé 25% du vote ouvrier en 2007.

- Nicolas Sarkozy, en troisième position, est distancé, avec tout de même 17% des intentions de vote. Il avait recueilli 25% des suffrages ouvriers en 2007**. On peut bien parler d’un certain désamour, et cette partie de l’électorat perdue par le candidat de l’UMP semble bien s’être déportée, du moins en partie, vers la dirigeante du Front national.  Néanmoins, le président de la République séduit toujours une part conséquente des ouvriers. Il faudra surveiller, dans les semaines à venir, si son discours centré sur l’importance de la valeur travail arrivera à reconquérir cette frange de l’électorat.

- Jean-Luc Mélenchon recueille 9% d’intentions de vote parmi les ouvriers, ce qui traduit une pénétration au sein de l’électorat ouvrier identique à celle qu’il possède au sein de la population française au global (8,5%). Le candidat du Parti de Gauche est devancé au sein de la population ouvrière par François Bayrou (11%).

- Enfin, il ne faut pas oublier que les ouvriers constituent une catégorie de la population particulièrement encline à l’abstention. Si malheureusement le sondage de l’Ifop ne nous donne pas le chiffre des personnes déclarant avoir l’intention de s’abstenir ou de voter blanc et nul, l’abstention pourrait bien augmenter par rapport à 2007, notamment du fait de la déception que suscite le président sortant. Elle pourrait donc être la grande gagnante chez les ouvriers.

 

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par internet et par téléphone auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1896 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

** Panel Electoral Français (2007) CEVIPOF-Ministère de l’Intérieur, réalisé par l’Ifop par téléphone auprès d’un échantillon de 1847 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. N’ont été interrogées que des personnes inscrites sur les listes électorales.

Seuls 14% des Français souhaitent que la France abandonne l’euro

Alors qu’il est souvent dit que les Français sont de plus en plus eurosceptiques, un sondage Harris interactive* vient battre en brèche cette idée et démontre l’attachement des Français à la monnaie unique. Voici les principaux enseignements de ce sondage :

- 81% des Français souhaitent que la France reste dans la zone euro et seuls 14% espèrent, à l’inverse, que le pays revienne au franc.

- Néanmoins, l’adhésion des Français à la zone euro doit être nuancé. En effet, seul un peu moins d’un Français sur deux (46% exactement) souhaite que la France demeure dans une union monétaire dont les contours seraient identiques à ceux d’aujourd’hui. 35% des Français veulent que certains pays sortent d’une zone euro où la France aurait toujours toute sa place.

- Les clivages sont assez marqués sur cette question. D’abord entre catégories socioprofessionnelles : les catégories supérieures souhaitent majoritairement que la zone euro reste telle qu’elle existe aujourd’hui (55%) alors que les catégories modestes se montrent moins favorables à cette option (41%). Ces dernières sont significativement plus tentées par un retour au franc (19% contre 7% seulement des catégories socioprofessionnelles supérieures).

- Les différences partisanes sont également à relever. Premier enseignement, un sympathisants du Front national sur deux (48%) souhaite un retour au franc. C’est le seul bord politique qui se distingue véritablement sur cette question. Observons cependant que les sympathisants du Front de Gauche adhèrent légèrement plus à la sortie de l’euro que la moyenne, mais dans une proportion sans commune mesure (16%) avec ceux de l’extrême-droite (les sympathisants d’extrême-gauche ne sont pas assez nombreux dans l’échantillon pour permettre d’analyser leur position). Autre fait intéressant, un clivage entre la gauche et la droite s’observe sur le périmètre de la zone euro : alors que les sympathisants de gauche approuvent très majoritairement (67%) le maintien dans la zone euro avec ses frontières actuelles (seuls 24% souhaitant l’exclusion de certains pays),  à droite, le choix est plus partagé entre une zone euro réduite (41%) et une zone euro à 17 (53%).

 

* Sondage Harris interactive pour M6, MSN Actualités et RTL, réalisé en ligne les 9 et 10 février 2012, auprès d’un échantillon de 1025 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national

En vue de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a entrepris une vraie démarche de crédibilisation économique de son parti, notamment par la biais de la présentation d’un programme détaillé et chiffré au milieu du mois de janvier. La candidate cherche ainsi à combler une faiblesse relative de son parti, qui apparaît traditionnellement comme apportant des solutions relativement irréalistes sur les sujets économiques, de par un programme radical (sortie de l’euro, fermeture des frontières…).

Comme nous l’avons d’ailleurs montré dans l’un de nos précédents articles (forces et faiblesses de Marine Le Pen, à lire ici), la candidate du Front national, malgré des intentions de vote de l’ordre de 18% à 20%, ne convainc pas sur les sujets économiques. Ainsi, parmi les six principaux candidats à l’élection présidentielle (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon), seuls 10% la jugent la plus crédible pour lutter contre le chômage (aucun des candidats 28%, François Hollande 23% et Nicolas Sarkozy 16%), 9% la plus à même de défendre le pouvoir d’achat (aucun des candidats 29%, François Hollande 25% et Nicolas Sarkozy 15%) et 8% la plus capable de réduire la dette publique (aucun des candidats 30%, Nicolas Sarkozy 22% et François Hollande 19%) (1). Ce sondage a été réalisé avant la présentation du programme économique des différents candidats, mais aucune étude n’a depuis lors montré un basculement de l’opinion sur leur crédibilité respective.

Ainsi, la capacité de Marine Le Pen à fédérer des électeurs voulant bousculer le système ne se traduit pas pour autant par une capacité à convaincre du bien-fondé de ses propositions économiques. Le vote pour le Front national demeure un vote protestataire et les Français ne considèrent pas le programme du parti crédible, ce qui vient contrecarrer la volonté de Marine Le Pen de faire du Front national un parti de gouvernement.

Un sondage CSA réalisé les 31 janvier et 1er février confirme ce constat. Il montre que 69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national et qu’à l’inverse, seuls 18% le considèrent crédible.

Néanmoins, parmi les sympathisants du Front national, le programme économique du parti convainc largement : 70% d’entre eux le jugent crédible (et 18% non) même si une ambiguïté demeure. Ainsi, si les sympathisants du FN sont majoritairement favorables à une sortie de l’euro (59%), 38% d’entre eux déclarent qu’ils préfèrent que la France conserve la monnaie unique, alors que la sortie de l’euro reste l’une des mesures phare du programme du Front national.

Enfin, remarquons qu’auprès de ce qu’on pourrait considérer comme un noyau dur du Front national, les électeurs de Jean-Marie Le Pen en 2007 (le FN n’ayant recueilli que 10,44% des voix à cette élection, un faible score comparativement à 2002 et aux intentions de vote pour l’actuelle candidate), 28% des répondants ne jugent pas crédible le programme économique de Marine Le Pen, un score donc nettement supérieur à ce qui s’observe chez l’ensemble des sympathisants FN (18%).

 

(1) Sondage CSA pour BFM TV, 20 minutes et RMC, réalisé par téléphone les 12 et 13 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont ont été extraites 859 personnes inscrites sur les listes électorales en France.

(2) Sondage CSA pour Capital (M6), réalisé par téléphone les 31 janvier et 1er février 2012, auprès d’un échantillon de 1008 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

68% des Français sont favorables à l’anonymat des parrainages à l’élection présidentielle

Comme son père en 2007, Marine Le Pen a largement relayé dans les médias ses difficultés à réunir les 500 signatures d’élus nécessaires pour concourir à l’élection présidentielle. La candidate du Front national dénonce les pressions qui seraient exercées sur les élus accordant leur signature à l’extrême-droite. Elle propose de rendre les parrainages des élus anonymes afin de résoudre cette difficulté et de permettre à l’un des principaux partis français de participer à l’élection présidentielle. Elle a d’ailleurs déposé une question prioritaire de constitutionnalité dans ce sens, qui vient d’être renvoyée au Conseil constitutionnel pour examen par le Conseil d’Etat. Quelle est l’opinion des Français sur la question de l’anonymat des parrainages et sur la situation dans laquelle se trouve Marine Le Pen ?

Près d’un Français sur deux trouverait choquant que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle

Invités à choisir si l’absence de Marine Le Pen serait préjudiciable lors de l’élection présidentielle, 44% des Français se rangent à l’opinion selon laquelle l’incapacité de la candidate du Front national à concourir à l’élection serait choquante car son parti pèse dans l’électorat français, tandis que 45% préfèrent souligner que les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, et qu’en conséquence, elles ne doivent être changées même si cela implique que la candidate du Front national ne puisse se présenter à la fonction suprême (1). Parmi les sympathisants du Front national, l’indignation l’emporte largement : 81% trouveraient en effet choquant que Marine Le Pen ne recueille pas les 500 signatures.

Les Français largement favorables à l’anonymat des parrainages

Dans ce contexte, 68% des Français se déclarent favorables à l’instauration d’une loi qui  imposerait l’anonymat pour les parrainages à l’élection présidentielle et 32% opposés. Cette mesure est largement soutenue par les sympathisants du Front national (83%), mais également par ceux du MoDem (85%), tandis que les sympathisants de gauche (63%) y sont significativement moins favorables que la moyenne (2). L’adhésion à l’anonymat des parrainages est donc nette et les partisans de cette réforme ne se limitent pas aux sympathisants du Front national et aux personnes qui veulent que cette réforme soit engagée pour apporter une solution au “cas Marine Le Pen”. En effet, les deux tiers des Français approuvent cette réforme, soit nettement plus que le nombre de Français qui s’indignent que la candidate du Front national puisse ne pas concourir (44%).

L’anonymat des parrainages est largement préférée à une solution d’ “arrangement” entre les partis, les candidats des grands partis pouvant en effet permettre à un candidat n’ayant pas de réseaux d’élus de se présenter, en demandant à des maires de leur sensibilité d’accorder leur soutien à un autre candidat. 41% des Français sont favorables à ce que des adversaires de Marine Le Pen incitent des maires à accorder leur signature à la représentante du Front national (1). La même proportion y est opposée (41%). C’est naturellement parmi les sympathisants du FN que cette proposition est la plus soutenue (81%), autant que l’anonymat des parrainages.

En outre, près d’un Français sur deux (47%) approuve également la mise en place d’une loi qui permettrait à un maire de parrainer plusieurs candidats à une même élection présidentielle, tandis que 52% y sont opposés (2). Cette mesure reste donc également plus controversée mais son acceptation par 47% des Français démontre que la reconnaissance d’un dysfonctionnement du système de parrainage est bien présente au sein de la population.

Le FN suspecté d’instrumentaliser le débat

Ainsi, une réforme des parrainages permettant l’anonymat est majoritairement approuvée par les Français, mais pour autant, ceux-ci restent partagés sur la réalité des difficultés rencontrées par la présidente du Front national pour recueillir ses 500 parrainages et soupçonnent une instrumentalisation de la question. Si 40% d’entre eux estiment effectivement que la candidate du Front national rencontre des difficultés pour obtenir ses signatures, ils sont autant (41%) à considérer que ceci ne constitue qu’une manœuvre politique.

 

(1) Sondage TNS Sofres et Mediasprim pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(2) Sondage Ifop pour l’association des jeunes de France, réalisé par téléphone le 30 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 805 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.


Seuls 35% des Français sont favorables à la TVA sociale

Dimanche dernier, lors de son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a annoncé la mise en place de la TVA sociale, après de longs mois de tergiversation. A trois mois de l’élection présidentielle, le pari est risqué, l’annonce de cette mesure étant réputée avoir faire perdre un nombre conséquent de sièges à la droite aux élections législatives de 2007.

Comment les Français réagissent-ils à l’annonce de cette mesure ?

Un refus majoritaire de la TVA sociale

Seuls 35% des Français se déclarent favorables à la TVA sociale annoncée par Nicolas Sarkozy dimanche dernier, c’est à-dire le passage d’un taux normal de TVA de 19,6% à 21,2% au 1er octobre 2012, pour compenser la suppression des cotisations patronales destinées à la branche famille sur les salaires allant de 1,6 SMIC à 2,2 SMIC. 63% des Français s’opposent à cette mesure, dont 33% “tout à fait”. Le rejet est donc particulièrement fort et s’affirme encore plus largement parmi les catégories modestes (73% des employés et 80% des ouvriers). Il se révèle moins intense chez les cadres (57%), les retraités (54%) et naturellement auprès des chefs d’entreprise et des artisans (57%). Néanmoins,  même parmi ces catégories de population, le refus de la mesure se révèle nettement majoritaire, démontrant à quel point la TVA sociale suscite la réticence des Français.

L’annonce de Nicolas Sarkozy divise en fonction des préférences partisanes. Le président de la République recueille le soutien des sympathisants de l’UMP, qui approuvent à 73% sa mesure (24% s’y opposant). A gauche, le rejet est quasi-unanime puisque seuls 14% des sympathisants se déclarent favorables à la mesure annoncée par Nicolas Sarkozy. Le refus concerne également plus des deux tiers des sympathisants du Front national (69%). Au MoDem, les avis sont plus partagés mais une majorité des sympathisants du parti de François Bayrou rejette la TVA sociale (55% contre 43% favorables).

Plus que les modalités, c’est le principe même de la TVA sociale qui est rejeté. Alors que la hausse de la TVA se révèle relativement modeste (+1,6 points) à l’aune de ce qui a pu être évoqué ces dernières semaines (une hausse de l’ordre de 4 ou 5 points), les Français s’opposent aussi massivement à la mesure dont les modalités sont aujourd’hui définies qu’au principe même de la TVA sociale. Au début du mois, l’institut CSA avait interrogé les Français sur leur adhésion au principe d’une hausse de la TVA en contrepartie d’une baisse des charges patronales sur les salaires, et le niveau de refus s’était révélé identique : 64% des Français s’opposaient au principe de la TVA sociale et 33% s’y montraient favorables.

Un refus motivé par la crainte d’une hausse des prix

73% des Français estiment que la mise en place de la mesure de TVA sociale annoncée par Nicolas Sarkozy se traduira par une hausse des prix à la consommation (dont 47% “oui, tout à fait”) et 69% considèrent qu’elle pèsera davantage sur le pouvoir d’achat des catégories modestes que sur celui des plus aisées (dont 47% “oui, tout à fait”). Ainsi, la crainte d’une hausse des prix se révèle très présente et les trois quarts des Français l’estiment conséquente à la mise en place de la TVA sociale. Par conséquent, la mesure est perçue comme défavorables aux plus modestes, plus impactés par les hausses des prix, ce qui explique sans doute par ailleurs pourquoi les catégories populaires s’opposent davantage à la mesure.

En outre, la contrepartie attendue de la hausse de la TVA, à savoir l’augmentation de la compétitivité des entreprises françaises, n’est pas reconnue par les Français : seuls 35% d’entre eux estiment que la mise en place de la TVA sociale permettra à l’industrie française d’être plus compétitive sur les marchés internationaux et 62% se déclarent en désaccord avec cette idée. La mesure apparaît donc, aux yeux des Français, comme une stratégie perdant-perdant, dont ni le consommateur, ni les entreprises ne tireront bénéfice.

Sondage CSA pour l’Humanité, réalisé par téléphone les 31 janvier et 1er février 2012, auprès d’un échantillon de 1008 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Les résultats complets ici.

Chiffres du jour : l’adhésion aux réformes proposées par Nicolas Sarkozy

Dimanche dernier, le président de la République a annoncé plusieurs réformes d’importance lors de son intervention télévisée. Comment ses propositions sont-elles accueillies par les Français ?

Une forte adhésion à la taxation des transactions financières et à l’encouragement de l’apprentissage

78% des Français estiment que la mise en place d’une taxe de 0,1% sur les transactions financières constitue une bonne mesure. Par ailleurs, la même proportion (78%) approuve les mesures proposées par Nicolas Sarkozy concernant l’apprentissage, qui consistent à rendre obligatoire le fait d’avoir au moins 5% d’apprentis dans les entreprises de plus de 250 salariés, sous peine de sanctions financières doublées.

Ces deux mesures se révèlent assez consensuelles puisqu’elles sont mêmes approuvées très majoritairement des sympathisants de gauche : 77% d’entre eux approuvent la taxe sur les transactions financières et 75% les mesures concernant l’apprentissage.

Plus d’un Français sur deux approuve l’augmentation de la CSG sur les revenus financiers

57% des Français se disent favorables à l’augmentation de deux points de la CSG sur les revenus financiers afin de permettre une baisse des charges patronales sur les salaires. Mais un Français sur quatre (39%) se déclare opposé à cette mesure, certainement plus du fait de sa finalité (la diminution des charges patronales) que sur le principe d’une plus forte taxation des produits financiers. Celle-ci est en effet largement acceptée par l’opinion, très favorable à faire peser sur les privilégiés un effort fiscal accru  en cette période de crise.

De fait, le clivage politique joue d’ailleurs assez sensiblement sur cette question : l’augmentation de la CSG sur les revenus financiers est approuvée par 78% des sympathisants de l’UMP et seulement 48% des sympathisants de gauche.

Les Français sont partagés concernant la facilitation de la construction des logements

Un Français sur deux (48%) adhère à la proposition formulée par Nicolas Sarkozy d’augmenter de 30% la taille possible des constructions immobilières et un Français sur deux (47%) s’y oppose.

Il s’agit là d’une mesure qui scinde fortement les camps politiques. Seuls un tiers des sympathisants de gauche (32%) porte un jugement favorable sur cette mesure qui va profiter aux propriétaires, tandis que huit sympathisants de l’UMP sur dix (79%) l’approuvent.

Un rejet majoritaire des accords compétitivité-emploi et surtout de l’augmentation de la TVA

Seuls 42% des Français considèrent comme une bonne mesure les accords compétitivité-emploi qui permettront, au niveau de chaque entreprise, d’introduire des accords concernant le temps de travail et les salaires. Une majorité des répondants (55%) s’oppose à cette mesure pouvant remettre en cause les 35 heures. Un tiers des Français estiment même que la mise en place de ces accords au niveau de l’entreprise constituent une “très mauvaise” décision.

Cette proposition divise fortement. Les sympathisants de gauche y sont très largement opposés : seuls 16% d’entre eux considèrent ces accords comme une bonne mesure. La remise en cause des 35 heures séduit en revanche grandement les sympathisants UMP (89%) mais aussi une majorité des sympathisants du FN (61%) et du MoDem (59%).

La mesure la plus impopulaire demeure l’augmentation du taux de TVA de 19,6% à 21,2% afin de permettre une diminution des cotisations patronales sur les salaires. Seuls 28% des Français l’approuvent et 69% jugent qu’il s’agit d’une mauvaise mesure. Quatre Français sur dix (42%) considèrent même qu’il s’agit d’une “très mauvaise mesure”.

Si l’on s’intéresse au clivage politique, il apparaît que cette augmentation de la TVA ne fédère que les sympathisants de l’UMP, qui l’approuve aux trois quarts (76%). A gauche, le rejet est massif (seuls 8% des sympathisants de gauche estimant qu’il s’agit d’une bonne mesure). Et seul un tiers des sympathisants FN (33%) et MoDem (36%) adhèrent à la mesure proposée par Nicolas Sarkozy.

Sondage BVA pour Orange, la presse régionale et RTL, réalisé par internet les 30 et 31 janvier, auprès d’un échantillon de 1 448 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Chiffre du jour : 0,5% d’intentions de vote pour Jean-Pierre Chevènement

Jean-Pierre Chevènement a annoncé ce matin son retrait de la course à l’élection présidentielle. Il n’a pas indiqué à quel candidat il allait se rallier. Ce n’est pas la faiblesse persistante du candidat dans les intentions de vote qui devrait susciter les convoitises. L’ancien ministre de l’Intérieur devra plutôt compter sur sa valeur “symbolique” : son positionnement original à gauche, notamment son attachement à la souveraineté nationale, et son aura personnelle d’ancien ministre.

Les sondages d’intentions de vote conduits depuis l’annonce de la candidat du président du Mouvement citoyen et républicain, début novembre, ont révélé que la candidature de Jean-Pierre Chevènement ne rencontrait guère d’écho dans l’opinion. Bien loin de ses 5,33% à l’élection présidentielle en 2002 ou de sa position de troisième homme dans les sondages au début de l’année 2002, l’ancien ministre socialiste était crédité, dans les dernières études, de 0,5% ou même de moins dans les sondages. Le score le plus élevé obtenu par Jean-Pierre Chevènement fut de 3% (sondage BVA du 18 et 19 novembre 2011).