Comment la campagne de l’entre-deux tours modifie-t-elle le rapport de force ?

Après le moment-phare de l’entre-deux tours que représente le débat entre les deux candidats restant en lice, et à quelques jours du scrutin, il est intéressant de s’interroger sur les mouvements de l’électorat entre le premier et le second tour de l’élection. Pour conclure le fameux débat, le candidat Nicolas Sarkozy a fait un clair appel du pied aux électeurs du Front national, mais également à ceux de François Bayrou et aux abstentionnistes. Les prises de position récentes du chef de l’Etat, notamment avec sa proposition d’une présomption de légitime défense pour les policiers – présente dans le programme du Front national – et un discours recentré sur les craintes de l’électorat frontiste en matière d’immigration et de mondialisation, ont déclenché de nombreuses réactions à gauche.

De son côté, le candidat socialiste rappelle qu’il tient à s’adresser à tous les Français, et notamment aux électeurs de Marine Le Pen. Il ne dévie pour autant pas de sa ligne, et semble davantage capitaliser sur son avance et sur le rejet et la déception que peut susciter Nicolas Sarkozy au sein de la population.

Dans quelle mesure cette "drague" des électeurs du Front national fonctionne-t-elle ? Permet-elle au président sortant de réduire l’écart avec le candidat socialiste ? Comment réagissent les 9% d’électeurs de François Bayrou face à cette campagne ? Autant de questions auxquelles permettent de répondre l’analyse des sondages d’intentions de vote pour le second tour.

 

Les 19% d’électeurs de Marine Le Pen : une population stratégique mais ancrée dans ses choix

Nicolas Sarkozy et ses soutiens ont largement défendu l’idée que les cartes seraient rebattues à l’orée de l’entre-deux tours et que l’avance du candidat socialiste au second tour, indiscutable dans les sondages d’intentions de vote  conduits avant le 22 avril, s’effacerait rapidement. Or, dans la réalité, l’électorat qui était déjà très déterminé sur son choix de second tour, choix par définition plus simple car l’offre est resserrée, maintient largement les positions déjà arrêtées. Les différents sondages réalisés avant le débat montre une grande constance des reports de voix, notamment ceux des électeurs du Front national, en dépit des efforts des deux candidats pour attirer à eux cet électorat stratégique.

L’évolution donnée par l’Ifop dans ses intentions de vote quotidiennes démontre cette stabilité. Ces reports de voix, à prendre avec grande prudence car ils portent sur une partie seulement de l’échantillon et donc sur des effectifs assez faibles (de l’ordre de 200 personnes), évoluent de la manière suivante depuis le 22 avril :

On le voit, les évolutions sont peu importantes : près d’un électeur sur deux (environ 45%) ayant mis un bulletin Marine Le Pen dans l’urne au premier tour, votera pour Nicolas Sarkozy au second. L’évolution au cours de l’entre-deux tours n’est pas significative au regard de la taille du sous-échantillon.

Quatre électeurs de Marine Le Pen sur dix ne se prononcent pas, déclarent qu’ils s’abstiendront ou voteront blanc ou nul. Les effets de la déclaration de la candidate lors du 1er mai, faisant part de sa décision de voter blanc à titre personnel, s’ils existent, ne seraient sans doute pas encore visibles dans les dernières vagues d’enquête. Il conviendra de regarder si davantage d’électeurs décident d’adopter la posture de leur présidente, mais cela semble relativement peu probable, eu égard à la proportion déjà forte de personnes ne choisissant aucun des candidats, et à la posture de Marine Le Pen, refusant de dicter un choix à ses électeurs. Néanmoins, un mouvement n’est pas à exclure.

Enfin, seule une faible proportion des électeurs de Marine Le Pen se tourne vers François Hollande au second tour. Elle représente toutefois près d’un de ses électeurs sur cinq. Une tendance à un léger reflux du report de voix sur le candidat socialiste apparaît, par ailleurs confirmé par les études de CSA (de 27% le 22 avril, les reports pour le candidat socialiste diminuent à 23%) et d’Ipsos (de 18% à 14%). Celle-ci semble s’effectuer davantage au profit de l’abstention et du vote blanc que du vote en faveur de Nicolas Sarkozy.

 

Les 9% d’électeurs de François Bayrou : de plus en plus séduits par Nicolas Sarkozy ?

Moins important en taille, l’électorat de François Bayrou n’en est pas moins stratégique pour les deux candidats, même s’il est apparu moins courtisé. Parmi les 9% d’électeurs du candidat du MoDem, certaines évolutions semblent se dessiner dans cette campagne d’entre-deux tours.

L’outil barométrique de l’Ifop dessine les tendances suivantes (à prendre avec encore plus de précautions que celles portant sur l’électorat de Marine Le Pen, les effectifs étant deux fois moindres) :

- En premier lieu, l’abstention et votes blanc et nul gagnent du terrain dans les intentions des électeurs. L’Ifop montre que la proportion de personnes refusant de choisir entre les deux candidats double. Néanmoins, ce résultat doit être pris avec des pincettes : les instituts CSA et Ipsos qui livrent également le report de voix de ces électeurs, infirment cette tendance.

- Ensuite, parmi l’électorat centriste, Nicolas Sarkozy semble reprendre le dessus sur François Hollande. Les résultats de l’Ifop montrent que cette inversion est plutôt à imputer à une diminution du report des voix vers le candidat socialiste qu’à un gain du candidat de l’UMP. Ipsos, qui enregistre lui aussi que Nicolas Sarkozy repasse en tête parmi l’électorat de François Bayrou, l’impute à une augmentation du report en faveur du président sortant. Quant à CSA, il démontre également cette légère poussée de Nicolas Sarkozy mais dans la dernière vague d’enquête de cet institut, François Hollande séduit toujours davantage cet électorat que Nicolas Sarkozy : dans son enquête du soir du premier tour, les électeurs de François Bayrou sont 40% à se prononcer pour le candidat socialiste et 25% pour le candidat UMP ; dans le sondage réalisé les 24 et 25 avril, ces scores passent respectivement de 42% (+2 points) pour François Hollande et à 36% (+11 points) pour Nicolas Sarkozy.

 

Conclusion : l’écart se resserre légèrement mais reste important

Au global, les intentions de vote pour les deux candidats varient peu depuis le 22 avril. Un léger resserrement est enregistré par la plupart des instituts mais le candidat socialiste reste largement en tête. Les scores les plus favorables le créditent de 53% des voix contre 47% à son adversaire.

Les derniers sondages ne nous montrent pas encore l’effet du débat d’entre-deux tours, mais l’histoire nous montre que celui-ci n’a jamais eu un effet significatif, et l’écart entre les deux candidats est tel (de l’ordre de 6 à 8 huit points selon les études), qu’on voit mal comment pourrait se retourner un rapport de force si favorable à François Hollande, d’autant plus que le candidat de droite, s’il n’a pas failli, n’a pas non plus ébloui mercredi soir.

Le léger resserrement des courbes observé ces derniers jours peut notamment être imputé à un report des voix des électeurs de François Bayrou qui devient plus favorable à Nicolas Sarkozy. Mais la faiblesse relative de cet électorat et l’évolution somme toute réduite qui s’y produit ne semble pas pouvoir annoncer un renversement de tendance entre les deux candidats. Les effets de mobilisation du corps électoral auront également une importance capitale : dans quelle mesure les électorats des candidats non qualifiés pour le second tour se mobiliseront-ils ? Et combien d’électeurs n’ayant pas participé au premier tour viendront voter au second ? L’histoire des scrutins montre que la participation est toujours plus forte au second tour : à quel candidat cette mobilisation profitera-t-elle ?

Quoiqu’il en soit, plus le second tour se rapproche, plus les études se succèdent, plus l’hypothèse d’un croisement des courbes apparaît improbable.

 

J-1 : Récapitulatif des dernières études d’intentions de vote de premier tour

Un jour avant le scrutin, les instituts de sondage ne peuvent plus publier aucune étude d’intentions de vote. Hier, tous les principaux instituts ont donc rendu publique la dernière vague d’enquête de leur baromètre, réalisée généralement les mercredi 18 et jeudi 19 avril.

Que montrent ces différentes études ? D’abord, que l’ordre d’arrivée des deux favoris est incertain. Si l’on reprend les résultats des huit instituts ayant publié des intentions de vote, trois placent Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité au premier tour (TNS Sofres, l’Ifop et OpinionWay) et cinq accordent la première place à François Hollande (Ipsos, CSA, BVA, Harris interactive et LH2). La comparaison entre les différents instituts montre donc un rapport de force au premier tour favorable au candidat socialiste mais la prudence doit rester de mise : l’écart entre le candidat de l’UMP et du PS entre dans la marge d’erreur et les sondages ne permettent pas de connaître avec certitude l’ordre d’arrivée.

Ensuite, pour la troisième place en revanche, les instituts s’accordent : c’est Marine Le Pen qui s’impose, mais elle devant Jean-Luc Mélenchon de quelques points seulement. Les jeux restent donc ouverts du fait de marge d’erreur et des mouvements qui peuvent s’effectuer dans l’électorat au cours des derniers jours de scrutin, où beaucoup d’électeurs se décident. Avec environ 10% des intentions de vote, François Bayrou semble lui distancé et devrait, selon toute vraisemblance perdre la place qu’il occupait au scrutin de 2007.

Enfin, si les instituts présentent des résultats qui divergent légèrement parfois, globalement, ils retracent les mêmes tendances lourdes et les scores en valeur attribués aux différents candidats varient peu selon l’institut, comme le montre le tableau récapitulatif en fin d’article.

Revenons sur les dernières intentions de vote des cinq principaux instituts.

TNS Sofres : François Hollande et Nicolas Sarkozy à égalité au premier tour, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de 4 points

La dernière étude TNS Sofres place François Hollande et Nicolas Sarkozy à égalité au premier avec 27% des intentions de vote. Il s’agit, pour le candidat socialiste, d’un certain reflux de son potentiel électoral : ce score apparaît en effet comme le plus bas qu’il ait enregistré dans les études conduites par TNS Sofres depuis sa désignation comme candidat du parti socialiste. Cette légère chute de l’ordre de 3 points depuis mars est sans doute à imputer en partie à la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon à la même période.

Pour le candidat de l’UMP, ce score de 27% correspond à la moyenne des résultats qu’il a pu enregistrer depuis le début de la campagne. Après un pic à 29% observé fin mars, il retrouve les niveaux obtenus lorsqu’il est entré officiellement en campagne.

Pour la troisième place, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de 4 points. La candidate recueille 17% d’intentions de vote, un score dans la moyenne haute des résultats obtenus depuis le début de la campagne. Le candidat du Front de gauche, après un pic à 16% la semaine dernière, apparaît en perte de vitesse (13%, -3 points en une semaine). Quant à François Bayrou, avec 10% d’intentions de vote, il a perdu la quatrième place qu’il occupait jusque fin mars. Ses intentions de vote stagnent et régressent même légèrement par rapport à ces scores entre fin janvier et mi-mars. Il apparaît donc distancé par un Jean-Luc Mélenchon qui connaît une dynamique forte à partir de cette date. Néanmoins, là encore, l’écart entre les deux candidats demeure compris dans la marge d’erreur.

Ipsos : François Hollande progresse et prend la tête du premier tour à un Nicolas Sarkozy en perte de vitesse, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de deux points

La semaine dernière, l’institut Ipsos plaçait les deux favoris à égalité dans son baromètre d’intentions de vote. Dans sa dernière vague d’enquête, Ipsos montre un rapport de force qui a nettement évolué. D’une part, François Hollande progresse. Avec 29% d’intentions de vote, il gagne 2 points par rapport à la semaine dernière. Il repasse nettement devant Nicolas Sarkozy, qui avec un score de 25,5% apparaît en perte de vitesse certaine. Il perd 1,5 points par rapport à la semaine dernière et surtout 4 points depuis la fin mars. Toute la progression acquise par le candidat de l’UMP depuis son entrée en campagne est perdue, et il retrouve des niveaux d’intentions de vote égaux à ceux de mi-février.


Concernant la troisième place, les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen restent proches (deux points d’écart) après d’être croisées deux fois dans les dernières semaines.  C’est néanmoins Marine Le Pen qui semble prendre l’avantage. Avec 16% d’intentions de vote, elle progresse faiblement mais régulièrement depuis la fin mars (2 points gagnés), alors que les intentions de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon stagnent depuis cette date. La candidate frontiste renoue avec les scores qu’elle obtenait en février.

François Bayrou reste globalement stable autour du seuil des 10% depuis la fin mars. Il apparaît maintenant nettement distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il a perdu de l’ordre de 2 à 3 points depuis février.

CSA : François Hollande toujours devant Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen reste Jean-Luc Mélenchon

La semaine dernière, l’institut CSA annonçait un creusement important de l’écart en faveur de François Hollande au premier tour. Leur dernière étude, malgré un léger resserrement des courbes entre les deux favoris, place toujours le candidat socialiste assez nettement devant le candidat de l’UMP. François Hollande obtient ainsi 28% des intentions de vote, ce qui correspond à la moyenne des scores obtenus depuis le mois d’avril. Nicolas Sarkozy, avec 25% d’intentions de vote, et même s’il regagne un point par rapport à la semaine dernière, reste à la peine : il s’agit d’un des plus faibles scores enregistré par le président sortant depuis janvier.

Concernant le match pour la troisième place, Marine Le Pen est, également pour CSA, devant Jean-Luc Mélenchon mais l’écart apparaît faible : seuls 1,5 points séparent les deux candidats (écart donc soumis à la marge d’erreur qui interdit de dresser un ordre d’arrivée avec certitude). Marine Le Pen obtient 16% et cela correspond, comme dans le baromètre Ipsos, à un niveau plus haut que celui qui prévalait ces dernières semaines, mais néanmoins légèrement plus faible que ceux obtenus en janvier.  Plus en cohérence avec la TNS Sofres cette fois, Jean-Luc Mélenchon connaît, dans le baromètre CSA, un tassement de ses intentions de vote au cours des dernières semaines : il perd 2,5 points par rapport à la mi-avril où il culminait avec 17% d’intentions de vote. François Bayrou obtient environ 10% d’intentions de vote et le léger recul observé depuis mi-mars est également confirmé par CSA.

BVA : L’écart se contient entre les deux favoris,  la troisième position est très disputée

Seul institut à n’avoir jamais placé Nicolas Sarkozy en tête du premier tout, BVA confirme, dans sa dernière étude, l’avance du candidat socialiste au premier tour : François Hollande obtient 30% des intentions de vote contre 26,5% pour Nicolas Sarkozy. L’institut mesure une certaine stabilité depuis le début du mois mais montre tout de même un léger creusement de l’écart entre les deux favoris au premier tour dans les deux dernières semaines.

En troisième position, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon obtiennent tous deux 14% d’intentions de vote. François Bayrou obtient 10% des intentions de suffrage, le plus faible score obtenu dans ce baromètre depuis janvier.

Si BVA confirme bien la diminution du candidat du MoDem montrée par les autres instituts, en revanche, la tendance qu’il dessine pour Jean-Luc Mélenchon diverge légèrement. A l’instar de ce que l’on observe dans les études Ipsos, les courbes de BVA n’indiquent aucune baisse de régime pour le candidat du Front de gauche. Néanmoins, avec 14% d’intentions de vote, il obtient les mêmes scores que dans les baromètres des autres instituts. Si BVA n’enregistre aucune diminution, c’est parce que l’institut n’a pas enregistré une poussée mi-avril comme l’ont fait CSA et la TNS Sofres.

Concernant Marine Le Pen, les scores démontrent une relative stabilité de la candidat frontiste, et en cohérence avec tous les instituts, à des niveaux plus faibles qu’en début d’année. BVA place la candidate frontiste à 14% d’intentions de vote, le score le plus faible en comparaison des autres instituts.

Ifop : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité au premier tour, Marine Le Pen troisième

A rebours des autres instituts, le "rolling" de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) plaçait jusqu’à jeudi soir Nicolas Sarkozy en tête des intentions de vote du premier tour. Dans la dernière livraison de ce baromètre, les deux favoris sont placés à égalité avec 27% des suffrages.

Les croisements répétitifs des courbes des deux favoris et l’écart toujours conscrit entre 0,5 et 2 points  depuis la mi-mars démontrent un rapport de force très serré selon l’Ifop. Si , dans ce baromètre, le candidat de l’UMP semble bien prendre la tête depuis cette date sur la durée, François Hollande arrive ponctuellement symboliquement à repasser en tête au premier tour. En outre, l’écart actuel est naturellement soumis à la marge d’erreur et interdit de déterminer avec certitude l’ordre d’arrivée.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et, avec 16% des suffrages, possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 13% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à environ 10% d’intentions de vote.

Quelles conclusions tirer de l’analyse de ces différentes études ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, l’analyse des sondages apporte des réponses à ces questions nuancées et qui ne sont en rien définitives, même à deux jours du premier tour. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour et désormais la plupart des instituts pour le premier tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver premier dimanche.  L’écart reste soumis à la marge d’erreur et il impossible de savoir lequel est véritablement en tête à ce jour et dans l’état actuel du rapport de force. Dimanche, les deux candidats peuvent obtenir des scores très serrés, tout comme l’un pourrait l’emporter sur l’autre avec plusieurs points d’écart. Si l’hypothèse d’une arrivée en tête de François Hollande au premier tour est la plus partagée par les instituts aujourd’hui et semble donc la plus probable, elle n’est pas assurée.

2. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Si tous les instituts s’accordent à placer Marine Le Pen devant le candidat du Front de gauche (hormis BVA les plaçant à égalité), l’écart entre les candidats demeure compris dans la marge d’erreur et les difficultés toujours réelles pour estimer la candidate du Front national incitent à rester d’autant plus prudents, même si le rapport de force semble en sa faveur.

3. Pour le deuxième tour, François Hollande reste en tête de toutes les intentions de vote sans exception. Crier victoire trop tôt serait néanmoins imprudent. Si le candidat socialiste est naturellement le grand favori, une campagne peut toujours révéler des surprises et plus de deux semaines s’écouleront encore avant la proclamation du nom du nouveau président de la République.

Tableau récapitulatif des dernières intentions de vote au premier et second tours


NB : Dans la lignée de nos précédents articles, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

François Bayrou ne retrouve que la moitié de son électorat de 2007

L’Ifop réalise régulièrement des sondages d’intentions de vote auprès d’échantillons relativement importants  qui permettent des niveaux de lecture relativement fins. Leur dernière étude* nous permet notamment de constater un élément important : alors que François Bayrou recueille des niveaux élevés d’intentions de vote (12,5% dans ce sondage), il ne retrouve que 50% de son électorat de 2007.

L’électorat de François Bayrou en 2007  plus dispersé que celui des autres principaux candidats

Les électeurs de François Bayrou en 2007 apparaissent particulièrement infidèles en comparaison des autres électorats de 2007. Seul un électeur de François Bayrou en 2007 sur deux déclare son intention de voter de nouveau pour le président du MoDem en 2012. A titre de comparaison, l’électorat de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 se reporte à 78% sur François Hollande, Nicolas Sarkozy retrouve 71% de ses électeurs en 2007, et Marine Le Pen séduit 84% des personnes ayant voté Jean-Marie Le Pen à la précédente élection présidentielle.

Ces résultats démontrent la volatilité évidente de l’électorat de François Bayrou et son caractère composite. Les Français ayant l’intention de voter pour le Béarnais ne sont pas des "fidèles", votant systématiquement pour le MoDem à chaque élection, ou pas même à chaque élection présidentielle. Le MoDem reste avant tout le parti d’un seul homme, qui, lors de l’élection présidentielle, parvient à séduire largement un public de circonstance autour de la personnalité de François Bayrou, un public qui n’hésitera pas à voter pour un autre parti à la prochaine élection.

Cette incapacité à rassembler de nouveau son potentiel électoral constitue une faiblesse du candidat centriste, mais elle démontre également sa force puisque son haut niveau dans les intentions de vote montre que celui-ci arrive à séduire des électeurs qui n’avaient pas voté pour lui en 2007 (malheureusement, les données fournies par l’Ifop ne permettent pas d’analyser d’où est issu cet électorat).

L’électorat de François Bayrou en 2007 qui ne se reporte pas sur lui en 2012 est principalement un électorat de gauche

De nombreuses études l’avaient montré : en 2007, François Bayrou avait su séduire le centre-gauche et ses électeurs s’étaient largement reportés sur Ségolène Royal au deuxième tour. Le comportement des électeurs n’ayant pas l’intention de mettre de nouveau dans l’urne un bulletin François Bayrou en fait une nouvelle démonstration : 24% déclarent leur intention de voter pour François Hollande et seuls 9% envisagent un vote pour Nicolas Sarkozy. Les votes plus éloignées du positionnement du candidat centriste sont très minoritaires : 6% des électeurs de François Bayrou en 2007 déclarent avoir l’intention de voter pour Marine Le Pen, et la même proportion pour Jean-Luc Mélenchon.

Ainsi, les électeurs n’ayant pas l’intention de voter de nouveau pour François Bayrou se reportent aux deux tiers vers la gauche et à un tiers vers la droite.

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par internet et par téléphone auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1896 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Evolution des intentions de vote d’octobre à aujourd’hui

Depuis l’année dernière, les instituts de sondages multiplient les mesures d’intentions de vote pour l’élection présidentielle à venir. Dans les médias, la vision offerte de ces baromètres est souvent parcellaire, en se limitant au derniers résultats avec les évolution par rapport à la précédente enquête. Or, il est également précieux d’analyser les tendances qui se dégagent après plusieurs mesures.

Pour cet article, nous nous appuierons sur les intentions de vote de l’intention BVA, puisque c’est cet institut qui nous offre la mesure la plus récente. Les différents instituts donnent des résultats relativement proches mais nous jugeons préférable de ne pas dresser d’évolutions entre des intentions de vote provenant de plusieurs instituts de sondage, ceux-ci utilisant parfois des méthodologies différentes. Nous tenons ensuite à préciser que si des mesures antérieures à octobre existent, elles ne sont ici pas prises en compte, l’offre politique étant alors très incertaine. Depuis cette date, les instituts utilisent une liste de candidats stable. Auparavant, par exemple, était testé Jean-Louis Borloo, dont la présence à un niveau de l’ordre de 5% peut influer de manière non négligeable sur les scores de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre de l’Ecologie a retiré sa candidature au début du mois d’octobre. A l’inverse, d’autres petits candidats n’étaient pas encore testés, et bien que leur poids reste marginal, l’addition des voix qui se reporte sur eux peut faire varier à la baisse le score des "gros" candidats, surtout à droite et au centre (Christine Boutin, Corinne Lepage, Frédéric Nihous, Hervé Morin, Nicolas Dupont Aignan, Jean-Pierre Chevènement).

Les intentions pour François Hollande au plus bas en janvier, bien qu’il reste largement en tête

Juste après sa désignation aux primaires socialistes, François Hollande plafonne dans les intentions de vote en recueillant 39% des suffrages selon BVA. Il devance alors le chef de l’Etat, qui arrive en deuxième position, de 16 points. Puis, les intentions de vote pour le candidat du PS diminuent assez régulièrement et atteignent leur plus bas niveau au début du mois de janvier (28%). La dernière vague du baromètre, mi-janvier, montre une légère progression (+2 points), qui reste à confirmer par les études à venir. L’impact du discours du Bourget devra notamment être analysé.

Malgré une perte de l’ordre de dix points en deux mois, François Hollande demeure largement en tête des intentions de vote du premier tour, avec 7 points d’avance sur Nicolas Sarkozy. En outre, cette diminution doit être relativisée par ce qu’on peut désigner comme "l’effet primaires". Avec le processus de désignation, le candidat Hollande a effectivement bénéficié d’un fort éclairage médiatique. De plus, le succès du processus même des primaires ouvertes à l’ensemble des électeurs de gauche a également sans doute rejailli en partie sur le candidat. La diminution des scores du candidat après cette séquence apparaissent plus comme un rééquilibrage que comme une véritable désaffection à  son égard.

Il est intéressant de noter que ce qui a été présenté comme des "cafouillages" à répétition, notamment autour de l’accord EELV-PS, du quotient familial ou des 60 000 postes d’enseignants, semble ne pas avoir eu d’influence sur les scores du candidat.

Les intentions de vote à venir devront être scrutées avec la plus grande attention, le candidat entrant en effet dans une phase décisive de sa campagne avec la présentation de son programme complet à la fin de semaine, après l’annonce de certaines mesures lors de son discours au Bourget hier.

Une grande stabilité dans les intentions de vote de Nicolas Sarkozy

Sur la longue période, les intentions de vote pour le président sortant varient peu, avec une amplitude constatée de 4 points. Après avoir progressé d’octobre à novembre, en passant de 23% à 27%, il se maintient depuis à un score d’environ 24% avec néanmoins une tendance qui semble être à la diminution. Cette stabilité se traduit notamment par un écart stable avec Marine Le Pen (4 points début octobre, 5 points mi-janvier).

Le Président de la République n’a pas bénéficié de la forte séquence européenne de la fin de l’année qui a débouché sur un accord le 9 décembre dernier. L’annonce d’un deuxième plan de rigueur début novembre semble avoir joué légèrement en sa faveur (il atteint son plus haut niveau, 27% dans la mesure de mi-novembre), mais cet effet a été très vite dissipé, les intentions de vote retrouvant leur niveau d’avant l’annonce des mesures dès début décembre.

Le socle électoral de Nicolas Sarkozy résiste largement à l’ascension continue de François Bayrou depuis novembre. En outre, le président profite de la diminution des intentions de vote pour le candidat socialiste, bien que l’écart atteigne toujours 7 points lors de la dernière enquête. Il demeure pour autant loin des 31% des voix qu’il avait obtenues en 2007 lors du premier tour.

Un socle solide qui se maintient pour Marine Le Pen

Depuis octobre dernier, Marine Le Pen jouit d’un score stable (amplitude de 2 points) à un haut niveau (18% en moyenne), comme si sa campagne ou les événements extérieurs n’avaient pas d’influence sur son socle électoral. Elle demeure à la troisième place sans parvenir à se rapprocher du couple en tête. Ce niveau d’intention de vote demeure exceptionnel pour la candidate du Front national, bien au-delà du score obtenu par son père en 2007.

François Bayrou, une percée flagrante

En deux mois, François Bayrou double son score auprès des électeurs, en passant de 7% d’intentions de vote à la mi-novembre à 13% à la mi-janvier. Il s’agit sans doute de l’évolution la plus intéressante en ce début de campagne. Les prochaines enquêtes permettront de savoir si ce mouvement se poursuivra et si le candidat centriste parvient encore à élargir son audience. La marge de progression jusqu’à son score réel en 2007 (18,56%) reste forte.

Jean-Luc Mélenchon, une faible progression

La tendance est également à la hausse pour Jean-Luc Mélenchon, mais de manière plus modeste. En octobre et novembre, le candidat du Front de gauche obtient de 5% à 6% d’intentions de vote : en décembre et janvier de 7% à 8%. Seul candidat de l’extrême-gauche à arriver à percer dans les études d’opinion, Jean-Luc Mélenchon reste néanmoins loin des scores qu’a pu obtenir la gauche radicale lors de l’élection présidentielle de 2002.

La candidature d’Eva Joly ne décolle pas

Depuis octobre, la candidat d’Europe Ecologie – les Verts reste relativement stable dans ces enquêtes d’intentions de vote, avec un score autour de 4%. Traditionnellement peu performants aux élections présidentielles (Dominique Voynet avait obtenu 1,57% des voix en 2007), les écologistes sont très loin des scores obtenus lors des dernières élections (régionales et européennes).

Les intentions de vote de BVA sont disponibles sur le site internet de l’institut www.bva.fr.

Le AAA : boulet pour Nicolas Sarkozy, ascenseur pour François Bayrou

Une semaine après la dégradation de la note française auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s, l’importance du débat politique autour de cette question en fait un thème incontournable à un peu moins de 100 jours de l’élection présidentielle. Néanmoins, ses répercussions auprès de l’opinion sont nuancées : un peu plus de quatre Français sur dix y voient des conséquences faibles voire nulles pour l’économie française tandis qu’un Français sur deux (48%) se montre à l’inverse inquiet*. Venant encore relativiser la portée de l’événement auprès de l’opinion, des sondages en début de semaine** démontraient que les effets de la dégradation sont plus faiblement perçus quand il s’agit de sa situation personnelle.

Pour autant, loin de se désintéresser de cette question macroéconomique complexe, les Français l’appréhendent très différemment selon leur positionnement politique, reflétant le débat politique sur le sujet mais aussi l’importance de thèmes sous-jacents à cet événement : la financiarisation des économies mondiales et la réduction des déficits publics. Comment les candidats à l’élection présidentielle sont-ils appréhendés au regard de cette question et lequel est jugé le plus crédible pour remettre la France sur le chemin de la note maximale ?

Nicolas Sarkozy :  grand perdant de la dégradation mais une crédibilité élevée pour faire regagner le triple A

Aux yeux des Français, la perte du triple A va peser sur la campagne du président sortant. Un sondage TNS Sofres* montre que près des trois quarts des Français (72%) estiment que la dégradation de la note française va pénaliser Nicolas Sarkozy (contre 3% qui estiment que cela va lui profiter et 14% que cela ne jouera ni en positif, ni en négatif). Le président de la République est le seul des principaux candidats à l’élection présidentielle à souffrir de la perte du triple A (les autres étant jugés pénalisés par l’événement par de 5% à 15% des répondants), un résultat sans surprise puisque c’est le seul à exercer actuellement le pouvoir.

Plus étonnant, Nicolas Sarkozy est le candidat qui est jugé le plus apte à faire regagner un cran à la note française, même si les Français restent très dubitatifs sur cette possibilité : 28% des Français pensent que le président de la République pourra faire regagner le triple A à la France en cas de réélection, un score équivalent à celui que recueille François Bayrou (27%), et significativement au-dessus de celui de François Hollande (20%). Les candidats les plus extrêmes apparaissent comme les moins crédibles sur cette question, Marine Le Pen ne pouvant faire regagner le AAA que dans l’esprit de 12% des Français, et Jean-Luc Mélenchon de 7% d’entre eux. Ceci traduit globalement la plus forte confiance dont bénéficie Nicolas Sarkozy sur la question des finances publiques face son principal adversaire, François Hollande. Ainsi, dans un sondage Ifop*** mettant face-à-face les deux candidats, 32% des Français jugent Nicolas Sarkozy comme le plus apte de mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics, quand 25% estiment qu’il s’agit de François Hollande (et 43% ni l’un ni l’autre).

Les sympathisants de l’UMP sont logiquement les plus confiants quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à restaurer la crédibilité des comptes publics (74%). Ce score doit être mis en regard de celui qu’obtient François Hollande auprès des sympathisants de son parti : 43% (contre 44% pensant au contraire que le candidat socialiste, s’il était élu ne parviendrait pas à faire regagner le AAA à la France auprès de Standard et Poor’s). Nicolas Sarkozy jouit donc d’une forte crédibilité sur cette question auprès de ses partisans, ce dont ne peut s’enorgueillir son principal rival, François Hollande, dont les sympathisants sont divisés sur sa capacité à mettre en place une politique permettant de faire regagner un cran à la note française.

L’illustration de cette confiance à l’égard de Nicolas Sarkozy peut se faire à travers un autre résultat, encore plus édifiant : 86% des sympathisants de l’UMP considèrent que si Nicolas Sarkozy était réélu, la France ne courrait pas le risque de subir une nouvelle dégradation. 69% des sympathisants du parti socialiste pensent de même de François Hollande.

Auprès de l’ensemble de la population, Nicolas Sarkozy jouit également d’une forte crédibilité pour ne pas faire perdre un nouveau cran au pays, 43% des Français estimant que la note de la France ne serait pas de nouveau dégradée s’il était réélu (contre 37% pensant l’inverse). Ce score est plus élevé que ceux qu’obtiennent François Hollande (37%), Marine Le Pen (26%) et Jean-Luc Mélenchon (23%), mais en-deçà de celui de François Bayrou (51%).

Somme toute, la perte du triple A, si elle est largement reliée à la politique du Président en exercice, n’apparaît que comme un handicap relatif pour lui. Les plans de rigueur mis en place par le gouvernement, l’expérience du président sortant sur ces questions jouent en sa faveur et lui donne une forte crédibilité en matière de finances publiques, relativement aux autres candidats.

François Bayrou : le plus crédible pour redresser les finances publiques

Parmi les concurrents de Nicolas Sarkozy, seul François Bayrou fait pour l’instant vraiment de l’ombre au président de la République sur le domaine de la dette publique et des déficits. Le candidat du MoDem bénéficie de la constance de sa position sur le sujet, ayant déjà fait du redressement des finances publiques un de ses principaux arguments de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il est aujourd’hui considéré comme aussi capable que le président de faire regagner son triple A à la France (par 27% des Français contre 28% pour Nicolas Sarkozy et 20% pour François Hollande). Surtout, un Français sur deux (51%) le considère apte à maintenir la note actuelle s’il était élu. Seuls 23% des Français estiment que la France pourrait connaître une nouvelle dégradation sous sa présidence. A cet égard, François Bayrou est le candidat le plus crédible, seuls 43% des Français estimant Nicolas Sarkozy préserverait la France d’une nouvelle dégradation et 37% pensant de même de François Hollande.

François Bayrou bénéficie d’une crédibilité reconnue au-delà de ses partisans. Ainsi, 49% des sympathisants de l’UMP jugent qu’aucune dégradation n’aurait lieu sous sa présidence. Les sympathisants du parti socialiste accordent une confiance encore plus marquée envers le candidat du MoDem (63%), proche de celle qu’ils prêtent à leur propre candidat (69%).

Si le redressement des finances publiques devenait l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, François Bayrou pourrait bien accroître encore son potentiel électoral, en constante augmentation depuis décembre. Il est aujourd’hui le candidat jouissant de la plus forte reconnaissance sur ce thème.

François Hollande : crédible sans excès

Bien qu’il en ait fait l’un de ses marqueurs politiques lors de la primaire socialiste, François Hollande peine à convaincre sur sa capacité à réduire les déficits. Il est ainsi jugé bien moins crédible que Nicolas Sarkozy et François Bayrou sur cette question. S’agissant de son aptitude à faire conserver à la France sa note actuelle, les répondants sont partagés en deux camps d’égale importance : 37% pensent que la France ne serait pas de nouveau dégradée sous la présidence de François Hollande et 39% estiment à l’inverse qu’au moins un nouveau cran serait perdu. Et seul un Français sur cinq (20%) considère que le candidat peut faire regagner le AAA au pays (contre 59% pensant l’inverse).

La crédibilité de François Hollande n’est pas même pleine parmi les sympathisants du parti socialiste : 43% d’entre eux pensent que l’ancien premier secrétaire du parti pourra faire regagner le AAA à la France et une proportion équivalente estime l’inverse (44%), loin donc des 74% des sympathisants UMP qui croient leur candidat capable de reconquérir le cran perdu. En revanche, une éventuelle nouvelle dégradation sous la présidence de François Hollande est exclue par 69% des sympathisants socialistes (contre 18% l’estimant possible), un score important mais, de nouveau, plus faible que celui que Nicolas Sarkozy obtient auprès de ses propres sympathisants (86%). En outre, sur ce point, les sympathisants socialistes jugent François Bayrou presque aussi crédible (63%). Cette relative faiblesse du candidat parmi ses propres sympathisants doit cependant être prise avec précaution. Certes, elle peut signifier, très simplement, une incapacité perçue du candidat à redresser les finances publiques. Toutefois, il ne faudrait oublier qu’une part importante des sympathisants socialistes considère probablement que la mise en place d’une politique renforçant notamment le service public, les aides aux personnes défavorisées, n’est pas propice à une meilleure notation des agences. Or, ces priorités sont peut-être plus importantes à leurs yeux que le jugement de Standard et Poor’s, d’autant plus qu’une partie de l’électorat socialiste appelle de ses vœux une résistance face à la financiarisation, comme l’a d’ailleurs montré le fort score d’Arnaud Montebourg lors des primaires.

Ainsi, le candidat socialiste marche sur des oeufs. S’il veut renforcer sa crédibilité sur le sujet des déficits publics, il risque de se couper de la gauche du parti socialiste et, de surcroît, aura du mal à apparaître plus crédible que François Bayrou, qui jouit d’une plus forte antériorité de son discours sur la gestion rigoureuse des finances publiques. D’un autre côté, si le sujet acquiert une véritable importance dans la campagne, en le délaissant, il risque d’ouvrir un boulevard au candidat centriste et au président sortant.

Les extrêmes : un profit à tirer de l’effondrement du système ?

Candidats des extrêmes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen apparaissent peu crédibles sur leur capacité à permettre à la France de regagner son triple A, ou tout du moins à préserver la note actuelle. 47% des Français estiment que la note pourrait de nouveau être dégradée sous la présidence de Marine Le Pen (26% pensant l’inverse) et 47% sous la présidence de Jean-Luc Mélenchon (23% pensant l’inverse). Et seule une très faible minorité des Français les considère capables de faire regagner le triple A à la France : 12% pour Marine Le Pen, 7% pour Jean-Luc Mélenchon.

La gauche de la gauche, comme l’extrême droite, jouissent d’une faible confiance pour rétablir les comptes publics, ce qui est traditionnel pour ces partis. D’ailleurs, les deux candidats ne prétendent pas faire de la restauration du AAA une des priorités de leur politique. Les extrêmes souhaitent un bouleversement du système capitaliste et financier actuel et rejettent le pouvoir des agences de notation. Ce n’est pas par leur capacité à résorber le déficit que ces candidats gagneront des suffrages, mais bien par leurs propositions visant à changer le système.

A ce jeu, Marine Le Pen est la grande gagnante. Elle apparaît aux yeux des Français comme celle qui a le plus à gagner de la perte du AAA : 61% des Français estiment que cela lui profite dans le contexte de la campagne. En deuxième position, arrive Jean-Luc Mélenchon (54%), à quasi-égalité avec François Hollande (53%).

Conclusion : quelle crédibilité de la classe politique pour regagner le AAA ?

Deux types de gagnants apparaissent suite à la perte du triple A : ceux qui pourront capitaliser sur le pessimisme ambiant pour convaincre de la nécessité de changements radicaux et les candidats dont la crédibilité est reconnue sur le plan des finances publiques. François Hollande, qui devra jongler avec un électorat socialiste composé à la fois d’une frange nourrissant des attentes en termes de changement du système capitaliste financiarisé et souhaitant un État plus généreux, et à la fois d’une partie exigeant une politique rigoureuse concernant les comptes publics, se trouve dans une position complexe.

Quel que soit le candidat élu, la tache sera rude, aucun des principaux candidats ne recueillant une forte confiance pour regagner le triple A. Une majorité des Français ne croit pas à l’hypothèse d’un retour à la note maximale, même en cas d’élection d’un des candidats jugés les plus crédibles. Ce fort pessimisme alerte, une nouvelle fois, sur le niveau de défiance envers les dirigeants politiques et sur leur incapacité perçue à pouvoir changer le cours des choses, surtout en matière économique.

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

** Voir notre article à ce sujet : la réaction des Français après la perte du triple A

*** Sondage Ifop pour Paris Match réalisé par internet du 4 au 6 janvier 2012, auprès d’un échantillon 1163 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1726-1-study_file.pdf