Contestation des résultats du vote pour la présidence de l’UMP : quel impact sur l’image du parti et de ses dirigeants ?

Le prochain président de l’UMP devait être désigné par le vote des adhérents de l’UMP dimanche 18 novembre. Les résultats serrés ont entraînés de multiples contestations et coups de théâtre relayés par les médias. Sur toutes les chaînes, radios et dans tous les journaux, on parle du « triste spectacle » que donne de lui le principal parti d’opposition. Que révèlent les premiers sondages parus de l’impact de cette crise partisane dans l’opinion publique ?

Jean-François Copé et François Fillon sortent particulièrement écornés de ces bisbilles

Un sondage BVA réalisé « à chaud » les 22 et 23 novembre démontre que l’image des deux principaux protagonistes a été fortement endommagée par les disputes qui agitent le parti. Ce sondage prend pour point de comparaison antérieur les données de popularité de l’Ifop*, dont la dernière vague d’enquête a été réalisée en début de mois (8 et 9 novembre). Si l’on reprend les données de l’Ifop depuis le début de l’année en ajoutant les résultats par BVA, on obtient le graphique suivant :

Évolution de la popularité de François Fillon et de Jean-François Copé auprès de l’ensemble des Français ( % de « bonnes opinions »)

 

Les cotes de popularité des deux hommes subissent une forte baisse entre la mesure effectuée début novembre et celle réalisée deux semaines plus tard. Cette diminution est plus forte pour Jean-François Copé que pour François Fillon :

- Un Français sur deux (52%) continue à déclarer avoir une « bonne opinion » de François Fillon, ce qui constitue un score relativement élevé, comparable à celui obtenu par Nicolas Sarkozy en début de mois (50%) ou celui de François Hollande (49%). La diminution par rapport à l’avant-crise est néanmoins très significative (-11 points).

- La cote de popularité de Jean-François Copé, déjà plus faible, est davantage affectée par la crise à la tête de l’UMP. Seul un quart des Français (26%) déclare désormais avoir une bonne opinion de l’ancien secrétaire général de l’UMP, soit une diminution de 22 points par rapport au début du mois.

Cette plus forte chute de Jean-François Copé s’explique par le fait que celui est davantage considéré comme responsable de la crise qui agite aujourd’hui le parti de droite. Si un Français sur deux (48%) estime que les deux personnalités ont joué un rôle tout aussi important dans les déchirements au sein du parti, quand ils choisissent un responsable principal, les Français désignent largement plus Jean-François Copé (38%) que François Fillon (12%). Notons néanmoins que cette désignation peut être en partie due à la popularité préexistante des deux rivaux : Jean-François Copé disposant d’un a priori plus négatif dans l’opinion publique, les Français qui n’auraient pas suivi tous les rebondissements de cette crise de succession pourraient davantage le pointer comme le coupable en se basant sur leurs perceptions antérieures. Toutes les personnes formulant un jugement par le biais de ce sondage ne disposent évidemment pas de toutes les informations, et n’en disposeront sans doute jamais. Il est néanmoins intéressant de constater que, parmi l’ensemble de la population, c’est Jean-François Copé qui paie le plus fort tribut de cette crise, alors même qu’il a été désigné vainqueur par la COCOE.

La popularité des deux hommes chute également au sein de l’électorat UMP

Si l’on s’intéresse désormais plus précisément à l’opinion des sympathisants UMP, essentielle puisqu’ils sont le cœur de l’électorat du parti, les mêmes évolutions s’observent. La détérioration de l’image des deux principaux leaders de l’UMP affecte l’électorat du parti, et pas seulement les Français qui ne se sentent pas proches de l’UMP. Et comme parmi l’ensemble de la population, c’est Jean-François Copé qui subit la plus forte diminution de sa cote de popularité, même si l’écart entre les deux hommes est moins important au sein des sympathisants, car les responsabilités sont perçues comme plus partagées au sein de cette sous-population : 29 % des sympathisants UMP désignent Jean-François Copé comme le principal responsable de la crise, 20 % François Fillon et 49 % les deux.

Évolution de la popularité de François Fillon et de Jean-François Copé auprès des sympathisants UMP ( % de « bonnes opinions »)

 

Remarquons néanmoins que les deux hommes continuent de jouir d’un solde d’opinion nettement positif parmi les sympathisants : François Fillon recueille désormais de 76 % d’opinions favorables (-13 points par rapport aux 8 et 9 novembre) et Jean-François Copé de 64 % (-15 points).

Les sondages dont nous disposons à l’heure actuelle ne nous permettent pas de savoir si cette baisse de popularité a pu affecter d’autres dirigeants du parti, voire tous. Les prochains publications des baromètres de popularité nous permettront de constater si le discrédit est allé au-delà des deux candidats et notamment de voir dans quelle mesure leurs principaux lieutenants ont également été associés à la crise actuelle.

En revanche, l’image du parti est moins affectée

L’image globale de l’UMP apparaît également affectée, mais dans une moindre mesure. Ainsi, 36 % déclarent aujourd’hui avoir une bonne opinion de l’UMP, un recul de « seulement » 5 points par rapport au début du mois, donc plus limité que celui qui touche ses dirigeants.

Néanmoins, la « crise à l’UMP » n’est toujours pas close…

 

* La question et le mode de recueil utilisés sont identiques. Néanmoins soulignons que BVA n’a pas donné l’intégralité des données, notamment le nombre de « nsp », ce qui permettrait d’être absolument certain de la comparabilité des terrains d’enquête (ex : politique de relance des enquêteurs).

Les références du sondage cité dans cet article sont les suivantes : sondage BVA pour I-Télé réalisé par téléphone les 22 et 23 novembre 2012, auprès d’un échantillon de 976 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Le profond fossé entre les citoyens et leurs représentants

L’enquête* réalisée par la TNS Sofres pour le compte du CEVIPOF (Centre d’étude de la vie politique française de Sciences Po, Paris) intitulé "Baromètre de la confiance politique" dévoile un constat effrayant pour notre démocratie d’une confiance plus que légère des citoyens envers leurs représentants. Cette crise de confiance est loin d’être nouvelle ; elle constitue même malheureusement l’un des enseignements de base de la science politique. Alors que la campagne pour les élections régionales prend son envol, cette enquête permet de rappeler que la majorité des citoyens français affiche un désenchantement réel envers la politique.

La crise de confiance à l’égard des représentants politiques est indéniable : les partis politiques apparaissent comme l’institution dans laquelle les Français ont le moins confiance (76% déclarant ne pas leur faire confiance), juste avant les médias (72%) qui assurent généralement le relai entre la parole du personnel politique et le citoyen. En outre, 68% des Français déclarent ne pas faire confiance au gouvernement, 65% à l’institution présidentielle et 64% à l’assemblée nationale. Le manque de confiance s’atténue légèrement vis-à-vis de l’Union européenne même si la défiance demeure majoritaire (55%). En revanche, la confiance est de mise concernant les pouvoirs locaux : 69% des Français affichent leur confiance envers les conseils municipaux, 65% à l’encontre des conseils généraux et 64% vis-à-vis des conseils régionaux. Néanmoins, résultat édifiant, seuls 2% des Français citent les élus politiques et 1% les partis politiques comme l’acteur dans lequel ils ont le plus confiance pour défendre leurs intérêts. Les personnes interrogées comptent avant tout… sur elles-mêmes (70%).

L’orientation politique ne fait rien à l’affaire : 67% des personnes interrogées n’ont confiance ni en la droite ni en la gauche pour gouverner le pays. La crise de défiance envers la démocratie est une donnée impondérable, la moitié de l’opinion (49%) considérant que la démocratie ne fonctionne "pas bien" en France.

L’analyse des qualités attendues d’un homme politique renseigne sans doute sur les sources du désamour entre les citoyens et leurs représentants : les électeurs invoquent en priorité l’honnêteté (37%), bien avant la tenue des promesses (24%), la capacité à assurer la fonction (13%), la proximité avec le peuple (12%) ou la connaissance des dossiers (10%).  D’autres études montrent par ailleurs que l’opinion publique jugent la corruption constitue une donnée société française et que les représentations politiques ne sont pas les derniers concernés par ce phénomène. L’enquête TNS-Sofres, sans mesurer l’intensité de corruption perçue, interroge cependant sur le jugement porté sur l’évolution de la corruption en France. Les résultats confirment la défiance des Français vis-à-vis des élites : 26% des Français estiment qu’il y a plus de corruption qu’avant et 61% qu’elle reste stable mais qu’on a tendance à l’évoquer davantage.

Deuxième facteur explicatif de la coupure entre politiques et citoyens, la perception très majoritaire de l’homme ou la femme politique comme déconnecté(e) des préoccupations quotidiennes des Français. Seuls 22% des répondants considèrent que le personnel politique s’intéresse à ce que pensent les gens ; 44% pensent que les politiques s’intéressent "peu" à leurs préoccupations et un tiers (34%) "pas du tout" ! Cette déconnexion n’a jamais été aussi profonde ; en 1977, la majorité des Français (53%) jugeaient que le personnel politique prenait en compte leurs préoccupation. La chute de confiance a ensuite été continue (pour exemples : 45% en 1983, 39% en 1995 et 35% en 2002).

Un certain sentiment d’incompétence des élites politiques doit également être souligné puisque 59% des personnes interrogées estiment qu’"il faudrait que ce soit les experts et non le gouvernement qui décident ce qui est meilleur pour le pays".

Cette défiance vis-à-vis de la politique s’inscrit plus largement dans un contexte de pessimisme généralisé qui s’est installé en Europe après les Trente Glorieuses. Les phénomènes qui ont nourri et nourrissent cet état d’esprit sont nombreux : les chocs pétroliers des années 1970, la croissance modérée de l’économie, voire les crises, comme celle que nous vivons depuis un an et demi, la prise de conscience des ressources limitées de la planète, la montée en puissance des inégalités sociales, l’apparition d’un chômage de masse pérenne… L’enquête TNS Sofres/Cevipof mesure que près des trois quarts des Français (73%) estiment que les jeunes ont moins de chance que leurs parents de réussir dans la société de demain, sentiment d’autant plus présent parmi les plus modestes (80% des employés et 81% des ouvriers)

Autre enseignement majeur du point de vue politique, bien que là encore, il ne s’agisse en aucune façon d’une nouveauté, une très large proportion des Français font part d’une connaissance et d’un intérêt envers la politique limités. Près de la moitié des Français (47%) déclarent ne pas s’intéresser à la politique. Ils sont dans les mêmes proportions (48%) d’accord avec une vision de la politique comme "des choses trop compliquées qu’il faut être un spécialiste pour comprendre". Les partis politiques paient le peu de confiance qui leur est accordé, 71% des personnes interrogées se déclarant "peu" ou "pas du tout" proche d’un parti politique. Néanmoins, ce résultat doit également être compris au regard d’un autre : 38% des Français se déclarent "ni à gauche, ni à droite", ce qui dénote un refus ou une incompétence de se placer sur l’échiquier politique important.

La publication de cette étude constitue l’occasion de rappeler que près de la moitié des Français se désintéresse de la politique et que la confiance accordée aux représentants est faible dans notre pays. Cette crise de la démocratie n’apparaît certes pas comme un phénomène nouveau, mais elle semble toutefois s’amplifier. Elle doit rappeler à tous nos dirigeants que la "politique politicienne" demeure une affaire d’initiés comportant le risque d’élargir le fossé entre les politiques et les citoyens. Il incombe à nos représentants de renouer le lien avec le peuple, car dans ce contexte, le populisme demeure à l’affut. Le discours "tous pourris" dispose dangereusement d’un beau vivier dans notre société.

* Enquête TNS Sofres réalisée par téléphone sur fixe et mobile du 9 au 19 décembre 2009 pour le CEVIPOF associé à l’Institut Pierre Mendès-France et Edelman Trust, auprès d’un échantillon de 1500 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales. Méthode des quotas (sexe Í âge, niveau de diplôme, profession du chef de ménage PCS avec reclassement des retraités selon leur ancienne profession) et  stratification par région et catégorie d’agglomération.

Les principaux résultats sont disponibles :
- sur le site de TNS Sofres : ici
- sur le site du CEVIPOF : ici