Que disent les sondages d’intentions de vote au niveau national pour les législatives ?

Dès l’élection présidentielle terminée, les instituts de sondage ont commencé à publier des sondages d’intentions de vote pour les élections législatives au niveau national. Si ces études présentent évidemment des limites (l’offre électorale étant différente pour chacune des circonscriptions et cette élection peut être très influencée par des enjeux locaux), il reste tout de même intéressant d’observer le rapport électoral tel qu’il se dessine à quelques jours du premier tour au niveau de l’ensemble du territoire.

 

Le graphique ci-dessous regroupe toutes les études d’intentions de vote nationales parues, et dessine des lignes de tendance afin de "moyenner" les différents sondages et d’identifier les évolutions à l’œuvre depuis la fin de l’élection présidentielle :

 

Globalement, le rapport de force a peu changé en un peu plus d’un mois :

- L’UMP et ses alliés arrivent en tête des intentions de vote, du fait de l’union des forces de la droite, mais restent bien évidemment en-dessous, et nettement, du total des forces de gauche susceptibles de s’allier pour gouverner (PS, PRG, EELV et Front de gauche). Au lendemain de l’élection présidentielle, l’UMP associée au Nouveau Centre et au parti radical valoisien recueillait environ 32% des intentions de vote. La courbe de tendance montre une légère augmentation des intentions votes en faveur de la droite parlementaire, qui s’établissent désormais en moyenne à 33%.

- Le PS et le parti radical de gauche se situent légèrement en-dessous de ce niveau et connaissent également poussée, plus significative que celle de la droite. D’environ 30%, leur score dans les intentions de vote atteint désormais environ 32,5%. Et si certaines études peuvent donner le PS au-dessus de l’UMP, le graphique ci-dessous montre bien qu’en tendance sur toutes les études, il se situe de 2 points (juste après la fin de la présidentielle) à un point en dessous du parti de droite.

- Le Front national subit lui une légère érosion mais reste à un niveau très élevé : de 16% en moyenne, les intentions de vote pour le parti d’extrême se situent désormais à environ 15%. Le parti se situe donc à un niveau légèrement moindre que le score obtenu au premier tour de l’élection présidentielle mais demeure, de très loin, la troisième force politique française.

- Le Front de gauche connaît une évolution similaire à celle du Front national. Après les 11% de Jean-Mélenchon à l’élection présidentielle, le rassemblement recueille des scores légèrement plus faibles, et qui ont légèrement décru au long de la campagne, passant d’environ 9% à 8%.

- Europe Ecologie les Verts profite notamment de son alliance électorale avec le PS qui laisse le parti écologiste sans rival socialiste dans quelques circonscriptions réservées. Les intentions de vote pour EELV restent très stables sur la période, à environ 5%.

- Le MoDem connaît pour sa part une chute assez brutale. Alors qu’au lendemain des élections présidentielles, 5% des électeurs environ déclarent qu’ils voteront pour le parti centriste, ils sont désormais un peu moins de 3%, soit une perte de pratiquement la moitié de ses électeurs potentiels.

- L’extrême-gauche, qui subit la concurrence du Front de gauche affiche des scores faibles, à l’égal de ceux obtenus lors de l’élection présidentielle. Dans les différentes études d’intentions de vote, l’extrême-gauche dans son ensemble (principalement autour de LO et du NPA) attire environ 1,5% des intentions de vote.

 

Eva Joly dans les choux ?

La candidate d’Europe Ecologie – Les Verts fait pâle figure dans les sondages d’intentions de vote à trois mois du premier tour de la présidentielle. Critiquée dans son propre camp, décrite comme manquant de sens politique, peu audible sur la scène médiatique, Eva Joly peine à séduire les Français. Son image est-elle si catastrophique dans l’opinion publique ?

Eva Joly, faible dans les intentions de vote, après une perte de vitesse en décembre

Actuellement, les sondages d’intentions de vote accordent entre 2% et 4% d’intentions de vote à la candidate écologiste. Ce score place Eva Joly loin derrière le candidat socialiste, François Hollande, crédité de 28% à 30% des voix, alors même qu’EELV avait réussi à quasiment égaler le résultat du parti socialiste lors des élections européennes de 2009 (16,28% contre 16,48% pour le PS) et avait recueilli près de 12% des suffrages lors des élections régionales de 2010 (contre 29% pour le PS). Avec ce résultat, EELV, loin de venir concurrencer au parti socialiste le titre de première force de gauche, est même rétrogradé au troisième rang, derrière le Front de gauche emmené par Jean-Luc Mélenchon, qui recueille 8% ou 9% d’intentions de vote selon les derniers sondages. Par conséquent, chez Europe Ecologie – Les Verts, la candidate et la stratégie de campagne sont largement critiquées. Certaines voix, notamment celle de Daniel Cohn-Bendit, se sont fait entendre pour dire qu’EELV n’aurait pas du présenter de candidat à l’élection présidentielle, traditionnellement peu favorable aux écologistes, d’autant plus que le parti a conclu un accord de législature avec le parti socialiste. Un faible score d’Eva Joly à l’élection présidentielle pourrait affaiblir Europe Ecologie – Les Verts face au parti socialiste, et ce dernier pourrait être tenté de réviser l’accord en la défaveur de son allié écologiste.

Néanmoins, le score d’Eva Joly, pour faible qu’il soit, demeure supérieur à celui obtenu lors de la précédente élection présidentielle par Dominique Voynet (1,57%).

Si l’on observe l’évolution par rapport au début du mois d’octobre, date à laquelle l’offre électorale pour l’élection présidentielle s’est stabilisée, avec notamment le retrait de la candidature de Jean-Louis Borloo, il apparaît qu’Eva Joly a perdu une bonne partie des intentions de vote qui se portaient sur elle à l’époque. Ainsi, en octobre, la candidate était créditée au minimum de 3% des votes (CSA, 17 octobre) et au maximum de 6% (Ipsos, 28 et 29 octobre), des niveaux qui sont maintenus en novembre, pour chuter au mois de décembre, comme le montre le graphique ci-dessous, présentant toutes les mesures d’intentions de vote réalisées depuis début octobre. Au cours du dernier mois de l’année 2011, la candidate écologiste perd trois points dans les mesures d’Ipsos et de LH2 (de 6% à 3%), deux points chez OpinionWay (de 5% à 3%) et CSA (de 4% à 2%) et un point s’agissant de l’Ifop (de 4% à 3%). La tendance n’est pas présente dans le baromètre de BVA.

Ipsos, dans son baromètre « Présidoscopie » (1) analyse les mouvements entre les différents électorats. Cette étude nous apprend que la chute de trois points d’Eva Joly entre décembre et janvier se décompose entre des électeurs qui préfèrent désormais envisager l’abstention (1%) et ceux qui se tournent vers d’autres candidats (2%), de gauche et du centre : Jean-Luc Mélenchon (0,5%), François Hollande (1%) et François Bayrou (0,5%).

Une image peu favorable, qui s’effrite

Parmi tous les candidats à l’élection présidentielle, Eva Joly est celle, après Christine Boutin, qui bénéficie de la plus mauvaise image auprès des électeurs. Ainsi, aujourd’hui, seuls 21% des Français déclarent avoir une bonne opinion de la candidate d’EELV et 72% une mauvaise image. Avec près de trois quarts des électeurs qui font part d’une opinion négative à l’égard de la représentante d’Europe Ecologie, on peut parler d’un véritable rejet de l’opinion publique. Aucun candidat, (hormis Christine Boutin) ne recueille une aussi mauvaise image. Eva Joly parvient ainsi à être moins aimée que Marine Le Pen, la représentante d’une aile politique qui suscite traditionnellement des réactions très antipathiques. En outre, l’image de la candidate d’Europe Ecologie – Les Verts ne cesse de se dégrader et la candidate perd encore trois points par rapport au moins de décembre.

Eva Joly disposait pourtant d’une bonne image dans l’opinion avant son entrée en campagne pour l’élection présidentielle. Ainsi, par exemple, en avril 2011, 48% des Français déclaraient en avoir une bonne opinion et seulement 34% une mauvaise (17% ne connaissant alors pas assez Eva Joly pour se prononcer et 1% refusant de répondre) (2). Le solde d’image de la candidate était alors nettement positif (c’est-à-dire qu’il y avait davantage de personnes disposant d’une image positive que de personnes disposant d’une image négative d’Eva Joly). En six mois, la candidate perd près la moitié des opinions favorables qui sont portées sur elle, et surtout augmente considérablement le camp des personnes qui disposent d’une image négative de sa personne, par des prises de positions incomprises (proposition de supprimer le défilé militaire du 14 juillet), par une personnalité perçue comme froide et sévère, par le barrage relatif que peut constituer un accent prononcé et une naissance norvégienne dans certaines franges de la population, par un refus certain du jeu politicien (son refus de dire qu’elle appellerait à voter François Hollande au second tour avant de se raviser, son "éclipse" après la suppression d’un article de l’accord EELV-PS par François Hollande) et par un discours peu centré sur l’environnement, qui peut dérouter de la part de ce qu’attendent la plupart des électeurs d’une candidate écologiste.

Le graphique ci-dessous montre combien le désamour envers Eva Joly a très fortement augmenté depuis sa désignation comme candidate d’EELV à l’élection présidentielle.

En outre, ses prises de positions récentes sont souvent incomprises (ajout de deux nouveaux jours fériés pour les juifs et les musulmans, accord de désistement incluant François Bayrou…) alors qu’elle reste peu audible sur les sujets préoccupant le plus les Français (chômage, dette, pouvoir d’achat, retraites), ce qui ne lui permet de remonter ni en termes d’image, ni en termes d’intentions de vote. La candidate ne parvient pas à redresser la barre : entre décembre et janvier, 73% des Français déclarent que les actions et déclarations d’Eva Joly leur ont déplu, le score le plus élevé parmi les principaux candidats. A titre de comparaison, Marine Le Pen, malgré la controverse qu’elle peut susciter, déplaît à 56% des personnes interrogées lors de la même période, et le candidat le plus en faveur François Bayrou, à seulement 33% d’entre eux.

Dans le détail, en termes d’image, quel que soit l’aspect testé, Eva Joly apparaît généralement en net retrait par rapport aux autres candidats à l’élection présidentielle. Aucune qualité reconnue à la candidate ne lui permet d’acquérir du crédit et de combler des points plus faibles. A la fois sur ses compétences et sa personnalité, Eva Joly est plus mal jugée que les autres candidats. En outre, aucun point n’est épargné par la détérioration continue de son image depuis l’automne.

Son atypisme explique sans doute en partie son plus grand handicap : sa iincapacité perçue à endosser l’habit présidentiel : seuls 9% des Français estiment qu’elle a la stature d’une présidente de la République (1). Ce chiffre se comprend également au regard de la faible compétence attribuée à la candidate : seuls 22% des Français estiment qu’Eva Joly est compétente. Ces deux scores sont les plus faibles, et de loin, parmi ceux obtenus par les principaux candidats à l’élection (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon).

Concernant la proximité avec les Français, Eva Joly obtient également le score le plus faible par rapport à ses adversaires, seuls 22% des Français estimant qu’elle comprend les problèmes des gens comme eux, un résultat assez semblable à celui de Nicolas Sarkozy (24%) mais près de 20 points inférieur à celui des autres candidats.

Enfin, autre facteur de rejet de la candidate dans l’opinion : sa personnalité. Seuls 25% des Français la trouvent sympathique et 28% dynamique (là encore, les plus faibles scores enregistrés comparativement aux autres principaux candidats). Pire, 37% déclarent qu’Eva Joly les inquiète, un score important pour une affirmation aussi forte (même si Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen suscitent nettement plus d’appréhension dans l’électorat).

Pour autant, la personnalité hors norme de la candidate possède une capacité de séduction, mais celle-ci ne joue qu’auprès du noyau restreint des électeurs écologistes "purs et durs". N’oublions d’ailleurs pas qu’Eva Joly a largement remporté les primaires auprès des militants et coopérateurs d’Europe Ecologie – Les Verts face à Nicolas Hulot. Parmi les 3% des Français déclarant avoir l’intention de voter pour elle à la prochaine élection présidentielle en janvier, 43% citent sa personnalité comme motivation à ce choix, un score plus élevé que pour n’importe lequel des autres principaux candidats (25% en moyenne). La première motivation de ses électeurs demeure néanmoins ses propositions et ses idées  (78%), un résultat également significativement plus élevé que la moyenne (64%), que seul Jean-Luc Mélenchon égale (79%). Ainsi, auprès du noyau dur de l’électorat d’Eva Joly, le programme d’EELV séduit, ce qui est bien naturel, mais la personnalité de la candidate très largement également, et cette personnalité joue plus que pour les autres candidats, démontrant ainsi que si l’atypisme d’Eva Joly est un handicap certain auprès de l’électorat dans son ensemble, la candidate reste en phase avec les attentes des écologistes les plus convaincus.

Revenons à l’image de la candidate auprès de l’ensemble des électeurs et considérons maintenant la capacité perçue de la candidate à offrir des solutions efficaces aux problèmes qui se présentent au pays. Et là, Eva Joly ne fait pas le poids non plus aux yeux des électeurs. Comparativement aux autres candidats, sa crédibilité n’est reconnue dans aucun des domaines testés (capacité à comprendre les problèmes du quotidien, chômage, pouvoir d’achat, éducation, immigration, dette publique). Eva Joly arrive systématiquement en dernière place quand il s’agit de désigner le candidat le plus apte à apporter des réponses à ces enjeux (3).

Si l’on s’attache désormais aux points forts, ou plutôt aux points les moins faibles de la candidate, ceux-ci sont relatifs d’abord à son engagement : une majorité des Français (59%) estime qu’Eva Joly a des convictions. Ce score majoritaire est néanmoins à relativiser, puisqu’il s’agit du plus faible de ceux obtenus par les principaux candidats. Par ailleurs, près d’un Français sur deux la juge sincère (46%), un score dans la moyenne des candidats. Enfin, 49% des Français la trouvent honnête, ce qui constitue là encore une performance plutôt moyenne comparativement aux autres prétendants à l’Elysée et alors qu’Eva Joly peut se prévaloir de son statut d’ancienne juge d’instruction.

Conclusion : Un contexte de crise peu favorable aux écologistes ?

Il est souvent dit que le contexte de crise économique, qui met au premier plan des préoccupations des Français le chômage et le pouvoir d’achat, est peu favorable au vote écologiste. Et en effet, les sujets environnementaux, qui demeurent ceux où les écologistes sont les plus crédibles et les plus entendus, sont relégués au deuxième plan, voire au troisième, des attentes des Français. Ainsi, un sondage OpinionWay (4) démontre bien que l’environnement ne tient qu’une place faible dans les préoccupations des électeurs. Avec 10% de mentions, il est loin derrière les sujets économiques et sociaux : l’emploi (46%), la protection sociale (44%), le pouvoir d’achat (42%), la dette publique (33%), les inégalités sociales (24%). L’environnement est également jugé moins important que l’éducation (18%), l’immigration (17%) et la sécurité (17%).

L’environnement n’est donc clairement pas un enjeu de la campagne actuelle, malgré les nombreux débats sur le nucléaire, sauf pour l’électorat écologiste traditionnel. En effet, les sympathisants d’Europe Ecologie – Les Verts déclarent majoritairement (55%) que l’environnement comptera pour eux au moment du choix à l’élection. Mais, même si cet enjeu reste le premier cité par les sympathisants du parti écologiste, il reste que 45% d’entre eux ne mentionnent pas ce sujet central pour l’écologie politique, signe évident de la faible présence de cette problématique au sein de la campagne électorale. Et si EELV porte évidemment un projet au-delà des questions environnementales, c’est toujours sur ces sujets que la candidate d’Europe Ecologie – Les Verts reste la plus crédible et la plus audible auprès de l’ensemble de la population.

Néanmoins, si le contexte n’est pas favorable à l’écologie politique et si l’élection présidentielle n’a jamais été le rendez-vous électoral le plus réussi des écologistes (Noël Mamère ayant obtenu le meilleur score en 2002 avec 5,25% des suffrages), Eva Joly souffre d’une image très négative au sein de l’opinion, qui révèle un véritable rejet de la candidate, de sa personnalité et de ses compétences. En outre, cette image négative ne fait que progresser et il semble désormais très compliqué pour la candidate d’inverser la tendance et de pouvoir espérer faire un score important au premier tour de l’élection présidentielle. Ceci posera naturellement dans un avenir proche la question de la place des écologistes au sein de la gauche. En outre, la faiblesse d’EELV et la quasi-absence des sujets environnementaux de la campagne présidentielle posent plus globalement une interrogation sur la place de l’écologie dans le débat politique français en temps de crise économique.

(1) Sondage Ipsos pour Le Monde, le CEVIPOF, la Fondapol et la Fondation Jean Jaurès, réalisé par internet du 12 au 23 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 4910 personnes inscrites sur les listes électorales constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(2) Sondage Ifop pour Paris Match, réalisé par téléphone les 7 et 8 avril 2011, auprès d’un échantillon  de 957 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(3) Sondage CSA pour BFM TV, 20 minutes et RMC, réalisé par téléphone les 12 et 13 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont ont été extraites 859 personnes inscrites sur les listes électorales en France.

(4) Sondage OpinionWay et Fiducial pour Le Figaro et LCI, réalisé par internet du 23 au 25 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1087 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1206 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Pourquoi les sondages n’ont-ils pas pu prédire les résultats de la primaire EELV ?

La nette victoire d’Eva Joly aux primaires d’Europe Ecologie – Les Verts, au premier tour où elle a failli de peu l’emporter à la majorité absolue (49,75% des voix) puis au second tour (58,2% des voix) a également été décrite comme la défaite des sondeurs et des médias, qui depuis des mois, présentaient Nicolas Hulot comme le favori des écolos. Comment expliquer ce décalage entre les sondages et le vote des adhérents et coopérateurs au mouvement écologiste ?

On a pu notamment évoquer que la popularité ne se traduisait pas forcément en intention de vote, et que, par conséquent, un Nicolas Hulot plus populaire qu’Eva Joly n’aurait pas du être donné si vite et selon un raisonnement si simpliste comme gagnant. Ceci est vrai. La transformation de la popularité en capital politique ne va pas de soi. Quand il se déclare candidat, Nicolas Hulot apparaît en tête des personnalités politiques françaises les plus populaires (76% de bonnes opinions avant sa déclaration en mars 2011 selon le baromètre Ifop/paris Match alors qu’Eva n’en comptait alors que 48%). Si son entrée dans la politique entame largement sa popularité – preuve que celle-ci ne se traduit pas automatiquement en soutien politique – , il reste cependant bien plus populaire qu’Eva Joly. En juillet, le Baromètre Ifop/Paris Match, réalisé entre les deux tours des primaires écologistes attribue 64% de bonnes opinions à Nicolas Hulot (-12 points par rapport à mars donc) et 50% à Eva Joly (+2 points, qui bénéficie donc d’une certaine stabilité).

Autre élément montrant que le candidat peine à acquérir une crédibilité politique, Nicolas Hulot n’atteint, dans les différentes intentions de vote publiées en vue de l’élection présidentielle, que rarement le seuil des 10%, son étiage se situant plus généralement autour des 7% d’intentions de vote. Il est donc largement devancé par des personnalités jouissant d’une cote d’opinion moins favorable et fait jeu pratiquement égal avec sa rivale Eva Joly.

Si ces explications doivent être répétées, il en reste néanmoins que quand on demandait aux sympathisants écologistes de choisir entre les deux principaux candidats à la primaire, ceux-ci s’exprimaient massivement en faveur de l’ancien présentateur télé. Ce qu’il faut bien comprendre ici pour expliquer le décalage avec les résultats, c’est que les sondages n’étaient pas effectué sur la base du corps électoral de la primaire. Et ne pouvaient pas l’être !

Le corps électoral des primaires Europe Ecologie – Les Verts était constitué des adhérents au parti, ainsi que des coopérateurs (originalité d’EELV, ce statut est ouvert aux sympathisants du parti qui ne souhaitent pour autant devenir adhérent à part entière) et toute personne s’étant inscrite sur le site des primaires de l’écologie. En tout, environ 33 000 électeurs avaient la possibilité d’exprimer leur choix pour désigner le candidat de l’écologie à l’élection présidentielle de 2012.

Pour conduire un véritable sondage d’intention de vote sur la primaire écologiste, c’est cette base qui aurait du être interrogée (en demandant l’intention d’aller voter car dans ces électeurs se trouvent des abstentionnistes). Or, ceci était impossible aux instituts qui ne disposaient pas de la liste des électeurs et ne disposaient pas de moyen pour interroger cette cible.

Les sondages publiés portaient auprès de l’ensemble des Français et des sympathisants écologistes, comme le prouve les deux exemples pris ci-dessous (LH2 et Ifop, sondages réalisés par téléphone en février 2011 auprès d’échantillons d’environ 1000 personnes, représentatifs de la population française).

 

Il faut savoir qu’environ 10% d’un échantillon peut se déclarer proche d’Europe Ecologie – Les Verts, ce qui par extrapolation donne environ 5 millions de Français. Nous sommes donc très loin des 33 000 électeurs à la primaire Europe Ecologie ! Ces derniers semblent en outre, selon toute vraisemblance, très différences des sympathisants, notamment par leur connaissance des propositions des candidats, leur positionnement politique ou leur opinion sur certains sujets sensibles pour l’écologie politique (nucléaire, gaz de schiste, mutation écologique de l’économie…). Ceci est bien démontré bien a posteriori le décalage entre le résultat des sondages auprès des sympathisants et les résultats du vote à la primaire.

La valeur de prédiction de ces sondages sur le résultat du vote était donc quasi-nulle. Pire, ils ne pouvaient même pas se targuer de dégager la moindre tendance. Les exploitations qui ont pu en être faites dans ce sens étaient donc illusoires. Ceux qui se sont pliés au jeu ont donc beau dos de nous vendre une défaite des sondages ou du système médiatique alors que les dés étaient par définition pipés. Ces sondages montraient la préférence des sympathisants, dont les choix diffèrent de ceux des adhérents. Ils ne pouvaient pas permettre de tirer des suppositions sur les résultats du vote. Une connaissance de la sociologie des militants d’Europe Ecologie pouvait en effet faire naître le doute quant à une préséance de la candidature Nicolas Hulot en leur sein, tant l’homme a pu être vivement décrié sur ses opinions et ses positionnements (revirement tardif sur la question nucléaire, dont le refus est un marqueur des Verts ; alliance possible avec le centre alors que les Verts historiques ont toujours été ancrés à gauche ; collusion supposée avec de grands groupes industriels…). Les ressorts de popularité de Nicolas Hulot ne fonctionnaient pas avec la même efficacité auprès de ce public particulier.

Conclusion : Et après ? Quelle valeur pour les sondages pour la primaire socialiste ?

Pour la primaire socialiste, le problème se pose légèrement différemment. Certes, certains sondages réalisés portent également sur les sympathisants de gauche ou les sympathisants socialistes, qui ne constituent pas le corps électoral des primaires. Ainsi, le baromètre Ifop pour France Soir porte sur cette base.

D’autres instituts, à l’exemple de CSA, s’appuient une base statistique plus juste car plus proche du socle des électeurs, en l’occurrence les personnes qui déclarent qu’elles iront voter à la consultation pour désigner le candidat socialiste :

L’équation n’est effectivement pas la même que celle des primaires EELV. Les socialistes ont ouvert leur corps électoral au « peuple de gauche », donnant la possibilité à chaque électeur, à condition de signer une charte de valeurs de la gauche et de verser 1 euro, de participer au scrutin. Les dirigeants socialistes attendent de 800 000 à 1 million de votants. Les sondages réalisés sur les « sympathisants de gauche » en vue de la primaire socialiste apparaissent de ce fait moins erronés que ceux auprès des « sympathisants EELV » pour la primaire écologiste. Pour autant, des précautions s’imposent ici aussi.

Dans le dernier sondage CSA, 16% des Français déclarent qu’ils iront « certainement » voter, un chiffre largement au-delà des attentes précédemment citées et montrent qu’il existe un décalage entre les bases de sondage et l’électorat de la primaire socialiste. Au sein de cet électorat, les militants PS auront un poids déterminant dans le sens où leur participation sera sans nul doute très forte. Or, ceux-ci ne peuvent être pas identifiés dans les sondages, la loi interdisant d’y demander une appartenance politique. Leur vote peut différer de celui des sympathisants et les sondeurs ne sont d’ailleurs pas risqué à essayer de prédire les résultats des congrès socialistes. La sociologie de ces militants et les logiques d’appareil constitueront des indices déterminants pour éclairer le vote à la primaire.

La prudence s’impose donc dans l’interprétation des sondages sur le sujet, surtout en vue d’une prédiction des résultats du vote d’octobre. Cependant, ces sondages peuvent donner des indications très intéressantes sur le rapport de forces entre les différents candidats et leur perception par le grand public en vue de l’élection présidentielle.