Le AAA : boulet pour Nicolas Sarkozy, ascenseur pour François Bayrou

Une semaine après la dégradation de la note française auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s, l’importance du débat politique autour de cette question en fait un thème incontournable à un peu moins de 100 jours de l’élection présidentielle. Néanmoins, ses répercussions auprès de l’opinion sont nuancées : un peu plus de quatre Français sur dix y voient des conséquences faibles voire nulles pour l’économie française tandis qu’un Français sur deux (48%) se montre à l’inverse inquiet*. Venant encore relativiser la portée de l’événement auprès de l’opinion, des sondages en début de semaine** démontraient que les effets de la dégradation sont plus faiblement perçus quand il s’agit de sa situation personnelle.

Pour autant, loin de se désintéresser de cette question macroéconomique complexe, les Français l’appréhendent très différemment selon leur positionnement politique, reflétant le débat politique sur le sujet mais aussi l’importance de thèmes sous-jacents à cet événement : la financiarisation des économies mondiales et la réduction des déficits publics. Comment les candidats à l’élection présidentielle sont-ils appréhendés au regard de cette question et lequel est jugé le plus crédible pour remettre la France sur le chemin de la note maximale ?

Nicolas Sarkozy :  grand perdant de la dégradation mais une crédibilité élevée pour faire regagner le triple A

Aux yeux des Français, la perte du triple A va peser sur la campagne du président sortant. Un sondage TNS Sofres* montre que près des trois quarts des Français (72%) estiment que la dégradation de la note française va pénaliser Nicolas Sarkozy (contre 3% qui estiment que cela va lui profiter et 14% que cela ne jouera ni en positif, ni en négatif). Le président de la République est le seul des principaux candidats à l’élection présidentielle à souffrir de la perte du triple A (les autres étant jugés pénalisés par l’événement par de 5% à 15% des répondants), un résultat sans surprise puisque c’est le seul à exercer actuellement le pouvoir.

Plus étonnant, Nicolas Sarkozy est le candidat qui est jugé le plus apte à faire regagner un cran à la note française, même si les Français restent très dubitatifs sur cette possibilité : 28% des Français pensent que le président de la République pourra faire regagner le triple A à la France en cas de réélection, un score équivalent à celui que recueille François Bayrou (27%), et significativement au-dessus de celui de François Hollande (20%). Les candidats les plus extrêmes apparaissent comme les moins crédibles sur cette question, Marine Le Pen ne pouvant faire regagner le AAA que dans l’esprit de 12% des Français, et Jean-Luc Mélenchon de 7% d’entre eux. Ceci traduit globalement la plus forte confiance dont bénéficie Nicolas Sarkozy sur la question des finances publiques face son principal adversaire, François Hollande. Ainsi, dans un sondage Ifop*** mettant face-à-face les deux candidats, 32% des Français jugent Nicolas Sarkozy comme le plus apte de mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics, quand 25% estiment qu’il s’agit de François Hollande (et 43% ni l’un ni l’autre).

Les sympathisants de l’UMP sont logiquement les plus confiants quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à restaurer la crédibilité des comptes publics (74%). Ce score doit être mis en regard de celui qu’obtient François Hollande auprès des sympathisants de son parti : 43% (contre 44% pensant au contraire que le candidat socialiste, s’il était élu ne parviendrait pas à faire regagner le AAA à la France auprès de Standard et Poor’s). Nicolas Sarkozy jouit donc d’une forte crédibilité sur cette question auprès de ses partisans, ce dont ne peut s’enorgueillir son principal rival, François Hollande, dont les sympathisants sont divisés sur sa capacité à mettre en place une politique permettant de faire regagner un cran à la note française.

L’illustration de cette confiance à l’égard de Nicolas Sarkozy peut se faire à travers un autre résultat, encore plus édifiant : 86% des sympathisants de l’UMP considèrent que si Nicolas Sarkozy était réélu, la France ne courrait pas le risque de subir une nouvelle dégradation. 69% des sympathisants du parti socialiste pensent de même de François Hollande.

Auprès de l’ensemble de la population, Nicolas Sarkozy jouit également d’une forte crédibilité pour ne pas faire perdre un nouveau cran au pays, 43% des Français estimant que la note de la France ne serait pas de nouveau dégradée s’il était réélu (contre 37% pensant l’inverse). Ce score est plus élevé que ceux qu’obtiennent François Hollande (37%), Marine Le Pen (26%) et Jean-Luc Mélenchon (23%), mais en-deçà de celui de François Bayrou (51%).

Somme toute, la perte du triple A, si elle est largement reliée à la politique du Président en exercice, n’apparaît que comme un handicap relatif pour lui. Les plans de rigueur mis en place par le gouvernement, l’expérience du président sortant sur ces questions jouent en sa faveur et lui donne une forte crédibilité en matière de finances publiques, relativement aux autres candidats.

François Bayrou : le plus crédible pour redresser les finances publiques

Parmi les concurrents de Nicolas Sarkozy, seul François Bayrou fait pour l’instant vraiment de l’ombre au président de la République sur le domaine de la dette publique et des déficits. Le candidat du MoDem bénéficie de la constance de sa position sur le sujet, ayant déjà fait du redressement des finances publiques un de ses principaux arguments de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il est aujourd’hui considéré comme aussi capable que le président de faire regagner son triple A à la France (par 27% des Français contre 28% pour Nicolas Sarkozy et 20% pour François Hollande). Surtout, un Français sur deux (51%) le considère apte à maintenir la note actuelle s’il était élu. Seuls 23% des Français estiment que la France pourrait connaître une nouvelle dégradation sous sa présidence. A cet égard, François Bayrou est le candidat le plus crédible, seuls 43% des Français estimant Nicolas Sarkozy préserverait la France d’une nouvelle dégradation et 37% pensant de même de François Hollande.

François Bayrou bénéficie d’une crédibilité reconnue au-delà de ses partisans. Ainsi, 49% des sympathisants de l’UMP jugent qu’aucune dégradation n’aurait lieu sous sa présidence. Les sympathisants du parti socialiste accordent une confiance encore plus marquée envers le candidat du MoDem (63%), proche de celle qu’ils prêtent à leur propre candidat (69%).

Si le redressement des finances publiques devenait l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, François Bayrou pourrait bien accroître encore son potentiel électoral, en constante augmentation depuis décembre. Il est aujourd’hui le candidat jouissant de la plus forte reconnaissance sur ce thème.

François Hollande : crédible sans excès

Bien qu’il en ait fait l’un de ses marqueurs politiques lors de la primaire socialiste, François Hollande peine à convaincre sur sa capacité à réduire les déficits. Il est ainsi jugé bien moins crédible que Nicolas Sarkozy et François Bayrou sur cette question. S’agissant de son aptitude à faire conserver à la France sa note actuelle, les répondants sont partagés en deux camps d’égale importance : 37% pensent que la France ne serait pas de nouveau dégradée sous la présidence de François Hollande et 39% estiment à l’inverse qu’au moins un nouveau cran serait perdu. Et seul un Français sur cinq (20%) considère que le candidat peut faire regagner le AAA au pays (contre 59% pensant l’inverse).

La crédibilité de François Hollande n’est pas même pleine parmi les sympathisants du parti socialiste : 43% d’entre eux pensent que l’ancien premier secrétaire du parti pourra faire regagner le AAA à la France et une proportion équivalente estime l’inverse (44%), loin donc des 74% des sympathisants UMP qui croient leur candidat capable de reconquérir le cran perdu. En revanche, une éventuelle nouvelle dégradation sous la présidence de François Hollande est exclue par 69% des sympathisants socialistes (contre 18% l’estimant possible), un score important mais, de nouveau, plus faible que celui que Nicolas Sarkozy obtient auprès de ses propres sympathisants (86%). En outre, sur ce point, les sympathisants socialistes jugent François Bayrou presque aussi crédible (63%). Cette relative faiblesse du candidat parmi ses propres sympathisants doit cependant être prise avec précaution. Certes, elle peut signifier, très simplement, une incapacité perçue du candidat à redresser les finances publiques. Toutefois, il ne faudrait oublier qu’une part importante des sympathisants socialistes considère probablement que la mise en place d’une politique renforçant notamment le service public, les aides aux personnes défavorisées, n’est pas propice à une meilleure notation des agences. Or, ces priorités sont peut-être plus importantes à leurs yeux que le jugement de Standard et Poor’s, d’autant plus qu’une partie de l’électorat socialiste appelle de ses vœux une résistance face à la financiarisation, comme l’a d’ailleurs montré le fort score d’Arnaud Montebourg lors des primaires.

Ainsi, le candidat socialiste marche sur des oeufs. S’il veut renforcer sa crédibilité sur le sujet des déficits publics, il risque de se couper de la gauche du parti socialiste et, de surcroît, aura du mal à apparaître plus crédible que François Bayrou, qui jouit d’une plus forte antériorité de son discours sur la gestion rigoureuse des finances publiques. D’un autre côté, si le sujet acquiert une véritable importance dans la campagne, en le délaissant, il risque d’ouvrir un boulevard au candidat centriste et au président sortant.

Les extrêmes : un profit à tirer de l’effondrement du système ?

Candidats des extrêmes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen apparaissent peu crédibles sur leur capacité à permettre à la France de regagner son triple A, ou tout du moins à préserver la note actuelle. 47% des Français estiment que la note pourrait de nouveau être dégradée sous la présidence de Marine Le Pen (26% pensant l’inverse) et 47% sous la présidence de Jean-Luc Mélenchon (23% pensant l’inverse). Et seule une très faible minorité des Français les considère capables de faire regagner le triple A à la France : 12% pour Marine Le Pen, 7% pour Jean-Luc Mélenchon.

La gauche de la gauche, comme l’extrême droite, jouissent d’une faible confiance pour rétablir les comptes publics, ce qui est traditionnel pour ces partis. D’ailleurs, les deux candidats ne prétendent pas faire de la restauration du AAA une des priorités de leur politique. Les extrêmes souhaitent un bouleversement du système capitaliste et financier actuel et rejettent le pouvoir des agences de notation. Ce n’est pas par leur capacité à résorber le déficit que ces candidats gagneront des suffrages, mais bien par leurs propositions visant à changer le système.

A ce jeu, Marine Le Pen est la grande gagnante. Elle apparaît aux yeux des Français comme celle qui a le plus à gagner de la perte du AAA : 61% des Français estiment que cela lui profite dans le contexte de la campagne. En deuxième position, arrive Jean-Luc Mélenchon (54%), à quasi-égalité avec François Hollande (53%).

Conclusion : quelle crédibilité de la classe politique pour regagner le AAA ?

Deux types de gagnants apparaissent suite à la perte du triple A : ceux qui pourront capitaliser sur le pessimisme ambiant pour convaincre de la nécessité de changements radicaux et les candidats dont la crédibilité est reconnue sur le plan des finances publiques. François Hollande, qui devra jongler avec un électorat socialiste composé à la fois d’une frange nourrissant des attentes en termes de changement du système capitaliste financiarisé et souhaitant un État plus généreux, et à la fois d’une partie exigeant une politique rigoureuse concernant les comptes publics, se trouve dans une position complexe.

Quel que soit le candidat élu, la tache sera rude, aucun des principaux candidats ne recueillant une forte confiance pour regagner le triple A. Une majorité des Français ne croit pas à l’hypothèse d’un retour à la note maximale, même en cas d’élection d’un des candidats jugés les plus crédibles. Ce fort pessimisme alerte, une nouvelle fois, sur le niveau de défiance envers les dirigeants politiques et sur leur incapacité perçue à pouvoir changer le cours des choses, surtout en matière économique.

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

** Voir notre article à ce sujet : la réaction des Français après la perte du triple A

*** Sondage Ifop pour Paris Match réalisé par internet du 4 au 6 janvier 2012, auprès d’un échantillon 1163 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1726-1-study_file.pdf

François Hollande : forces et faiblesses du candidat socialiste

A la mi-janvier, le candidat socialiste domine toujours largement dans les intentions de vote, spécialement dans celles se rapportant au second tour. Néanmoins, depuis le mois de décembre, l’avance de François Hollande se réduit. Ceci a traduit un rééquilibrage après la mise en apesanteur du candidat après sa désignation lors des primaires socialistes à la fin octobre. Cette prime dans les sondages, qui fait suite à l’annonce de la candidature, est régulièrement constatée (songeons à l’embellie qu’a connu François Bayrou suite à sa déclaration de candidature début décembre) même si elle n’est pas automatique (Hervé Morin n’en a par exemple pas profité).

Aujourd’hui, cet effet est derrière nous et les intentions de vote qui se resserrent entre les quatre premiers candidats, avec la présence du Front national à un haut niveau et l’émergence du candidat du MoDem, indiquent que rien n’est encore joué.

Dans ce contexte, interrogeons-nous sur l’image du candidat François Hollande, car celle-ci sera évidemment déterminante à l’heure du choix. L’ancien secrétaire du parti socialiste, bien qu’il possède des atouts certains, pâtit également de faiblesses non négligeables.

1. La baisse du candidat Hollande, simple rééquilibrage ou chute inquiétante ?

Les récentes études d’opinion montrent toutes, sans exception, une perte de vitesse du candidat socialiste dans les intentions de vote, mais aussi en termes d’image. Les deux dimensions sont naturellement liées, mais doivent néanmoins faire l’objet d’une attention séparée, les candidats disposant de la meilleure image n’étant pas forcément ceux disposant du meilleur potentiel électoral. Ainsi, Marine Le Pen occupe depuis des mois la troisième position dans les intentions de vote pour la présidentielle, alors qu’elle est par ailleurs l’une des personnalités politiques disposant d’une image les plus négatives au sein de l’opinion publique. Néanmoins, sa capacité à se distinguer sur certains enjeux cristallisant de fortes attentes, notamment des catégories populaires ou en peur de déclassement, explique son niveau dans les intentions de vote.

Après avoir bénéficié à plein d’un « effet primaires » pendant deux mois, le candidat socialiste commence à perdre du terrain dans les intentions de vote à partir du mois de décembre et retombe graduellement à son niveau d’avant le vote des primaires. Depuis, son score reste relativement stable (exemple ci-dessous avec les intentions de vote Ifop*).

François Hollande dispose toutefois toujours d’un socle enviable (28%, légèrement au-dessus du score obtenu par Ségolène Royal, 26%). Il reste en tête des intentions de vote pour le premier tour et surtout, domine encore largement son principal rival au second tour, l’écart se recreusant même de nouveau en janvier selon l’Ifop (cette tendance n’ayant toutefois pas été confirmée à ce jour par d’autres instituts).

En parallèle, son image décline lentement, notamment sur ses points forts (proximité, incarnation du changement,…) et François Hollande a perdu, comme dans les intentions de vote au premier tour, une part de son avance sur ses concurrents, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy. Le candidat socialiste descend dans l’arène et y perd quelques plumes, après avoir été « porté aux nues » suite aux primaires, processus de désignation novateur en France de part la possibilité ouverte à chaque citoyen de gauche d’exprimer son choix. Largement considéré comme une réussite dans l’opinion, ce processus avait permis à François Hollande d’acquérir du crédit et de la hauteur, en se soumettant à un suffrage largement ouvert alors que les autres candidats restaient la proie des querelles politiciennes.

Cette perte de vitesse du candidat se comprend par le changement de position de François Hollande, qui enfile désormais ses habits de concurrent dans la course à l’Elysée e et incarne le parti socialiste dans le débat et la campagne présidentielle. Il suscite désormais des attentes fortes de la part de l’opinion, qui attend de le juger sur des propositions concrètes pour établir ou conforter son choix à l’élection. Sa forte médiatisation permet également aux Français d’affiner leur jugement sur sa personnalité, son savoir-être, ses compétences.

2. Les points forts de François Hollande : proximité, sympathie, changement, politique sociale

 Quand on analyse l’image de François Hollande, plusieurs points forts se dégagent. Néanmoins, comme il a déjà été souligné, l’image du candidat se dégrade par rapport à ce qu’elle était juste après sa désignation.

Premier point fort du candidat, sa stature sociale, ce qui n’est pas très étonnant au regard de sa couleur politique, mais la domination de François Hollande sur ce point atteint des niveaux très importants : 46% des Français estiment François Hollande est le plus capable de mener une bonne politique sociale (contre 18% pour Nicolas Sarkozy, 36% ni l’un ni l’autre**). Dans la même lignée, un sondage Ipsos*** montre que le candidat socialiste domine nettement sur les questions de sauvegarde du pouvoir d’achat, de réduction du chômage, de préservation du système de retraites et d’atténuation des inégalités sociales.

Néanmoins, comme le montre le graphique ci-dessous portant sur le sondage Ifop, même sur cette dimension sur laquelle le candidat socialiste est naturellement fort, il perd du terrain (-6 points par rapport à novembre), mais sans que cela profite à son adversaire, ce sont en effet les réponses « ni l’un, ni l’autre » qui progressent en conséquence.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

La proximité constitue un autre indéniable atout pour François Hollande, surtout face à un Nicolas Sarkozy particulièrement affaibli sur cette dimension sur laquelle il était pourtant performant en 2007. Alors que le lien entre le président de la République et les Français semble rompu, François Hollande semble plus à même de répondre aux préoccupations (42% contre 18% pour Nicolas Sarkozy et 40% ni l’un ni l’autre). Sur cette question, le candidat perd également des points par rapport à novembre dernier (-6 points), là encore au profit du rejet des deux candidats (« ni l’un, ni l’autre »).

Pour autant, si l’on sort de la comparaison entre les deux favoris, on s’aperçoit que François Hollande fait face à un autre concurrent de poids s’agissant de la proximité, en l’occurrence François Bayrou. En décembre dernier, dans un sondage TNS Sofres/Trielec****, 56% des Français jugeaient le président du MoDem « proches des gens comme eux », un score proche de celui de François Hollande (58%). En outre, les dynamiques semblent jouer contre le candidat socialiste : alors que celui perd 5 points entre octobre et décembre sur la dimension de proximité, François Bayrou en gagnait 6. Et le candidat centriste recueillait alors moins d’intentions de vote qu’aujourd’hui. L’image du président du MoDem a donc pu encore se bonifier depuis la réalisation de cette enquête.

Autre avantage du candidat socialiste, le changement qu’il incarne. Mais, François Hollande, très en avance en novembre quand il s’agissait d’être le plus à même de porter un projet pour la France (47% contre 29% pour Nicolas Sarkozy), fait aujourd’hui jeu égal avec le président sortant (37% contre 35%). Il s’agit du trait d’image sur lequel le candidat socialiste perd le plus de terrain en deux mois, suite sans doute aux hésitations voire contradictions sur les mesures qu’il a porté, notamment la question du quotient familial, tandis que dans le même temps, Nicolas Sarkozy a multiplié les propositions, principalement en mettant en avant la TVA sociale.

En outre, sur ce point, Marine Le Pen se tient en embuscade. Le sondage TNS Sofres montre que si 58% des Français estimaient en décembre que François Hollande « veut vraiment changer les choses », ils sont 55% à penser de même pour la présidente du Front national. De surcroît, l’étude Ipsos avance ce n’est pas le candidat socialiste qui a le plus de convictions aux yeux des Français mais bien Marine Le Pen (77% contre 70% pour François Hollande, 66% pour François Bayrou et 67% pour Nicolas Sarkozy).

La présentation du programme du candidat, à la fin du mois de janvier, aura le pouvoir de faire varier assez fortement ces deux indicateurs, qui seront donc à surveiller avec la plus grande attention. Si l’on compare l’image de François Hollande en décembre 2011 avec celle de Ségolène Royal en décembre 2006, il apparaît que les deux candidats sont à des niveaux comparables sur la dimension de proximité (« comprend les problèmes des gens comme vous ») mais que François Hollande apparaît moins porteur de changement (-6 points).

Graphiques : L’évolution des traits de personnalité de François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine et Le Pen et François Bayrou entre octobre et décembre 2011 (graphique TNS Sofres/Triélec)

Si l’on s’intéresse à la personnalité du candidat, François Hollande l’emporte largement sur le président sortant. Le sondage TNS Sofres montre ainsi qu’il est considéré comme sympathique par 64% des Français (contre 34% pour Nicolas Sarkozy). Sur cette dimension également, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, François Bayou est le seul qui puisse lui faire concurrence (59%)

Par ailleurs, l’étude d’Ipsos réalisée en décembre montre que 64% des Français considèrent le candidat socialiste comme sympathique (34% pour Nicolas Sarkozy) et 61% honnête (31% pour Nicolas Sarkozy). Toutefois, de nouveau, il ne devance François Bayrou que de quelques points (59% le trouvent sympathique et 59% honnête).

3. Les points faibles de François Hollande : étoffe présidentielle, capacité à gouverner, dynamisme

Juste après la primaire, François Hollande était considéré comme le candidat ayant le plus les épaules pour endosser le costume du prochain président (62% des Français considéraient qu’il avait l’étoffe contre 57% pour Nicolas Sarkozy selon le sondage TNS Sofres). En décembre, Nicolas Sarkozy l’emporte sur cet aspect, le candidat socialiste perdant 10 points (52% pour François Hollande et 58% pour Nicolas Sarkozy). Le président sortant ne gagne pas en carrure malgré son omniprésence sur la scène internationale pour affronter la crise de l’euro. En revanche, François Hollande, qui perd davantage sur ce trait d’image que sur d’autres, semble, outre son « atterrissage post-primaires », perdre en crédibilité suite à certaines tergiversations, notamment sur l’accord PS-EELV. Avec ce score, François Hollande signe une performance identique à celle de Ségolène Royal en décembre 2006.

Par ailleurs, le sondage Ifop, qui demande aux personnes interrogées de choisir celui ayant le plus l’étoffe du président montre que l’avance de Nicolas Sarkozy sur cette dimension est encore plus forte que ne le laissent montrer les chiffres présidents. François Hollande, s’il est bien considéré comme ayant la carrure par une majorité des Français, ne peut rivaliser avec le président en exercice quand les deux candidats sont mis face-à-face : 43% des Français considèrent que Nicolas Sarkozy est celui qui a le plus l’étoffe (-4 points entre novembre et janvier) contre 23% (-2 points) estimant qu’il s’agit de François Hollande.

Le candidat socialiste apparaît relativement faible sur certains champs. En termes de politique internationale, l’avance du président sortant est importante : 43% des Français estiment que c’est Nicolas Sarkozy qui est le plus à même de défendre les intérêts de la France à l’étranger, contre 23% jugeant que c’est plutôt François Hollande. En outre, comme François Hollande bénéficiant d’une prime sur la politique sociale, Nicolas Sarkozy est jugé plus crédible en matière d’insécurité, thème largement ancré à droite. Le candidat socialiste se révèle très à la traîne sur ce domaine (19% contre 38% pour Nicolas Sarkozy), et, en outre, recule par rapport à novembre (-4 points).

Enfin, sur la question déterminante de la dette, c’est encore Nicolas Sarkozy qui l’emporte (32% contre 25% pour François Hollande), mais le président perd cinq points en deux mois, tandis que le candidat socialiste n’en perd que deux. La position « ni l’un, ni l’autre » est la plus citée par les répondants sur cette question, ce qui démontre une perte de confiance forte envers les principaux partis pour trouver des solutions pour la sortie de crise.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

Sur le versant de la personnalité, François Hollande possède un point faible : son dynamisme. Seuls 43% des Français qualifient de dynamique l’ancien Premier secrétaire du parti socialiste, alors que ce trait d’image est accordé à Nicolas Sarkozy par 74% des Français, à Marine Le Pen par 71% et à Jean-Luc Mélenchon par 51%.


Conclusion : Un candidat Hollande qui s’affaiblit, au profit de Nicolas Sarkozy et des « troisièmes hommes »

En deux mois, François Hollande a beaucoup perdu de son aura acquise lors de sa désignation par le processus des primaires. S’il domine encore largement dans les intentions de vote, surtout au second tour, le candidat de parti socialiste n’enthousiasme pas (ou plus) les Français. Sa personnalité, sa capacité à incarner le changement et à mener une politique efficace sont certes reconnus, mais il reste concurrencé sur de nombreux points, que ce soit par le Président sortant, ou par les « troisièmes hommes » que sont François Bayou et Marine Le Pen. Par ailleurs, à fin décembre, François Hollande dispose de scores d’image relativement équivalents, sur les principaux indicateurs, à ceux que Ségolène Royal obtenait à la même époque en 2007, ce qui relativise là encore l’idée d’un parti socialiste dont la victoire ne ferait guère de doutes.

L’avance du candidat socialiste ne doit donc pas faire croire que l’élection est jouée d’avance, d’autant plus que la perte de vitesse de François Hollande est largement ressentie dans l’opinion, ce qui peut le décrédibiliser encore un peu plus : désormais seuls 37% des Français estiment que c’est François Hollande qui est le plus à même de remporter l’élection (-10 points en deux mois), soit à peine plus que Nicolas Sarkozy (35%, +6 points). En outre, le niveau important des réponses « ni l’un, ni l’autre » et son augmentation en deux mois (28%, +4 points) rend relativement crédible l’hypothèse d’une « surprise » qui dessinerait un second tour où l’un des deux grands partis français serait exclu au profit d’un candidat du centre ou de l’extrême-droite.

Graphique : Trait d’image comparé de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

 

A l’aube d’une séquence importante pour lui (grand discours d’orientation le 22 janvier puis présentation de son programme), le candidat François Hollande devra montrer qu’il est capable de fédérer sur sa personne et ses propositions. Pour l’instant, pour beaucoup, il demeure le plus à même de battre Nicolas Sarkozy et donc d’exprimer un rejet à l’égard du président sortant. Mais les Français ne préféreront-ils pas voter pour un candidat plutôt que de voter contre un candidat ?