69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national

En vue de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a entrepris une vraie démarche de crédibilisation économique de son parti, notamment par la biais de la présentation d’un programme détaillé et chiffré au milieu du mois de janvier. La candidate cherche ainsi à combler une faiblesse relative de son parti, qui apparaît traditionnellement comme apportant des solutions relativement irréalistes sur les sujets économiques, de par un programme radical (sortie de l’euro, fermeture des frontières…).

Comme nous l’avons d’ailleurs montré dans l’un de nos précédents articles (forces et faiblesses de Marine Le Pen, à lire ici), la candidate du Front national, malgré des intentions de vote de l’ordre de 18% à 20%, ne convainc pas sur les sujets économiques. Ainsi, parmi les six principaux candidats à l’élection présidentielle (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon), seuls 10% la jugent la plus crédible pour lutter contre le chômage (aucun des candidats 28%, François Hollande 23% et Nicolas Sarkozy 16%), 9% la plus à même de défendre le pouvoir d’achat (aucun des candidats 29%, François Hollande 25% et Nicolas Sarkozy 15%) et 8% la plus capable de réduire la dette publique (aucun des candidats 30%, Nicolas Sarkozy 22% et François Hollande 19%) (1). Ce sondage a été réalisé avant la présentation du programme économique des différents candidats, mais aucune étude n’a depuis lors montré un basculement de l’opinion sur leur crédibilité respective.

Ainsi, la capacité de Marine Le Pen à fédérer des électeurs voulant bousculer le système ne se traduit pas pour autant par une capacité à convaincre du bien-fondé de ses propositions économiques. Le vote pour le Front national demeure un vote protestataire et les Français ne considèrent pas le programme du parti crédible, ce qui vient contrecarrer la volonté de Marine Le Pen de faire du Front national un parti de gouvernement.

Un sondage CSA réalisé les 31 janvier et 1er février confirme ce constat. Il montre que 69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national et qu’à l’inverse, seuls 18% le considèrent crédible.

Néanmoins, parmi les sympathisants du Front national, le programme économique du parti convainc largement : 70% d’entre eux le jugent crédible (et 18% non) même si une ambiguïté demeure. Ainsi, si les sympathisants du FN sont majoritairement favorables à une sortie de l’euro (59%), 38% d’entre eux déclarent qu’ils préfèrent que la France conserve la monnaie unique, alors que la sortie de l’euro reste l’une des mesures phare du programme du Front national.

Enfin, remarquons qu’auprès de ce qu’on pourrait considérer comme un noyau dur du Front national, les électeurs de Jean-Marie Le Pen en 2007 (le FN n’ayant recueilli que 10,44% des voix à cette élection, un faible score comparativement à 2002 et aux intentions de vote pour l’actuelle candidate), 28% des répondants ne jugent pas crédible le programme économique de Marine Le Pen, un score donc nettement supérieur à ce qui s’observe chez l’ensemble des sympathisants FN (18%).

 

(1) Sondage CSA pour BFM TV, 20 minutes et RMC, réalisé par téléphone les 12 et 13 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont ont été extraites 859 personnes inscrites sur les listes électorales en France.

(2) Sondage CSA pour Capital (M6), réalisé par téléphone les 31 janvier et 1er février 2012, auprès d’un échantillon de 1008 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

68% des Français sont favorables à l’anonymat des parrainages à l’élection présidentielle

Comme son père en 2007, Marine Le Pen a largement relayé dans les médias ses difficultés à réunir les 500 signatures d’élus nécessaires pour concourir à l’élection présidentielle. La candidate du Front national dénonce les pressions qui seraient exercées sur les élus accordant leur signature à l’extrême-droite. Elle propose de rendre les parrainages des élus anonymes afin de résoudre cette difficulté et de permettre à l’un des principaux partis français de participer à l’élection présidentielle. Elle a d’ailleurs déposé une question prioritaire de constitutionnalité dans ce sens, qui vient d’être renvoyée au Conseil constitutionnel pour examen par le Conseil d’Etat. Quelle est l’opinion des Français sur la question de l’anonymat des parrainages et sur la situation dans laquelle se trouve Marine Le Pen ?

Près d’un Français sur deux trouverait choquant que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle

Invités à choisir si l’absence de Marine Le Pen serait préjudiciable lors de l’élection présidentielle, 44% des Français se rangent à l’opinion selon laquelle l’incapacité de la candidate du Front national à concourir à l’élection serait choquante car son parti pèse dans l’électorat français, tandis que 45% préfèrent souligner que les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, et qu’en conséquence, elles ne doivent être changées même si cela implique que la candidate du Front national ne puisse se présenter à la fonction suprême (1). Parmi les sympathisants du Front national, l’indignation l’emporte largement : 81% trouveraient en effet choquant que Marine Le Pen ne recueille pas les 500 signatures.

Les Français largement favorables à l’anonymat des parrainages

Dans ce contexte, 68% des Français se déclarent favorables à l’instauration d’une loi qui  imposerait l’anonymat pour les parrainages à l’élection présidentielle et 32% opposés. Cette mesure est largement soutenue par les sympathisants du Front national (83%), mais également par ceux du MoDem (85%), tandis que les sympathisants de gauche (63%) y sont significativement moins favorables que la moyenne (2). L’adhésion à l’anonymat des parrainages est donc nette et les partisans de cette réforme ne se limitent pas aux sympathisants du Front national et aux personnes qui veulent que cette réforme soit engagée pour apporter une solution au “cas Marine Le Pen”. En effet, les deux tiers des Français approuvent cette réforme, soit nettement plus que le nombre de Français qui s’indignent que la candidate du Front national puisse ne pas concourir (44%).

L’anonymat des parrainages est largement préférée à une solution d’ “arrangement” entre les partis, les candidats des grands partis pouvant en effet permettre à un candidat n’ayant pas de réseaux d’élus de se présenter, en demandant à des maires de leur sensibilité d’accorder leur soutien à un autre candidat. 41% des Français sont favorables à ce que des adversaires de Marine Le Pen incitent des maires à accorder leur signature à la représentante du Front national (1). La même proportion y est opposée (41%). C’est naturellement parmi les sympathisants du FN que cette proposition est la plus soutenue (81%), autant que l’anonymat des parrainages.

En outre, près d’un Français sur deux (47%) approuve également la mise en place d’une loi qui permettrait à un maire de parrainer plusieurs candidats à une même élection présidentielle, tandis que 52% y sont opposés (2). Cette mesure reste donc également plus controversée mais son acceptation par 47% des Français démontre que la reconnaissance d’un dysfonctionnement du système de parrainage est bien présente au sein de la population.

Le FN suspecté d’instrumentaliser le débat

Ainsi, une réforme des parrainages permettant l’anonymat est majoritairement approuvée par les Français, mais pour autant, ceux-ci restent partagés sur la réalité des difficultés rencontrées par la présidente du Front national pour recueillir ses 500 parrainages et soupçonnent une instrumentalisation de la question. Si 40% d’entre eux estiment effectivement que la candidate du Front national rencontre des difficultés pour obtenir ses signatures, ils sont autant (41%) à considérer que ceci ne constitue qu’une manœuvre politique.

 

(1) Sondage TNS Sofres et Mediasprim pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(2) Sondage Ifop pour l’association des jeunes de France, réalisé par téléphone le 30 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 805 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.