A quoi servent des intentions de vote un an après ?

L’Ifop a publié il y a quelques jours un sondage* contenant une question d’intentions de vote à l’élection présidentielle « un an après ».

IV Ifop 2013-04

Cette question a suscité de nombreuses critiques : quel intérêt puisqu’elle place les répondants dans une situation totalement fictive ? Le caractère fictif de l’hypothèse posée par la question n’est pas en doute : il n’y a pas d’élection présidentielle en vue, et même si des circonstances exceptionnelles rendaient cette hypothèse plausible, il semble hautement improbable que l’offre électorale soit identique à celle du dernier scrutin présidentiel.

Cette question n’a effectivement aucune valeur pour éclairer un prochain scrutin. Il n’est pas question d’en tirer des conclusions du type « Nicolas Sarkozy aurait gagné si l’élection avait lieu aujourd’hui », car nous ne sommes pas en campagne pour élire un président, et une campagne ferait naturellement bouger les lignes, c’est sa raison d’être. L’exercice doit être interprété bien autrement.

 

Identifier les modification du rapport de force partisane conséquentes à la déception suscitée par François Hollande

Ces résultats présentent un intérêt, dans le sens où ils permettent de mesurer quelles sont les répercussions, sur le rapport de force électoral, de la première année de présidence de François Hollande. Le différentiel de 6 points sur le score de l’actuel président entre l’intention de vote réalisé en avril 2013 (22%) et son résultat réel le 22 avril 2012 (28%) démontre l’ampleur des répercussions électorales d’un an de mandat fortement déceptif (mis en lumière par la chute vertigineuse et rapide des indicateurs de popularité de l’exécutif, notamment auprès des électeurs du président).

Ce sondage montre aussi quels sont les potentiels « gagnants » de cette déception : pas les partis sur la gauche du PS, comme on aurait pu le penser du fait des critiques de l’aile gauche du parti présidentiel et du Front de gauche sur une inflexion trop « libérale », ou en tout cas pas assez « à gauche », du président. Jean-Luc Mélenchon recueille 11 % d’intentions de vote, exactement son score réel d’avril 2012 et Nathalie Arthaud et Philippe Poutou n’augmentent pas non plus leurs résultats. Eva Joly perd même 1 point (1,5 % contre ses 2,31 % du 22 avril 2012).

François Bayrou ne bénéficie guère non plus de la déception suscitée par François Hollande. Il ne gagne qu’un point (10 % contre 9,13 % le 22 avril 2012) et reste donc loin de pouvoir concurrencer le trio de tête (Hollande, Sarkozy, Le Pen), et demeure même derrière Jean-Luc Mélenchon.

Il ne semble donc pas y avoir de mouvements massifs au sein de l’électorat de gauche. Tout porte à croire que l’électorat déçu de François Hollande, plutôt que de se reporter à gauche ou au centre, préfère se réfugier dans l’abstention. Cette situation est hautement préoccupante pour la gauche dans la perspectives des prochaines élections municipales, qu’elle ne pourra remporter si son électorat ne se mobilise pas.

Les gagnants de la première année de la présidence de François Hollande sont donc à droite : Nicolas Sarkozy, qui recueille 30 % des intentions de vote (il avait fait 27,18 % en 2012) et surtout Marine Le Pen (22 % contre 17,90%). Plus qu’à un report des voix de gauche sur la droite, c’est surtout à une mobilisation forte de ces électorats à laquelle nous devons conclure à la vue de ces résultats. Il n’est pas certain que ces deux candidats « gagnent » beaucoup de voix dans l’absolu, ils peuvent seulement bénéficier d’un différentiel de mobilisation, l’électorat de droite apparaissant donc « remonté » face à l’action gouvernementale (la mobilisation contre le « mariage pour tous » en étant une illustration). Le gain supérieur de Marine Le Pen (4 points) semble tout de même indiquer un mouvement de l’électorat vers la candidate du Front national, qui laisse penser que ce parti pourrait être l’un des gagnants des scrutins municipaux en 2014.

 

Pour conclure, nous pouvons affirmer que cette question a droit de cité dans un sondage portant sur le bilan de François Hollande, car des conclusions éclairantes peuvent en être tirées. Néanmoins, la présentation « brute » des résultats interroge et on pourra reprocher à l’Ifop de n’avoir pas assez accompagné ces chiffres, dont une reprise « primaire » était évidemment à prévoir. En outre, il aurait été intéressant que l’institut fournisse d’autres éléments pour pousser plus loin l’analyse : que répondent les personnes ayant effectivement voté pour François Hollande en avril 2012 ? Où sont passé les 6 points perdus par le président ? On peut supposer, comme nous l’avons fait ici, que c’est sans doute dans l’abstention, mais pourquoi l’institut ne pousse-t-il pas l’analyse jusque là ?

 

* Sondage Ifop réalisé par internet du 11 au 15 avril auprès d’un échantillon de 1967 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La question d’intentions de vote a été posée uniquement aux personnes inscrites sur les listes électorales.

 

François Hollande débute son mandat avec une popularité limitée

Les sondages de popularité rythmeront le quinquennat de François Hollande, comme ils ont accompagné celui de Nicolas Sarkozy. Depuis l’élection du nouveau président de la République et la nomination du Premier ministre il y a trois mois, les mesures de popularité des différents instituts se succèdent.

Comme pour les sondages d’intentions de vote, il n’est pas toujours facile d’y voir clair dans l’historique de ces indicateurs, les mesures des différents instituts s’entremêlant avec leur évolution mensuelle respective. Dans le cas des baromètres de popularité, une difficulté vient s’ajouter, tenant à la nature même de l’indicateur. Si dans les sondages d’intentions de vote, tous les instituts mesurent la même chose (l’intention de vote), les baromètres de popularité apportent des indicateurs variés (confiance, satisfaction, image…) avec des échelles de réponses et des modes d’administration qui ne sont pas identiques, et donc parfois des chiffres assez différents.

Que nous disent ces différents indicateurs de la popularité du nouveau président ? Le tableau ci-dessous récapitule les dernières mesures de popularité de François Hollande (réalisées au cours du mois de juillet) et leur évolution par rapport au mois précédent :

Le président dispose donc de jugements favorables de la part d’une majorité des Français sur les trois types d’indicateurs :

  • Confiance (CSA et TNS Sofres) : les deux instituts donnent des mesures très proches (mais réalisées à trois semaines d’écart : début juillet pour TNS Sofres, fin du mois pour CSA). Les Français déclarant faire confiance à François Hollande sont majoritaires (54%-55%) tandis que quatre Français sur dix déclarent à l’inverse ne pas faire confiance au nouveau Président.
  • Satisfaction (Ifop) : 56% des Français se déclarent satisfaits de François Hollande comme président de la République, 44% insatisfaits. Le niveau de satisfaction apporté au président de la République rejoint donc le niveau de confiance, les résultats des deux indicateurs étant très proches.
  • Jugement sur l’action (Ipsos) : une majorité des Français (55%) juge favorablement l’action de François Hollande comme président tandis que 37% la considèrent défavorablement. Les résultats sont donc également similaires à ceux des deux autres types d’indicateurs s’agissant des jugements positifs. Les avis négatifs sont légèrement moins nombreux du fait d’une proportion plus importante de personnes ne se prononçant pas dans le baromètre Ipsos (qui peut tenir de la formulation de la question qui interroge sur « l’action » alors que celle-ci reste encore limitée après trois mois de fonction, mais aussi de l’administration du sondage – moins d’insistance de l’enquêteur pour que la personne interrogée se prononce ?).

Les dernières mesures réalisées (CSA et Ipsos) montrent une légère augmentation de la popularité de François Hollande, alors que ceux réalisés avant le 20 juillet confirmaient une chute progressive observée depuis le début du mandat (se traduisant avant tout par un renforcement des opinions négatives, plus que par une diminution des opinions positives, les personnes ne se prononçant pas en début de mandat s’étant davantage orientée vers un jugement négatif que positif).

Somme toute, les résultats obtenus par le président de la République sont globalement positifs, ce qui est assez naturel après une scrutin où une majorité électorale a voté pour lui. Néanmoins, et cela a été souligné à de nombreuses reprises, François Hollande ne jouit d’aucun « état de grâce ». Si son électorat lui apporte son soutien, le président n’arrive guère à convaincre au-delà de celui-ci. Ses résultats de popularité apparaissent donc en net retrait par rapport à celles qu’obtenait Nicolas Sarkozy en juillet 2007, comme le montre le tableau ci-après :

Alors que Nicolas Sarkozy pouvait se prévaloir du soutien des deux tiers des Français en juillet 2007, François Hollande recueille des scores de 10 points inférieurs, et ce, depuis son élection. Reste à savoir si ce socle plus restreint lui restera fidèle plus longtemps, Nicolas Sarkozy ayant perdu près de 30 points de satisfaction entre juillet 2007 et juillet 2008…

J-1 : Récapitulatif des dernières études d’intentions de vote de premier tour

Un jour avant le scrutin, les instituts de sondage ne peuvent plus publier aucune étude d’intentions de vote. Hier, tous les principaux instituts ont donc rendu publique la dernière vague d’enquête de leur baromètre, réalisée généralement les mercredi 18 et jeudi 19 avril.

Que montrent ces différentes études ? D’abord, que l’ordre d’arrivée des deux favoris est incertain. Si l’on reprend les résultats des huit instituts ayant publié des intentions de vote, trois placent Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité au premier tour (TNS Sofres, l’Ifop et OpinionWay) et cinq accordent la première place à François Hollande (Ipsos, CSA, BVA, Harris interactive et LH2). La comparaison entre les différents instituts montre donc un rapport de force au premier tour favorable au candidat socialiste mais la prudence doit rester de mise : l’écart entre le candidat de l’UMP et du PS entre dans la marge d’erreur et les sondages ne permettent pas de connaître avec certitude l’ordre d’arrivée.

Ensuite, pour la troisième place en revanche, les instituts s’accordent : c’est Marine Le Pen qui s’impose, mais elle devant Jean-Luc Mélenchon de quelques points seulement. Les jeux restent donc ouverts du fait de marge d’erreur et des mouvements qui peuvent s’effectuer dans l’électorat au cours des derniers jours de scrutin, où beaucoup d’électeurs se décident. Avec environ 10% des intentions de vote, François Bayrou semble lui distancé et devrait, selon toute vraisemblance perdre la place qu’il occupait au scrutin de 2007.

Enfin, si les instituts présentent des résultats qui divergent légèrement parfois, globalement, ils retracent les mêmes tendances lourdes et les scores en valeur attribués aux différents candidats varient peu selon l’institut, comme le montre le tableau récapitulatif en fin d’article.

Revenons sur les dernières intentions de vote des cinq principaux instituts.

TNS Sofres : François Hollande et Nicolas Sarkozy à égalité au premier tour, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de 4 points

La dernière étude TNS Sofres place François Hollande et Nicolas Sarkozy à égalité au premier avec 27% des intentions de vote. Il s’agit, pour le candidat socialiste, d’un certain reflux de son potentiel électoral : ce score apparaît en effet comme le plus bas qu’il ait enregistré dans les études conduites par TNS Sofres depuis sa désignation comme candidat du parti socialiste. Cette légère chute de l’ordre de 3 points depuis mars est sans doute à imputer en partie à la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon à la même période.

Pour le candidat de l’UMP, ce score de 27% correspond à la moyenne des résultats qu’il a pu enregistrer depuis le début de la campagne. Après un pic à 29% observé fin mars, il retrouve les niveaux obtenus lorsqu’il est entré officiellement en campagne.

Pour la troisième place, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de 4 points. La candidate recueille 17% d’intentions de vote, un score dans la moyenne haute des résultats obtenus depuis le début de la campagne. Le candidat du Front de gauche, après un pic à 16% la semaine dernière, apparaît en perte de vitesse (13%, -3 points en une semaine). Quant à François Bayrou, avec 10% d’intentions de vote, il a perdu la quatrième place qu’il occupait jusque fin mars. Ses intentions de vote stagnent et régressent même légèrement par rapport à ces scores entre fin janvier et mi-mars. Il apparaît donc distancé par un Jean-Luc Mélenchon qui connaît une dynamique forte à partir de cette date. Néanmoins, là encore, l’écart entre les deux candidats demeure compris dans la marge d’erreur.

Ipsos : François Hollande progresse et prend la tête du premier tour à un Nicolas Sarkozy en perte de vitesse, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de deux points

La semaine dernière, l’institut Ipsos plaçait les deux favoris à égalité dans son baromètre d’intentions de vote. Dans sa dernière vague d’enquête, Ipsos montre un rapport de force qui a nettement évolué. D’une part, François Hollande progresse. Avec 29% d’intentions de vote, il gagne 2 points par rapport à la semaine dernière. Il repasse nettement devant Nicolas Sarkozy, qui avec un score de 25,5% apparaît en perte de vitesse certaine. Il perd 1,5 points par rapport à la semaine dernière et surtout 4 points depuis la fin mars. Toute la progression acquise par le candidat de l’UMP depuis son entrée en campagne est perdue, et il retrouve des niveaux d’intentions de vote égaux à ceux de mi-février.


Concernant la troisième place, les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen restent proches (deux points d’écart) après d’être croisées deux fois dans les dernières semaines.  C’est néanmoins Marine Le Pen qui semble prendre l’avantage. Avec 16% d’intentions de vote, elle progresse faiblement mais régulièrement depuis la fin mars (2 points gagnés), alors que les intentions de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon stagnent depuis cette date. La candidate frontiste renoue avec les scores qu’elle obtenait en février.

François Bayrou reste globalement stable autour du seuil des 10% depuis la fin mars. Il apparaît maintenant nettement distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il a perdu de l’ordre de 2 à 3 points depuis février.

CSA : François Hollande toujours devant Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen reste Jean-Luc Mélenchon

La semaine dernière, l’institut CSA annonçait un creusement important de l’écart en faveur de François Hollande au premier tour. Leur dernière étude, malgré un léger resserrement des courbes entre les deux favoris, place toujours le candidat socialiste assez nettement devant le candidat de l’UMP. François Hollande obtient ainsi 28% des intentions de vote, ce qui correspond à la moyenne des scores obtenus depuis le mois d’avril. Nicolas Sarkozy, avec 25% d’intentions de vote, et même s’il regagne un point par rapport à la semaine dernière, reste à la peine : il s’agit d’un des plus faibles scores enregistré par le président sortant depuis janvier.

Concernant le match pour la troisième place, Marine Le Pen est, également pour CSA, devant Jean-Luc Mélenchon mais l’écart apparaît faible : seuls 1,5 points séparent les deux candidats (écart donc soumis à la marge d’erreur qui interdit de dresser un ordre d’arrivée avec certitude). Marine Le Pen obtient 16% et cela correspond, comme dans le baromètre Ipsos, à un niveau plus haut que celui qui prévalait ces dernières semaines, mais néanmoins légèrement plus faible que ceux obtenus en janvier.  Plus en cohérence avec la TNS Sofres cette fois, Jean-Luc Mélenchon connaît, dans le baromètre CSA, un tassement de ses intentions de vote au cours des dernières semaines : il perd 2,5 points par rapport à la mi-avril où il culminait avec 17% d’intentions de vote. François Bayrou obtient environ 10% d’intentions de vote et le léger recul observé depuis mi-mars est également confirmé par CSA.

BVA : L’écart se contient entre les deux favoris,  la troisième position est très disputée

Seul institut à n’avoir jamais placé Nicolas Sarkozy en tête du premier tout, BVA confirme, dans sa dernière étude, l’avance du candidat socialiste au premier tour : François Hollande obtient 30% des intentions de vote contre 26,5% pour Nicolas Sarkozy. L’institut mesure une certaine stabilité depuis le début du mois mais montre tout de même un léger creusement de l’écart entre les deux favoris au premier tour dans les deux dernières semaines.

En troisième position, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon obtiennent tous deux 14% d’intentions de vote. François Bayrou obtient 10% des intentions de suffrage, le plus faible score obtenu dans ce baromètre depuis janvier.

Si BVA confirme bien la diminution du candidat du MoDem montrée par les autres instituts, en revanche, la tendance qu’il dessine pour Jean-Luc Mélenchon diverge légèrement. A l’instar de ce que l’on observe dans les études Ipsos, les courbes de BVA n’indiquent aucune baisse de régime pour le candidat du Front de gauche. Néanmoins, avec 14% d’intentions de vote, il obtient les mêmes scores que dans les baromètres des autres instituts. Si BVA n’enregistre aucune diminution, c’est parce que l’institut n’a pas enregistré une poussée mi-avril comme l’ont fait CSA et la TNS Sofres.

Concernant Marine Le Pen, les scores démontrent une relative stabilité de la candidat frontiste, et en cohérence avec tous les instituts, à des niveaux plus faibles qu’en début d’année. BVA place la candidate frontiste à 14% d’intentions de vote, le score le plus faible en comparaison des autres instituts.

Ifop : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité au premier tour, Marine Le Pen troisième

A rebours des autres instituts, le "rolling" de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) plaçait jusqu’à jeudi soir Nicolas Sarkozy en tête des intentions de vote du premier tour. Dans la dernière livraison de ce baromètre, les deux favoris sont placés à égalité avec 27% des suffrages.

Les croisements répétitifs des courbes des deux favoris et l’écart toujours conscrit entre 0,5 et 2 points  depuis la mi-mars démontrent un rapport de force très serré selon l’Ifop. Si , dans ce baromètre, le candidat de l’UMP semble bien prendre la tête depuis cette date sur la durée, François Hollande arrive ponctuellement symboliquement à repasser en tête au premier tour. En outre, l’écart actuel est naturellement soumis à la marge d’erreur et interdit de déterminer avec certitude l’ordre d’arrivée.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et, avec 16% des suffrages, possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 13% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à environ 10% d’intentions de vote.

Quelles conclusions tirer de l’analyse de ces différentes études ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, l’analyse des sondages apporte des réponses à ces questions nuancées et qui ne sont en rien définitives, même à deux jours du premier tour. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour et désormais la plupart des instituts pour le premier tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver premier dimanche.  L’écart reste soumis à la marge d’erreur et il impossible de savoir lequel est véritablement en tête à ce jour et dans l’état actuel du rapport de force. Dimanche, les deux candidats peuvent obtenir des scores très serrés, tout comme l’un pourrait l’emporter sur l’autre avec plusieurs points d’écart. Si l’hypothèse d’une arrivée en tête de François Hollande au premier tour est la plus partagée par les instituts aujourd’hui et semble donc la plus probable, elle n’est pas assurée.

2. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Si tous les instituts s’accordent à placer Marine Le Pen devant le candidat du Front de gauche (hormis BVA les plaçant à égalité), l’écart entre les candidats demeure compris dans la marge d’erreur et les difficultés toujours réelles pour estimer la candidate du Front national incitent à rester d’autant plus prudents, même si le rapport de force semble en sa faveur.

3. Pour le deuxième tour, François Hollande reste en tête de toutes les intentions de vote sans exception. Crier victoire trop tôt serait néanmoins imprudent. Si le candidat socialiste est naturellement le grand favori, une campagne peut toujours révéler des surprises et plus de deux semaines s’écouleront encore avant la proclamation du nom du nouveau président de la République.

Tableau récapitulatif des dernières intentions de vote au premier et second tours


NB : Dans la lignée de nos précédents articles, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

Evolution des intentions de vote d’octobre à aujourd’hui

Depuis l’année dernière, les instituts de sondages multiplient les mesures d’intentions de vote pour l’élection présidentielle à venir. Dans les médias, la vision offerte de ces baromètres est souvent parcellaire, en se limitant au derniers résultats avec les évolution par rapport à la précédente enquête. Or, il est également précieux d’analyser les tendances qui se dégagent après plusieurs mesures.

Pour cet article, nous nous appuierons sur les intentions de vote de l’intention BVA, puisque c’est cet institut qui nous offre la mesure la plus récente. Les différents instituts donnent des résultats relativement proches mais nous jugeons préférable de ne pas dresser d’évolutions entre des intentions de vote provenant de plusieurs instituts de sondage, ceux-ci utilisant parfois des méthodologies différentes. Nous tenons ensuite à préciser que si des mesures antérieures à octobre existent, elles ne sont ici pas prises en compte, l’offre politique étant alors très incertaine. Depuis cette date, les instituts utilisent une liste de candidats stable. Auparavant, par exemple, était testé Jean-Louis Borloo, dont la présence à un niveau de l’ordre de 5% peut influer de manière non négligeable sur les scores de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre de l’Ecologie a retiré sa candidature au début du mois d’octobre. A l’inverse, d’autres petits candidats n’étaient pas encore testés, et bien que leur poids reste marginal, l’addition des voix qui se reporte sur eux peut faire varier à la baisse le score des "gros" candidats, surtout à droite et au centre (Christine Boutin, Corinne Lepage, Frédéric Nihous, Hervé Morin, Nicolas Dupont Aignan, Jean-Pierre Chevènement).

Les intentions pour François Hollande au plus bas en janvier, bien qu’il reste largement en tête

Juste après sa désignation aux primaires socialistes, François Hollande plafonne dans les intentions de vote en recueillant 39% des suffrages selon BVA. Il devance alors le chef de l’Etat, qui arrive en deuxième position, de 16 points. Puis, les intentions de vote pour le candidat du PS diminuent assez régulièrement et atteignent leur plus bas niveau au début du mois de janvier (28%). La dernière vague du baromètre, mi-janvier, montre une légère progression (+2 points), qui reste à confirmer par les études à venir. L’impact du discours du Bourget devra notamment être analysé.

Malgré une perte de l’ordre de dix points en deux mois, François Hollande demeure largement en tête des intentions de vote du premier tour, avec 7 points d’avance sur Nicolas Sarkozy. En outre, cette diminution doit être relativisée par ce qu’on peut désigner comme "l’effet primaires". Avec le processus de désignation, le candidat Hollande a effectivement bénéficié d’un fort éclairage médiatique. De plus, le succès du processus même des primaires ouvertes à l’ensemble des électeurs de gauche a également sans doute rejailli en partie sur le candidat. La diminution des scores du candidat après cette séquence apparaissent plus comme un rééquilibrage que comme une véritable désaffection à  son égard.

Il est intéressant de noter que ce qui a été présenté comme des "cafouillages" à répétition, notamment autour de l’accord EELV-PS, du quotient familial ou des 60 000 postes d’enseignants, semble ne pas avoir eu d’influence sur les scores du candidat.

Les intentions de vote à venir devront être scrutées avec la plus grande attention, le candidat entrant en effet dans une phase décisive de sa campagne avec la présentation de son programme complet à la fin de semaine, après l’annonce de certaines mesures lors de son discours au Bourget hier.

Une grande stabilité dans les intentions de vote de Nicolas Sarkozy

Sur la longue période, les intentions de vote pour le président sortant varient peu, avec une amplitude constatée de 4 points. Après avoir progressé d’octobre à novembre, en passant de 23% à 27%, il se maintient depuis à un score d’environ 24% avec néanmoins une tendance qui semble être à la diminution. Cette stabilité se traduit notamment par un écart stable avec Marine Le Pen (4 points début octobre, 5 points mi-janvier).

Le Président de la République n’a pas bénéficié de la forte séquence européenne de la fin de l’année qui a débouché sur un accord le 9 décembre dernier. L’annonce d’un deuxième plan de rigueur début novembre semble avoir joué légèrement en sa faveur (il atteint son plus haut niveau, 27% dans la mesure de mi-novembre), mais cet effet a été très vite dissipé, les intentions de vote retrouvant leur niveau d’avant l’annonce des mesures dès début décembre.

Le socle électoral de Nicolas Sarkozy résiste largement à l’ascension continue de François Bayrou depuis novembre. En outre, le président profite de la diminution des intentions de vote pour le candidat socialiste, bien que l’écart atteigne toujours 7 points lors de la dernière enquête. Il demeure pour autant loin des 31% des voix qu’il avait obtenues en 2007 lors du premier tour.

Un socle solide qui se maintient pour Marine Le Pen

Depuis octobre dernier, Marine Le Pen jouit d’un score stable (amplitude de 2 points) à un haut niveau (18% en moyenne), comme si sa campagne ou les événements extérieurs n’avaient pas d’influence sur son socle électoral. Elle demeure à la troisième place sans parvenir à se rapprocher du couple en tête. Ce niveau d’intention de vote demeure exceptionnel pour la candidate du Front national, bien au-delà du score obtenu par son père en 2007.

François Bayrou, une percée flagrante

En deux mois, François Bayrou double son score auprès des électeurs, en passant de 7% d’intentions de vote à la mi-novembre à 13% à la mi-janvier. Il s’agit sans doute de l’évolution la plus intéressante en ce début de campagne. Les prochaines enquêtes permettront de savoir si ce mouvement se poursuivra et si le candidat centriste parvient encore à élargir son audience. La marge de progression jusqu’à son score réel en 2007 (18,56%) reste forte.

Jean-Luc Mélenchon, une faible progression

La tendance est également à la hausse pour Jean-Luc Mélenchon, mais de manière plus modeste. En octobre et novembre, le candidat du Front de gauche obtient de 5% à 6% d’intentions de vote : en décembre et janvier de 7% à 8%. Seul candidat de l’extrême-gauche à arriver à percer dans les études d’opinion, Jean-Luc Mélenchon reste néanmoins loin des scores qu’a pu obtenir la gauche radicale lors de l’élection présidentielle de 2002.

La candidature d’Eva Joly ne décolle pas

Depuis octobre, la candidat d’Europe Ecologie – les Verts reste relativement stable dans ces enquêtes d’intentions de vote, avec un score autour de 4%. Traditionnellement peu performants aux élections présidentielles (Dominique Voynet avait obtenu 1,57% des voix en 2007), les écologistes sont très loin des scores obtenus lors des dernières élections (régionales et européennes).

Les intentions de vote de BVA sont disponibles sur le site internet de l’institut www.bva.fr.

Le AAA : boulet pour Nicolas Sarkozy, ascenseur pour François Bayrou

Une semaine après la dégradation de la note française auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s, l’importance du débat politique autour de cette question en fait un thème incontournable à un peu moins de 100 jours de l’élection présidentielle. Néanmoins, ses répercussions auprès de l’opinion sont nuancées : un peu plus de quatre Français sur dix y voient des conséquences faibles voire nulles pour l’économie française tandis qu’un Français sur deux (48%) se montre à l’inverse inquiet*. Venant encore relativiser la portée de l’événement auprès de l’opinion, des sondages en début de semaine** démontraient que les effets de la dégradation sont plus faiblement perçus quand il s’agit de sa situation personnelle.

Pour autant, loin de se désintéresser de cette question macroéconomique complexe, les Français l’appréhendent très différemment selon leur positionnement politique, reflétant le débat politique sur le sujet mais aussi l’importance de thèmes sous-jacents à cet événement : la financiarisation des économies mondiales et la réduction des déficits publics. Comment les candidats à l’élection présidentielle sont-ils appréhendés au regard de cette question et lequel est jugé le plus crédible pour remettre la France sur le chemin de la note maximale ?

Nicolas Sarkozy :  grand perdant de la dégradation mais une crédibilité élevée pour faire regagner le triple A

Aux yeux des Français, la perte du triple A va peser sur la campagne du président sortant. Un sondage TNS Sofres* montre que près des trois quarts des Français (72%) estiment que la dégradation de la note française va pénaliser Nicolas Sarkozy (contre 3% qui estiment que cela va lui profiter et 14% que cela ne jouera ni en positif, ni en négatif). Le président de la République est le seul des principaux candidats à l’élection présidentielle à souffrir de la perte du triple A (les autres étant jugés pénalisés par l’événement par de 5% à 15% des répondants), un résultat sans surprise puisque c’est le seul à exercer actuellement le pouvoir.

Plus étonnant, Nicolas Sarkozy est le candidat qui est jugé le plus apte à faire regagner un cran à la note française, même si les Français restent très dubitatifs sur cette possibilité : 28% des Français pensent que le président de la République pourra faire regagner le triple A à la France en cas de réélection, un score équivalent à celui que recueille François Bayrou (27%), et significativement au-dessus de celui de François Hollande (20%). Les candidats les plus extrêmes apparaissent comme les moins crédibles sur cette question, Marine Le Pen ne pouvant faire regagner le AAA que dans l’esprit de 12% des Français, et Jean-Luc Mélenchon de 7% d’entre eux. Ceci traduit globalement la plus forte confiance dont bénéficie Nicolas Sarkozy sur la question des finances publiques face son principal adversaire, François Hollande. Ainsi, dans un sondage Ifop*** mettant face-à-face les deux candidats, 32% des Français jugent Nicolas Sarkozy comme le plus apte de mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics, quand 25% estiment qu’il s’agit de François Hollande (et 43% ni l’un ni l’autre).

Les sympathisants de l’UMP sont logiquement les plus confiants quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à restaurer la crédibilité des comptes publics (74%). Ce score doit être mis en regard de celui qu’obtient François Hollande auprès des sympathisants de son parti : 43% (contre 44% pensant au contraire que le candidat socialiste, s’il était élu ne parviendrait pas à faire regagner le AAA à la France auprès de Standard et Poor’s). Nicolas Sarkozy jouit donc d’une forte crédibilité sur cette question auprès de ses partisans, ce dont ne peut s’enorgueillir son principal rival, François Hollande, dont les sympathisants sont divisés sur sa capacité à mettre en place une politique permettant de faire regagner un cran à la note française.

L’illustration de cette confiance à l’égard de Nicolas Sarkozy peut se faire à travers un autre résultat, encore plus édifiant : 86% des sympathisants de l’UMP considèrent que si Nicolas Sarkozy était réélu, la France ne courrait pas le risque de subir une nouvelle dégradation. 69% des sympathisants du parti socialiste pensent de même de François Hollande.

Auprès de l’ensemble de la population, Nicolas Sarkozy jouit également d’une forte crédibilité pour ne pas faire perdre un nouveau cran au pays, 43% des Français estimant que la note de la France ne serait pas de nouveau dégradée s’il était réélu (contre 37% pensant l’inverse). Ce score est plus élevé que ceux qu’obtiennent François Hollande (37%), Marine Le Pen (26%) et Jean-Luc Mélenchon (23%), mais en-deçà de celui de François Bayrou (51%).

Somme toute, la perte du triple A, si elle est largement reliée à la politique du Président en exercice, n’apparaît que comme un handicap relatif pour lui. Les plans de rigueur mis en place par le gouvernement, l’expérience du président sortant sur ces questions jouent en sa faveur et lui donne une forte crédibilité en matière de finances publiques, relativement aux autres candidats.

François Bayrou : le plus crédible pour redresser les finances publiques

Parmi les concurrents de Nicolas Sarkozy, seul François Bayrou fait pour l’instant vraiment de l’ombre au président de la République sur le domaine de la dette publique et des déficits. Le candidat du MoDem bénéficie de la constance de sa position sur le sujet, ayant déjà fait du redressement des finances publiques un de ses principaux arguments de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il est aujourd’hui considéré comme aussi capable que le président de faire regagner son triple A à la France (par 27% des Français contre 28% pour Nicolas Sarkozy et 20% pour François Hollande). Surtout, un Français sur deux (51%) le considère apte à maintenir la note actuelle s’il était élu. Seuls 23% des Français estiment que la France pourrait connaître une nouvelle dégradation sous sa présidence. A cet égard, François Bayrou est le candidat le plus crédible, seuls 43% des Français estimant Nicolas Sarkozy préserverait la France d’une nouvelle dégradation et 37% pensant de même de François Hollande.

François Bayrou bénéficie d’une crédibilité reconnue au-delà de ses partisans. Ainsi, 49% des sympathisants de l’UMP jugent qu’aucune dégradation n’aurait lieu sous sa présidence. Les sympathisants du parti socialiste accordent une confiance encore plus marquée envers le candidat du MoDem (63%), proche de celle qu’ils prêtent à leur propre candidat (69%).

Si le redressement des finances publiques devenait l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, François Bayrou pourrait bien accroître encore son potentiel électoral, en constante augmentation depuis décembre. Il est aujourd’hui le candidat jouissant de la plus forte reconnaissance sur ce thème.

François Hollande : crédible sans excès

Bien qu’il en ait fait l’un de ses marqueurs politiques lors de la primaire socialiste, François Hollande peine à convaincre sur sa capacité à réduire les déficits. Il est ainsi jugé bien moins crédible que Nicolas Sarkozy et François Bayrou sur cette question. S’agissant de son aptitude à faire conserver à la France sa note actuelle, les répondants sont partagés en deux camps d’égale importance : 37% pensent que la France ne serait pas de nouveau dégradée sous la présidence de François Hollande et 39% estiment à l’inverse qu’au moins un nouveau cran serait perdu. Et seul un Français sur cinq (20%) considère que le candidat peut faire regagner le AAA au pays (contre 59% pensant l’inverse).

La crédibilité de François Hollande n’est pas même pleine parmi les sympathisants du parti socialiste : 43% d’entre eux pensent que l’ancien premier secrétaire du parti pourra faire regagner le AAA à la France et une proportion équivalente estime l’inverse (44%), loin donc des 74% des sympathisants UMP qui croient leur candidat capable de reconquérir le cran perdu. En revanche, une éventuelle nouvelle dégradation sous la présidence de François Hollande est exclue par 69% des sympathisants socialistes (contre 18% l’estimant possible), un score important mais, de nouveau, plus faible que celui que Nicolas Sarkozy obtient auprès de ses propres sympathisants (86%). En outre, sur ce point, les sympathisants socialistes jugent François Bayrou presque aussi crédible (63%). Cette relative faiblesse du candidat parmi ses propres sympathisants doit cependant être prise avec précaution. Certes, elle peut signifier, très simplement, une incapacité perçue du candidat à redresser les finances publiques. Toutefois, il ne faudrait oublier qu’une part importante des sympathisants socialistes considère probablement que la mise en place d’une politique renforçant notamment le service public, les aides aux personnes défavorisées, n’est pas propice à une meilleure notation des agences. Or, ces priorités sont peut-être plus importantes à leurs yeux que le jugement de Standard et Poor’s, d’autant plus qu’une partie de l’électorat socialiste appelle de ses vœux une résistance face à la financiarisation, comme l’a d’ailleurs montré le fort score d’Arnaud Montebourg lors des primaires.

Ainsi, le candidat socialiste marche sur des oeufs. S’il veut renforcer sa crédibilité sur le sujet des déficits publics, il risque de se couper de la gauche du parti socialiste et, de surcroît, aura du mal à apparaître plus crédible que François Bayrou, qui jouit d’une plus forte antériorité de son discours sur la gestion rigoureuse des finances publiques. D’un autre côté, si le sujet acquiert une véritable importance dans la campagne, en le délaissant, il risque d’ouvrir un boulevard au candidat centriste et au président sortant.

Les extrêmes : un profit à tirer de l’effondrement du système ?

Candidats des extrêmes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen apparaissent peu crédibles sur leur capacité à permettre à la France de regagner son triple A, ou tout du moins à préserver la note actuelle. 47% des Français estiment que la note pourrait de nouveau être dégradée sous la présidence de Marine Le Pen (26% pensant l’inverse) et 47% sous la présidence de Jean-Luc Mélenchon (23% pensant l’inverse). Et seule une très faible minorité des Français les considère capables de faire regagner le triple A à la France : 12% pour Marine Le Pen, 7% pour Jean-Luc Mélenchon.

La gauche de la gauche, comme l’extrême droite, jouissent d’une faible confiance pour rétablir les comptes publics, ce qui est traditionnel pour ces partis. D’ailleurs, les deux candidats ne prétendent pas faire de la restauration du AAA une des priorités de leur politique. Les extrêmes souhaitent un bouleversement du système capitaliste et financier actuel et rejettent le pouvoir des agences de notation. Ce n’est pas par leur capacité à résorber le déficit que ces candidats gagneront des suffrages, mais bien par leurs propositions visant à changer le système.

A ce jeu, Marine Le Pen est la grande gagnante. Elle apparaît aux yeux des Français comme celle qui a le plus à gagner de la perte du AAA : 61% des Français estiment que cela lui profite dans le contexte de la campagne. En deuxième position, arrive Jean-Luc Mélenchon (54%), à quasi-égalité avec François Hollande (53%).

Conclusion : quelle crédibilité de la classe politique pour regagner le AAA ?

Deux types de gagnants apparaissent suite à la perte du triple A : ceux qui pourront capitaliser sur le pessimisme ambiant pour convaincre de la nécessité de changements radicaux et les candidats dont la crédibilité est reconnue sur le plan des finances publiques. François Hollande, qui devra jongler avec un électorat socialiste composé à la fois d’une frange nourrissant des attentes en termes de changement du système capitaliste financiarisé et souhaitant un État plus généreux, et à la fois d’une partie exigeant une politique rigoureuse concernant les comptes publics, se trouve dans une position complexe.

Quel que soit le candidat élu, la tache sera rude, aucun des principaux candidats ne recueillant une forte confiance pour regagner le triple A. Une majorité des Français ne croit pas à l’hypothèse d’un retour à la note maximale, même en cas d’élection d’un des candidats jugés les plus crédibles. Ce fort pessimisme alerte, une nouvelle fois, sur le niveau de défiance envers les dirigeants politiques et sur leur incapacité perçue à pouvoir changer le cours des choses, surtout en matière économique.

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

** Voir notre article à ce sujet : la réaction des Français après la perte du triple A

*** Sondage Ifop pour Paris Match réalisé par internet du 4 au 6 janvier 2012, auprès d’un échantillon 1163 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1726-1-study_file.pdf

François Hollande : forces et faiblesses du candidat socialiste

A la mi-janvier, le candidat socialiste domine toujours largement dans les intentions de vote, spécialement dans celles se rapportant au second tour. Néanmoins, depuis le mois de décembre, l’avance de François Hollande se réduit. Ceci a traduit un rééquilibrage après la mise en apesanteur du candidat après sa désignation lors des primaires socialistes à la fin octobre. Cette prime dans les sondages, qui fait suite à l’annonce de la candidature, est régulièrement constatée (songeons à l’embellie qu’a connu François Bayrou suite à sa déclaration de candidature début décembre) même si elle n’est pas automatique (Hervé Morin n’en a par exemple pas profité).

Aujourd’hui, cet effet est derrière nous et les intentions de vote qui se resserrent entre les quatre premiers candidats, avec la présence du Front national à un haut niveau et l’émergence du candidat du MoDem, indiquent que rien n’est encore joué.

Dans ce contexte, interrogeons-nous sur l’image du candidat François Hollande, car celle-ci sera évidemment déterminante à l’heure du choix. L’ancien secrétaire du parti socialiste, bien qu’il possède des atouts certains, pâtit également de faiblesses non négligeables.

1. La baisse du candidat Hollande, simple rééquilibrage ou chute inquiétante ?

Les récentes études d’opinion montrent toutes, sans exception, une perte de vitesse du candidat socialiste dans les intentions de vote, mais aussi en termes d’image. Les deux dimensions sont naturellement liées, mais doivent néanmoins faire l’objet d’une attention séparée, les candidats disposant de la meilleure image n’étant pas forcément ceux disposant du meilleur potentiel électoral. Ainsi, Marine Le Pen occupe depuis des mois la troisième position dans les intentions de vote pour la présidentielle, alors qu’elle est par ailleurs l’une des personnalités politiques disposant d’une image les plus négatives au sein de l’opinion publique. Néanmoins, sa capacité à se distinguer sur certains enjeux cristallisant de fortes attentes, notamment des catégories populaires ou en peur de déclassement, explique son niveau dans les intentions de vote.

Après avoir bénéficié à plein d’un « effet primaires » pendant deux mois, le candidat socialiste commence à perdre du terrain dans les intentions de vote à partir du mois de décembre et retombe graduellement à son niveau d’avant le vote des primaires. Depuis, son score reste relativement stable (exemple ci-dessous avec les intentions de vote Ifop*).

François Hollande dispose toutefois toujours d’un socle enviable (28%, légèrement au-dessus du score obtenu par Ségolène Royal, 26%). Il reste en tête des intentions de vote pour le premier tour et surtout, domine encore largement son principal rival au second tour, l’écart se recreusant même de nouveau en janvier selon l’Ifop (cette tendance n’ayant toutefois pas été confirmée à ce jour par d’autres instituts).

En parallèle, son image décline lentement, notamment sur ses points forts (proximité, incarnation du changement,…) et François Hollande a perdu, comme dans les intentions de vote au premier tour, une part de son avance sur ses concurrents, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy. Le candidat socialiste descend dans l’arène et y perd quelques plumes, après avoir été « porté aux nues » suite aux primaires, processus de désignation novateur en France de part la possibilité ouverte à chaque citoyen de gauche d’exprimer son choix. Largement considéré comme une réussite dans l’opinion, ce processus avait permis à François Hollande d’acquérir du crédit et de la hauteur, en se soumettant à un suffrage largement ouvert alors que les autres candidats restaient la proie des querelles politiciennes.

Cette perte de vitesse du candidat se comprend par le changement de position de François Hollande, qui enfile désormais ses habits de concurrent dans la course à l’Elysée e et incarne le parti socialiste dans le débat et la campagne présidentielle. Il suscite désormais des attentes fortes de la part de l’opinion, qui attend de le juger sur des propositions concrètes pour établir ou conforter son choix à l’élection. Sa forte médiatisation permet également aux Français d’affiner leur jugement sur sa personnalité, son savoir-être, ses compétences.

2. Les points forts de François Hollande : proximité, sympathie, changement, politique sociale

 Quand on analyse l’image de François Hollande, plusieurs points forts se dégagent. Néanmoins, comme il a déjà été souligné, l’image du candidat se dégrade par rapport à ce qu’elle était juste après sa désignation.

Premier point fort du candidat, sa stature sociale, ce qui n’est pas très étonnant au regard de sa couleur politique, mais la domination de François Hollande sur ce point atteint des niveaux très importants : 46% des Français estiment François Hollande est le plus capable de mener une bonne politique sociale (contre 18% pour Nicolas Sarkozy, 36% ni l’un ni l’autre**). Dans la même lignée, un sondage Ipsos*** montre que le candidat socialiste domine nettement sur les questions de sauvegarde du pouvoir d’achat, de réduction du chômage, de préservation du système de retraites et d’atténuation des inégalités sociales.

Néanmoins, comme le montre le graphique ci-dessous portant sur le sondage Ifop, même sur cette dimension sur laquelle le candidat socialiste est naturellement fort, il perd du terrain (-6 points par rapport à novembre), mais sans que cela profite à son adversaire, ce sont en effet les réponses « ni l’un, ni l’autre » qui progressent en conséquence.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

La proximité constitue un autre indéniable atout pour François Hollande, surtout face à un Nicolas Sarkozy particulièrement affaibli sur cette dimension sur laquelle il était pourtant performant en 2007. Alors que le lien entre le président de la République et les Français semble rompu, François Hollande semble plus à même de répondre aux préoccupations (42% contre 18% pour Nicolas Sarkozy et 40% ni l’un ni l’autre). Sur cette question, le candidat perd également des points par rapport à novembre dernier (-6 points), là encore au profit du rejet des deux candidats (« ni l’un, ni l’autre »).

Pour autant, si l’on sort de la comparaison entre les deux favoris, on s’aperçoit que François Hollande fait face à un autre concurrent de poids s’agissant de la proximité, en l’occurrence François Bayrou. En décembre dernier, dans un sondage TNS Sofres/Trielec****, 56% des Français jugeaient le président du MoDem « proches des gens comme eux », un score proche de celui de François Hollande (58%). En outre, les dynamiques semblent jouer contre le candidat socialiste : alors que celui perd 5 points entre octobre et décembre sur la dimension de proximité, François Bayrou en gagnait 6. Et le candidat centriste recueillait alors moins d’intentions de vote qu’aujourd’hui. L’image du président du MoDem a donc pu encore se bonifier depuis la réalisation de cette enquête.

Autre avantage du candidat socialiste, le changement qu’il incarne. Mais, François Hollande, très en avance en novembre quand il s’agissait d’être le plus à même de porter un projet pour la France (47% contre 29% pour Nicolas Sarkozy), fait aujourd’hui jeu égal avec le président sortant (37% contre 35%). Il s’agit du trait d’image sur lequel le candidat socialiste perd le plus de terrain en deux mois, suite sans doute aux hésitations voire contradictions sur les mesures qu’il a porté, notamment la question du quotient familial, tandis que dans le même temps, Nicolas Sarkozy a multiplié les propositions, principalement en mettant en avant la TVA sociale.

En outre, sur ce point, Marine Le Pen se tient en embuscade. Le sondage TNS Sofres montre que si 58% des Français estimaient en décembre que François Hollande « veut vraiment changer les choses », ils sont 55% à penser de même pour la présidente du Front national. De surcroît, l’étude Ipsos avance ce n’est pas le candidat socialiste qui a le plus de convictions aux yeux des Français mais bien Marine Le Pen (77% contre 70% pour François Hollande, 66% pour François Bayrou et 67% pour Nicolas Sarkozy).

La présentation du programme du candidat, à la fin du mois de janvier, aura le pouvoir de faire varier assez fortement ces deux indicateurs, qui seront donc à surveiller avec la plus grande attention. Si l’on compare l’image de François Hollande en décembre 2011 avec celle de Ségolène Royal en décembre 2006, il apparaît que les deux candidats sont à des niveaux comparables sur la dimension de proximité (« comprend les problèmes des gens comme vous ») mais que François Hollande apparaît moins porteur de changement (-6 points).

Graphiques : L’évolution des traits de personnalité de François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine et Le Pen et François Bayrou entre octobre et décembre 2011 (graphique TNS Sofres/Triélec)

Si l’on s’intéresse à la personnalité du candidat, François Hollande l’emporte largement sur le président sortant. Le sondage TNS Sofres montre ainsi qu’il est considéré comme sympathique par 64% des Français (contre 34% pour Nicolas Sarkozy). Sur cette dimension également, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, François Bayou est le seul qui puisse lui faire concurrence (59%)

Par ailleurs, l’étude d’Ipsos réalisée en décembre montre que 64% des Français considèrent le candidat socialiste comme sympathique (34% pour Nicolas Sarkozy) et 61% honnête (31% pour Nicolas Sarkozy). Toutefois, de nouveau, il ne devance François Bayrou que de quelques points (59% le trouvent sympathique et 59% honnête).

3. Les points faibles de François Hollande : étoffe présidentielle, capacité à gouverner, dynamisme

Juste après la primaire, François Hollande était considéré comme le candidat ayant le plus les épaules pour endosser le costume du prochain président (62% des Français considéraient qu’il avait l’étoffe contre 57% pour Nicolas Sarkozy selon le sondage TNS Sofres). En décembre, Nicolas Sarkozy l’emporte sur cet aspect, le candidat socialiste perdant 10 points (52% pour François Hollande et 58% pour Nicolas Sarkozy). Le président sortant ne gagne pas en carrure malgré son omniprésence sur la scène internationale pour affronter la crise de l’euro. En revanche, François Hollande, qui perd davantage sur ce trait d’image que sur d’autres, semble, outre son « atterrissage post-primaires », perdre en crédibilité suite à certaines tergiversations, notamment sur l’accord PS-EELV. Avec ce score, François Hollande signe une performance identique à celle de Ségolène Royal en décembre 2006.

Par ailleurs, le sondage Ifop, qui demande aux personnes interrogées de choisir celui ayant le plus l’étoffe du président montre que l’avance de Nicolas Sarkozy sur cette dimension est encore plus forte que ne le laissent montrer les chiffres présidents. François Hollande, s’il est bien considéré comme ayant la carrure par une majorité des Français, ne peut rivaliser avec le président en exercice quand les deux candidats sont mis face-à-face : 43% des Français considèrent que Nicolas Sarkozy est celui qui a le plus l’étoffe (-4 points entre novembre et janvier) contre 23% (-2 points) estimant qu’il s’agit de François Hollande.

Le candidat socialiste apparaît relativement faible sur certains champs. En termes de politique internationale, l’avance du président sortant est importante : 43% des Français estiment que c’est Nicolas Sarkozy qui est le plus à même de défendre les intérêts de la France à l’étranger, contre 23% jugeant que c’est plutôt François Hollande. En outre, comme François Hollande bénéficiant d’une prime sur la politique sociale, Nicolas Sarkozy est jugé plus crédible en matière d’insécurité, thème largement ancré à droite. Le candidat socialiste se révèle très à la traîne sur ce domaine (19% contre 38% pour Nicolas Sarkozy), et, en outre, recule par rapport à novembre (-4 points).

Enfin, sur la question déterminante de la dette, c’est encore Nicolas Sarkozy qui l’emporte (32% contre 25% pour François Hollande), mais le président perd cinq points en deux mois, tandis que le candidat socialiste n’en perd que deux. La position « ni l’un, ni l’autre » est la plus citée par les répondants sur cette question, ce qui démontre une perte de confiance forte envers les principaux partis pour trouver des solutions pour la sortie de crise.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

Sur le versant de la personnalité, François Hollande possède un point faible : son dynamisme. Seuls 43% des Français qualifient de dynamique l’ancien Premier secrétaire du parti socialiste, alors que ce trait d’image est accordé à Nicolas Sarkozy par 74% des Français, à Marine Le Pen par 71% et à Jean-Luc Mélenchon par 51%.


Conclusion : Un candidat Hollande qui s’affaiblit, au profit de Nicolas Sarkozy et des « troisièmes hommes »

En deux mois, François Hollande a beaucoup perdu de son aura acquise lors de sa désignation par le processus des primaires. S’il domine encore largement dans les intentions de vote, surtout au second tour, le candidat de parti socialiste n’enthousiasme pas (ou plus) les Français. Sa personnalité, sa capacité à incarner le changement et à mener une politique efficace sont certes reconnus, mais il reste concurrencé sur de nombreux points, que ce soit par le Président sortant, ou par les « troisièmes hommes » que sont François Bayou et Marine Le Pen. Par ailleurs, à fin décembre, François Hollande dispose de scores d’image relativement équivalents, sur les principaux indicateurs, à ceux que Ségolène Royal obtenait à la même époque en 2007, ce qui relativise là encore l’idée d’un parti socialiste dont la victoire ne ferait guère de doutes.

L’avance du candidat socialiste ne doit donc pas faire croire que l’élection est jouée d’avance, d’autant plus que la perte de vitesse de François Hollande est largement ressentie dans l’opinion, ce qui peut le décrédibiliser encore un peu plus : désormais seuls 37% des Français estiment que c’est François Hollande qui est le plus à même de remporter l’élection (-10 points en deux mois), soit à peine plus que Nicolas Sarkozy (35%, +6 points). En outre, le niveau important des réponses « ni l’un, ni l’autre » et son augmentation en deux mois (28%, +4 points) rend relativement crédible l’hypothèse d’une « surprise » qui dessinerait un second tour où l’un des deux grands partis français serait exclu au profit d’un candidat du centre ou de l’extrême-droite.

Graphique : Trait d’image comparé de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

 

A l’aube d’une séquence importante pour lui (grand discours d’orientation le 22 janvier puis présentation de son programme), le candidat François Hollande devra montrer qu’il est capable de fédérer sur sa personne et ses propositions. Pour l’instant, pour beaucoup, il demeure le plus à même de battre Nicolas Sarkozy et donc d’exprimer un rejet à l’égard du président sortant. Mais les Français ne préféreront-ils pas voter pour un candidat plutôt que de voter contre un candidat ?