Comment la campagne de l’entre-deux tours modifie-t-elle le rapport de force ?

Après le moment-phare de l’entre-deux tours que représente le débat entre les deux candidats restant en lice, et à quelques jours du scrutin, il est intéressant de s’interroger sur les mouvements de l’électorat entre le premier et le second tour de l’élection. Pour conclure le fameux débat, le candidat Nicolas Sarkozy a fait un clair appel du pied aux électeurs du Front national, mais également à ceux de François Bayrou et aux abstentionnistes. Les prises de position récentes du chef de l’Etat, notamment avec sa proposition d’une présomption de légitime défense pour les policiers – présente dans le programme du Front national – et un discours recentré sur les craintes de l’électorat frontiste en matière d’immigration et de mondialisation, ont déclenché de nombreuses réactions à gauche.

De son côté, le candidat socialiste rappelle qu’il tient à s’adresser à tous les Français, et notamment aux électeurs de Marine Le Pen. Il ne dévie pour autant pas de sa ligne, et semble davantage capitaliser sur son avance et sur le rejet et la déception que peut susciter Nicolas Sarkozy au sein de la population.

Dans quelle mesure cette "drague" des électeurs du Front national fonctionne-t-elle ? Permet-elle au président sortant de réduire l’écart avec le candidat socialiste ? Comment réagissent les 9% d’électeurs de François Bayrou face à cette campagne ? Autant de questions auxquelles permettent de répondre l’analyse des sondages d’intentions de vote pour le second tour.

 

Les 19% d’électeurs de Marine Le Pen : une population stratégique mais ancrée dans ses choix

Nicolas Sarkozy et ses soutiens ont largement défendu l’idée que les cartes seraient rebattues à l’orée de l’entre-deux tours et que l’avance du candidat socialiste au second tour, indiscutable dans les sondages d’intentions de vote  conduits avant le 22 avril, s’effacerait rapidement. Or, dans la réalité, l’électorat qui était déjà très déterminé sur son choix de second tour, choix par définition plus simple car l’offre est resserrée, maintient largement les positions déjà arrêtées. Les différents sondages réalisés avant le débat montre une grande constance des reports de voix, notamment ceux des électeurs du Front national, en dépit des efforts des deux candidats pour attirer à eux cet électorat stratégique.

L’évolution donnée par l’Ifop dans ses intentions de vote quotidiennes démontre cette stabilité. Ces reports de voix, à prendre avec grande prudence car ils portent sur une partie seulement de l’échantillon et donc sur des effectifs assez faibles (de l’ordre de 200 personnes), évoluent de la manière suivante depuis le 22 avril :

On le voit, les évolutions sont peu importantes : près d’un électeur sur deux (environ 45%) ayant mis un bulletin Marine Le Pen dans l’urne au premier tour, votera pour Nicolas Sarkozy au second. L’évolution au cours de l’entre-deux tours n’est pas significative au regard de la taille du sous-échantillon.

Quatre électeurs de Marine Le Pen sur dix ne se prononcent pas, déclarent qu’ils s’abstiendront ou voteront blanc ou nul. Les effets de la déclaration de la candidate lors du 1er mai, faisant part de sa décision de voter blanc à titre personnel, s’ils existent, ne seraient sans doute pas encore visibles dans les dernières vagues d’enquête. Il conviendra de regarder si davantage d’électeurs décident d’adopter la posture de leur présidente, mais cela semble relativement peu probable, eu égard à la proportion déjà forte de personnes ne choisissant aucun des candidats, et à la posture de Marine Le Pen, refusant de dicter un choix à ses électeurs. Néanmoins, un mouvement n’est pas à exclure.

Enfin, seule une faible proportion des électeurs de Marine Le Pen se tourne vers François Hollande au second tour. Elle représente toutefois près d’un de ses électeurs sur cinq. Une tendance à un léger reflux du report de voix sur le candidat socialiste apparaît, par ailleurs confirmé par les études de CSA (de 27% le 22 avril, les reports pour le candidat socialiste diminuent à 23%) et d’Ipsos (de 18% à 14%). Celle-ci semble s’effectuer davantage au profit de l’abstention et du vote blanc que du vote en faveur de Nicolas Sarkozy.

 

Les 9% d’électeurs de François Bayrou : de plus en plus séduits par Nicolas Sarkozy ?

Moins important en taille, l’électorat de François Bayrou n’en est pas moins stratégique pour les deux candidats, même s’il est apparu moins courtisé. Parmi les 9% d’électeurs du candidat du MoDem, certaines évolutions semblent se dessiner dans cette campagne d’entre-deux tours.

L’outil barométrique de l’Ifop dessine les tendances suivantes (à prendre avec encore plus de précautions que celles portant sur l’électorat de Marine Le Pen, les effectifs étant deux fois moindres) :

- En premier lieu, l’abstention et votes blanc et nul gagnent du terrain dans les intentions des électeurs. L’Ifop montre que la proportion de personnes refusant de choisir entre les deux candidats double. Néanmoins, ce résultat doit être pris avec des pincettes : les instituts CSA et Ipsos qui livrent également le report de voix de ces électeurs, infirment cette tendance.

- Ensuite, parmi l’électorat centriste, Nicolas Sarkozy semble reprendre le dessus sur François Hollande. Les résultats de l’Ifop montrent que cette inversion est plutôt à imputer à une diminution du report des voix vers le candidat socialiste qu’à un gain du candidat de l’UMP. Ipsos, qui enregistre lui aussi que Nicolas Sarkozy repasse en tête parmi l’électorat de François Bayrou, l’impute à une augmentation du report en faveur du président sortant. Quant à CSA, il démontre également cette légère poussée de Nicolas Sarkozy mais dans la dernière vague d’enquête de cet institut, François Hollande séduit toujours davantage cet électorat que Nicolas Sarkozy : dans son enquête du soir du premier tour, les électeurs de François Bayrou sont 40% à se prononcer pour le candidat socialiste et 25% pour le candidat UMP ; dans le sondage réalisé les 24 et 25 avril, ces scores passent respectivement de 42% (+2 points) pour François Hollande et à 36% (+11 points) pour Nicolas Sarkozy.

 

Conclusion : l’écart se resserre légèrement mais reste important

Au global, les intentions de vote pour les deux candidats varient peu depuis le 22 avril. Un léger resserrement est enregistré par la plupart des instituts mais le candidat socialiste reste largement en tête. Les scores les plus favorables le créditent de 53% des voix contre 47% à son adversaire.

Les derniers sondages ne nous montrent pas encore l’effet du débat d’entre-deux tours, mais l’histoire nous montre que celui-ci n’a jamais eu un effet significatif, et l’écart entre les deux candidats est tel (de l’ordre de 6 à 8 huit points selon les études), qu’on voit mal comment pourrait se retourner un rapport de force si favorable à François Hollande, d’autant plus que le candidat de droite, s’il n’a pas failli, n’a pas non plus ébloui mercredi soir.

Le léger resserrement des courbes observé ces derniers jours peut notamment être imputé à un report des voix des électeurs de François Bayrou qui devient plus favorable à Nicolas Sarkozy. Mais la faiblesse relative de cet électorat et l’évolution somme toute réduite qui s’y produit ne semble pas pouvoir annoncer un renversement de tendance entre les deux candidats. Les effets de mobilisation du corps électoral auront également une importance capitale : dans quelle mesure les électorats des candidats non qualifiés pour le second tour se mobiliseront-ils ? Et combien d’électeurs n’ayant pas participé au premier tour viendront voter au second ? L’histoire des scrutins montre que la participation est toujours plus forte au second tour : à quel candidat cette mobilisation profitera-t-elle ?

Quoiqu’il en soit, plus le second tour se rapproche, plus les études se succèdent, plus l’hypothèse d’un croisement des courbes apparaît improbable.

 

J-1 : Récapitulatif des dernières études d’intentions de vote de premier tour

Un jour avant le scrutin, les instituts de sondage ne peuvent plus publier aucune étude d’intentions de vote. Hier, tous les principaux instituts ont donc rendu publique la dernière vague d’enquête de leur baromètre, réalisée généralement les mercredi 18 et jeudi 19 avril.

Que montrent ces différentes études ? D’abord, que l’ordre d’arrivée des deux favoris est incertain. Si l’on reprend les résultats des huit instituts ayant publié des intentions de vote, trois placent Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité au premier tour (TNS Sofres, l’Ifop et OpinionWay) et cinq accordent la première place à François Hollande (Ipsos, CSA, BVA, Harris interactive et LH2). La comparaison entre les différents instituts montre donc un rapport de force au premier tour favorable au candidat socialiste mais la prudence doit rester de mise : l’écart entre le candidat de l’UMP et du PS entre dans la marge d’erreur et les sondages ne permettent pas de connaître avec certitude l’ordre d’arrivée.

Ensuite, pour la troisième place en revanche, les instituts s’accordent : c’est Marine Le Pen qui s’impose, mais elle devant Jean-Luc Mélenchon de quelques points seulement. Les jeux restent donc ouverts du fait de marge d’erreur et des mouvements qui peuvent s’effectuer dans l’électorat au cours des derniers jours de scrutin, où beaucoup d’électeurs se décident. Avec environ 10% des intentions de vote, François Bayrou semble lui distancé et devrait, selon toute vraisemblance perdre la place qu’il occupait au scrutin de 2007.

Enfin, si les instituts présentent des résultats qui divergent légèrement parfois, globalement, ils retracent les mêmes tendances lourdes et les scores en valeur attribués aux différents candidats varient peu selon l’institut, comme le montre le tableau récapitulatif en fin d’article.

Revenons sur les dernières intentions de vote des cinq principaux instituts.

TNS Sofres : François Hollande et Nicolas Sarkozy à égalité au premier tour, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de 4 points

La dernière étude TNS Sofres place François Hollande et Nicolas Sarkozy à égalité au premier avec 27% des intentions de vote. Il s’agit, pour le candidat socialiste, d’un certain reflux de son potentiel électoral : ce score apparaît en effet comme le plus bas qu’il ait enregistré dans les études conduites par TNS Sofres depuis sa désignation comme candidat du parti socialiste. Cette légère chute de l’ordre de 3 points depuis mars est sans doute à imputer en partie à la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon à la même période.

Pour le candidat de l’UMP, ce score de 27% correspond à la moyenne des résultats qu’il a pu enregistrer depuis le début de la campagne. Après un pic à 29% observé fin mars, il retrouve les niveaux obtenus lorsqu’il est entré officiellement en campagne.

Pour la troisième place, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de 4 points. La candidate recueille 17% d’intentions de vote, un score dans la moyenne haute des résultats obtenus depuis le début de la campagne. Le candidat du Front de gauche, après un pic à 16% la semaine dernière, apparaît en perte de vitesse (13%, -3 points en une semaine). Quant à François Bayrou, avec 10% d’intentions de vote, il a perdu la quatrième place qu’il occupait jusque fin mars. Ses intentions de vote stagnent et régressent même légèrement par rapport à ces scores entre fin janvier et mi-mars. Il apparaît donc distancé par un Jean-Luc Mélenchon qui connaît une dynamique forte à partir de cette date. Néanmoins, là encore, l’écart entre les deux candidats demeure compris dans la marge d’erreur.

Ipsos : François Hollande progresse et prend la tête du premier tour à un Nicolas Sarkozy en perte de vitesse, Marine Le Pen devance Jean-Luc Mélenchon de deux points

La semaine dernière, l’institut Ipsos plaçait les deux favoris à égalité dans son baromètre d’intentions de vote. Dans sa dernière vague d’enquête, Ipsos montre un rapport de force qui a nettement évolué. D’une part, François Hollande progresse. Avec 29% d’intentions de vote, il gagne 2 points par rapport à la semaine dernière. Il repasse nettement devant Nicolas Sarkozy, qui avec un score de 25,5% apparaît en perte de vitesse certaine. Il perd 1,5 points par rapport à la semaine dernière et surtout 4 points depuis la fin mars. Toute la progression acquise par le candidat de l’UMP depuis son entrée en campagne est perdue, et il retrouve des niveaux d’intentions de vote égaux à ceux de mi-février.


Concernant la troisième place, les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen restent proches (deux points d’écart) après d’être croisées deux fois dans les dernières semaines.  C’est néanmoins Marine Le Pen qui semble prendre l’avantage. Avec 16% d’intentions de vote, elle progresse faiblement mais régulièrement depuis la fin mars (2 points gagnés), alors que les intentions de vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon stagnent depuis cette date. La candidate frontiste renoue avec les scores qu’elle obtenait en février.

François Bayrou reste globalement stable autour du seuil des 10% depuis la fin mars. Il apparaît maintenant nettement distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Il a perdu de l’ordre de 2 à 3 points depuis février.

CSA : François Hollande toujours devant Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen reste Jean-Luc Mélenchon

La semaine dernière, l’institut CSA annonçait un creusement important de l’écart en faveur de François Hollande au premier tour. Leur dernière étude, malgré un léger resserrement des courbes entre les deux favoris, place toujours le candidat socialiste assez nettement devant le candidat de l’UMP. François Hollande obtient ainsi 28% des intentions de vote, ce qui correspond à la moyenne des scores obtenus depuis le mois d’avril. Nicolas Sarkozy, avec 25% d’intentions de vote, et même s’il regagne un point par rapport à la semaine dernière, reste à la peine : il s’agit d’un des plus faibles scores enregistré par le président sortant depuis janvier.

Concernant le match pour la troisième place, Marine Le Pen est, également pour CSA, devant Jean-Luc Mélenchon mais l’écart apparaît faible : seuls 1,5 points séparent les deux candidats (écart donc soumis à la marge d’erreur qui interdit de dresser un ordre d’arrivée avec certitude). Marine Le Pen obtient 16% et cela correspond, comme dans le baromètre Ipsos, à un niveau plus haut que celui qui prévalait ces dernières semaines, mais néanmoins légèrement plus faible que ceux obtenus en janvier.  Plus en cohérence avec la TNS Sofres cette fois, Jean-Luc Mélenchon connaît, dans le baromètre CSA, un tassement de ses intentions de vote au cours des dernières semaines : il perd 2,5 points par rapport à la mi-avril où il culminait avec 17% d’intentions de vote. François Bayrou obtient environ 10% d’intentions de vote et le léger recul observé depuis mi-mars est également confirmé par CSA.

BVA : L’écart se contient entre les deux favoris,  la troisième position est très disputée

Seul institut à n’avoir jamais placé Nicolas Sarkozy en tête du premier tout, BVA confirme, dans sa dernière étude, l’avance du candidat socialiste au premier tour : François Hollande obtient 30% des intentions de vote contre 26,5% pour Nicolas Sarkozy. L’institut mesure une certaine stabilité depuis le début du mois mais montre tout de même un léger creusement de l’écart entre les deux favoris au premier tour dans les deux dernières semaines.

En troisième position, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon obtiennent tous deux 14% d’intentions de vote. François Bayrou obtient 10% des intentions de suffrage, le plus faible score obtenu dans ce baromètre depuis janvier.

Si BVA confirme bien la diminution du candidat du MoDem montrée par les autres instituts, en revanche, la tendance qu’il dessine pour Jean-Luc Mélenchon diverge légèrement. A l’instar de ce que l’on observe dans les études Ipsos, les courbes de BVA n’indiquent aucune baisse de régime pour le candidat du Front de gauche. Néanmoins, avec 14% d’intentions de vote, il obtient les mêmes scores que dans les baromètres des autres instituts. Si BVA n’enregistre aucune diminution, c’est parce que l’institut n’a pas enregistré une poussée mi-avril comme l’ont fait CSA et la TNS Sofres.

Concernant Marine Le Pen, les scores démontrent une relative stabilité de la candidat frontiste, et en cohérence avec tous les instituts, à des niveaux plus faibles qu’en début d’année. BVA place la candidate frontiste à 14% d’intentions de vote, le score le plus faible en comparaison des autres instituts.

Ifop : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité au premier tour, Marine Le Pen troisième

A rebours des autres instituts, le "rolling" de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) plaçait jusqu’à jeudi soir Nicolas Sarkozy en tête des intentions de vote du premier tour. Dans la dernière livraison de ce baromètre, les deux favoris sont placés à égalité avec 27% des suffrages.

Les croisements répétitifs des courbes des deux favoris et l’écart toujours conscrit entre 0,5 et 2 points  depuis la mi-mars démontrent un rapport de force très serré selon l’Ifop. Si , dans ce baromètre, le candidat de l’UMP semble bien prendre la tête depuis cette date sur la durée, François Hollande arrive ponctuellement symboliquement à repasser en tête au premier tour. En outre, l’écart actuel est naturellement soumis à la marge d’erreur et interdit de déterminer avec certitude l’ordre d’arrivée.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et, avec 16% des suffrages, possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 13% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à environ 10% d’intentions de vote.

Quelles conclusions tirer de l’analyse de ces différentes études ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, l’analyse des sondages apporte des réponses à ces questions nuancées et qui ne sont en rien définitives, même à deux jours du premier tour. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour et désormais la plupart des instituts pour le premier tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver premier dimanche.  L’écart reste soumis à la marge d’erreur et il impossible de savoir lequel est véritablement en tête à ce jour et dans l’état actuel du rapport de force. Dimanche, les deux candidats peuvent obtenir des scores très serrés, tout comme l’un pourrait l’emporter sur l’autre avec plusieurs points d’écart. Si l’hypothèse d’une arrivée en tête de François Hollande au premier tour est la plus partagée par les instituts aujourd’hui et semble donc la plus probable, elle n’est pas assurée.

2. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Si tous les instituts s’accordent à placer Marine Le Pen devant le candidat du Front de gauche (hormis BVA les plaçant à égalité), l’écart entre les candidats demeure compris dans la marge d’erreur et les difficultés toujours réelles pour estimer la candidate du Front national incitent à rester d’autant plus prudents, même si le rapport de force semble en sa faveur.

3. Pour le deuxième tour, François Hollande reste en tête de toutes les intentions de vote sans exception. Crier victoire trop tôt serait néanmoins imprudent. Si le candidat socialiste est naturellement le grand favori, une campagne peut toujours révéler des surprises et plus de deux semaines s’écouleront encore avant la proclamation du nom du nouveau président de la République.

Tableau récapitulatif des dernières intentions de vote au premier et second tours


NB : Dans la lignée de nos précédents articles, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

Entre Marine Le Pen et François Hollande, le coeur des ouvriers balance

En avril dernier, un gros titre tiré d’un sondage Ifop avait fait couler beaucoup d’encre : Marine Le Pen dominerait très nettement les intentions de vote des ouvriers français. Qu’en est-il aujourd’hui après l’entrée en campagne de François Hollande ? Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à reconquérir cet électorat qu’il avait su séduire en 2007 par son "travailler plus pour gagner plus" ? Et quid de la place de Jean-Luc Mélenchon, qui affiche depuis quelques semaines son intention de disputer le vote ouvrier au Front national ?

Un sondage Ifop*, réalisé sur un échantillon de taille relativement importante (1723 personnes inscrites sur les listes électorales) permet d’analyser le vote ouvrier dans la perspective de la prochaine élection présidentielle :

- Quand on analyse les intentions de vote des ouvriers, deux candidats se détachent nettement en tête : Marine Le Pen, qui recueille 28% des intentions de vote et François Hollande, avec 27%. Si les deux candidats font pratiquement jeu égal au sein de cette population, la progression du Front national y existe bel et bien. En 2007, Jean-Marie Le Pen n’arrivait qu’en troisième position chez les ouvriers, avec 19% des suffrages**. Marine Le Pen a donc su asseoir l’attractivité de son parti auprès des ouvriers. Le candidat socialiste gagne, quant à lui, peu de points par rapport à Ségolène Royal, qui avait rassemblé 25% du vote ouvrier en 2007.

- Nicolas Sarkozy, en troisième position, est distancé, avec tout de même 17% des intentions de vote. Il avait recueilli 25% des suffrages ouvriers en 2007**. On peut bien parler d’un certain désamour, et cette partie de l’électorat perdue par le candidat de l’UMP semble bien s’être déportée, du moins en partie, vers la dirigeante du Front national.  Néanmoins, le président de la République séduit toujours une part conséquente des ouvriers. Il faudra surveiller, dans les semaines à venir, si son discours centré sur l’importance de la valeur travail arrivera à reconquérir cette frange de l’électorat.

- Jean-Luc Mélenchon recueille 9% d’intentions de vote parmi les ouvriers, ce qui traduit une pénétration au sein de l’électorat ouvrier identique à celle qu’il possède au sein de la population française au global (8,5%). Le candidat du Parti de Gauche est devancé au sein de la population ouvrière par François Bayrou (11%).

- Enfin, il ne faut pas oublier que les ouvriers constituent une catégorie de la population particulièrement encline à l’abstention. Si malheureusement le sondage de l’Ifop ne nous donne pas le chiffre des personnes déclarant avoir l’intention de s’abstenir ou de voter blanc et nul, l’abstention pourrait bien augmenter par rapport à 2007, notamment du fait de la déception que suscite le président sortant. Elle pourrait donc être la grande gagnante chez les ouvriers.

 

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par internet et par téléphone auprès d’un échantillon de 1723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1896 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

** Panel Electoral Français (2007) CEVIPOF-Ministère de l’Intérieur, réalisé par l’Ifop par téléphone auprès d’un échantillon de 1847 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. N’ont été interrogées que des personnes inscrites sur les listes électorales.