A quoi servent des intentions de vote un an après ?

L’Ifop a publié il y a quelques jours un sondage* contenant une question d’intentions de vote à l’élection présidentielle « un an après ».

IV Ifop 2013-04

Cette question a suscité de nombreuses critiques : quel intérêt puisqu’elle place les répondants dans une situation totalement fictive ? Le caractère fictif de l’hypothèse posée par la question n’est pas en doute : il n’y a pas d’élection présidentielle en vue, et même si des circonstances exceptionnelles rendaient cette hypothèse plausible, il semble hautement improbable que l’offre électorale soit identique à celle du dernier scrutin présidentiel.

Cette question n’a effectivement aucune valeur pour éclairer un prochain scrutin. Il n’est pas question d’en tirer des conclusions du type « Nicolas Sarkozy aurait gagné si l’élection avait lieu aujourd’hui », car nous ne sommes pas en campagne pour élire un président, et une campagne ferait naturellement bouger les lignes, c’est sa raison d’être. L’exercice doit être interprété bien autrement.

 

Identifier les modification du rapport de force partisane conséquentes à la déception suscitée par François Hollande

Ces résultats présentent un intérêt, dans le sens où ils permettent de mesurer quelles sont les répercussions, sur le rapport de force électoral, de la première année de présidence de François Hollande. Le différentiel de 6 points sur le score de l’actuel président entre l’intention de vote réalisé en avril 2013 (22%) et son résultat réel le 22 avril 2012 (28%) démontre l’ampleur des répercussions électorales d’un an de mandat fortement déceptif (mis en lumière par la chute vertigineuse et rapide des indicateurs de popularité de l’exécutif, notamment auprès des électeurs du président).

Ce sondage montre aussi quels sont les potentiels « gagnants » de cette déception : pas les partis sur la gauche du PS, comme on aurait pu le penser du fait des critiques de l’aile gauche du parti présidentiel et du Front de gauche sur une inflexion trop « libérale », ou en tout cas pas assez « à gauche », du président. Jean-Luc Mélenchon recueille 11 % d’intentions de vote, exactement son score réel d’avril 2012 et Nathalie Arthaud et Philippe Poutou n’augmentent pas non plus leurs résultats. Eva Joly perd même 1 point (1,5 % contre ses 2,31 % du 22 avril 2012).

François Bayrou ne bénéficie guère non plus de la déception suscitée par François Hollande. Il ne gagne qu’un point (10 % contre 9,13 % le 22 avril 2012) et reste donc loin de pouvoir concurrencer le trio de tête (Hollande, Sarkozy, Le Pen), et demeure même derrière Jean-Luc Mélenchon.

Il ne semble donc pas y avoir de mouvements massifs au sein de l’électorat de gauche. Tout porte à croire que l’électorat déçu de François Hollande, plutôt que de se reporter à gauche ou au centre, préfère se réfugier dans l’abstention. Cette situation est hautement préoccupante pour la gauche dans la perspectives des prochaines élections municipales, qu’elle ne pourra remporter si son électorat ne se mobilise pas.

Les gagnants de la première année de la présidence de François Hollande sont donc à droite : Nicolas Sarkozy, qui recueille 30 % des intentions de vote (il avait fait 27,18 % en 2012) et surtout Marine Le Pen (22 % contre 17,90%). Plus qu’à un report des voix de gauche sur la droite, c’est surtout à une mobilisation forte de ces électorats à laquelle nous devons conclure à la vue de ces résultats. Il n’est pas certain que ces deux candidats « gagnent » beaucoup de voix dans l’absolu, ils peuvent seulement bénéficier d’un différentiel de mobilisation, l’électorat de droite apparaissant donc « remonté » face à l’action gouvernementale (la mobilisation contre le « mariage pour tous » en étant une illustration). Le gain supérieur de Marine Le Pen (4 points) semble tout de même indiquer un mouvement de l’électorat vers la candidate du Front national, qui laisse penser que ce parti pourrait être l’un des gagnants des scrutins municipaux en 2014.

 

Pour conclure, nous pouvons affirmer que cette question a droit de cité dans un sondage portant sur le bilan de François Hollande, car des conclusions éclairantes peuvent en être tirées. Néanmoins, la présentation « brute » des résultats interroge et on pourra reprocher à l’Ifop de n’avoir pas assez accompagné ces chiffres, dont une reprise « primaire » était évidemment à prévoir. En outre, il aurait été intéressant que l’institut fournisse d’autres éléments pour pousser plus loin l’analyse : que répondent les personnes ayant effectivement voté pour François Hollande en avril 2012 ? Où sont passé les 6 points perdus par le président ? On peut supposer, comme nous l’avons fait ici, que c’est sans doute dans l’abstention, mais pourquoi l’institut ne pousse-t-il pas l’analyse jusque là ?

 

* Sondage Ifop réalisé par internet du 11 au 15 avril auprès d’un échantillon de 1967 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La question d’intentions de vote a été posée uniquement aux personnes inscrites sur les listes électorales.

 

J-4 : Quel est le rapport de force au premier tour ?

Nous sommes désormais à quatre jours du scrutin. Les intentions de vote se succèdent mais ne se ressemblent pas toujours. Deux études parues ce matin, l’une de l’institut CSA, l’autre de BVA, montre des tendances assez divergentes même si elles s’accordent sur la hiérarchie d’arrivée.

A l’heure actuelle, que montrent les principaux instituts pour le premier tour de l’élection ?

CSA : François Hollande creuse l’écart avec Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen repasse devant Jean-Luc Mélenchon

Ce matin, CSA nous a livré sa dernière étude d’intentions de vote, réalisée les 16 et 17 avril, et celle-ci montre des évolutions significatives du rapport au force au premier tour. D’abord, François Hollande regagne du terrain (29%, +2 points par rapport à la précédente enquête réalisée les 10 et 11 avril). Cette progression permet au candidat socialiste de retrouver son niveau moyen depuis le début de l’année. Le président sortant connaît un mouvement inverse : il perd deux points par rapport à la semaine dernière et avec 24% d’intentions de vote, il réalise son plus bas score depuis le début de l’année ! En deux semaines, Nicolas Sarkozy perd six points dans les intentions de vote de l’institut CSA. Tout le crédit lentement accumulé depuis son entrée en campagne est reperdu.

En outre, les intentions de vote au second tour dessinent un desserrement significatif entre les deux candidats : 58%-42% en faveur du candidat socialiste cette semaine, 57%-43% la semaine dernière, 54%-46% il y a deux semaines. La tendance dessinée par l’institut CSA est clairement celle d’un effondrement de Nicolas Sarkozy. François Hollande dispose d’une avance solide, au premier comme au second tour.

Ainsi, cette étude pose un rapport de force clairement en faveur de François Hollande, notamment au premier tour. Néanmoins, cette tendance est loin d’être celle affichée par tous les instituts comme le montre la suite de cet article.

Concernant le match pour la troisième place, CSA plaçait Jean-Luc Mélenchon en troisième position depuis le début du mois. Cette nouvelle enquête voit les courbes se croiser de nouveau : Marine Le Pen repasse devant le candidat du Front de gauche (17% contre 15%). Elle gagne deux points quand Jean-Luc Mélenchon en perd deux. L’institut CSA donne désormais un ordre d’arrivée partagé par tous les autres instituts (hormis TNS Sofres qui place les deux candidats au même niveau). Pour autant, la prudence s’impose, l’écart restant compris dans la marge d’erreur.

BVA : L’écart se contient entre les deux favoris,  la troisième position est très disputée

L’autre étude publiée ce matin et également réalisée les 16 et 17 avril, mais par l’institut BVA, livre des enseignements assez différents. Certes, la hiérarchie reste la même au premier tour : François Hollande puis Nicolas Sarkozy, puis Marine Le Pen, puis Jean-Luc Mélenchon. Néanmoins, les tendances et les écarts ne sont pas les mêmes.

Selon BVA, François Hollande recueille 29,5% d’intentions de vote au premier tour, soit un score relativement comparable à celui de l’institut CSA (29%). Comme CSA, BVA montre une certaine stabilité dans le niveau des intentions de vote pour le candidat socialiste sur les dernières semaines. En revanche, quand on observe les scores de Nicolas Sarkozy, des différences apparaissent : dans le baromètre de BVA, le candidat sortant reste, comme François Hollande, à des niveaux très stables sur ces dernières semaines. Selon cet institut (et rappelons qu’il est le seul à avoir annoncé de tels résultats), le candidat de l’UMP n’a jamais pris la tête du premier tour dans les intentions de vote. Le score recueilli par Nicolas Sarkozy dans l’étude BVA se révèle cependant notablement plus élevé que dans l’étude CSA (27,5% contre 24%). Par conséquent, l’écart entre les deux favoris est nettement plus réduit que dans l’étude de CSA : BVA annonce deux points d’écart quand CSA en annonce cinq. Si ces différences peuvent naturellement s’expliquer par la marge d’erreur, elles méritent néanmoins d’être relevées. Avec cet écart de deux points et donc l’annonce d’un rapport de force serré, BVA colle davantage aux résultats des autres instituts. Il ne confirme pas la diminution de Nicolas Sarkozy annoncée par CSA et montre au contraire que le candidat de l’UMP reste plutôt dans des niveaux d’intentions de vote plus élevés qu’au début de l’année.

Au second tour, et en cohérence avec les résultats du premier tour, BVA annonce également un rapport de force stable et un écart en faveur de François Hollande, certes important, mais plus réduit que l’institut CSA : 56% d’intentions de vote pour François Hollande, 44% pour Sarkozy, des scores inchangés la toute fin du mois de mars.

Pour la troisième place, BVA montre que les jeux sont largement ouverts. Les trois candidats y prétendant recueillent des scores assez serrés et donc contenus dans la marge d’erreur. Selon cette dernière étude, l’écart entre eux sembleraient même se resserrer : Marine Le Pen obtient 14% d’intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon 13% et François Bayrou 12%.

Ifop : depuis fin mars, Nicolas Sarkozy et Hollande au coude-à-coude pour la première place, Marine Le Pen troisième

Le "rolling" de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) montre que l’écart entre les deux favoris est très réduit. Ces derniers jours, ils ont été successivement en tête des intentions de vote du premier tour.

Alors que depuis le 22 mars, Nicolas Sarkozy dominait les intentions de vote au premier tour, avec une faible avance sur le candidat socialiste (de 0,5 à 2 points), lundi, François Hollande a repris symboliquement la tête avec 27,5% d’intentions de vote contre 27% pour le président sortant. Hier, Nicolas Sarkozy repassait symboliquement en première place avec 27,5% d’intentions de vote contre 26,5% pour François Hollande.

Ces croisements répétitifs et l’écart toujours conscrit entre 0,5 et 2 points depuis la mi-mars démontrent un rapport de force très serré entre les deux principaux candidats. Si le candidat de l’UMP avait bien semblé prendre la tête depuis la fin mars, ce que montrait la tendance sur le nombre d’enquêtes réalisées, aujourd’hui, la plus grande incertitude existe quant à l’ordre d’arrivée dans le baromètre de l’Ifop. Ce qu’on l’on peut déduire à ce jour, c’est que les deux candidats disposent de potentiels électoraux très proches. La différence entre eux se contient dans la marge d’erreur et la tendance dessinée par les dernières vagues d’enquête n’est pas claire, ce qui ne permet pas de savoir qui, à l’heure actuelle du rapport de force, est véritablement en tête.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 12,5% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à environ 10% d’intentions de vote.

Ipsos : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité, Marine Le Pen devance légèrement Jean-Luc Mélenchon

La dernière étude d’intentions de vote de l’institut Ipsos a été réalisée les 13 et 14 avril, soit trois jours avant les précédentes. Elle livre les résultats suivants :

En tête du premier tour, Nicolas Sarkozy, qui dominait de peu ces dernières semaines, est désormais au coude-à-coude avec François Hollande. Les deux favoris sont tous les deux crédités de 27% des voix. Il est intéressant de noter que le "rattrapage" effectué par le candidat socialiste ne s’effectue pas par une dynamique positive. Dans cette étude, François Hollande perd du terrain au premier tour et recule de 1,5 points par rapport à la précédente enquête réalisée les 6 et 7 avril. S’il arrive à tutoyer de nouveau le président sortant dans les intentions de vote au premier tour, c’est uniquement parce que Nicolas Sarkozy subit une diminution encore plus importante de son potentiel électoral (-2 points).

Ainsi, cette nouvelle enquête montre un effritement des voix pour les deux favoris, principalement au détriment des petits candidats qui semblent bénéficier de leur exposition médiatique accrue (Eva Joly gagne un point, Philippe Poutou,  Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade 0,5). Elle confirme que le candidat de l’UMP et celui du PS jouissent d’un capital électoral de poids relativement égal, ce qui interdit de définir leur ordre d’arrivée au premier tour.


Concernant la troisième place, les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen se révèlent également très proches et se sont croisées deux fois dans les dernières semaines. Cette dernière enquête place Marine Le Pen devant Jean-Luc Mélenchon (15,5% d’intentions de vote pour la candidate frontiste contre 14,5% pour le candidat du Front de gauche). L’écart entre les deux candidat est donc très réduit (1 point) et soumis à la marge d’erreur, ce qui interdit, également pour la troisième place, de savoir avec certitude quel candidat l’emporte sur l’autre à l’heure actuelle.

François Bayrou, après être passé symboliquement sous la barre des 10% dans la dernière enquête, reste globalement stable autour de ce seuil depuis la fin mars. Il apparaît maintenant nettement distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

TNS Sofres : François Hollande repasse en tête au premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à égalité

Dans la dernière étude par TNS Sofres et réalisée les 11 et 12 avril,  François Hollande reprend la tête du premier tour (28% contre 26% pour le candidat UMP). Le candidat socialiste reste ainsi stable à un niveau faible. Nicolas Sarkozy, quant à lui, subit une érosion conséquente des intentions de vote en sa faveur (26%, -3 points par rapport au 26-27 mars).


Pour la troisième place, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont à égalité avec 16% d’intentions de vote. Si ce score est globalement dans la moyenne de ce qu’enregistre la candidate du Front national depuis le début novembre 2011 selon la TNS Sofres, Jean-Luc Mélenchon poursuit une impressionnante dynamique amorcée mi-mars : il gagne six points en un mois et distance définitivement François Bayrou qui repasse sous la barre des 10%.

Quelles conclusions tirer de l’analyse de ces différentes études ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, l’analyse des sondages apporte des réponses à ces questions nuancées et qui ne sont en rien définitives. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver en tête du premier tour. Aujourd’hui, les deux favoris sont au coude-à-coude dans toutes les études (hormis celle de CSA). Bien que, pour le premier tour, tous les instituts semblent peu à peu s’accorder sur la première place du candidat socialiste ces derniers jours, l’écart reste soumis à la marge d’erreur. Les deux candidats disposent d’un potentiel électorat proche et il impossible de savoir lequel est véritablement en tête à ce jour et dans l’état actuel du rapport de force. Pour le second tour en revanche, François Hollande dispose d’une avance solide, mais rien n’est encore définitivement joué à trois semaines de l’annonce du vainqueur.

2. Parler d’une progression de François Hollande au premier tour semble erroné : si le rapport de force lui est plus favorable, il ne progresse pas en valeur et affiche des niveaux d’intentions de vote globalement stables. Si dans la plupart des études, François Hollande repasse en tête donnant l’impression d’une progression, le changement de hiérarchie s’attribue à une chute de Nicolas Sarkozy et pas à une progression du candidat socialiste. Néanmoins, François Hollande semble bien creuser l’écart au second tour, comme le montre la plupart des instituts.

3. La dynamique qui a porté le candidat UMP en mars et qui lui a permis de gagner 2 à 3 points d’intentions de vote dans tous les sondages, semble bien s’être arrêtée. Depuis la fin du mois de mars, les instituts ne montrent plus de progression pour Nicolas Sarkozy. La plupart des instituts annoncent même désormais une baisse des intentions de vote en faveur du candidat UMP au premier tour et au second.

4. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se disputent cette place et la hiérarchie d’arrivée n’est pas du tout assurée. Si tous les instituts s’accordent à placer Marine Le Pen devant le candidat du Front de gauche, l’écart entre les candidats demeure compris dans la marge d’erreur et les difficultés toujours réelles pour estimer la candidate du Front national incitent à rester prudents, même si le rapport de force semble en sa faveur pour décrocher la troisième place.

Tableau récapitulatif des dernières intentions de vote


NB : Dans la lignée de nos précédents articles, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

J-5 : Grande incertitude sur la tête du premier tour et l’identité du "troisième homme"

Le premier tour se rapproche. A cinq jours du scrutin, les intentions de vote montrent au premier tour un rapprochement des courbes entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, traduisant une grande incertitude sur l’ordre d’arrivée des deux favoris. Au second tour, les études montrent que l’avance du candidat socialiste s’accroît encore et rendent l’hypothèse d’une réélection du président sortant toujours plus improbable.

Les parutions des instituts de sondage sont toujours plus nombreuses et rapprochées. Ce matin est parue la dernière étude d’intentions de vote d’Ipsos. Nous actualisons donc notre récapitulatif des principaux baromètres avec cette dernière enquête.

Que montrent donc les principaux instituts  dans leurs études d’intentions de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle ?

Ipsos : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité, Marine Le Pen devance légèrement Jean-Luc Mélenchon

La dernière étude d’intentions de vote de l’institut Ipsos, publiée ce matin, a été réalisée les 13 et 14 avril et confirme assez largement les tendances montrées par les autres instituts.

En tête du premier tour, Nicolas Sarkozy, qui dominait de peu ces dernières semaines, est désormais au coude-à-coude avec François Hollande. Les deux favoris sont tous les deux crédités de 27% des voix. Il est intéressant de noter que le "rattrapage" effectué par le candidat socialiste ne s’effectue pas par une dynamique positive. Dans cette étude, François Hollande perd du terrain au premier tour et recule de 1,5 points par rapport à la précédente enquête réalisée les 6 et 7 avril. S’il arrive à tutoyer de nouveau le président sortant dans les intentions de vote au premier tour, c’est uniquement parce que Nicolas Sarkozy subit une diminution encore plus importante de son potentiel électoral (-2 points).

Ainsi, cette nouvelle enquête montre un effritement des voix pour les deux favoris, principalement au détriment des petits candidats qui semblent bénéficier de leur exposition médiatique accrue (Eva Joly gagne un point, Philippe Poutou,  Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade 0,5). Elle confirme que le candidat de l’UMP et celui du PS jouissent d’un capital électoral de poids relativement égal, ce qui interdit de définir leur ordre d’arrivée au premier tour.


Concernant la troisième place, les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen se révèlent également très proches et se sont croisées deux fois dans les dernières semaines. Cette dernière enquête place Marine Le Pen devant Jean-Luc Mélenchon (15,5% d’intentions de vote pour la candidate frontiste contre 14,5% pour le candidat du Front de gauche). L’écart entre les deux candidat est donc très réduit (1 point) et soumis à la marge d’erreur, ce qui interdit, également pour la troisième place, de savoir avec certitude quel candidat l’emporte sur l’autre à l’heure actuelle.

François Bayrou, après être passé symboliquement sous la barre des 10% dans la dernière enquête, reste globalement stable autour de ce seuil depuis la fin mars. Il apparaît maintenant nettement distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Ifop : depuis fin mars, Nicolas Sarkozy et Hollande au coude-à-coude pour la première place, Marine Le Pen troisième

Le "rolling" de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) a annoncé un croisement des courbes lundi soir. Alors que depuis le 22 mars, Nicolas Sarkozy occupait la tête des intentions de vote au premier tour, avec une faible avance sur le candidat socialiste (de 0,5 à 2 points), François Hollande reprend symboliquement la tête avec 27,5% d’intentions de vote contre 27% pour le président sortant. Si la course en tête du premier tour avait toujours été serrée (avec notamment deux autres croisements de courbes mi-mars dans ce baromètre), le candidat de l’UMP avait bien semblé prendre la tête depuis la fin mars, ce que montrait la tendance sur le nombre d’enquêtes réalisées. Ce qu’on l’on peut déduire à ce jour, c’est que les deux candidats disposent de potentiels électoraux très proches. La différence entre eux se contient dans la marge d’erreur, ce qui ne permet pas de savoir qui, à l’heure actuelle du rapport de force, est véritablement en tête.

Le passage en tête de François Hollande est néanmoins symbolique et confirme les tendances observées par d’autres instituts. En outre, au second tour, l’écart se resserre également dans les intentions de vote de l’Ifop et François Hollande, qui a toujours nettement dominé le candidat UMP dans ce duel, accroît un peu plus son avance.

Au demeurant, il faut conserver une grande prudence dans l’interprétation de ces sondages qui ne permettent en aucun cas de déduire avec certitude quel candidat sortira en tête dimanche.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 12,5% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à 10% d’intentions de vote.

CSA : François Hollande repasse devant Nicolas Sarkozy au premier tour, Jean-Luc Mélenchon devance Marine Le Pen

Jeudi dernier, l’institut CSA a été le premier à annoncer, pour le premier tour, le nouveau croisement des courbes en faveur du candidat socialiste  : dans cette étude réalisée les 10 et 11 avril, François Hollande repasse devant Nicolas Sarkozy (27% contre 26% pour le candidat UMP). L’écart est donc particulièrement serré entre les deux candidats en tête, comme il l’était déjà lors de la précédente étude réalisée les 2 et 3 avril (un point d’écart également mais cette fois en faveur de Nicolas Sarkozy). A cette heure, il est impossible, avec les marges d’erreur, de déterminer quel candidat est réellement devant l’autre, mais c’est bien François Hollande qui se trouve symboliquement à la première place.

Les deux favoris apparaissent en perte de vitesse : Nicolas Sarkozy perd 4 points par rapport au début du mois et François Hollande subit une diminution plus légère, de 2 points. Le candidat UMP semble donc avoir "annulé" toute la progression construite point par point depuis son entrée en campagne : il revient au potentiel électorat mesuré au début du mois de février. Le candidat socialiste conserve plutôt le niveau moyen observé depuis deux mois.


Si l’on s’intéresse maintenant au match pour la troisième place, CSA place Jean-Luc Mélenchon en troisième position depuis le début du mois. L’écart entre lui et Marine Le Pen demeure cependant faible (2 points) et, si l’on tient compte des marges d’erreur, l’incertitude l’emporte pour l’ordre d’arrivée. Néanmoins, avec 17% d’intentions de vote, le candidat du Front de gauche réalise sa meilleure performance depuis le début de la campagne (et il s’agit là du plus haut score attribué tous instituts confondus), alors que Marine Le Pen affiche, quant à elle, des intentions de vote plus faibles que celles du début de l’année. François Bayrou, avec 11% d’intentions de vote, est distancé.

BVA : Nicolas Sarkozy n’a jamais pris la tête du premier tour, Marine Le Pen demeure à la troisième position

L’étude de l’institut BVA publiée également jeudi dernier (et réalisée les 11 et 12 avril) montre une progression de François Hollande au premier tour (30% d’intentions de vote, +2 points par rapport aux 30 et 31 mars), tandis que Nicolas Sarkozy reste stable à 27% d’intentions de vote. Au premier tour, l’écart se creuse donc en faveur du candidat socialiste, qui, selon cet institut (et c’est le seul avec LH2 à donner ces résultats), n’a jamais été dépassé au premier tour par Nicolas Sarkozy.


Pour la troisième place, BVA donne une tendance inverse à celle de CSA : Marine Le Pen recueille 15% d’intentions de vote et devance donc Jean-Luc Mélenchon, avec 13%. Le candidat du Front de gauche n’est passé devant la candidate du FN qu’une seule fois dans les courbes de cet institut, à la fin mars. Depuis, il ne progresse plus, alors que Marine Le Pen semble avoir stoppé la chute qu’elle connaissait depuis la fin janvier.

TNS Sofres : François Hollande repasse en tête au premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à égalité

Dans la dernière étude publiée jeudi de la semaine dernière, TNS Sofres a confirmé en grande partie les tendances de l’étude CSA. D’abord, dans cette étude réalisée les 11 et 12 avril, François Hollande reprend la tête du premier tour (28% contre 26% pour le candidat UMP). Ensuite, Nicolas Sarkozy subit une érosion conséquente des intentions de vote en sa faveur (26%, -3 points par rapport au 26-27 mars).  Enfin, François Holland reste stable (28%) à un niveau faible. C’est aussi ce que montre l’institut CSA sur des périodes comparables (cet institut accorde 27% d’intentions de vote à François Hollande les 10 et 11 avril et 26% les 26 et 27 mars).


Pour la troisième place, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont à égalité avec 16% d’intentions de vote. Si ce score est globalement dans la moyenne de ce qu’enregistre la candidate du Front national depuis le début novembre 2011 selon la TNS Sofres, Jean-Luc Mélenchon poursuit une impressionnante dynamique amorcée mi-mars : il gagne six points en un mois et distance définitivement François Bayrou qui repasse sous la barre des 10%.

 

Quelles conclusions tirer de l’analyse de ces différentes études ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, l’analyse des sondages apporte des réponses à ces questions nuancées et qui ne sont en rien définitives. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver en tête du premier tour. Aujourd’hui, les deux favoris sont au coude-à-coude. Bien que, pour le premier tour, tous les instituts semblent peu à peu s’accorder sur la première place du candidat socialiste ces derniers jours, l’écart reste soumis à la marge d’erreur : les deux candidats disposent d’un potentiel électorat proche et il impossible de savoir lequel est véritablement en tête à ce jour et dans l’état actuel du rapport de force. Pour le second tour en revanche, François Hollande dispose d’une avance solide, mais rien n’est encore définitivement joué à trois semaines de l’annonce du vainqueur.

2. Parler d’une progression de François Hollande au premier tour semble erroné : si le rapport de force lui est plus favorable, il ne progresse pas en valeur. Ainsi, si dans l’étude de l’institut CSA, François Hollande repasse en tête donnant l’impression d’une progression, les intentions de vote en faveur du candidat diminuent. L’étude Ipsos confirme également l’érosion du candidat socialiste. De la même manière, si dans les études TNS Sofres et Ifop, François Hollande devance de nouveau le président sortant, le changement de hiérarchie s’attribue à une chute de Nicolas Sarkozy et pas à une progression du candidat socialiste. Néanmoins, François Hollande semble bien en progression au second tour, comme le montre la plupart des instituts.

3. La dynamique qui a porté le candidat UMP en mars et qui lui a permis de gagner 2 à 3 points d’intentions de vote dans tous les sondages, semble bien s’être arrêtée. Depuis la fin du mois de mars, les instituts ne montrent plus de progression pour Nicolas Sarkozy. La plupart des instituts annoncent même désormais une baisse des intentions de vote en faveur du candidat UMP au premier tour et au second.

4. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se disputent cette place et la hiérarchie d’arrivée n’est pas du tout assurée. Là encore, les divergences entre les études des différents instituts prouvent que le rapport de force est pour l’heure serré.

NB : Dans la lignée de notre précédent article, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

J-9 : le retour en force de François Hollande ?

Depuis quelques jours, les articles sur une remontée de François Hollande dans les intentions de vote se multiplient. Les commentaires s’appuient sur les études de plusieurs instituts, notamment de CSA, qui ce matin, dans sa dernière enquête a annoncé un nouveau croisement des courbes : au premier tour, François Hollande repasse devant Nicolas Sarkozy, qui en avait pourtant pris la tête depuis la mi-mars. Une autre enquête de l’institut BVA, parue également ce matin, montre elle aussi une progression pour le candidat socialiste au premier tour (+2 points par rapport à une précédente étude réalisée les 30 et 31 mars). Enfin, TNS Sofres, dans un sondage paru en fin d’après-midi, a également annoncé un croisement des courbes, avec François Hollande repassant en tête suite à une baisse des intentions de vote en faveur de Nicolas Sarkozy.

Au second tour, le candidat socialiste continue de nettement dominer les intentions de vote (le rapport le plus défavorable enregistré étant de 53%-47%) et l’étude CSA de ce matin montre même une nette progression (+3 points par rapport à la précédente étude réalisée les 2 et 3 avril, établissant des intentions de votes à 57% pour François Hollande et 43% pour Nicolas Sarkozy). Néanmoins, aucune autre étude n’a montré une semblable évolution du rapport de force au second tour (y compris l’étude BVA publiée ce matin).

L’augmentation de François Hollande au premier tour n’est pas corroborée par tous les instituts. Ainsi, l’Ifop, pour l’heure, ne montre aucune tendance à l’augmentation du potentiel électoral du candidat socialiste dans ses intentions de vote quotidiennes. A neuf jours du scrutin, le rapport de force au premier tour maintient un réel suspense sur le candidat qui arrivera en tête, mais également sur le "troisième homme". Qui de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen arrivera en troisième position ?

Sur toutes ces questions, que montrent réellement les différents instituts de sondage pour le premier tour du scrutin ?

CSA : François Hollande repasse devant Nicolas Sarkozy au premier tour, Jean-Luc Mélenchon devance Marine Le Pen

Ce matin, l’institut CSA a donc annoncé un nouveau croisement des courbes au premier tour : dans cette étude réalisée les 10 et 11 avril, François Hollande repasse devant Nicolas Sarkozy (27% contre 26% pour le candidat UMP). L’écart est donc particulièrement serré entre les deux candidats en tête, comme il l’était déjà lors de la précédente étude réalisée les 2 et 3 avril (un point d’écart également mais cette fois en faveur de Nicolas Sarkozy). A cette heure, il est impossible, avec les marges d’erreur, de déterminer quel candidat est réellement devant l’autre, mais c’est bien François Hollande qui se trouve symboliquement à la première place.

Les deux favoris apparaissent en perte de vitesse : Nicolas Sarkozy perd 4 points par rapport au début du mois et François Hollande subit une diminution plus légère, de 2 points. Le candidat UMP semble donc avoir "annulé" toute la progression construite point par point depuis son entrée en campagne : il revient au potentiel électorat mesuré au début du mois de février. Le candidat socialiste conserve plutôt le niveau moyen observé depuis deux mois.


Si l’on s’intéresse maintenant au match pour la troisième place, CSA place Jean-Luc Mélenchon en troisième position depuis le début du mois. L’écart entre lui et Marine Le Pen demeure cependant faible (2 points) et, si l’on tient compte des marges d’erreur, l’incertitude l’emporte pour l’ordre d’arrivée. Néanmoins, avec 17% d’intentions de vote, le candidat du Front de gauche réalise sa meilleure performance depuis le début de la campagne (et il s’agit là du plus haut score attribué tous instituts confondus), alors que Marine Le Pen affiche, quant à elle, des intentions de vote plus faibles que celles du début de l’année. François Bayrou, avec 11% d’intentions de vote, est distancé.

BVA : Nicolas Sarkozy n’a jamais pris la tête du premier tour, Marine Le Pen demeure à la troisième position

L’étude de l’institut BVA publiée ce matin (et réalisée les 11 et 12 avril) montre une progression de François Hollande au premier tour (30% d’intentions de vote, +2 points par rapport aux 30 et 31 mars), tandis que Nicolas Sarkozy reste stable à 27% d’intentions de vote. Au premier tour, l’écart se creuse donc en faveur du candidat socialiste, qui, selon cet institut (et c’est le seul avec LH2 à donner ces résultats), n’a jamais été dépassé au premier tour par Nicolas Sarkozy.


Pour la troisième place, BVA donne une tendance inverse à celle de CSA : Marine Le Pen recueille 15% d’intentions de vote et devance donc Jean-Luc Mélenchon, avec 13%. Le candidat du Front de gauche n’est passé devant la candidate du FN qu’une seule fois dans les courbes de cet institut, à la fin mars. Depuis, il ne progresse plus, alors que Marine Le Pen semble avoir stoppé la chute qu’elle connaissait depuis la fin janvier.

TNS Sofres : François Hollande repasse en tête au premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à égalité

TNS Sofres publie ce soir une étude réalisée les 11 et 12 avril qui confirme en grande partie les tendances de l’étude CSA. D’abord, François Hollande reprend la tête du premier tour (28% contre 26% pour le candidat UMP). Ensuite, Nicolas Sarkozy subit une érosion conséquente des intentions de vote en sa faveur (26%, -3 points par rapport au 26-27 mars).  Enfin, François Holland reste stable (28%) à un niveau faible. C’est aussi ce que montre l’institut CSA sur des périodes comparables (cet institut accorde 27% d’intentions de vote à François Hollande les 10 et 11 avril et 26% les 26 et 27 mars).


Pour la troisième place, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont à égalité avec 16% d’intentions de vote. Si ce score est globalement dans la moyenne de ce qu’enregistre la candidate du Front national depuis le début novembre 2011 selon la TNS Sofres, Jean-Luc Mélenchon poursuit une impressionnante dynamique amorcée mi-mars : il gagne six points en un mois et distance définitivement François Bayrou qui repasse sous la barre des 10%.

Ifop : une grande stabilité depuis fin mars : Nicolas Sarkozy est en tête du premier tour et Marine Le Pen en troisième place

Le "rolling" de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) ne montre aucune évolution significative des intentions de vote depuis la fin mars, et ne confirme donc pas les tendances données par BVA et CSA. Ainsi, Nicolas Sarkozy reste en tête du premier tour depuis le 20 mars, avec une faible avance sur le candidat socialiste (de 0,5 à 2 points). Cet écart entre donc dans la marge d’erreur mais la tendance montre, selon cet institut, le candidat UMP en tête du premier tour.

Au second tour, la stabilité est également de mise selon l’Ifop, et François Hollande domine toujours nettement le candidat UMP.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas non plus d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 12,5% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à 10% d’intentions de vote.

Ipsos : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen également

La dernière étude d’intentions de vote de l’institut Ipsos, réalisée les 6 et 7 avril,  montre un resserrement entre les courbes de Nicolas Sarkozy et de Français Hollande au premier tour. Néanmoins, le président de la République reste en tête, mais ne devance le candidat socialiste que d’un demi-point (29% contre 28,5%).


Les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen sont très proche et se croisent deux fois dans les deux dernières études de l’institut, démontrant une grande incertitude sur l’ordre d’arrivée des deux deux candidats. Dans la dernière étude, c’est néanmoins Marine Le Pen qui prend la troisième place (15% contre 14,5% pour Jean-Luc Mélenchon).

François Bayrou passe symboliquement sous la barre des 10% et apparaît maintenant nettement distancé.

Que tirer de ces études divergentes ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, les différentes études apportent des réponses différenciées à ces questions. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver en tête du premier tour. Aujourd’hui, les deux favoris sont au coude-à-coude. Le fait que certains instituts donnent un candidat en tête, et d’autre l’autre, démontre que les deux candidats disposent d’un potentiel électorat proche au premier tour.

2. Parler d’une progression de François Hollande peut apparaître prématuré, dans le sens où tous les instituts ne corroborent pas cette hypothèse. En outre, si dans l’étude de l’institut CSA, François Hollande repasse en tête donnant l’impression d’une progression, les intentions de vote en faveur du candidat diminuent. De la même manière, si dans l’étude TNS Sofres, François Hollande repasse en tête, cela n’est du qu’à une chute de Nicolas Sarkozy. La prudence doit donc rester de mise et seules les études à venir nous diront si le rapport de force évolue vraiment et si François Hollande renforce son capital au premier tour.

3. La dynamique qui a porté le candidat UMP en mars et qui lui a permis de gagner 2 à 3 points d’intentions de vote dans tous les sondages, semble bien s’être arrêtée. Depuis la fin du mois de mars, les instituts ne montrent plus de progression pour Nicolas Sarkozy. Deux instituts annoncent même aujourd’hui une baisse significative des intentions de vote en faveur du candidat UMP au premier tour, mais, ici aussi, cette tendance devra être confirmée dans les prochains jours et les prochaines études.

4. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se disputent cette place et la hiérarchie d’arrivée n’est pas du tout assurée. Là encore, les divergences entre les études des différents instituts prouvent que le rapport de force est pour l’heure serré.

NB : Dans la lignée de notre précédent article, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

Que feront les électeurs de Marine Le Pen au second tour ?

Les intentions de vote montrent aujourd’hui que Nicolas Sarkozy et François Hollande seront, à moins d’une énorme surprise (et qui sait ce que peut nous réserver une campagne présidentielle ?), les candidats sélectionnés pour le second tour. Depuis le début de la campagne, François Hollande apparaît nettement en tête des intentions de vote de second tour, et aujourd’hui, les instituts n’ont pas encore annoncé de rapport de force plus défavorable qu’un 53% en faveur du candidat socialiste contre un 47% pour le président sortant. Le candidat du PS, s’il dispose toujours pour l’heure d’une avance favorable, a néanmoins vu le candidat de l’UMP se rapprocher de lui. Alors que,  pour le second tour de l’élection, les intentions de vote pour Nicolas Sarkozy oscillaient, durant le mois de février, entre 55% et 58% (selon les instituts et les vagues d’enquête), aujourd’hui l’écart s’est significativement resserré. Les dernières études montrent que les résultats pour l’actuel président de la République se situent désormais entre 53% et 55% (toujours en fonction des instituts).

Les intentions de vote pour Nicolas Sarkozy ont également augmenté pour le premier tour (entre 24% et 27% en février, entre 27% et 30% dans les dernières études), alors que dans le même temps, le candidat socialiste subit un léger effritement de son capital électoral. Cette progression du candidat UMP au premier tour s’explique notamment par le resserrement de l’offre à droite (Hervé Morin, Frédéric Nihous, Corinne Lepage et Dominique de Villepin ont abandonné la compétition présidentielle). En outre, l"entrée en campagne du candidat et l’intensification des débats a certainement entraîné une remobilisation des électeurs de droite. Si cette remobilisation peut également expliquer la progression de Nicolas Sarkozy au second tour, sa progression est également le fait d’un meilleur report des voix du centre, mais surtout de l’extrême droite sur sa candidature.

Dans sa dernière étude d’intentions de vote, Ipsos* nous montre l’évolution du comportement des électeurs potentiels de Marine Le Pen pour le second tour de l’élection :

Depuis octobre, les intentions de vote des personnes déclarant avoir l’intention de voter pour Marine Le Pen au premier tour se modifient singulièrement : fin octobre, mais également encore mi-janvier, ces électeurs se répartissent en trois camps d’égale importance : ceux qui ont l’intention de s’abstenir/qui n’expriment pas d’intentions de vote, ceux qui déclarent qu’ils voteront pour Nicolas Sarkozy, et ceux qui se reportent vers le candidat socialiste. A partir de mi janvier, le candidat de l’UMP s’impose plus largement et le candidat socialiste voit les reports de voix des électeurs du Front national s’amenuiser : ainsi, mi-février, 19% des personnes déclarant avoir l’intention de voter Front national au premier tour s’orientent, au second tour, vers François Hollande et 35% vers Nicolas Sarkozy. Entre fin février et mi-mars, alors que le candidat UMP vient de rentrer en campagne, François Hollande regagne légèrement du crédit auprès des électeurs potentiels du Front national, mais reste devancé par Nicolas Sarkozy au sein de cette population.

Depuis mi-mars, ce qui correspond à la période à partir de laquelle Nicolas Sarkozy voit sa courbe dans les sondages progresser, au premier comme au second tour, le candidat UMP distance nettement François Hollande dans les reports de voix. Un électeur de Marine Le Pen sur deux déclare désormais avoir l’intention de voter pour l’actuel président de la République au second tour (contre seulement un peu plus d’un tiers jusqu’à la fin mars). Cette progression se fait au détriment de François Hollande, qui recule, mais également grâce à une diminution significative des électeurs qui refusaient d’exprimer une intention de vote au second tour.

Il demeure aujourd’hui un tiers des électeurs potentiels de Marine Le Pen au premier tour qui refusent d’exprimer un choix au second. Est-ce que ceux-ci finiront par se tourner vers le candidat UMP comme veulent le croire certains conseillers du président de la République ? Cela ne serait-il pas un peu vite oublier le rejet parfois profond que suscite le président de la République, la déception qu’il a pu faire naître chez ces électeurs depuis 2007 ? En outre, les études dessinent une abstention en augmentation par rapport à  la précédente élection présidentielle, et la tentation de ne pas se rendre aux urnes pourrait particulièrement toucher un électorat souvent désabusé par le politique et qui ne croit plus en son pouvoir de changer les choses.

* Sondage Ipsos en partenariat avec Logica Business Consulting pour Radio France, France télévisions et Le Monde, réalisé par téléphone les 6 et 7 avril 2012 auprès d’un échantillon de 955 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Les questions d’intentions de vote ne portent que sur les personnes inscrites sur les listes électorales et certaines d’aller voter.

69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national

En vue de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a entrepris une vraie démarche de crédibilisation économique de son parti, notamment par la biais de la présentation d’un programme détaillé et chiffré au milieu du mois de janvier. La candidate cherche ainsi à combler une faiblesse relative de son parti, qui apparaît traditionnellement comme apportant des solutions relativement irréalistes sur les sujets économiques, de par un programme radical (sortie de l’euro, fermeture des frontières…).

Comme nous l’avons d’ailleurs montré dans l’un de nos précédents articles (forces et faiblesses de Marine Le Pen, à lire ici), la candidate du Front national, malgré des intentions de vote de l’ordre de 18% à 20%, ne convainc pas sur les sujets économiques. Ainsi, parmi les six principaux candidats à l’élection présidentielle (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon), seuls 10% la jugent la plus crédible pour lutter contre le chômage (aucun des candidats 28%, François Hollande 23% et Nicolas Sarkozy 16%), 9% la plus à même de défendre le pouvoir d’achat (aucun des candidats 29%, François Hollande 25% et Nicolas Sarkozy 15%) et 8% la plus capable de réduire la dette publique (aucun des candidats 30%, Nicolas Sarkozy 22% et François Hollande 19%) (1). Ce sondage a été réalisé avant la présentation du programme économique des différents candidats, mais aucune étude n’a depuis lors montré un basculement de l’opinion sur leur crédibilité respective.

Ainsi, la capacité de Marine Le Pen à fédérer des électeurs voulant bousculer le système ne se traduit pas pour autant par une capacité à convaincre du bien-fondé de ses propositions économiques. Le vote pour le Front national demeure un vote protestataire et les Français ne considèrent pas le programme du parti crédible, ce qui vient contrecarrer la volonté de Marine Le Pen de faire du Front national un parti de gouvernement.

Un sondage CSA réalisé les 31 janvier et 1er février confirme ce constat. Il montre que 69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national et qu’à l’inverse, seuls 18% le considèrent crédible.

Néanmoins, parmi les sympathisants du Front national, le programme économique du parti convainc largement : 70% d’entre eux le jugent crédible (et 18% non) même si une ambiguïté demeure. Ainsi, si les sympathisants du FN sont majoritairement favorables à une sortie de l’euro (59%), 38% d’entre eux déclarent qu’ils préfèrent que la France conserve la monnaie unique, alors que la sortie de l’euro reste l’une des mesures phare du programme du Front national.

Enfin, remarquons qu’auprès de ce qu’on pourrait considérer comme un noyau dur du Front national, les électeurs de Jean-Marie Le Pen en 2007 (le FN n’ayant recueilli que 10,44% des voix à cette élection, un faible score comparativement à 2002 et aux intentions de vote pour l’actuelle candidate), 28% des répondants ne jugent pas crédible le programme économique de Marine Le Pen, un score donc nettement supérieur à ce qui s’observe chez l’ensemble des sympathisants FN (18%).

 

(1) Sondage CSA pour BFM TV, 20 minutes et RMC, réalisé par téléphone les 12 et 13 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont ont été extraites 859 personnes inscrites sur les listes électorales en France.

(2) Sondage CSA pour Capital (M6), réalisé par téléphone les 31 janvier et 1er février 2012, auprès d’un échantillon de 1008 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

68% des Français sont favorables à l’anonymat des parrainages à l’élection présidentielle

Comme son père en 2007, Marine Le Pen a largement relayé dans les médias ses difficultés à réunir les 500 signatures d’élus nécessaires pour concourir à l’élection présidentielle. La candidate du Front national dénonce les pressions qui seraient exercées sur les élus accordant leur signature à l’extrême-droite. Elle propose de rendre les parrainages des élus anonymes afin de résoudre cette difficulté et de permettre à l’un des principaux partis français de participer à l’élection présidentielle. Elle a d’ailleurs déposé une question prioritaire de constitutionnalité dans ce sens, qui vient d’être renvoyée au Conseil constitutionnel pour examen par le Conseil d’Etat. Quelle est l’opinion des Français sur la question de l’anonymat des parrainages et sur la situation dans laquelle se trouve Marine Le Pen ?

Près d’un Français sur deux trouverait choquant que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle

Invités à choisir si l’absence de Marine Le Pen serait préjudiciable lors de l’élection présidentielle, 44% des Français se rangent à l’opinion selon laquelle l’incapacité de la candidate du Front national à concourir à l’élection serait choquante car son parti pèse dans l’électorat français, tandis que 45% préfèrent souligner que les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, et qu’en conséquence, elles ne doivent être changées même si cela implique que la candidate du Front national ne puisse se présenter à la fonction suprême (1). Parmi les sympathisants du Front national, l’indignation l’emporte largement : 81% trouveraient en effet choquant que Marine Le Pen ne recueille pas les 500 signatures.

Les Français largement favorables à l’anonymat des parrainages

Dans ce contexte, 68% des Français se déclarent favorables à l’instauration d’une loi qui  imposerait l’anonymat pour les parrainages à l’élection présidentielle et 32% opposés. Cette mesure est largement soutenue par les sympathisants du Front national (83%), mais également par ceux du MoDem (85%), tandis que les sympathisants de gauche (63%) y sont significativement moins favorables que la moyenne (2). L’adhésion à l’anonymat des parrainages est donc nette et les partisans de cette réforme ne se limitent pas aux sympathisants du Front national et aux personnes qui veulent que cette réforme soit engagée pour apporter une solution au "cas Marine Le Pen". En effet, les deux tiers des Français approuvent cette réforme, soit nettement plus que le nombre de Français qui s’indignent que la candidate du Front national puisse ne pas concourir (44%).

L’anonymat des parrainages est largement préférée à une solution d’ "arrangement" entre les partis, les candidats des grands partis pouvant en effet permettre à un candidat n’ayant pas de réseaux d’élus de se présenter, en demandant à des maires de leur sensibilité d’accorder leur soutien à un autre candidat. 41% des Français sont favorables à ce que des adversaires de Marine Le Pen incitent des maires à accorder leur signature à la représentante du Front national (1). La même proportion y est opposée (41%). C’est naturellement parmi les sympathisants du FN que cette proposition est la plus soutenue (81%), autant que l’anonymat des parrainages.

En outre, près d’un Français sur deux (47%) approuve également la mise en place d’une loi qui permettrait à un maire de parrainer plusieurs candidats à une même élection présidentielle, tandis que 52% y sont opposés (2). Cette mesure reste donc également plus controversée mais son acceptation par 47% des Français démontre que la reconnaissance d’un dysfonctionnement du système de parrainage est bien présente au sein de la population.

Le FN suspecté d’instrumentaliser le débat

Ainsi, une réforme des parrainages permettant l’anonymat est majoritairement approuvée par les Français, mais pour autant, ceux-ci restent partagés sur la réalité des difficultés rencontrées par la présidente du Front national pour recueillir ses 500 parrainages et soupçonnent une instrumentalisation de la question. Si 40% d’entre eux estiment effectivement que la candidate du Front national rencontre des difficultés pour obtenir ses signatures, ils sont autant (41%) à considérer que ceci ne constitue qu’une manœuvre politique.

 

(1) Sondage TNS Sofres et Mediasprim pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

(2) Sondage Ifop pour l’association des jeunes de France, réalisé par téléphone le 30 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 805 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.


Marine Le Pen : un véritable changement dans l’image du Front national ?

On a beaucoup parlé ces derniers temps du changement que Marine Le Pen incarnait pour le Front national. La nouvelle présidente du parti en donnerait une image plus moderne, plus apaisée. Elle aurait « normalisé » le parti d’extrême-droite et l’aurait rendu fréquentable. Les intentions de vote, à des niveaux encore jamais atteints pour un candidat du Front national (de l’ordre de 20% depuis des mois), attesterait de cette nouvelle respectabilité du parti et de sa dirigeante. En outre, un sondage TNS Sofres (1), largement relayé et qui a fait la une du Monde, a mis en lumière que les idées du Front national n’ont jamais été aussi partagées et banalisées au sein de la société française. Ainsi, 31% des Français se déclarent en accord avec les idées du Front national, un niveau jamais observé auparavant. De surcroît, la candidate porterait désormais des valeurs moins extrémistes. Ce sondage nous apprenait ainsi que 41% des Français considèrent que Marine Le Pen est plutôt la représentante d’une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles quand 45% jugent qu’elle incarne à l’inverse une extrême droite nationaliste et xénophobe. Ainsi, pour près d’un Français sur deux, le Front national serait devenu un parti de droite modéré.

Dans quelle mesure le Front national est-il aujourd’hui considéré comme un « parti comme les autres » ? Marine Le Pen se démarque-t-elle véritablement de son père dans l’esprit des Français ?

Une candidate qui améliore l’image du Front national, mais qui suscite toujours un rejet fort

Seuls 35% des Français déclarent avoir une bonne image de Marine Le Pen (2). En parallèle, un Français sur deux dispose d’une mauvaise opinion de la présidente du Front national. Parmi ceux-ci, 30% déclarent en avoir une « très mauvaise opinion », un niveau de rejet exceptionnellement fort qui touche peu de personnalités politiques, hormis les politiques d’extrême-droite et des personnalités contestées du fait de positions jugées extrémistes (Claude Guéant en fait les frais par exemple). Les deux candidats principaux de 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal suscitent également des oppositions aussi intenses, ayant su exaspérer toute une frange de l’opinion publique par leur façon hors norme d’exercer la politique.

Ceci étant dit, Marine Le Pen permet tout de même à l’extrême-droite de largement redorer son blason. D’une part, son image se révèle bien meilleure que celle de son père : celui dispose seulement de 20% d’opinions positives contre 33% pour sa fille selon le dernier baromètre Ifop/Paris Match (3). D’autre part, c’est bien Marine Le Pen qui tire l’image du parti vers le haut, alors que celui-ci reste mal perçu par l’opinion : quand la leader frontiste dispose de 35% d’opinions positives (2), son parti n’en recueille que 19%.

Si l’on va plus loin dans la comparaison entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, ce que permet de faire un sondage TNS Sofres, on s’aperçoit que l’amélioration dont est porteuse Marine le Pen n’est pas limitée à certains domaines. Marine Le Pen est jugée faire aussi bien ou mieux que son père sur tous les aspects testés par l’institut de sondage, que ceux-ci concernent sa personnalité ou ses compétences.

D’abord, le personnage de Marine Le Pen séduit plus les Français que celui de Jean-Marie, et ceci constitue la principale révolution. La fille dispose en effet d’un abord plus avenant et elle permet de redynamiser l’image du parti par sa jeunesse. Etant une femme, par ailleurs non mariée, elle incarne également une certaine modernité, un détachement relatif des valeurs traditionnelles que véhicule le parti d’extrême-droite. Ainsi, un Français sur deux (49%) considère la fille plus sympathique que le père. En outre, 45% estiment qu’elle est plus convaincante, ce qui découle très certainement de son image plus consensuelle, moins provocante, en somme moins extrémiste.

Outre les qualités purement personnelles, il apparaît également, mais auprès d’une proportion plus faible de la population, que Marine Le Pen permet au FN de gagner en respectabilité : pour 26% des Français, elle est plus démocrate que son père, pour 23% davantage digne de confiance et pour 25% moins dangereuse. Sans doute, l’impact du caractère plus sympathique de la leader du Front national joue en sa faveur et rejaillit également sur sa respectabilité. Plus concrètement, Marine Le Pen a effectué un profond travail de remaniement de l’image de son parti, en essayant de faire oublier l’association du FN avec des mouvements de l’extrême-droite la plus radicale, tout du moins en termes d’image. L’exclusion d’un militant parce qu’avaient été diffusées des photos de lui en effectuant le salut nazi, la volonté affichée d’exclure les éléments les plus radicaux des manifestations du Front national, tout cela bénéficie à la présidente du mouvement et lui permet d’acquérir une meilleure image que son père sur le plan du respect des principes de la République française.

Par rapport à Jean-Marie Le Pen, Marine gagne, en outre, notablement sur le plan de la compétence : pour 26% des Français, elle connaît mieux ses dossiers et pour 23% elle est davantage capable de gouverner. Enfin, pour un tiers des personnes interrogées (34%), elle est plus proche des préoccupations des gens. Par conséquent, ce n’est pas simplement sur la posture que Marine Le Pen dépasse son père, sa crédibilité de fond, sur les dossiers, est également mieux reconnue.

En somme, l’image de la candidate du Front national s’avère nettement plus positive que celle du fondateur du parti. Dans ce contexte, aux yeux des commentateurs et surtout des Français, Marine Le Pen présente plus de chances que son père de faire gagner le FN (43%).

Si l’image de Marine Le Pen est indéniablement meilleure que celle de son père, il faut pour autant relativiser cette amélioration, qui n’est reconnue que par une minorité des Français. Certains ne se laissent pas duper par ce qu’ils peuvent ne percevoir que comme un nouveau camouflage du mouvement extrémiste et pointent que la nouvelle présidente du mouvement constitue un autre type de danger que son père. Ainsi, près d’un Français sur cinq (17%) estime que Marine Le Pen est plus dangereuse que son père. Plus globalement, les Français restent d’abord convaincus, outre la plus grande sympathie personne qu’elle peut inspirer, que Marine Le Pen n’est, sur le fond, pas si différente de son père.

D’autres éléments démontrent que Marine Le Pen, bien qu’étant mieux perçue que le fondateur du Front national, demeure cependant toujours une candidate de l’extrême-droite. Les fondamentaux du Front national sont toujours bien présents.


L’immigration et l’insécurité restent le fond de commerce du Front national

Bien que Marine Le Pen soit jugée plus convaincante que son père, le FN peine à apparaître crédible sur les thèmes qui ne sont pas les siens. Alors que le parti a engagé des efforts importants pour se crédibiliser en matière économique par exemple, en présentant un chiffrage détaillé de son programme, la confiance des Français envers le Front national sur les sujets économiques et sociaux reste faible.

Ainsi, une récente étude de l’institut BVA (4) montre que, mise en concurrence avec les quatre prétendants principaux à l’élection présidentielle, Marine Le Pen est classée en dernière position sur tous ces sujets : pouvoir d’achat, chômage, croissance économique, dette publique, impôts et éducation. Elle arrive seulement à égaler le faible score de Nicolas Sarkozy concernant la pauvreté et la précarité : la présidente du Front national est jugée la plus crédible dans ce domaine par 9% des personnes interrogées (Nicolas Sarkozy par 10%, François Bayrou par 20% et François Hollande par 53%).

Marine Le Pen ne l’emporte que sur les sujets traditionnels au Front national. Aux yeux des Français, c’est ainsi elle la plus crédible concernant l’immigration (37%) et l’insécurité (31%). Ainsi, la révolution du Front est-elle relativement limitée. La crédibilité de Marine Le Pen sur des domaines qui ne sont pas les siens reste à construire.


Un vote qui comporte toujours une forte dimension protestataire

Un des points forts de Marine Le Pen est indéniablement sa capacité à incarner un changement du système, alors que les Français restent très peu confiant dans la classe politique, surtout en cette période de crise économique et financière qui fait souvent apparaître comme impuissantes les solutions proposées par les gouvernants. Traditionnellement, le Front national reste, pour les électeurs, un moyen d’exprimer un rejet de la classe politique en place. Néanmoins, il faut relativiser cette vision, cette idée n’étant partagée que par une minorité des Français. Ainsi, Marine Le Pen incarne le changement pour seulement 38% des Français (4). Ce score assez élevé est identique à celui que recueille François Bayrou (38%) et très inférieur à celui qu’obtient François Hollande (46%).

Par ailleurs, cette idée d’un renouveau des dirigeants, en remplacement d’une classe politique décrite par la candidate du Front national comme corrompue et incompétente, n’est pas pleinement incarnée par Marine Le Pen parce qu’elle ne convainc pas vraiment dans le rôle de chevalier blanc qu’elle semble s’octroyer. Ainsi, une majorité des Français (53%) estime que Marine Le Pen n’est pas honnête, un score que seul Nicolas Sarkozy dépasse parmi les principaux présidentiables (François Bayrou 34%, François Hollande 42% et Jean-Luc Mélenchon 43%) (6).


Une candidate plus apte à formuler les problèmes qu’à les résoudre

Le Front national a souvent l’image d’un parti qui sait percevoir les problèmes des Français, et plus particulièrement des catégories modestes, qui se sentiraient à l’inverse peu écoutées et comprises des grands partis. Il faut néanmoins relativiser également cette idée largement répandue puisque Marine Le Pen n’apparaît pas, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, comme celle qui serait la plus proche des préoccupations des Français. Ainsi, un Français sur quatre (39%) considère la candidate « proche des préoccupations des gens » selon un sondage TNS Sofres de décembre dernier (6). Ce résultat la place en troisième position des principaux présidentiables. Elle est loin du disposer du même crédit en la matière que François Hollande (50%) ou François Bayrou (47%).

En outre, si le Front national sait tout de même assez largement identifier les problèmes (44% des Français déclarant adhérer aux constats dressés par le parti (1)), les réponses qu’il y apporte ne convainquent qu’une minorité des Français. Seuls 23% des Français jugent que la présidente du Front national apporte des solutions, un score très en deçà de celui de François Hollande (41%) et François Bayrou (41%), mais qui est néanmoins égal à celui du Président sortant, fortement fragilisé dans son lien avec le peuple français.

Autre signe démontrant que la crédibilité de Marine Le Pen reste en partie à construire, elle n’est pas encore perçue comme capable d’endosser la fonction présidentielle. Ainsi, seuls 13% des Français estiment qu’elle a la stature d’une présidente de la République (4) (à titre de comparaison, ce score est de 39% pour François Hollande, 37% pour François Bayrou et 46% pour Nicolas Sarkozy). Même parmi les personnes se déclarant prêtes à voter pour elle, seuls 57% des répondants lui accordent cette stature. En outre, sa compétence, bien que meilleure que celle de son père, reste très faiblement reconnue : 60% des Français ne la jugent pas compétente, le score le plus élevé parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle hormis Eva Joly (6). Enfin, 70% des répondants considèrent que Marine Le Pen n’est pas crédible sur la scène internationale, une vraie faiblesse par rapport à ses concurrents (Nicolas Sarkozy 37%, François Hollande 48% et François Bayrou 57%).

Plus globalement, seuls 11% des Français déclarent adhérer à la fois aux constats et aux idées du Front national (1). Un tiers des Français n’adhèrent qu’aux constats (33%) tandis que 47% n’adhèrent ni à son diagnostic, ni à ses propositions.

Conclusion : une normalisation limitée du parti d’extrême-droite, touchant principalement les sympathisants de l’UMP

Pour la majorité des Français, l’image du Front national reste globalement la même après l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Il demeure un parti extrémiste, dont la capacité à gouverner n’est pas reconnue. Néanmoins, une normalisation est très perceptible chez une partie de la population, et notamment parmi les sympathisants de droite.

Ainsi, si 59% des Français estiment que l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du mouvement n’a pas changé le parti, tout de même un peu plus d’un Français sur dix (12%) estime que le parti a changé en bien (tandis que 5% pensent qu’il a changé en mal) (5). C’est à droite que l’amélioration du l’image du Front national est la plus perceptible : elle concerne un sympathisant de l’UMP sur trois (32%). Remarquons également au passage combien Marine Le Pen incarne un changement positif dans son propre parti, les deux tiers des sympathisants du FN (66%) considérant que l’image du Front a changé en bien depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête (26% estimant qu’elle n’a pas changé et 2% en mal).

Par ailleurs, la sensibilité au discours du Front national reste forte parmi les sympathisants de l’UMP. Même si parmi eux seule une minorité déclare adhérer aux constats et aux solutions proposées par Marine Le Pen (5%), un sur deux (50%) se déclare en accord avec les constats de la présidente du Front national (33% en moyenne pour l’ensemble de la population française).

Dans ce contexte, les sympathisants de la majorité plaidant pour un rapprochement avec le parti d’extrême-droite sont de plus en plus nombreux : ce sont désormais 45% des sympathisants de l’UMP qui y sont favorables, 38% souhaitant des alliances électorales selon les circonstances et 7% une alliance électorale globale (1).

(1) Sondage TNS Sofres/Logica pour le Monde et France 2, réalisé par en face-à-face les 4 et 5 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(2) Sondage TNS Sofres et Mediaprism pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(3) Sondage Ifop pour Paris Match, réalisé par téléphone les 19 et 20 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 958 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(4) Sondage BVA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, réalisée par internet les 18 et 19 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 974 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(5) Sondage TNS Sofres pour Dimanche+ / Canal +, réalisé par téléphone les 10 et 11 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 996 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(6) Sondage TNS Sofres pour I-télé, réalisé par internet le 8 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1020 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Evolution des intentions de vote d’octobre à aujourd’hui

Depuis l’année dernière, les instituts de sondages multiplient les mesures d’intentions de vote pour l’élection présidentielle à venir. Dans les médias, la vision offerte de ces baromètres est souvent parcellaire, en se limitant au derniers résultats avec les évolution par rapport à la précédente enquête. Or, il est également précieux d’analyser les tendances qui se dégagent après plusieurs mesures.

Pour cet article, nous nous appuierons sur les intentions de vote de l’intention BVA, puisque c’est cet institut qui nous offre la mesure la plus récente. Les différents instituts donnent des résultats relativement proches mais nous jugeons préférable de ne pas dresser d’évolutions entre des intentions de vote provenant de plusieurs instituts de sondage, ceux-ci utilisant parfois des méthodologies différentes. Nous tenons ensuite à préciser que si des mesures antérieures à octobre existent, elles ne sont ici pas prises en compte, l’offre politique étant alors très incertaine. Depuis cette date, les instituts utilisent une liste de candidats stable. Auparavant, par exemple, était testé Jean-Louis Borloo, dont la présence à un niveau de l’ordre de 5% peut influer de manière non négligeable sur les scores de François Bayrou et de Nicolas Sarkozy. L’ancien ministre de l’Ecologie a retiré sa candidature au début du mois d’octobre. A l’inverse, d’autres petits candidats n’étaient pas encore testés, et bien que leur poids reste marginal, l’addition des voix qui se reporte sur eux peut faire varier à la baisse le score des "gros" candidats, surtout à droite et au centre (Christine Boutin, Corinne Lepage, Frédéric Nihous, Hervé Morin, Nicolas Dupont Aignan, Jean-Pierre Chevènement).

Les intentions pour François Hollande au plus bas en janvier, bien qu’il reste largement en tête

Juste après sa désignation aux primaires socialistes, François Hollande plafonne dans les intentions de vote en recueillant 39% des suffrages selon BVA. Il devance alors le chef de l’Etat, qui arrive en deuxième position, de 16 points. Puis, les intentions de vote pour le candidat du PS diminuent assez régulièrement et atteignent leur plus bas niveau au début du mois de janvier (28%). La dernière vague du baromètre, mi-janvier, montre une légère progression (+2 points), qui reste à confirmer par les études à venir. L’impact du discours du Bourget devra notamment être analysé.

Malgré une perte de l’ordre de dix points en deux mois, François Hollande demeure largement en tête des intentions de vote du premier tour, avec 7 points d’avance sur Nicolas Sarkozy. En outre, cette diminution doit être relativisée par ce qu’on peut désigner comme "l’effet primaires". Avec le processus de désignation, le candidat Hollande a effectivement bénéficié d’un fort éclairage médiatique. De plus, le succès du processus même des primaires ouvertes à l’ensemble des électeurs de gauche a également sans doute rejailli en partie sur le candidat. La diminution des scores du candidat après cette séquence apparaissent plus comme un rééquilibrage que comme une véritable désaffection à  son égard.

Il est intéressant de noter que ce qui a été présenté comme des "cafouillages" à répétition, notamment autour de l’accord EELV-PS, du quotient familial ou des 60 000 postes d’enseignants, semble ne pas avoir eu d’influence sur les scores du candidat.

Les intentions de vote à venir devront être scrutées avec la plus grande attention, le candidat entrant en effet dans une phase décisive de sa campagne avec la présentation de son programme complet à la fin de semaine, après l’annonce de certaines mesures lors de son discours au Bourget hier.

Une grande stabilité dans les intentions de vote de Nicolas Sarkozy

Sur la longue période, les intentions de vote pour le président sortant varient peu, avec une amplitude constatée de 4 points. Après avoir progressé d’octobre à novembre, en passant de 23% à 27%, il se maintient depuis à un score d’environ 24% avec néanmoins une tendance qui semble être à la diminution. Cette stabilité se traduit notamment par un écart stable avec Marine Le Pen (4 points début octobre, 5 points mi-janvier).

Le Président de la République n’a pas bénéficié de la forte séquence européenne de la fin de l’année qui a débouché sur un accord le 9 décembre dernier. L’annonce d’un deuxième plan de rigueur début novembre semble avoir joué légèrement en sa faveur (il atteint son plus haut niveau, 27% dans la mesure de mi-novembre), mais cet effet a été très vite dissipé, les intentions de vote retrouvant leur niveau d’avant l’annonce des mesures dès début décembre.

Le socle électoral de Nicolas Sarkozy résiste largement à l’ascension continue de François Bayrou depuis novembre. En outre, le président profite de la diminution des intentions de vote pour le candidat socialiste, bien que l’écart atteigne toujours 7 points lors de la dernière enquête. Il demeure pour autant loin des 31% des voix qu’il avait obtenues en 2007 lors du premier tour.

Un socle solide qui se maintient pour Marine Le Pen

Depuis octobre dernier, Marine Le Pen jouit d’un score stable (amplitude de 2 points) à un haut niveau (18% en moyenne), comme si sa campagne ou les événements extérieurs n’avaient pas d’influence sur son socle électoral. Elle demeure à la troisième place sans parvenir à se rapprocher du couple en tête. Ce niveau d’intention de vote demeure exceptionnel pour la candidate du Front national, bien au-delà du score obtenu par son père en 2007.

François Bayrou, une percée flagrante

En deux mois, François Bayrou double son score auprès des électeurs, en passant de 7% d’intentions de vote à la mi-novembre à 13% à la mi-janvier. Il s’agit sans doute de l’évolution la plus intéressante en ce début de campagne. Les prochaines enquêtes permettront de savoir si ce mouvement se poursuivra et si le candidat centriste parvient encore à élargir son audience. La marge de progression jusqu’à son score réel en 2007 (18,56%) reste forte.

Jean-Luc Mélenchon, une faible progression

La tendance est également à la hausse pour Jean-Luc Mélenchon, mais de manière plus modeste. En octobre et novembre, le candidat du Front de gauche obtient de 5% à 6% d’intentions de vote : en décembre et janvier de 7% à 8%. Seul candidat de l’extrême-gauche à arriver à percer dans les études d’opinion, Jean-Luc Mélenchon reste néanmoins loin des scores qu’a pu obtenir la gauche radicale lors de l’élection présidentielle de 2002.

La candidature d’Eva Joly ne décolle pas

Depuis octobre, la candidat d’Europe Ecologie – les Verts reste relativement stable dans ces enquêtes d’intentions de vote, avec un score autour de 4%. Traditionnellement peu performants aux élections présidentielles (Dominique Voynet avait obtenu 1,57% des voix en 2007), les écologistes sont très loin des scores obtenus lors des dernières élections (régionales et européennes).

Les intentions de vote de BVA sont disponibles sur le site internet de l’institut www.bva.fr.

Le AAA : boulet pour Nicolas Sarkozy, ascenseur pour François Bayrou

Une semaine après la dégradation de la note française auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s, l’importance du débat politique autour de cette question en fait un thème incontournable à un peu moins de 100 jours de l’élection présidentielle. Néanmoins, ses répercussions auprès de l’opinion sont nuancées : un peu plus de quatre Français sur dix y voient des conséquences faibles voire nulles pour l’économie française tandis qu’un Français sur deux (48%) se montre à l’inverse inquiet*. Venant encore relativiser la portée de l’événement auprès de l’opinion, des sondages en début de semaine** démontraient que les effets de la dégradation sont plus faiblement perçus quand il s’agit de sa situation personnelle.

Pour autant, loin de se désintéresser de cette question macroéconomique complexe, les Français l’appréhendent très différemment selon leur positionnement politique, reflétant le débat politique sur le sujet mais aussi l’importance de thèmes sous-jacents à cet événement : la financiarisation des économies mondiales et la réduction des déficits publics. Comment les candidats à l’élection présidentielle sont-ils appréhendés au regard de cette question et lequel est jugé le plus crédible pour remettre la France sur le chemin de la note maximale ?

Nicolas Sarkozy :  grand perdant de la dégradation mais une crédibilité élevée pour faire regagner le triple A

Aux yeux des Français, la perte du triple A va peser sur la campagne du président sortant. Un sondage TNS Sofres* montre que près des trois quarts des Français (72%) estiment que la dégradation de la note française va pénaliser Nicolas Sarkozy (contre 3% qui estiment que cela va lui profiter et 14% que cela ne jouera ni en positif, ni en négatif). Le président de la République est le seul des principaux candidats à l’élection présidentielle à souffrir de la perte du triple A (les autres étant jugés pénalisés par l’événement par de 5% à 15% des répondants), un résultat sans surprise puisque c’est le seul à exercer actuellement le pouvoir.

Plus étonnant, Nicolas Sarkozy est le candidat qui est jugé le plus apte à faire regagner un cran à la note française, même si les Français restent très dubitatifs sur cette possibilité : 28% des Français pensent que le président de la République pourra faire regagner le triple A à la France en cas de réélection, un score équivalent à celui que recueille François Bayrou (27%), et significativement au-dessus de celui de François Hollande (20%). Les candidats les plus extrêmes apparaissent comme les moins crédibles sur cette question, Marine Le Pen ne pouvant faire regagner le AAA que dans l’esprit de 12% des Français, et Jean-Luc Mélenchon de 7% d’entre eux. Ceci traduit globalement la plus forte confiance dont bénéficie Nicolas Sarkozy sur la question des finances publiques face son principal adversaire, François Hollande. Ainsi, dans un sondage Ifop*** mettant face-à-face les deux candidats, 32% des Français jugent Nicolas Sarkozy comme le plus apte de mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics, quand 25% estiment qu’il s’agit de François Hollande (et 43% ni l’un ni l’autre).

Les sympathisants de l’UMP sont logiquement les plus confiants quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à restaurer la crédibilité des comptes publics (74%). Ce score doit être mis en regard de celui qu’obtient François Hollande auprès des sympathisants de son parti : 43% (contre 44% pensant au contraire que le candidat socialiste, s’il était élu ne parviendrait pas à faire regagner le AAA à la France auprès de Standard et Poor’s). Nicolas Sarkozy jouit donc d’une forte crédibilité sur cette question auprès de ses partisans, ce dont ne peut s’enorgueillir son principal rival, François Hollande, dont les sympathisants sont divisés sur sa capacité à mettre en place une politique permettant de faire regagner un cran à la note française.

L’illustration de cette confiance à l’égard de Nicolas Sarkozy peut se faire à travers un autre résultat, encore plus édifiant : 86% des sympathisants de l’UMP considèrent que si Nicolas Sarkozy était réélu, la France ne courrait pas le risque de subir une nouvelle dégradation. 69% des sympathisants du parti socialiste pensent de même de François Hollande.

Auprès de l’ensemble de la population, Nicolas Sarkozy jouit également d’une forte crédibilité pour ne pas faire perdre un nouveau cran au pays, 43% des Français estimant que la note de la France ne serait pas de nouveau dégradée s’il était réélu (contre 37% pensant l’inverse). Ce score est plus élevé que ceux qu’obtiennent François Hollande (37%), Marine Le Pen (26%) et Jean-Luc Mélenchon (23%), mais en-deçà de celui de François Bayrou (51%).

Somme toute, la perte du triple A, si elle est largement reliée à la politique du Président en exercice, n’apparaît que comme un handicap relatif pour lui. Les plans de rigueur mis en place par le gouvernement, l’expérience du président sortant sur ces questions jouent en sa faveur et lui donne une forte crédibilité en matière de finances publiques, relativement aux autres candidats.

François Bayrou : le plus crédible pour redresser les finances publiques

Parmi les concurrents de Nicolas Sarkozy, seul François Bayrou fait pour l’instant vraiment de l’ombre au président de la République sur le domaine de la dette publique et des déficits. Le candidat du MoDem bénéficie de la constance de sa position sur le sujet, ayant déjà fait du redressement des finances publiques un de ses principaux arguments de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il est aujourd’hui considéré comme aussi capable que le président de faire regagner son triple A à la France (par 27% des Français contre 28% pour Nicolas Sarkozy et 20% pour François Hollande). Surtout, un Français sur deux (51%) le considère apte à maintenir la note actuelle s’il était élu. Seuls 23% des Français estiment que la France pourrait connaître une nouvelle dégradation sous sa présidence. A cet égard, François Bayrou est le candidat le plus crédible, seuls 43% des Français estimant Nicolas Sarkozy préserverait la France d’une nouvelle dégradation et 37% pensant de même de François Hollande.

François Bayrou bénéficie d’une crédibilité reconnue au-delà de ses partisans. Ainsi, 49% des sympathisants de l’UMP jugent qu’aucune dégradation n’aurait lieu sous sa présidence. Les sympathisants du parti socialiste accordent une confiance encore plus marquée envers le candidat du MoDem (63%), proche de celle qu’ils prêtent à leur propre candidat (69%).

Si le redressement des finances publiques devenait l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, François Bayrou pourrait bien accroître encore son potentiel électoral, en constante augmentation depuis décembre. Il est aujourd’hui le candidat jouissant de la plus forte reconnaissance sur ce thème.

François Hollande : crédible sans excès

Bien qu’il en ait fait l’un de ses marqueurs politiques lors de la primaire socialiste, François Hollande peine à convaincre sur sa capacité à réduire les déficits. Il est ainsi jugé bien moins crédible que Nicolas Sarkozy et François Bayrou sur cette question. S’agissant de son aptitude à faire conserver à la France sa note actuelle, les répondants sont partagés en deux camps d’égale importance : 37% pensent que la France ne serait pas de nouveau dégradée sous la présidence de François Hollande et 39% estiment à l’inverse qu’au moins un nouveau cran serait perdu. Et seul un Français sur cinq (20%) considère que le candidat peut faire regagner le AAA au pays (contre 59% pensant l’inverse).

La crédibilité de François Hollande n’est pas même pleine parmi les sympathisants du parti socialiste : 43% d’entre eux pensent que l’ancien premier secrétaire du parti pourra faire regagner le AAA à la France et une proportion équivalente estime l’inverse (44%), loin donc des 74% des sympathisants UMP qui croient leur candidat capable de reconquérir le cran perdu. En revanche, une éventuelle nouvelle dégradation sous la présidence de François Hollande est exclue par 69% des sympathisants socialistes (contre 18% l’estimant possible), un score important mais, de nouveau, plus faible que celui que Nicolas Sarkozy obtient auprès de ses propres sympathisants (86%). En outre, sur ce point, les sympathisants socialistes jugent François Bayrou presque aussi crédible (63%). Cette relative faiblesse du candidat parmi ses propres sympathisants doit cependant être prise avec précaution. Certes, elle peut signifier, très simplement, une incapacité perçue du candidat à redresser les finances publiques. Toutefois, il ne faudrait oublier qu’une part importante des sympathisants socialistes considère probablement que la mise en place d’une politique renforçant notamment le service public, les aides aux personnes défavorisées, n’est pas propice à une meilleure notation des agences. Or, ces priorités sont peut-être plus importantes à leurs yeux que le jugement de Standard et Poor’s, d’autant plus qu’une partie de l’électorat socialiste appelle de ses vœux une résistance face à la financiarisation, comme l’a d’ailleurs montré le fort score d’Arnaud Montebourg lors des primaires.

Ainsi, le candidat socialiste marche sur des oeufs. S’il veut renforcer sa crédibilité sur le sujet des déficits publics, il risque de se couper de la gauche du parti socialiste et, de surcroît, aura du mal à apparaître plus crédible que François Bayrou, qui jouit d’une plus forte antériorité de son discours sur la gestion rigoureuse des finances publiques. D’un autre côté, si le sujet acquiert une véritable importance dans la campagne, en le délaissant, il risque d’ouvrir un boulevard au candidat centriste et au président sortant.

Les extrêmes : un profit à tirer de l’effondrement du système ?

Candidats des extrêmes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen apparaissent peu crédibles sur leur capacité à permettre à la France de regagner son triple A, ou tout du moins à préserver la note actuelle. 47% des Français estiment que la note pourrait de nouveau être dégradée sous la présidence de Marine Le Pen (26% pensant l’inverse) et 47% sous la présidence de Jean-Luc Mélenchon (23% pensant l’inverse). Et seule une très faible minorité des Français les considère capables de faire regagner le triple A à la France : 12% pour Marine Le Pen, 7% pour Jean-Luc Mélenchon.

La gauche de la gauche, comme l’extrême droite, jouissent d’une faible confiance pour rétablir les comptes publics, ce qui est traditionnel pour ces partis. D’ailleurs, les deux candidats ne prétendent pas faire de la restauration du AAA une des priorités de leur politique. Les extrêmes souhaitent un bouleversement du système capitaliste et financier actuel et rejettent le pouvoir des agences de notation. Ce n’est pas par leur capacité à résorber le déficit que ces candidats gagneront des suffrages, mais bien par leurs propositions visant à changer le système.

A ce jeu, Marine Le Pen est la grande gagnante. Elle apparaît aux yeux des Français comme celle qui a le plus à gagner de la perte du AAA : 61% des Français estiment que cela lui profite dans le contexte de la campagne. En deuxième position, arrive Jean-Luc Mélenchon (54%), à quasi-égalité avec François Hollande (53%).

Conclusion : quelle crédibilité de la classe politique pour regagner le AAA ?

Deux types de gagnants apparaissent suite à la perte du triple A : ceux qui pourront capitaliser sur le pessimisme ambiant pour convaincre de la nécessité de changements radicaux et les candidats dont la crédibilité est reconnue sur le plan des finances publiques. François Hollande, qui devra jongler avec un électorat socialiste composé à la fois d’une frange nourrissant des attentes en termes de changement du système capitaliste financiarisé et souhaitant un État plus généreux, et à la fois d’une partie exigeant une politique rigoureuse concernant les comptes publics, se trouve dans une position complexe.

Quel que soit le candidat élu, la tache sera rude, aucun des principaux candidats ne recueillant une forte confiance pour regagner le triple A. Une majorité des Français ne croit pas à l’hypothèse d’un retour à la note maximale, même en cas d’élection d’un des candidats jugés les plus crédibles. Ce fort pessimisme alerte, une nouvelle fois, sur le niveau de défiance envers les dirigeants politiques et sur leur incapacité perçue à pouvoir changer le cours des choses, surtout en matière économique.

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

** Voir notre article à ce sujet : la réaction des Français après la perte du triple A

*** Sondage Ifop pour Paris Match réalisé par internet du 4 au 6 janvier 2012, auprès d’un échantillon 1163 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1726-1-study_file.pdf