Seuls quatre Français sur dix considèrent que l’opposition ferait mieux que le pouvoir actuel

L’Ifop pose tous les mois une question sur la crédibilité de l’opposition*. Malgré l’approche de la présidentielle et la victoire de la gauche à deux élections, certes pas les plus importantes (cantonales et sénatoriales), les Français accordent une confiance assez stable à la gauche tout au long de l’année 2011.

En moyenne sur la période, 43% des Français estiment que l’opposition ferait mieux que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir. Tout au long de l’année, les évolutions sont relativement limitées. La crédibilité de la gauche augmente légèrement à partir de mars, après les élections cantonales. A la même époque, on assiste à une diminution de la cote de popularité du président de la République.

Le niveau de crédibilité de l’opposition reste ensuite stable, autour de 44%, jusqu’au mois d’octobre. Celui est marqué par deux événements d’importance pour l’opposition : la victoire aux élections sénatoriales, qui pour la première fois sous la cinquième République, donne la majorité de cette assemblée à la gauche ; la primaire socialiste, marquée par un taux de participation important, qui intronise François Hollande comme le candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle. La crédibilité de l’opposition augmente alors significativement (+5 points). Un Français sur deux (49%) estime alors que la gauche ferait mieux que la droite.L’embellie est néanmoins de courte durée puisqu’en décembre, la crédibilité de l’opposition revient à son niveau du début de l’année 2011 (40%).

Graphique : "Selon vous, l’opposition ferait-elle mieux que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir ?"


La mesure de janvier confirme cette tendance (39%). Les débuts de la campagne présidentielle ne crédibilisent pas l’opposition, mais le candidat socialiste n’a pas encore dévoilé son programme.

La confiance qu’accordent les Français à l’opposition pour faire mieux au gouvernement reste donc minoritaire. Eu égard la faible popularité de l’exécutif, ceci ne doit pas être interprété tant comme un signe de faiblesse de la gauche que comme une décrédibilisation de la classe politique en général.

A quelques mois de la présidentielle, la gauche ne convainc que quatre Français sur dix de sa capacité à mieux gérer le pays que la droite. Un score inquiétant pour les opposants à Nicolas Sarkozy mais qui néanmoins a très largement progressé tout au long du mandat du président de la République, démontrant son usure. La crédibilité accordée à l’opposition était en effet de 33% en moyenne au début de son mandat (mai 2007-décembre 2009), de 38% en moyenne en 2010 et, donc, de 43% en moyenne en 2011.

* Sondage Ifop pour Paris Match. Chaque mois est interrogé par téléphone un échantillon d’environ 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

François Hollande : forces et faiblesses du candidat socialiste

A la mi-janvier, le candidat socialiste domine toujours largement dans les intentions de vote, spécialement dans celles se rapportant au second tour. Néanmoins, depuis le mois de décembre, l’avance de François Hollande se réduit. Ceci a traduit un rééquilibrage après la mise en apesanteur du candidat après sa désignation lors des primaires socialistes à la fin octobre. Cette prime dans les sondages, qui fait suite à l’annonce de la candidature, est régulièrement constatée (songeons à l’embellie qu’a connu François Bayrou suite à sa déclaration de candidature début décembre) même si elle n’est pas automatique (Hervé Morin n’en a par exemple pas profité).

Aujourd’hui, cet effet est derrière nous et les intentions de vote qui se resserrent entre les quatre premiers candidats, avec la présence du Front national à un haut niveau et l’émergence du candidat du MoDem, indiquent que rien n’est encore joué.

Dans ce contexte, interrogeons-nous sur l’image du candidat François Hollande, car celle-ci sera évidemment déterminante à l’heure du choix. L’ancien secrétaire du parti socialiste, bien qu’il possède des atouts certains, pâtit également de faiblesses non négligeables.

1. La baisse du candidat Hollande, simple rééquilibrage ou chute inquiétante ?

Les récentes études d’opinion montrent toutes, sans exception, une perte de vitesse du candidat socialiste dans les intentions de vote, mais aussi en termes d’image. Les deux dimensions sont naturellement liées, mais doivent néanmoins faire l’objet d’une attention séparée, les candidats disposant de la meilleure image n’étant pas forcément ceux disposant du meilleur potentiel électoral. Ainsi, Marine Le Pen occupe depuis des mois la troisième position dans les intentions de vote pour la présidentielle, alors qu’elle est par ailleurs l’une des personnalités politiques disposant d’une image les plus négatives au sein de l’opinion publique. Néanmoins, sa capacité à se distinguer sur certains enjeux cristallisant de fortes attentes, notamment des catégories populaires ou en peur de déclassement, explique son niveau dans les intentions de vote.

Après avoir bénéficié à plein d’un « effet primaires » pendant deux mois, le candidat socialiste commence à perdre du terrain dans les intentions de vote à partir du mois de décembre et retombe graduellement à son niveau d’avant le vote des primaires. Depuis, son score reste relativement stable (exemple ci-dessous avec les intentions de vote Ifop*).

François Hollande dispose toutefois toujours d’un socle enviable (28%, légèrement au-dessus du score obtenu par Ségolène Royal, 26%). Il reste en tête des intentions de vote pour le premier tour et surtout, domine encore largement son principal rival au second tour, l’écart se recreusant même de nouveau en janvier selon l’Ifop (cette tendance n’ayant toutefois pas été confirmée à ce jour par d’autres instituts).

En parallèle, son image décline lentement, notamment sur ses points forts (proximité, incarnation du changement,…) et François Hollande a perdu, comme dans les intentions de vote au premier tour, une part de son avance sur ses concurrents, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy. Le candidat socialiste descend dans l’arène et y perd quelques plumes, après avoir été « porté aux nues » suite aux primaires, processus de désignation novateur en France de part la possibilité ouverte à chaque citoyen de gauche d’exprimer son choix. Largement considéré comme une réussite dans l’opinion, ce processus avait permis à François Hollande d’acquérir du crédit et de la hauteur, en se soumettant à un suffrage largement ouvert alors que les autres candidats restaient la proie des querelles politiciennes.

Cette perte de vitesse du candidat se comprend par le changement de position de François Hollande, qui enfile désormais ses habits de concurrent dans la course à l’Elysée e et incarne le parti socialiste dans le débat et la campagne présidentielle. Il suscite désormais des attentes fortes de la part de l’opinion, qui attend de le juger sur des propositions concrètes pour établir ou conforter son choix à l’élection. Sa forte médiatisation permet également aux Français d’affiner leur jugement sur sa personnalité, son savoir-être, ses compétences.

2. Les points forts de François Hollande : proximité, sympathie, changement, politique sociale

 Quand on analyse l’image de François Hollande, plusieurs points forts se dégagent. Néanmoins, comme il a déjà été souligné, l’image du candidat se dégrade par rapport à ce qu’elle était juste après sa désignation.

Premier point fort du candidat, sa stature sociale, ce qui n’est pas très étonnant au regard de sa couleur politique, mais la domination de François Hollande sur ce point atteint des niveaux très importants : 46% des Français estiment François Hollande est le plus capable de mener une bonne politique sociale (contre 18% pour Nicolas Sarkozy, 36% ni l’un ni l’autre**). Dans la même lignée, un sondage Ipsos*** montre que le candidat socialiste domine nettement sur les questions de sauvegarde du pouvoir d’achat, de réduction du chômage, de préservation du système de retraites et d’atténuation des inégalités sociales.

Néanmoins, comme le montre le graphique ci-dessous portant sur le sondage Ifop, même sur cette dimension sur laquelle le candidat socialiste est naturellement fort, il perd du terrain (-6 points par rapport à novembre), mais sans que cela profite à son adversaire, ce sont en effet les réponses « ni l’un, ni l’autre » qui progressent en conséquence.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

La proximité constitue un autre indéniable atout pour François Hollande, surtout face à un Nicolas Sarkozy particulièrement affaibli sur cette dimension sur laquelle il était pourtant performant en 2007. Alors que le lien entre le président de la République et les Français semble rompu, François Hollande semble plus à même de répondre aux préoccupations (42% contre 18% pour Nicolas Sarkozy et 40% ni l’un ni l’autre). Sur cette question, le candidat perd également des points par rapport à novembre dernier (-6 points), là encore au profit du rejet des deux candidats (« ni l’un, ni l’autre »).

Pour autant, si l’on sort de la comparaison entre les deux favoris, on s’aperçoit que François Hollande fait face à un autre concurrent de poids s’agissant de la proximité, en l’occurrence François Bayrou. En décembre dernier, dans un sondage TNS Sofres/Trielec****, 56% des Français jugeaient le président du MoDem « proches des gens comme eux », un score proche de celui de François Hollande (58%). En outre, les dynamiques semblent jouer contre le candidat socialiste : alors que celui perd 5 points entre octobre et décembre sur la dimension de proximité, François Bayrou en gagnait 6. Et le candidat centriste recueillait alors moins d’intentions de vote qu’aujourd’hui. L’image du président du MoDem a donc pu encore se bonifier depuis la réalisation de cette enquête.

Autre avantage du candidat socialiste, le changement qu’il incarne. Mais, François Hollande, très en avance en novembre quand il s’agissait d’être le plus à même de porter un projet pour la France (47% contre 29% pour Nicolas Sarkozy), fait aujourd’hui jeu égal avec le président sortant (37% contre 35%). Il s’agit du trait d’image sur lequel le candidat socialiste perd le plus de terrain en deux mois, suite sans doute aux hésitations voire contradictions sur les mesures qu’il a porté, notamment la question du quotient familial, tandis que dans le même temps, Nicolas Sarkozy a multiplié les propositions, principalement en mettant en avant la TVA sociale.

En outre, sur ce point, Marine Le Pen se tient en embuscade. Le sondage TNS Sofres montre que si 58% des Français estimaient en décembre que François Hollande « veut vraiment changer les choses », ils sont 55% à penser de même pour la présidente du Front national. De surcroît, l’étude Ipsos avance ce n’est pas le candidat socialiste qui a le plus de convictions aux yeux des Français mais bien Marine Le Pen (77% contre 70% pour François Hollande, 66% pour François Bayrou et 67% pour Nicolas Sarkozy).

La présentation du programme du candidat, à la fin du mois de janvier, aura le pouvoir de faire varier assez fortement ces deux indicateurs, qui seront donc à surveiller avec la plus grande attention. Si l’on compare l’image de François Hollande en décembre 2011 avec celle de Ségolène Royal en décembre 2006, il apparaît que les deux candidats sont à des niveaux comparables sur la dimension de proximité (« comprend les problèmes des gens comme vous ») mais que François Hollande apparaît moins porteur de changement (-6 points).

Graphiques : L’évolution des traits de personnalité de François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine et Le Pen et François Bayrou entre octobre et décembre 2011 (graphique TNS Sofres/Triélec)

Si l’on s’intéresse à la personnalité du candidat, François Hollande l’emporte largement sur le président sortant. Le sondage TNS Sofres montre ainsi qu’il est considéré comme sympathique par 64% des Français (contre 34% pour Nicolas Sarkozy). Sur cette dimension également, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, François Bayou est le seul qui puisse lui faire concurrence (59%)

Par ailleurs, l’étude d’Ipsos réalisée en décembre montre que 64% des Français considèrent le candidat socialiste comme sympathique (34% pour Nicolas Sarkozy) et 61% honnête (31% pour Nicolas Sarkozy). Toutefois, de nouveau, il ne devance François Bayrou que de quelques points (59% le trouvent sympathique et 59% honnête).

3. Les points faibles de François Hollande : étoffe présidentielle, capacité à gouverner, dynamisme

Juste après la primaire, François Hollande était considéré comme le candidat ayant le plus les épaules pour endosser le costume du prochain président (62% des Français considéraient qu’il avait l’étoffe contre 57% pour Nicolas Sarkozy selon le sondage TNS Sofres). En décembre, Nicolas Sarkozy l’emporte sur cet aspect, le candidat socialiste perdant 10 points (52% pour François Hollande et 58% pour Nicolas Sarkozy). Le président sortant ne gagne pas en carrure malgré son omniprésence sur la scène internationale pour affronter la crise de l’euro. En revanche, François Hollande, qui perd davantage sur ce trait d’image que sur d’autres, semble, outre son « atterrissage post-primaires », perdre en crédibilité suite à certaines tergiversations, notamment sur l’accord PS-EELV. Avec ce score, François Hollande signe une performance identique à celle de Ségolène Royal en décembre 2006.

Par ailleurs, le sondage Ifop, qui demande aux personnes interrogées de choisir celui ayant le plus l’étoffe du président montre que l’avance de Nicolas Sarkozy sur cette dimension est encore plus forte que ne le laissent montrer les chiffres présidents. François Hollande, s’il est bien considéré comme ayant la carrure par une majorité des Français, ne peut rivaliser avec le président en exercice quand les deux candidats sont mis face-à-face : 43% des Français considèrent que Nicolas Sarkozy est celui qui a le plus l’étoffe (-4 points entre novembre et janvier) contre 23% (-2 points) estimant qu’il s’agit de François Hollande.

Le candidat socialiste apparaît relativement faible sur certains champs. En termes de politique internationale, l’avance du président sortant est importante : 43% des Français estiment que c’est Nicolas Sarkozy qui est le plus à même de défendre les intérêts de la France à l’étranger, contre 23% jugeant que c’est plutôt François Hollande. En outre, comme François Hollande bénéficiant d’une prime sur la politique sociale, Nicolas Sarkozy est jugé plus crédible en matière d’insécurité, thème largement ancré à droite. Le candidat socialiste se révèle très à la traîne sur ce domaine (19% contre 38% pour Nicolas Sarkozy), et, en outre, recule par rapport à novembre (-4 points).

Enfin, sur la question déterminante de la dette, c’est encore Nicolas Sarkozy qui l’emporte (32% contre 25% pour François Hollande), mais le président perd cinq points en deux mois, tandis que le candidat socialiste n’en perd que deux. La position « ni l’un, ni l’autre » est la plus citée par les répondants sur cette question, ce qui démontre une perte de confiance forte envers les principaux partis pour trouver des solutions pour la sortie de crise.

Graphiques : Traits d’image comparés de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

Sur le versant de la personnalité, François Hollande possède un point faible : son dynamisme. Seuls 43% des Français qualifient de dynamique l’ancien Premier secrétaire du parti socialiste, alors que ce trait d’image est accordé à Nicolas Sarkozy par 74% des Français, à Marine Le Pen par 71% et à Jean-Luc Mélenchon par 51%.


Conclusion : Un candidat Hollande qui s’affaiblit, au profit de Nicolas Sarkozy et des « troisièmes hommes »

En deux mois, François Hollande a beaucoup perdu de son aura acquise lors de sa désignation par le processus des primaires. S’il domine encore largement dans les intentions de vote, surtout au second tour, le candidat de parti socialiste n’enthousiasme pas (ou plus) les Français. Sa personnalité, sa capacité à incarner le changement et à mener une politique efficace sont certes reconnus, mais il reste concurrencé sur de nombreux points, que ce soit par le Président sortant, ou par les « troisièmes hommes » que sont François Bayou et Marine Le Pen. Par ailleurs, à fin décembre, François Hollande dispose de scores d’image relativement équivalents, sur les principaux indicateurs, à ceux que Ségolène Royal obtenait à la même époque en 2007, ce qui relativise là encore l’idée d’un parti socialiste dont la victoire ne ferait guère de doutes.

L’avance du candidat socialiste ne doit donc pas faire croire que l’élection est jouée d’avance, d’autant plus que la perte de vitesse de François Hollande est largement ressentie dans l’opinion, ce qui peut le décrédibiliser encore un peu plus : désormais seuls 37% des Français estiment que c’est François Hollande qui est le plus à même de remporter l’élection (-10 points en deux mois), soit à peine plus que Nicolas Sarkozy (35%, +6 points). En outre, le niveau important des réponses « ni l’un, ni l’autre » et son augmentation en deux mois (28%, +4 points) rend relativement crédible l’hypothèse d’une « surprise » qui dessinerait un second tour où l’un des deux grands partis français serait exclu au profit d’un candidat du centre ou de l’extrême-droite.

Graphique : Trait d’image comparé de François Hollande et Nicolas Sarkozy (sondage Ifop)

 

A l’aube d’une séquence importante pour lui (grand discours d’orientation le 22 janvier puis présentation de son programme), le candidat François Hollande devra montrer qu’il est capable de fédérer sur sa personne et ses propositions. Pour l’instant, pour beaucoup, il demeure le plus à même de battre Nicolas Sarkozy et donc d’exprimer un rejet à l’égard du président sortant. Mais les Français ne préféreront-ils pas voter pour un candidat plutôt que de voter contre un candidat ?

Le profond fossé entre les citoyens et leurs représentants

L’enquête* réalisée par la TNS Sofres pour le compte du CEVIPOF (Centre d’étude de la vie politique française de Sciences Po, Paris) intitulé "Baromètre de la confiance politique" dévoile un constat effrayant pour notre démocratie d’une confiance plus que légère des citoyens envers leurs représentants. Cette crise de confiance est loin d’être nouvelle ; elle constitue même malheureusement l’un des enseignements de base de la science politique. Alors que la campagne pour les élections régionales prend son envol, cette enquête permet de rappeler que la majorité des citoyens français affiche un désenchantement réel envers la politique.

La crise de confiance à l’égard des représentants politiques est indéniable : les partis politiques apparaissent comme l’institution dans laquelle les Français ont le moins confiance (76% déclarant ne pas leur faire confiance), juste avant les médias (72%) qui assurent généralement le relai entre la parole du personnel politique et le citoyen. En outre, 68% des Français déclarent ne pas faire confiance au gouvernement, 65% à l’institution présidentielle et 64% à l’assemblée nationale. Le manque de confiance s’atténue légèrement vis-à-vis de l’Union européenne même si la défiance demeure majoritaire (55%). En revanche, la confiance est de mise concernant les pouvoirs locaux : 69% des Français affichent leur confiance envers les conseils municipaux, 65% à l’encontre des conseils généraux et 64% vis-à-vis des conseils régionaux. Néanmoins, résultat édifiant, seuls 2% des Français citent les élus politiques et 1% les partis politiques comme l’acteur dans lequel ils ont le plus confiance pour défendre leurs intérêts. Les personnes interrogées comptent avant tout… sur elles-mêmes (70%).

L’orientation politique ne fait rien à l’affaire : 67% des personnes interrogées n’ont confiance ni en la droite ni en la gauche pour gouverner le pays. La crise de défiance envers la démocratie est une donnée impondérable, la moitié de l’opinion (49%) considérant que la démocratie ne fonctionne "pas bien" en France.

L’analyse des qualités attendues d’un homme politique renseigne sans doute sur les sources du désamour entre les citoyens et leurs représentants : les électeurs invoquent en priorité l’honnêteté (37%), bien avant la tenue des promesses (24%), la capacité à assurer la fonction (13%), la proximité avec le peuple (12%) ou la connaissance des dossiers (10%).  D’autres études montrent par ailleurs que l’opinion publique jugent la corruption constitue une donnée société française et que les représentations politiques ne sont pas les derniers concernés par ce phénomène. L’enquête TNS-Sofres, sans mesurer l’intensité de corruption perçue, interroge cependant sur le jugement porté sur l’évolution de la corruption en France. Les résultats confirment la défiance des Français vis-à-vis des élites : 26% des Français estiment qu’il y a plus de corruption qu’avant et 61% qu’elle reste stable mais qu’on a tendance à l’évoquer davantage.

Deuxième facteur explicatif de la coupure entre politiques et citoyens, la perception très majoritaire de l’homme ou la femme politique comme déconnecté(e) des préoccupations quotidiennes des Français. Seuls 22% des répondants considèrent que le personnel politique s’intéresse à ce que pensent les gens ; 44% pensent que les politiques s’intéressent "peu" à leurs préoccupations et un tiers (34%) "pas du tout" ! Cette déconnexion n’a jamais été aussi profonde ; en 1977, la majorité des Français (53%) jugeaient que le personnel politique prenait en compte leurs préoccupation. La chute de confiance a ensuite été continue (pour exemples : 45% en 1983, 39% en 1995 et 35% en 2002).

Un certain sentiment d’incompétence des élites politiques doit également être souligné puisque 59% des personnes interrogées estiment qu’"il faudrait que ce soit les experts et non le gouvernement qui décident ce qui est meilleur pour le pays".

Cette défiance vis-à-vis de la politique s’inscrit plus largement dans un contexte de pessimisme généralisé qui s’est installé en Europe après les Trente Glorieuses. Les phénomènes qui ont nourri et nourrissent cet état d’esprit sont nombreux : les chocs pétroliers des années 1970, la croissance modérée de l’économie, voire les crises, comme celle que nous vivons depuis un an et demi, la prise de conscience des ressources limitées de la planète, la montée en puissance des inégalités sociales, l’apparition d’un chômage de masse pérenne… L’enquête TNS Sofres/Cevipof mesure que près des trois quarts des Français (73%) estiment que les jeunes ont moins de chance que leurs parents de réussir dans la société de demain, sentiment d’autant plus présent parmi les plus modestes (80% des employés et 81% des ouvriers)

Autre enseignement majeur du point de vue politique, bien que là encore, il ne s’agisse en aucune façon d’une nouveauté, une très large proportion des Français font part d’une connaissance et d’un intérêt envers la politique limités. Près de la moitié des Français (47%) déclarent ne pas s’intéresser à la politique. Ils sont dans les mêmes proportions (48%) d’accord avec une vision de la politique comme "des choses trop compliquées qu’il faut être un spécialiste pour comprendre". Les partis politiques paient le peu de confiance qui leur est accordé, 71% des personnes interrogées se déclarant "peu" ou "pas du tout" proche d’un parti politique. Néanmoins, ce résultat doit également être compris au regard d’un autre : 38% des Français se déclarent "ni à gauche, ni à droite", ce qui dénote un refus ou une incompétence de se placer sur l’échiquier politique important.

La publication de cette étude constitue l’occasion de rappeler que près de la moitié des Français se désintéresse de la politique et que la confiance accordée aux représentants est faible dans notre pays. Cette crise de la démocratie n’apparaît certes pas comme un phénomène nouveau, mais elle semble toutefois s’amplifier. Elle doit rappeler à tous nos dirigeants que la "politique politicienne" demeure une affaire d’initiés comportant le risque d’élargir le fossé entre les politiques et les citoyens. Il incombe à nos représentants de renouer le lien avec le peuple, car dans ce contexte, le populisme demeure à l’affut. Le discours "tous pourris" dispose dangereusement d’un beau vivier dans notre société.

* Enquête TNS Sofres réalisée par téléphone sur fixe et mobile du 9 au 19 décembre 2009 pour le CEVIPOF associé à l’Institut Pierre Mendès-France et Edelman Trust, auprès d’un échantillon de 1500 personnes représentatif de la population âgée de 18 ans et plus, inscrite sur les listes électorales. Méthode des quotas (sexe Í âge, niveau de diplôme, profession du chef de ménage PCS avec reclassement des retraités selon leur ancienne profession) et  stratification par région et catégorie d’agglomération.

Les principaux résultats sont disponibles :
- sur le site de TNS Sofres : ici
- sur le site du CEVIPOF : ici

Comment CSA et le Ministère de l’Education nationale construisent une acceptation de la réforme des lycées par les trois quarts des Français

Vendredi, le  Ministère de l’Education nationale publiait un sondage effectué par l’institut CSA sur la réforme des lycées (voir le communiqué de presse du Ministère ici : http://www.education.gouv.fr/cid50319/sondage-les-francais-et-la-reforme-du-lycee.html). Le sondage fut largement repris par les médias, la plupart titrant sur ce chiffre emblématique : 76% des Français sont favorables à la réforme des lycées.

Néanmoins, la lecture des résultats détaillés du sondage (disponible sur le site de CSA : http://www.csa-fr.com/dataset/data2010/opi20100106-les-francais-et-la-reforme-du-lycee.pdf) incite à nuancer quelque peu ce succès de la réforme de Luc Châtel.

En premier lieu, la question introductive du sondage, qui porte sur la connaissance de la complexe réforme des lycées par les Français, montre que cette dernière est largement méconnue : seuls 16% des personnes interrogées déclarent connaître "précisément la réforme", tandis que 44% en ont entendu parler "sans savoir précisément de quoi il s’agit" et 40% affirment ne jamais en avoir entendu parler. Tirer ensuite une acceptation de l’opinion publique française sur la réforme tient alors de la malhonnêteté intellectuelle. Comment peut-on présenter un chiffre sur l’ensemble de la population alors que seuls 16% des Français connaissent les tenants et les aboutissants de la réforme ?

Certes, le sondage devient ensuite pédagogique, demandant l’adhésion des personnes interrogées sur chacun des points de la réforme, à savoir, par ordre décroissant d’acceptation par les Français :

- des stages de remise à niveau pour éviter le redoublement (considérés comme une "bonne chose" par 93% des Français) ;

- la mise en place d’un soutien scolaire de deux heures hebdomadaires pour tous les lycéens (88%) ;

- l’autonomie accordée aux équipes pédagogiques pour définir le contenu du soutien scolaire aux lycéens (88%) ;

- la mise en place d’un "tutorat à l’orientation" pour tous les lycéens (86%) ;

- un enseignement en langue par groupes de niveau (84%) ;

- la mise en place d’enseignement communs à toutes les séries de 1ere (84%) ;

- l’enseignement obligatoire de l’économie en classe de seconde (77%) ;

- la mise en place d’une épreuve anticipée du bac en histoire géographie pour les 1eres scientifiques (66%) ;

- l’instauration de 4h d’histoire géographie dans toutes les 1eres générales et le passage de cette matière en option de 2h pour les terminales scientifiques (48%).

Cette énumération du détail de la réforme démontre bien que si certains points font largement consensus, comme le soutien personnalisé aux élèves, d’autres rencontrent plus de réticences. Le point recueillant le plus de crispation, la suppression de l’enseignement d’histoire-géographie en terminale S, n’est accepté que par une minorité des Français (48%). Rappelons par ailleurs qu’un sondage Ifop pour l’Humanité mené au début du mois de décembre dernier démontrait que 69% des Français étaient hostiles à ce point de la réforme (http://www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=1015). Il faut dire que la question n’était pas aussi "gentille", l’Education nationale et CSA ayant bien pris soin dans leur sondage de préciser que les terminales pourraient bénéficier d’un enseignement optionnel de 2h, alors que le sondage Ifop n’évoquait qu’une disparition pure et simple de la matière.

Ce dont il faut bien prendre conscience, c’est que cette présentation "gentille" des différentes mesures composant la réforme des lycées dans les questions suivantes est la seule information dont disposent les personnes interrogées qui déclarent d’abord ne pas connaître la réforme. A aucun moment, l’institut de sondage où le commanditaire n’ont cru bon de présenter les arguments présentés par les adversaires de la réforme, notamment les syndicats enseignants et lycéens (augmentation des horaires des professeurs par la mise en place des soutiens scolaires payés en heures supplémentaires, valorisation de certaines matières au détriment d’autres, etc.). Cette vision biaisée offerte de la réforme gonfle naturellement le résultat de son acception par l’opinion publique.

L’écart qui existe entre les personnes connaissant la réforme a priori et celles n’en sachant que ce qui était dit par le sondage démontre cette évidence : la réforme est approuvée par 80% des personnes n’ayant jamais entendu parler de la réforme auparavant contre seulement 60% de celles qui déclaraient au départ "savoir précisément" ce que cette réforme recouvrait. L’agrégation de ces deux profils (informés/non informés) amène à relativiser le chiffre présenté par l’Education nationale (76% des Français acceptent la réforme). Qu’auraient déclaré nos non-informés si on leur avait apporté un autre type d’information ?