Les Français et la perte du triple A : des conséquences redoutées mais limitées

A un peu moins de 100 jours du premier tour de l’élection présidentielle, la France a perdu sa note maximale auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s. Cette nouvelle, arrivant à point nommé un vendredi 13, a eu la dimension d’un véritable choc politique et a nourri un affrontement entre les différents candidats durant tout le week-end. Les concurrents de l’actuel président de la République se font fort de rappeler que le gouvernement, après avoir insisté lourdement sur l’importance de la préservation de cette note maximale pour l’Etat français, a fait volte-face en affirmant depuis quelques semaines que la dégradation ne constituerait pas un événement de si grande ampleur.

En attendant l’arrivée certainement éminente de nouvelles études sur la façon dont l’opinion perçoit la perte du AAA français, nous pouvons rappeler quelles étaient les perceptions des Français avant la dégradation en nous appuyant sur deux sondages réalisés en décembre dernier. Ceux-ci démontrent que malgré une inquiétude bien réelle, les Français étaient loin de considérer l’éventualité d’une dégradation comme une catastrophe économique.

Les deux tiers des Français estimaient que la perte du triple A était porteuse de graves conséquences pour l’économie française

Un sondage Ifop, réalisé les 15 et 16 décembre dernier* montre que les Français étaient, dans leur grande majorité, inquiets des conséquences d’une dégradation de la note de la France pour l’économie française. Ainsi, 66% des répondants estimaient que la perte du AAA aurait des conséquences graves pour l’économie française. Néanmoins, seuls 17% qualifiaient ces conséquences de « très graves », un Français sur deux (49%) les considérant « assez graves ».

En parallèle, un tiers des Français (32%) estimait que les conséquences ne seraient pas si importantes, mais seuls 7% les jugeaient « pas graves du tout ». Ainsi, même si l’impact de la dégradation est reconnu – par neuf répondants sur dix –, les Français restent relativement mesurés quant à ses répercussions et ne cédaient pas, mi-décembre, au catastrophisme.

Ce sondage intervient au moment même de l’infléchissement du discours du gouvernement, quand les différents ministres et membres de la majorité commencèrent à minimiser les conséquences de la dégradation pour le pays.  Les résultats semblent conforter en partie ce discours en montrant que la modération est finalement la position qui prévaut au sein de l’opinion. Néanmoins, les Français se refusent à ne voir aucune conséquence à la décision des agences de notation.

 

Des Français moins inquiets quant aux conséquences sur leur propre quotidien

Un autre sondage, réalisé par Harris interactive du 7 au décembre 2011**, s’intéresse à l’impact que la perte du triple A aurait, selon les Français, sur leur vie quotidienne. Et il s’impose que, pour eux, la dégradation est porteuse de moins de conséquences sur ce plan que pour l’économie française. Ce résultat est d’autant plus frappant que ce sondage a été réalisé avant le changement d’inflexion du discours gouvernemental.

Début décembre, un Français sur deux (51%) estimait que la perte du AAA aurait des conséquences importantes sur sa vie quotidienne. L’inquiétude est donc, là aussi, majoritaire, mais significativement moindre que celle qui prévaut pour l’économie hexagonale (66%). A l’opposé, 43% des personnes interrogées se montraient optimistes et pointaient un impact qui ne serait pas important pour leur propre situation.

Comme pour le sondage précédent, les Français restaient relativement modérés dans leurs jugements. Seuls 14% des répondants considèraient l’impact « très important » (pour 37% « plutôt important ») et seuls 15% « pas du tout important » (pour 28% « plutôt pas important »).

 

Une vision partagée, quelle que soit la catégorie sociale

Les résultats détaillés de ces deux sondages portent un enseignement important : le niveau de gravité perçu des conséquences de la perte du triple A ne varie pas  significativement selon la catégorie socio-économique. Les catégories modestes, pour lesquelles on observe généralement et assez logiquement une plus forte inquiétude face à de possibles dégradations de la condition économique, ne redoutent pas plus que les catégories aisées l’impact de la décision des agences de notation. Preuve sans doute que cet événement macroéconomique touchant les marchés financiers apparaît, dans l’esprit des Français, éloigné de l’économie réelle.

Sur la question de la perte du triple A, le seul clivage pertinent est politique. Les sympathisants de l’UMP se démarquent et suivent majoritairement le discours gouvernemental. Ainsi, avant le changement d’inflexion, ils se révèlent plus pessimistes que la moyenne et 62% d’entre eux estimaient alors que l’impact de la perte du triple A serait important (contre 51% des Français en moyenne). Après l’infléchissement du discours de la majorité, ils faisaient à l’inverse montre d’un plus grand optimisme. Ainsi, seuls 56% d’entre eux considéraient que les conséquences pour l’économie française seraient graves (contre 66% des Français en moyenne).

 

Conclusion : quelles perceptions maintenant que la dégradation est intervenue ?

De nouvelles études sur la réaction de l’opinion face à la dégradation de la note de la France devraient sans doute être connues rapidement. Elles devront notamment nous éclairer sur plusieurs points. D’abord, sur les répercussions de cette dégradation pour les Français : les résultats obtenus avant la dégradation se maintiendront-ils, l’inquiétude s’atténuera-t-elle ou augmentera-t-elle ? Dans quelle mesure le passage d’une hypothèse au fait modifiera-t-elle les perceptions ? Cette question s’éclairera sans doute largement des conséquences éventuelles que les Français pourront ressentir sur l’économie réelle, et notamment sur leur pouvoir d’achat ou sur la situation de l’emploi. En question sous-jacente, apparaît l’importance de ce sujet aux yeux des Français : face à d’autres problèmes économiques les préoccupant très largement, tel le taux de chômage, quel degré d’intérêt porteront-ils à ce sujet relatif à la sphère financière, éloignée de leur réalité ?

Ensuite, il faudra naturellement scruter les conséquences de cette dégradation dans le contexte de la campagne électorale. La perte du triple A sera-t-elle imputée au gouvernement en place ou les Français estimeront-ils que cette dégradation était inévitable et que le pouvoir politique, quelle que soit sa tendance, n’a que peu d’influence sur une décision relevant davantage des marchés que du pouvoir politique ? Comment seront jugés les programmes économiques des candidats à l’aune de la dégradation ? Dans cette campagne, y aura-t-il un avant et un après le vendredi 13 janvier ?

 

 * Sondage Ifop pour Sud Ouest dimanche, réalisé par téléphone les 15 et 16 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 851 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1712-1-study_file.pdf
 ** Sondage Harris interactive pour M6, MSN actualité et RTL, réalisé par internet du 7 au 9 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1157 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.harrisinteractive.fr/news/2011/Results_HIFR_M6MSNRTL_12122011.pdf
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