La réaction des Français après la perte du triple A : des sondages qui se suivent mais ne se ressemblent pas totalement

Après la perte de la note AAA auprès de l’agence Standard et Poor’s vendredi 13 janvier, les instituts de sondages ont réagi de concert pour nous livrer la réaction des Français face à cet événement. Ce ne sont pas moins de trois sondages qui ont été publiés en trois jours, avec des résultats assez différents….


1. Mardi matin : sondage Ipsos : 52% des Français estiment que les conséquences de la perte du triple A seront graves pour l’économie française

L’institut Ipsos est le premier à livrer des résultats sur le sujet*. Réalisé le 13 et 14 janvier, ce sondage nous apprend que 52% des Français considèrent que la perte de la note maximale auprès de Standard et Poor’s entraînera des conséquences graves pour l’économie française (9% « très graves » et 43% « assez graves »). A l’inverse, 39% des personnes interrogées estiment que les conséquences n’auront pas de réelle gravité (31% « pas vraiment graves » et 8% « pas graves du tout »).

Remarquons tout de suite que ce sondage a été réalisé « à chaud », la dégradation de la note ayant été reportée par les agences de presse le 13 janvier vers 16h30. Plus qu’à chaud, même dans l’urgence. Ipsos nous indique que la question a été administrée à une part restreinte de l’échantillon (764 personnes alors que l’échantillon en compte au total 948), ce qui semble indiquer que la question sur la perte du triple A a été ajoutée au cours du terrain d’enquête, une fois l’information connue.

La méthode interroge car les résultats de ce sondage Ipsos différent assez sensiblement de ceux qui seront obtenus dans les sondages réalisés par d’autres instituts à partir du 14 janvier. Certes, une opinion à chaud n’est souvent pas la même qu’une opinion plus posée, d’autant plus que le discours médiatique a été fort et relativement dramatisant sur cette dégradation de la note française dans les jours qui ont suivi. Néanmoins, la stabilité des résultats obtenus entre des sondages réalisés plus « à froid » et ceux réalisés quelques mois auparavant permet de douter de l’existence d’une différence de perceptions dans la réaction « à chaud ». Quelle que soit la vérité sur l’existence de cet effet « à chaud », il est permis de douter de la qualité de cet échantillon restreint.

2. Mardi après-midi : sondage Ifop : 68% des Français estiment que les conséquences de la perte du triple A seront graves pour l’économie française

L’après-midi est publié un sondage Ifop**, réalisé du 14 au 16 janvier, avec une question quasiment identique à celle du sondage Ipsos***. L’écart entre les résultats des deux sondages est flagrant. Ce deuxième sondage indique que ce sont 68% des Français qui considèrent que les conséquences de la dégradation seront graves pour l’économie française (21% « très graves » et 47% « assez graves »), soit un écart de 16 points par rapport au sondage Ipsos…

Certes, ce dernier permettait aux personnes de ne pas se prononcer, ce qui n’était pas offert aux répondants du sondage de l’Ifop. Néanmoins, la proportion des non-répondants (9%) n’explique pas entièrement la différence.

L’Ifop avait déjà posé la même question (sur le mode conditionnel) début décembre. Et la stabilité des résultats est évidente : 66% des Français prévoyaient alors que les conséquences de la perte du AAA seraient graves pour l’économie hexagonale. La comparaison dans le temps montre donc que l’événement en lui-même n’a pas eu d’influence sur l’opinion publique.

Par conséquent, la différence entre les études Ipsos et Ifop pose d’autant plus problème. La présence d’une mesure précédente cohérente dans le sondage Ifop incite à se fier plutôt aux résultats de cet institut.

Outre les conséquences sur l’économie française, l’Ifop interroge son échantillon sur les conséquences redoutées pour la situation personnelle. Conformément à ce qui avait déjà été mis en lumière avant l’événement (cf. notre article précédent), l’inquiétude sur sa propre vie quotidienne est nettement moins élevée, même si elle reste importante. Quatre Français sur dix (41%) estiment que les conséquences de la dégradation seront graves pour leur situation personnelle (8% « très graves » et 33% « assez graves »).

3. Mercredi matin : sondage Harris interactive : 56% des Français estiment que la perte du triple A constitue un événement grave

Ce matin, un autre sondage a été rendu public, réalisé par Harris interactive les 16 et 17 janvier****. Les chiffres sont encore une fois différents, mais cette fois-ci, parce que les questions sont différentes. Interrogés sur l’impact de la perte du triple A sur leur vie quotidienne, les Français sont divisés : 49% estiment que cet impact sera important (9% « très » et 40% « assez ») et 46% qu’il ne le sera pas (10% « pas du tout important » et 36% « plutôt pas important). Ce résultat varie peu par rapport à celui obtenu en décembre (avec une question hypothétique).

Bien que l’intitulé de la question soit assez proche de celui de la question de l’Ifop interrogeant sur les conséquences pour la situation personnelle, il est compréhensible que les résultats diffèrent. Si les définitions demeurent subjectives et laissées à l’appréciation de la personne interrogées, la notion de « situation personnelle » renvoie en effet plus à l’emploi, au salaire… alors que dans la notion de « vie quotidienne », des éléments macroéconomiques interviennent davantage, à l’exemple du niveau des prix. Or, comme le montrait le sondage de l’Ifop, les Français anticipent plus de conséquences macroéconomiques (pour « l’économie française ») que micro-économique (pour leur « situation personnelle »).

 

Au global, sans préciser le champ des conséquences (macro ou micro), l’inquiétude domine, comme le prouve une autre question de ce même sondage, qui ne précise pas sur quel plan les conséquences doivent être considérées. 56% des Français estiment alors que la perte du AAA est un événement grave.

 

En définitive : les enseignements à tirer de ces sondages

Que retirer de ces différents sondages et de leurs subtilités ?

1. Les Français reconnaissent majoritairement que l’impact de la dégradation de la note française sera grave même si environ un tiers n’anticipe aucune conséquence à cet événement.

2. Aux yeux des Français, les conséquences de la perte du triple A seront d’abord macro-économiques. Ils s’inquiètent moins quant à leur situation personnelle, même si la crainte reste bien présente (4 Français sur 10). De surcroît, elle est légèrement plus importante parmi les catégories modestes.

3. Les réactions face à cet événement sont modérées. Quelle que soit la question, les personnes interrogées favorisent les réponses nuancées. Le catastrophisme n’est pas de mise.

4. Les résultats observés aujourd’hui sont comparables à ceux obtenus en décembre dernier. L’événement et sa médiatisation n’ont pas infléchi les perceptions des Français, déjà figées lors des débats sur cette question avant même la dégradation.

 

 

* Sondage Ipsos pour France Télévisions, Radio France et Le Monde, réalisé les 13 et 14 janvier2012 par téléphone auprès d’un échantillon de 948 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

 ** Sondage Ifop pour Europe 1, réalisé du 14 au 16 janvier 2012 par internet auprès d’un échantillon de 999 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

 *** A titre de comparaison, voici l’intitulé des deux questions. Leur similitude interdit d’envisager un effet de formulation :

Ipsos : L’agence de notation Standard et Poor’s a décidé de retirer son triple A à la France. Pensez-vous que cette décision entraînera des conséquences très graves, assez graves, pas vraiment graves ou pas graves du tout pour l’économie française ?

Ifop : Vous savez que l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé la note de la France. La perte par la France de son triple A aura-t-elle, selon vous, des conséquences très graves, assez graves, pas si graves que cela ou pas graves du tout sur l’économie française ?

**** Sondage Harris interactive pour LCP, réalisé les 16 et 17 janvier 2012 par internet auprès d’un échantillon de 1018 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Advertisements

Un commentaire sur “La réaction des Français après la perte du triple A : des sondages qui se suivent mais ne se ressemblent pas totalement

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s