Le AAA : boulet pour Nicolas Sarkozy, ascenseur pour François Bayrou

Une semaine après la dégradation de la note française auprès de l’agence de notation Standard et Poor’s, l’importance du débat politique autour de cette question en fait un thème incontournable à un peu moins de 100 jours de l’élection présidentielle. Néanmoins, ses répercussions auprès de l’opinion sont nuancées : un peu plus de quatre Français sur dix y voient des conséquences faibles voire nulles pour l’économie française tandis qu’un Français sur deux (48%) se montre à l’inverse inquiet*. Venant encore relativiser la portée de l’événement auprès de l’opinion, des sondages en début de semaine** démontraient que les effets de la dégradation sont plus faiblement perçus quand il s’agit de sa situation personnelle.

Pour autant, loin de se désintéresser de cette question macroéconomique complexe, les Français l’appréhendent très différemment selon leur positionnement politique, reflétant le débat politique sur le sujet mais aussi l’importance de thèmes sous-jacents à cet événement : la financiarisation des économies mondiales et la réduction des déficits publics. Comment les candidats à l’élection présidentielle sont-ils appréhendés au regard de cette question et lequel est jugé le plus crédible pour remettre la France sur le chemin de la note maximale ?

Nicolas Sarkozy :  grand perdant de la dégradation mais une crédibilité élevée pour faire regagner le triple A

Aux yeux des Français, la perte du triple A va peser sur la campagne du président sortant. Un sondage TNS Sofres* montre que près des trois quarts des Français (72%) estiment que la dégradation de la note française va pénaliser Nicolas Sarkozy (contre 3% qui estiment que cela va lui profiter et 14% que cela ne jouera ni en positif, ni en négatif). Le président de la République est le seul des principaux candidats à l’élection présidentielle à souffrir de la perte du triple A (les autres étant jugés pénalisés par l’événement par de 5% à 15% des répondants), un résultat sans surprise puisque c’est le seul à exercer actuellement le pouvoir.

Plus étonnant, Nicolas Sarkozy est le candidat qui est jugé le plus apte à faire regagner un cran à la note française, même si les Français restent très dubitatifs sur cette possibilité : 28% des Français pensent que le président de la République pourra faire regagner le triple A à la France en cas de réélection, un score équivalent à celui que recueille François Bayrou (27%), et significativement au-dessus de celui de François Hollande (20%). Les candidats les plus extrêmes apparaissent comme les moins crédibles sur cette question, Marine Le Pen ne pouvant faire regagner le AAA que dans l’esprit de 12% des Français, et Jean-Luc Mélenchon de 7% d’entre eux. Ceci traduit globalement la plus forte confiance dont bénéficie Nicolas Sarkozy sur la question des finances publiques face son principal adversaire, François Hollande. Ainsi, dans un sondage Ifop*** mettant face-à-face les deux candidats, 32% des Français jugent Nicolas Sarkozy comme le plus apte de mener une politique efficace contre la dette et les déficits publics, quand 25% estiment qu’il s’agit de François Hollande (et 43% ni l’un ni l’autre).

Les sympathisants de l’UMP sont logiquement les plus confiants quant à la capacité de Nicolas Sarkozy à restaurer la crédibilité des comptes publics (74%). Ce score doit être mis en regard de celui qu’obtient François Hollande auprès des sympathisants de son parti : 43% (contre 44% pensant au contraire que le candidat socialiste, s’il était élu ne parviendrait pas à faire regagner le AAA à la France auprès de Standard et Poor’s). Nicolas Sarkozy jouit donc d’une forte crédibilité sur cette question auprès de ses partisans, ce dont ne peut s’enorgueillir son principal rival, François Hollande, dont les sympathisants sont divisés sur sa capacité à mettre en place une politique permettant de faire regagner un cran à la note française.

L’illustration de cette confiance à l’égard de Nicolas Sarkozy peut se faire à travers un autre résultat, encore plus édifiant : 86% des sympathisants de l’UMP considèrent que si Nicolas Sarkozy était réélu, la France ne courrait pas le risque de subir une nouvelle dégradation. 69% des sympathisants du parti socialiste pensent de même de François Hollande.

Auprès de l’ensemble de la population, Nicolas Sarkozy jouit également d’une forte crédibilité pour ne pas faire perdre un nouveau cran au pays, 43% des Français estimant que la note de la France ne serait pas de nouveau dégradée s’il était réélu (contre 37% pensant l’inverse). Ce score est plus élevé que ceux qu’obtiennent François Hollande (37%), Marine Le Pen (26%) et Jean-Luc Mélenchon (23%), mais en-deçà de celui de François Bayrou (51%).

Somme toute, la perte du triple A, si elle est largement reliée à la politique du Président en exercice, n’apparaît que comme un handicap relatif pour lui. Les plans de rigueur mis en place par le gouvernement, l’expérience du président sortant sur ces questions jouent en sa faveur et lui donne une forte crédibilité en matière de finances publiques, relativement aux autres candidats.

François Bayrou : le plus crédible pour redresser les finances publiques

Parmi les concurrents de Nicolas Sarkozy, seul François Bayrou fait pour l’instant vraiment de l’ombre au président de la République sur le domaine de la dette publique et des déficits. Le candidat du MoDem bénéficie de la constance de sa position sur le sujet, ayant déjà fait du redressement des finances publiques un de ses principaux arguments de campagne lors de l’élection présidentielle de 2007. Il est aujourd’hui considéré comme aussi capable que le président de faire regagner son triple A à la France (par 27% des Français contre 28% pour Nicolas Sarkozy et 20% pour François Hollande). Surtout, un Français sur deux (51%) le considère apte à maintenir la note actuelle s’il était élu. Seuls 23% des Français estiment que la France pourrait connaître une nouvelle dégradation sous sa présidence. A cet égard, François Bayrou est le candidat le plus crédible, seuls 43% des Français estimant Nicolas Sarkozy préserverait la France d’une nouvelle dégradation et 37% pensant de même de François Hollande.

François Bayrou bénéficie d’une crédibilité reconnue au-delà de ses partisans. Ainsi, 49% des sympathisants de l’UMP jugent qu’aucune dégradation n’aurait lieu sous sa présidence. Les sympathisants du parti socialiste accordent une confiance encore plus marquée envers le candidat du MoDem (63%), proche de celle qu’ils prêtent à leur propre candidat (69%).

Si le redressement des finances publiques devenait l’un des sujets centraux de la campagne présidentielle, François Bayrou pourrait bien accroître encore son potentiel électoral, en constante augmentation depuis décembre. Il est aujourd’hui le candidat jouissant de la plus forte reconnaissance sur ce thème.

François Hollande : crédible sans excès

Bien qu’il en ait fait l’un de ses marqueurs politiques lors de la primaire socialiste, François Hollande peine à convaincre sur sa capacité à réduire les déficits. Il est ainsi jugé bien moins crédible que Nicolas Sarkozy et François Bayrou sur cette question. S’agissant de son aptitude à faire conserver à la France sa note actuelle, les répondants sont partagés en deux camps d’égale importance : 37% pensent que la France ne serait pas de nouveau dégradée sous la présidence de François Hollande et 39% estiment à l’inverse qu’au moins un nouveau cran serait perdu. Et seul un Français sur cinq (20%) considère que le candidat peut faire regagner le AAA au pays (contre 59% pensant l’inverse).

La crédibilité de François Hollande n’est pas même pleine parmi les sympathisants du parti socialiste : 43% d’entre eux pensent que l’ancien premier secrétaire du parti pourra faire regagner le AAA à la France et une proportion équivalente estime l’inverse (44%), loin donc des 74% des sympathisants UMP qui croient leur candidat capable de reconquérir le cran perdu. En revanche, une éventuelle nouvelle dégradation sous la présidence de François Hollande est exclue par 69% des sympathisants socialistes (contre 18% l’estimant possible), un score important mais, de nouveau, plus faible que celui que Nicolas Sarkozy obtient auprès de ses propres sympathisants (86%). En outre, sur ce point, les sympathisants socialistes jugent François Bayrou presque aussi crédible (63%). Cette relative faiblesse du candidat parmi ses propres sympathisants doit cependant être prise avec précaution. Certes, elle peut signifier, très simplement, une incapacité perçue du candidat à redresser les finances publiques. Toutefois, il ne faudrait oublier qu’une part importante des sympathisants socialistes considère probablement que la mise en place d’une politique renforçant notamment le service public, les aides aux personnes défavorisées, n’est pas propice à une meilleure notation des agences. Or, ces priorités sont peut-être plus importantes à leurs yeux que le jugement de Standard et Poor’s, d’autant plus qu’une partie de l’électorat socialiste appelle de ses vœux une résistance face à la financiarisation, comme l’a d’ailleurs montré le fort score d’Arnaud Montebourg lors des primaires.

Ainsi, le candidat socialiste marche sur des oeufs. S’il veut renforcer sa crédibilité sur le sujet des déficits publics, il risque de se couper de la gauche du parti socialiste et, de surcroît, aura du mal à apparaître plus crédible que François Bayrou, qui jouit d’une plus forte antériorité de son discours sur la gestion rigoureuse des finances publiques. D’un autre côté, si le sujet acquiert une véritable importance dans la campagne, en le délaissant, il risque d’ouvrir un boulevard au candidat centriste et au président sortant.

Les extrêmes : un profit à tirer de l’effondrement du système ?

Candidats des extrêmes, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen apparaissent peu crédibles sur leur capacité à permettre à la France de regagner son triple A, ou tout du moins à préserver la note actuelle. 47% des Français estiment que la note pourrait de nouveau être dégradée sous la présidence de Marine Le Pen (26% pensant l’inverse) et 47% sous la présidence de Jean-Luc Mélenchon (23% pensant l’inverse). Et seule une très faible minorité des Français les considère capables de faire regagner le triple A à la France : 12% pour Marine Le Pen, 7% pour Jean-Luc Mélenchon.

La gauche de la gauche, comme l’extrême droite, jouissent d’une faible confiance pour rétablir les comptes publics, ce qui est traditionnel pour ces partis. D’ailleurs, les deux candidats ne prétendent pas faire de la restauration du AAA une des priorités de leur politique. Les extrêmes souhaitent un bouleversement du système capitaliste et financier actuel et rejettent le pouvoir des agences de notation. Ce n’est pas par leur capacité à résorber le déficit que ces candidats gagneront des suffrages, mais bien par leurs propositions visant à changer le système.

A ce jeu, Marine Le Pen est la grande gagnante. Elle apparaît aux yeux des Français comme celle qui a le plus à gagner de la perte du AAA : 61% des Français estiment que cela lui profite dans le contexte de la campagne. En deuxième position, arrive Jean-Luc Mélenchon (54%), à quasi-égalité avec François Hollande (53%).

Conclusion : quelle crédibilité de la classe politique pour regagner le AAA ?

Deux types de gagnants apparaissent suite à la perte du triple A : ceux qui pourront capitaliser sur le pessimisme ambiant pour convaincre de la nécessité de changements radicaux et les candidats dont la crédibilité est reconnue sur le plan des finances publiques. François Hollande, qui devra jongler avec un électorat socialiste composé à la fois d’une frange nourrissant des attentes en termes de changement du système capitaliste financiarisé et souhaitant un État plus généreux, et à la fois d’une partie exigeant une politique rigoureuse concernant les comptes publics, se trouve dans une position complexe.

Quel que soit le candidat élu, la tache sera rude, aucun des principaux candidats ne recueillant une forte confiance pour regagner le triple A. Une majorité des Français ne croit pas à l’hypothèse d’un retour à la note maximale, même en cas d’élection d’un des candidats jugés les plus crédibles. Ce fort pessimisme alerte, une nouvelle fois, sur le niveau de défiance envers les dirigeants politiques et sur leur incapacité perçue à pouvoir changer le cours des choses, surtout en matière économique.

* Sondage TNS Sofres et Mediasprism pour I-télé, réalisée par internet le 19 janvier 2012 auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.tns-sofres.com/_assets/files/2012.01.20-tripleA.pdf

** Voir notre article à ce sujet : la réaction des Français après la perte du triple A

*** Sondage Ifop pour Paris Match réalisé par internet du 4 au 6 janvier 2012, auprès d’un échantillon 1163 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. http://www.ifop.com/media/poll/1726-1-study_file.pdf

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