Marine Le Pen : un véritable changement dans l’image du Front national ?

On a beaucoup parlé ces derniers temps du changement que Marine Le Pen incarnait pour le Front national. La nouvelle présidente du parti en donnerait une image plus moderne, plus apaisée. Elle aurait « normalisé » le parti d’extrême-droite et l’aurait rendu fréquentable. Les intentions de vote, à des niveaux encore jamais atteints pour un candidat du Front national (de l’ordre de 20% depuis des mois), attesterait de cette nouvelle respectabilité du parti et de sa dirigeante. En outre, un sondage TNS Sofres (1), largement relayé et qui a fait la une du Monde, a mis en lumière que les idées du Front national n’ont jamais été aussi partagées et banalisées au sein de la société française. Ainsi, 31% des Français se déclarent en accord avec les idées du Front national, un niveau jamais observé auparavant. De surcroît, la candidate porterait désormais des valeurs moins extrémistes. Ce sondage nous apprenait ainsi que 41% des Français considèrent que Marine Le Pen est plutôt la représentante d’une droite patriote attachée aux valeurs traditionnelles quand 45% jugent qu’elle incarne à l’inverse une extrême droite nationaliste et xénophobe. Ainsi, pour près d’un Français sur deux, le Front national serait devenu un parti de droite modéré.

Dans quelle mesure le Front national est-il aujourd’hui considéré comme un « parti comme les autres » ? Marine Le Pen se démarque-t-elle véritablement de son père dans l’esprit des Français ?

Une candidate qui améliore l’image du Front national, mais qui suscite toujours un rejet fort

Seuls 35% des Français déclarent avoir une bonne image de Marine Le Pen (2). En parallèle, un Français sur deux dispose d’une mauvaise opinion de la présidente du Front national. Parmi ceux-ci, 30% déclarent en avoir une « très mauvaise opinion », un niveau de rejet exceptionnellement fort qui touche peu de personnalités politiques, hormis les politiques d’extrême-droite et des personnalités contestées du fait de positions jugées extrémistes (Claude Guéant en fait les frais par exemple). Les deux candidats principaux de 2007, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal suscitent également des oppositions aussi intenses, ayant su exaspérer toute une frange de l’opinion publique par leur façon hors norme d’exercer la politique.

Ceci étant dit, Marine Le Pen permet tout de même à l’extrême-droite de largement redorer son blason. D’une part, son image se révèle bien meilleure que celle de son père : celui dispose seulement de 20% d’opinions positives contre 33% pour sa fille selon le dernier baromètre Ifop/Paris Match (3). D’autre part, c’est bien Marine Le Pen qui tire l’image du parti vers le haut, alors que celui-ci reste mal perçu par l’opinion : quand la leader frontiste dispose de 35% d’opinions positives (2), son parti n’en recueille que 19%.

Si l’on va plus loin dans la comparaison entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, ce que permet de faire un sondage TNS Sofres, on s’aperçoit que l’amélioration dont est porteuse Marine le Pen n’est pas limitée à certains domaines. Marine Le Pen est jugée faire aussi bien ou mieux que son père sur tous les aspects testés par l’institut de sondage, que ceux-ci concernent sa personnalité ou ses compétences.

D’abord, le personnage de Marine Le Pen séduit plus les Français que celui de Jean-Marie, et ceci constitue la principale révolution. La fille dispose en effet d’un abord plus avenant et elle permet de redynamiser l’image du parti par sa jeunesse. Etant une femme, par ailleurs non mariée, elle incarne également une certaine modernité, un détachement relatif des valeurs traditionnelles que véhicule le parti d’extrême-droite. Ainsi, un Français sur deux (49%) considère la fille plus sympathique que le père. En outre, 45% estiment qu’elle est plus convaincante, ce qui découle très certainement de son image plus consensuelle, moins provocante, en somme moins extrémiste.

Outre les qualités purement personnelles, il apparaît également, mais auprès d’une proportion plus faible de la population, que Marine Le Pen permet au FN de gagner en respectabilité : pour 26% des Français, elle est plus démocrate que son père, pour 23% davantage digne de confiance et pour 25% moins dangereuse. Sans doute, l’impact du caractère plus sympathique de la leader du Front national joue en sa faveur et rejaillit également sur sa respectabilité. Plus concrètement, Marine Le Pen a effectué un profond travail de remaniement de l’image de son parti, en essayant de faire oublier l’association du FN avec des mouvements de l’extrême-droite la plus radicale, tout du moins en termes d’image. L’exclusion d’un militant parce qu’avaient été diffusées des photos de lui en effectuant le salut nazi, la volonté affichée d’exclure les éléments les plus radicaux des manifestations du Front national, tout cela bénéficie à la présidente du mouvement et lui permet d’acquérir une meilleure image que son père sur le plan du respect des principes de la République française.

Par rapport à Jean-Marie Le Pen, Marine gagne, en outre, notablement sur le plan de la compétence : pour 26% des Français, elle connaît mieux ses dossiers et pour 23% elle est davantage capable de gouverner. Enfin, pour un tiers des personnes interrogées (34%), elle est plus proche des préoccupations des gens. Par conséquent, ce n’est pas simplement sur la posture que Marine Le Pen dépasse son père, sa crédibilité de fond, sur les dossiers, est également mieux reconnue.

En somme, l’image de la candidate du Front national s’avère nettement plus positive que celle du fondateur du parti. Dans ce contexte, aux yeux des commentateurs et surtout des Français, Marine Le Pen présente plus de chances que son père de faire gagner le FN (43%).

Si l’image de Marine Le Pen est indéniablement meilleure que celle de son père, il faut pour autant relativiser cette amélioration, qui n’est reconnue que par une minorité des Français. Certains ne se laissent pas duper par ce qu’ils peuvent ne percevoir que comme un nouveau camouflage du mouvement extrémiste et pointent que la nouvelle présidente du mouvement constitue un autre type de danger que son père. Ainsi, près d’un Français sur cinq (17%) estime que Marine Le Pen est plus dangereuse que son père. Plus globalement, les Français restent d’abord convaincus, outre la plus grande sympathie personne qu’elle peut inspirer, que Marine Le Pen n’est, sur le fond, pas si différente de son père.

D’autres éléments démontrent que Marine Le Pen, bien qu’étant mieux perçue que le fondateur du Front national, demeure cependant toujours une candidate de l’extrême-droite. Les fondamentaux du Front national sont toujours bien présents.


L’immigration et l’insécurité restent le fond de commerce du Front national

Bien que Marine Le Pen soit jugée plus convaincante que son père, le FN peine à apparaître crédible sur les thèmes qui ne sont pas les siens. Alors que le parti a engagé des efforts importants pour se crédibiliser en matière économique par exemple, en présentant un chiffrage détaillé de son programme, la confiance des Français envers le Front national sur les sujets économiques et sociaux reste faible.

Ainsi, une récente étude de l’institut BVA (4) montre que, mise en concurrence avec les quatre prétendants principaux à l’élection présidentielle, Marine Le Pen est classée en dernière position sur tous ces sujets : pouvoir d’achat, chômage, croissance économique, dette publique, impôts et éducation. Elle arrive seulement à égaler le faible score de Nicolas Sarkozy concernant la pauvreté et la précarité : la présidente du Front national est jugée la plus crédible dans ce domaine par 9% des personnes interrogées (Nicolas Sarkozy par 10%, François Bayrou par 20% et François Hollande par 53%).

Marine Le Pen ne l’emporte que sur les sujets traditionnels au Front national. Aux yeux des Français, c’est ainsi elle la plus crédible concernant l’immigration (37%) et l’insécurité (31%). Ainsi, la révolution du Front est-elle relativement limitée. La crédibilité de Marine Le Pen sur des domaines qui ne sont pas les siens reste à construire.


Un vote qui comporte toujours une forte dimension protestataire

Un des points forts de Marine Le Pen est indéniablement sa capacité à incarner un changement du système, alors que les Français restent très peu confiant dans la classe politique, surtout en cette période de crise économique et financière qui fait souvent apparaître comme impuissantes les solutions proposées par les gouvernants. Traditionnellement, le Front national reste, pour les électeurs, un moyen d’exprimer un rejet de la classe politique en place. Néanmoins, il faut relativiser cette vision, cette idée n’étant partagée que par une minorité des Français. Ainsi, Marine Le Pen incarne le changement pour seulement 38% des Français (4). Ce score assez élevé est identique à celui que recueille François Bayrou (38%) et très inférieur à celui qu’obtient François Hollande (46%).

Par ailleurs, cette idée d’un renouveau des dirigeants, en remplacement d’une classe politique décrite par la candidate du Front national comme corrompue et incompétente, n’est pas pleinement incarnée par Marine Le Pen parce qu’elle ne convainc pas vraiment dans le rôle de chevalier blanc qu’elle semble s’octroyer. Ainsi, une majorité des Français (53%) estime que Marine Le Pen n’est pas honnête, un score que seul Nicolas Sarkozy dépasse parmi les principaux présidentiables (François Bayrou 34%, François Hollande 42% et Jean-Luc Mélenchon 43%) (6).


Une candidate plus apte à formuler les problèmes qu’à les résoudre

Le Front national a souvent l’image d’un parti qui sait percevoir les problèmes des Français, et plus particulièrement des catégories modestes, qui se sentiraient à l’inverse peu écoutées et comprises des grands partis. Il faut néanmoins relativiser également cette idée largement répandue puisque Marine Le Pen n’apparaît pas, parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle, comme celle qui serait la plus proche des préoccupations des Français. Ainsi, un Français sur quatre (39%) considère la candidate « proche des préoccupations des gens » selon un sondage TNS Sofres de décembre dernier (6). Ce résultat la place en troisième position des principaux présidentiables. Elle est loin du disposer du même crédit en la matière que François Hollande (50%) ou François Bayrou (47%).

En outre, si le Front national sait tout de même assez largement identifier les problèmes (44% des Français déclarant adhérer aux constats dressés par le parti (1)), les réponses qu’il y apporte ne convainquent qu’une minorité des Français. Seuls 23% des Français jugent que la présidente du Front national apporte des solutions, un score très en deçà de celui de François Hollande (41%) et François Bayrou (41%), mais qui est néanmoins égal à celui du Président sortant, fortement fragilisé dans son lien avec le peuple français.

Autre signe démontrant que la crédibilité de Marine Le Pen reste en partie à construire, elle n’est pas encore perçue comme capable d’endosser la fonction présidentielle. Ainsi, seuls 13% des Français estiment qu’elle a la stature d’une présidente de la République (4) (à titre de comparaison, ce score est de 39% pour François Hollande, 37% pour François Bayrou et 46% pour Nicolas Sarkozy). Même parmi les personnes se déclarant prêtes à voter pour elle, seuls 57% des répondants lui accordent cette stature. En outre, sa compétence, bien que meilleure que celle de son père, reste très faiblement reconnue : 60% des Français ne la jugent pas compétente, le score le plus élevé parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle hormis Eva Joly (6). Enfin, 70% des répondants considèrent que Marine Le Pen n’est pas crédible sur la scène internationale, une vraie faiblesse par rapport à ses concurrents (Nicolas Sarkozy 37%, François Hollande 48% et François Bayrou 57%).

Plus globalement, seuls 11% des Français déclarent adhérer à la fois aux constats et aux idées du Front national (1). Un tiers des Français n’adhèrent qu’aux constats (33%) tandis que 47% n’adhèrent ni à son diagnostic, ni à ses propositions.

Conclusion : une normalisation limitée du parti d’extrême-droite, touchant principalement les sympathisants de l’UMP

Pour la majorité des Français, l’image du Front national reste globalement la même après l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Il demeure un parti extrémiste, dont la capacité à gouverner n’est pas reconnue. Néanmoins, une normalisation est très perceptible chez une partie de la population, et notamment parmi les sympathisants de droite.

Ainsi, si 59% des Français estiment que l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du mouvement n’a pas changé le parti, tout de même un peu plus d’un Français sur dix (12%) estime que le parti a changé en bien (tandis que 5% pensent qu’il a changé en mal) (5). C’est à droite que l’amélioration du l’image du Front national est la plus perceptible : elle concerne un sympathisant de l’UMP sur trois (32%). Remarquons également au passage combien Marine Le Pen incarne un changement positif dans son propre parti, les deux tiers des sympathisants du FN (66%) considérant que l’image du Front a changé en bien depuis l’arrivée de Marine Le Pen à sa tête (26% estimant qu’elle n’a pas changé et 2% en mal).

Par ailleurs, la sensibilité au discours du Front national reste forte parmi les sympathisants de l’UMP. Même si parmi eux seule une minorité déclare adhérer aux constats et aux solutions proposées par Marine Le Pen (5%), un sur deux (50%) se déclare en accord avec les constats de la présidente du Front national (33% en moyenne pour l’ensemble de la population française).

Dans ce contexte, les sympathisants de la majorité plaidant pour un rapprochement avec le parti d’extrême-droite sont de plus en plus nombreux : ce sont désormais 45% des sympathisants de l’UMP qui y sont favorables, 38% souhaitant des alliances électorales selon les circonstances et 7% une alliance électorale globale (1).

(1) Sondage TNS Sofres/Logica pour le Monde et France 2, réalisé par en face-à-face les 4 et 5 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 1000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(2) Sondage TNS Sofres et Mediaprism pour I-télé, réalisé par internet le 12 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 1011 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(3) Sondage Ifop pour Paris Match, réalisé par téléphone les 19 et 20 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 958 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(4) Sondage BVA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France, réalisée par internet les 18 et 19 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 974 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(5) Sondage TNS Sofres pour Dimanche+ / Canal +, réalisé par téléphone les 10 et 11 janvier 2012, auprès d’un échantillon de 996 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
(6) Sondage TNS Sofres pour I-télé, réalisé par internet le 8 décembre 2011, auprès d’un échantillon de 1020 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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