Les sondeurs sont-ils mauvais ? L’exemple de la précédente élection présidentielle

Alors que les sondages s’enchaînent dans la perspective de la prochaine élection présidentielle, les critiques à leur égard se font de plus en plus visibles du fait des écarts observés entre les études publiées par les différents instituts ces derniers jours.

L’exercice des intentions de vote est toujours complexe, mais ne s’apparente pas aux « magouilles sondagières » que l’on décrit souvent. Les redressements effectués ne le sont pas « au bon nez » du sondeur et s’appuient sur des données solides (votes antérieurs notamment), même si, il ne faut le nier non plus, entre parfois en jeu une légère part de subjectivité, le sondeur se reposant également sur l’expérience passée et sur ses connaissances en sciences politiques. Si l’on veut bien sortir du discours caricatural et dénonciateur des sondages, on retiendra que plusieurs difficultés, bien réelles, doivent être surmontées par les professionnels et que celles-ci peuvent expliquer les différences constatées entre les différents instituts de sondage, qui y apportent des réponses parfois différenciées :

 

Les « menteurs »

Quand on parle des redressements des sondages d’intentions de vote, on évoque souvent plus particulièrement la difficulté à estimer le vote pour le Front national. Si les débats autour des redressements sont centrés sur cette question, c’est que le Front national a très longtemps été la principale « victime » d’un phénomène bien décrit par les sciences politiques, la « désirabilité sociale ». Il s’agit, pour l’interviewé, de déclarer voter pour un autre candidat que celui pour lequel il a l’intention de réellement voter, parce qu’il nourrit une honte à avouer son véritable choix. Le répondant ment donc pour se rendre plus acceptable, plus « désirable » aux yeux de l’enquêteur ou de la personne qui lira les résultats. Lire la suite

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Qui veut vraiment l’élection de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy ?

Au-delà de l’exercice convenu des intentions de vote, certains sondages permettent de mesurer l’adhésion réelle aux candidats qui concourent à l’élection présidentielle. Car il existe une différence entre l’intention de voter pour un candidat et la volonté réelle que celui-ci occupe la fonction suprême. Combien ne votent que par défaut, pour contrer un candidat plutôt qu’en réelle faveur de l’autre ? Quel engouement suscite d’un côté un président sortant qui a déçu par ses actions et irrité par son style, de l’autre côté un candidat socialiste choisi une fois le « champion » Dominique Strauss-Kahn écarté de la course, un candidat souvent décrié comme trop « mou » et trop consensuel ?

Un sondage Ipsos nous renseigne sur l’attitude des Français à l’égard des deux principaux candidats à l’élection présidentielle.

 

Seuls 14% des Français souhaitent réellement la victoire de François Hollande, et la même proportion celle de Nicolas Sarkozy

Le « champion des sondages », qui domine largement les intentions de vote au second tour, ne suscite l’adhésion pleine et entière que de 14% des Français, qui déclarent que « c’est vraiment lui que [je] veux voir élu ». Et, de la même manière, 14% des Français souhaitent réellement la victoire du président sortant.

Ainsi, les candidats des deux principaux partis n’enthousiasment qu’une faible partie des électeurs, ce qui vient accréditer la théorie d’une campagne qui ne suscite que peu de passion.

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Intentions de vote : des dissonances entre les instituts

A deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, les médias se font l’écho de nombreux sondages d’intentions de vote, réalisé par différents instituts. Ce matin était diffusé par de nombreuses sources (France télévisions, Radio France, Le Monde) un sondage réalisé par l’institut Ipsos les 17 et 18 février*, soit juste après la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. L’enseignement principal de ce sondage étant que l’entrée en campagne du président de la République n’avait eu aucune conséquence dans les intentions de vote, Nicolas Sarkozy recueillant toujours 25% d’intentions de vote (comme au début du mois) et son principal adversaire, François Hollande, toujours 32%.

Or, il n’aura pas échappé aux observateurs qui suivent la parution des différents sondages, que deux études , réalisées sur des périodes proches voire identiques (OpinionWay réalisée également les 17 et 18 février** et Ifop réalisée du 16 au 20 février***), donnent des résultats légèrement différents, bien que la hiérarchie entre les candidats ne varie pas.

1. D’une part ces deux instituts observent une légère augmentation des intentions de vote pour Nicolas Sarkozy suite à sa déclaration de candidature, contrairement à Ipsos. Ainsi, OpinionWay constate une augmentation de 1,5 points par rapport au 8 février. Pour l’Ifop, l’augmentation est même de trois points depuis cette date.

2. L’écart entre les deux principaux candidats varie assez nettement. Le sondage Ipsos donne un très large écart au premier tour entre Français Hollande (32%) et Nicolas Sarkozy (25%) : 7 points. Pour OpinionWay et l’Ifop, cet écart n’est que de deux points ! (29% pour François Hollande et 27% pour Nicolas Sarkozy).

Ipsos
(17-18 février)
OpinionWay
(17-18 février)
Ifop
(16-20 février)
Nathalie Arthaud 0,5 0,5 0,5
Philippe Poutou 0,5 0,5 0
Jean-Luc Mélenchon 9 8 9
François Hollande 32 29 29
Eva Joly 3 2 2,5
François Bayrou 11 13 11
Corine Lepage 1 0,5 1
Dominique de Villepin 1,5 2 2
Nicolas Sarkozy 25 27 27
Frédéric Nihous 0 0,5 0
Nicolas Dupont-Aignan 0,5 0,5 0,5
Marine Le Pen 16 16,5 17,5

Par ailleurs, cette différence dans les niveaux d’intentions de vote se retrouve également au deuxième tour :

Ipsos
(17-18 février)
OpinionWay
(17-18 février)
Ifop
(16-20 février)
François Hollande 59 56 56
Nicolas Sarkozy 41 44 44

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Eva Joly et François Bayrou ont des électorats peu structurés

S’il est intéressant de regarder les intentions de vote et leur évolution, afin de savoir quel est le poids relatif des candidats, il ne faut oublier de jauger leur potentiel électoral à la lumière de la « solidité » de leur électorat. En d’autres termes, parmi les électeurs qui aujourd’hui déclarent avoir l’intention de voter pour un candidat, combien sont sûrs de leur choix et combien peuvent encore changer d’avis ?

L’analyse des dernières intentions de vote de l’institut OpinionWay nous permet de connaître cette donnée pour les principaux candidats. Et il apparaît que la sûreté du choix des électeurs varie très significativement selon les candidats.

Eva Joly et François Bayrou : des électorats peu structurés

L’incertitude se révèle particulièrement importante au sein des électorats d’Eva Joly et de François Bayrou. Moins d’une personne déclarant avoir l’intention de voter pour la candidate d’EELV sur deux se déclare sûre de son choix (46%). Pour Français Bayrou, la proportion d’électeurs certains de leur vote est à peine minoritaire (52%). Ceci démontre la fragilité évidente des électorats de ces deux candidats. Dans les semaines à venir, il faudra savoir si Eva Joly et François Bayrou réussissent à convaincre définitivement ces personnes de voter pour eux, ou si ceux-ci se reportent vers un autre candidat (ou vers l’abstention ou le vote blanc ou nul). Plus que jamais, ces deux prétendants à la présidence de la République doivent faire leurs preuves pour renforcer leur socle électoral. Lire la suite

François Bayrou ne retrouve que la moitié de son électorat de 2007

L’Ifop réalise régulièrement des sondages d’intentions de vote auprès d’échantillons relativement importants  qui permettent des niveaux de lecture relativement fins. Leur dernière étude* nous permet notamment de constater un élément important : alors que François Bayrou recueille des niveaux élevés d’intentions de vote (12,5% dans ce sondage), il ne retrouve que 50% de son électorat de 2007.

L’électorat de François Bayrou en 2007  plus dispersé que celui des autres principaux candidats

Les électeurs de François Bayrou en 2007 apparaissent particulièrement infidèles en comparaison des autres électorats de 2007. Seul un électeur de François Bayrou en 2007 sur deux déclare son intention de voter de nouveau pour le président du MoDem en 2012. A titre de comparaison, l’électorat de Ségolène Royal au premier tour de l’élection présidentielle de 2007 se reporte à 78% sur François Hollande, Nicolas Sarkozy retrouve 71% de ses électeurs en 2007, et Marine Le Pen séduit 84% des personnes ayant voté Jean-Marie Le Pen à la précédente élection présidentielle. Lire la suite

Entre Marine Le Pen et François Hollande, le coeur des ouvriers balance

En avril dernier, un gros titre tiré d’un sondage Ifop avait fait couler beaucoup d’encre : Marine Le Pen dominerait très nettement les intentions de vote des ouvriers français. Qu’en est-il aujourd’hui après l’entrée en campagne de François Hollande ? Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à reconquérir cet électorat qu’il avait su séduire en 2007 par son « travailler plus pour gagner plus » ? Et quid de la place de Jean-Luc Mélenchon, qui affiche depuis quelques semaines son intention de disputer le vote ouvrier au Front national ?

Un sondage Ifop*, réalisé sur un échantillon de taille relativement importante (1723 personnes inscrites sur les listes électorales) permet d’analyser le vote ouvrier dans la perspective de la prochaine élection présidentielle Lire la suite

Seuls 14% des Français souhaitent que la France abandonne l’euro

Alors qu’il est souvent dit que les Français sont de plus en plus eurosceptiques, un sondage Harris interactive* vient battre en brèche cette idée et démontre l’attachement des Français à la monnaie unique. Voici les principaux enseignements de ce sondage :

81% des Français souhaitent que la France reste dans la zone euro et seuls 14% espèrent, à l’inverse, que le pays revienne au franc.

– Néanmoins, l’adhésion des Français à la zone euro doit être nuancé. En effet, seul un peu moins d’un Français sur deux (46% exactement) souhaite que la France demeure dans une union monétaire dont les contours seraient identiques à ceux d’aujourd’hui. 35% des Français veulent que certains pays sortent d’une zone euro où la France aurait toujours toute sa place. Lire la suite

2007-2012 : les préoccupations des Français ont bien changé

Le contexte entre l’élection présidentielle à venir et celle de 2007 a largement changé. Sans parler du paysage politique, des mouvements de fond ont traversé la société française et la mise au premier plan, depuis 2008, de la « crise » avec ces différents soubresauts, a profondément modifié les attentes des Français vis-à-vis du chef de l’Etat français.

La crise inscrit encore davantage le social au cœur des préoccupations

S’il est la principale préoccupation des Français depuis des années, et notamment en 2007, le chômage apparaît, aujourd’hui encore plus qu’hier, comme une inquiétude majeure des Français, sur laquelle les candidats à l’élection présidentielle apparaissent particulièrement attendus. Invités à déterminer les trois thèmes qui pèseront le plus dans leur décision du candidat à l’élection présidentielle parmi les onze proposés, un Français sur deux choisit « la lutte contre le chômage ». Ce thème domine donc très nettement tous les autres. Il est significativement plus cité qu’en 2007 à la même période (+6 points). En outre, il est important de souligner que ce thème gagne nettement plus de terrain parmi les sympathisants de droite (50%, +11 points), que chez ceux de gauche (54%, +4 points). Quelle que soit leur position sur l’échiquier politique, les Français affirment que le chômage constitue le premier déterminant de leur vote.

Comme en 2007, la deuxième préoccupation des Français est l’amélioration du pouvoir d’achat (34%, -2 points par rapport à 2007). Le maintien à un niveau quasi-identique qu’en 2007, alors même que la thématique du « pouvoir d’achat » en tant que telle est moins présente qu’il y a cinq ans, démontre la prééminence des questions sociales dans les attentes des Français. En effet, aucun candidat ne s’est (pour l’instant du moins) prétendu comme « le candidat du pouvoir d’achat », comme avait pu le faire Nicolas Sarkozy en 2007. Les politiques de rigueur prônées par les principaux candidats interdisent des promesses d’amélioration en ce domaine et le thème apparaît particulièrement peu présent dans leur discours.

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69% des Français ne jugent pas crédible le programme économique du Front national

En vue de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a entrepris une vraie démarche de crédibilisation économique de son parti, notamment par la biais de la présentation d’un programme détaillé et chiffré au milieu du mois de janvier. La candidate cherche ainsi à combler une faiblesse relative de son parti, qui apparaît traditionnellement comme apportant des solutions relativement irréalistes sur les sujets économiques, de par un programme radical (sortie de l’euro, fermeture des frontières…).

Comme nous l’avons d’ailleurs montré dans l’un de nos précédents articles (forces et faiblesses de Marine Le Pen, à lire ici), la candidate du Front national, malgré des intentions de vote de l’ordre de 18% à 20%, ne convainc pas sur les sujets économiques. Ainsi, parmi les six principaux candidats à l’élection présidentielle (François Hollande, Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon), seuls 10% la jugent la plus crédible pour lutter contre le chômage (aucun des candidats 28%, François Hollande 23% et Nicolas Sarkozy 16%), 9% la plus à même de défendre le pouvoir d’achat (aucun des candidats 29%, François Hollande 25% et Nicolas Sarkozy 15%) et 8% la plus capable de réduire la dette publique (aucun des candidats 30%, Nicolas Sarkozy 22% et François Hollande 19%) (1). Ce sondage a été réalisé avant la présentation du programme économique des différents candidats, mais aucune étude n’a depuis lors montré un basculement de l’opinion sur leur crédibilité respective. Lire la suite

68% des Français sont favorables à l’anonymat des parrainages à l’élection présidentielle

Comme son père en 2007, Marine Le Pen a largement relayé dans les médias ses difficultés à réunir les 500 signatures d’élus nécessaires pour concourir à l’élection présidentielle. La candidate du Front national dénonce les pressions qui seraient exercées sur les élus accordant leur signature à l’extrême-droite. Elle propose de rendre les parrainages des élus anonymes afin de résoudre cette difficulté et de permettre à l’un des principaux partis français de participer à l’élection présidentielle. Elle a d’ailleurs déposé une question prioritaire de constitutionnalité dans ce sens, qui vient d’être renvoyée au Conseil constitutionnel pour examen par le Conseil d’Etat. Quelle est l’opinion des Français sur la question de l’anonymat des parrainages et sur la situation dans laquelle se trouve Marine Le Pen ?

Près d’un Français sur deux trouverait choquant que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle

Invités à choisir si l’absence de Marine Le Pen serait préjudiciable lors de l’élection présidentielle, 44% des Français se rangent à l’opinion selon laquelle l’incapacité de la candidate du Front national à concourir à l’élection serait choquante car son parti pèse dans l’électorat français, tandis que 45% préfèrent souligner que les règles doivent être les mêmes pour tout le monde, et qu’en conséquence, elles ne doivent être changées même si cela implique que la candidate du Front national ne puisse se présenter à la fonction suprême (1). Parmi les sympathisants du Front national, l’indignation l’emporte largement : 81% trouveraient en effet choquant que Marine Le Pen ne recueille pas les 500 signatures.

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