Jean-Luc Mélenchon, le quatrième homme ?

Dans la dernière étude de l’institut CSA, Jean-Luc Mélenchon vient de passer, pour la première fois, la barre symbolique des 10% d’intentions de vote. Le candidat du Front de gauche apparaît donc désormais en position de disputer la quatrième place de l’élection présidentielle à François Bayrou. Si on parle désormais beaucoup, par conséquent, de l’éventualité que le candidat de la gauche de la gauche effectue à un score à deux chiffres, l’augmentation du score de Jean-Luc Mélenchon s’est pourtant véritablement effectuée  au mois de janvier, son score se révélant assez stable en février.

Un potentiel de vote qui augmente en janvier

L’observation des intentions de vote pour Jean-Luc Mélenchon montre une montée en puissance évidente du candidat de la gauche de la gauche, intervenant au mois de janvier. Tous les instituts notent cette augmentation : alors qu’en décembre, son score oscille entre 6% et 7,5%, à partir de mi-janvier, le candidat enregistre des scores entre 7% et 9,5%.

L’augmentation est modeste, mais bien présente. Le chiffre le plus élevé à ce jour (10%), donné par l’institut CSA, peut augurer une poursuite de cette augmentation des intentions de vote pour le candidat du Front de gauche. Cette hausse devra néanmoins être confirmée par d’autres études. Nous pouvons remarquer à ce jour que cette tendance à une poursuite de l’augmentation des intentions de vote pour Jean-Luc Mélenchon ne se dessine pas dans le « rolling » Ifop (intentions de vote en continu, avec un résultat publié tous les jours de la semaine), comme le montre le graphique ci-dessous, qui reprend toutes les intentions de vote de l’Ifop depuis début octobre. Après l’augmentation relevée en janvier, la tendance est plutôt stable depuis ce jour pour Jean-Luc Mélenchon (dont le score varie entre 7,5% et 9%) :

Qui sont les électeurs de Jean-Luc Mélenchon ?

Jean-Luc Mélenchon se présente souvent comme le candidat des classes populaires, et plus particulièrement des ouvriers. Mais quel est véritablement son électorat ?Une récente étude de l’Ifop* nous permet, grâce à une taille d’échantillon plus importante que traditionnellement, d’apporter des réponses à cette question en analysant le vote par catégorie de population :

Jean-Luc Mélenchon ne recueille pas davantage d’intentions de vote parmi les catégories modestes que parmi les catégories plus aisées : alors qu’il se réclame le candidat des modestes, le candidat du Front de gauche ne dispose, en réalité, d’aucun avantage parmi ces catégories : 10% des ouvriers et 10% des employés déclarent qu’ils voteront pour lui en avril, soit une proportion identique à celle des cadres supérieurs qui feront de même (10%) ou des professions intermédiaires (9%). Par conséquent, au sein de la population ouvrière, Jean-Luc Mélenchon est très largement distancé par Marine Le Pen (qui recueille 31% de leurs intentions de vote) et François Hollande (28%). Nicolas Sarkozy le devance également auprès de cette catégorie de population (16%). En revanche, il y fait jeu égal avec François Bayrou (9%). Parmi les employés, le candidat ne se démarque pas davantage : il arrive après François Hollande (33%), Nicolas Sarkozy (20%) et Marine Le Pen (19%). Il fait, ici aussi, un score comparable à celui de François Bayrou (11%), qui le devance même légèrement.

– Il apparaît néanmoins comme un candidat qui séduit davantage les actifs que  les retraités (7%) ou les personnes au foyer (7%). D’ailleurs, en termes d’âge, c’est parmi les 35-49 ans que Jean-Luc Mélenchon fait son meilleur score (11%), soit parmi la tranche la plus active. Il touche, en revanche, moins les plus jeunes  : seuls 6% des 18-24 ans ont l’intention de voter pour lui contre 8,5% de l’ensemble des Français.

Jean-Luc Mélenchon est plutôt le candidat des fonctionnaires que des catégories populaires : s’il existe une catégorie où Jean-Luc Mélenchon dispose d’une avance significative, c’est parmi les salariés du publics : ils sont 13% à déclarer vouloir voter pour lui (contre 8% des salariés du privé et 8% des indépendants et employeurs). Au sein du secteur public, le candidat de la gauche de la gauche talonne François Bayrou (14%), Nicolas Sarkozy (15%) et Marine Le Pen (16%). François Hollande demeure le candidat incontestablement préféré des salariés du public (35%, soit 6,5 points de plus que parmi l’ensemble de la population).

L’électorat de Jean-Luc Mélenchon est majoritairement masculin : il recueille en effet 10% d’intentions de vote des hommes contre 7% de celles des femmes.

Jean-Luc Mélenchon capte un électeur d’Olivier Besancenot en 2007 sur deux : 47% des personnes ayant voté pour le candidat de la LCR en 2007 déclarent qu’elles voteront, en 2012, pour Jean-Luc Mélenchon. Il apparaît comme le candidat qui « récupère » le plus cet électorat, devant François Hollande (24%).

Conclusion : un socle électoral encore assez fragile

Depuis le début de l’année, Jean-Luc Mélenchon a augmenté son capital dans les intentions de vote et atteint désormais son plus haut niveau. Cette hausse se poursuivra-t-elle et le candidat arrivera-t-il à venir concurrencer celui qui apparaît toujours comme le quatrième homme, François Bayrou ?

Jean-Luc Mélenchon devra pour cela conquérir de nouveaux électeurs, mais aussi consolider son socle électoral : seules 59% des personnes ayant l’intention de voter pour le Front de gauche se déclarent sûres de leur choix, soit des proportions bien moins importantes que pour François Hollande (76%), Nicolas Sarkozy (77%) ou même Marine Le Pen (65%). La tentation du vote utile reste forte : 21% de ses électeurs potentiels (soit un hésitant sur deux) déclarent qu’ils pourraient finalement voter pour François Hollande. Le phénomène inverse, c’est-à-dire des personnes déclarant avoir l’intention de voter pour François Hollande mais hésitant à finalement se tourner vers Jean-Luc Mélenchon, existe également mais se révèle moins important, la sûreté du vote étant bien plus forte chez l’électorat du candidat socialiste : seuls 4% de ses électeurs potentiels déclarent qu’ils pourraient voter pour le candidat du Front de gauche. Ainsi, les mouvements potentiels entre les électorats de gauche du fait des hésitants apparaît défavorable au candidat du Front de gauche : 1,1% du corps électoral** pourrait effectuer un mouvement de François Hollande vers Jean-Luc Mélenchon contre 1,8% se déclarant prêt à effectuer le mouvement inverse.

Cependant, il pourrait récupérer jusque 1,0% des électeurs en provenance de François Bayrou : 8% des personnes ayant l’intention aujourd’hui de voter MoDem avouent hésiter avec le candidat du Front de gauche. Seuls 0,3% des électeurs (soit 4% des personnes ayant l’intention de voter pour Jean-Luc Mélenchon) envisagent le mouvement inverse.

 

* Sondage Ifop en partenariat avec Fiducial pour Europe 1, Paris Match et Public Sénat, réalisé par téléphone et internet du 23 au 26 février 2012, auprès d’un échantillon de 1 723 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1903 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus

** 21% des 8,5% des électeurs potentiels de Jean-Luc Mélenchon. Même raisonnement plus loin pour le chiffre sur le mouvement inverse : 4% des 28,5% de personnes ayant l’intention de voter pour François Hollande.

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