J-4 : Quel est le rapport de force au premier tour ?

Nous sommes désormais à quatre jours du scrutin. Les intentions de vote se succèdent mais ne se ressemblent pas toujours. Deux études parues ce matin, l’une de l’institut CSA, l’autre de BVA, montre des tendances assez divergentes même si elles s’accordent sur la hiérarchie d’arrivée.

A l’heure actuelle, que montrent les principaux instituts pour le premier tour de l’élection ?

CSA : François Hollande creuse l’écart avec Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen repasse devant Jean-Luc Mélenchon

Ce matin, CSA nous a livré sa dernière étude d’intentions de vote, réalisée les 16 et 17 avril, et celle-ci montre des évolutions significatives du rapport au force au premier tour. D’abord, François Hollande regagne du terrain (29%, +2 points par rapport à la précédente enquête réalisée les 10 et 11 avril). Cette progression permet au candidat socialiste de retrouver son niveau moyen depuis le début de l’année. Le président sortant connaît un mouvement inverse : il perd deux points par rapport à la semaine dernière et avec 24% d’intentions de vote, il réalise son plus bas score depuis le début de l’année ! En deux semaines, Nicolas Sarkozy perd six points dans les intentions de vote de l’institut CSA. Tout le crédit lentement accumulé depuis son entrée en campagne est reperdu.

En outre, les intentions de vote au second tour dessinent un desserrement significatif entre les deux candidats : 58%-42% en faveur du candidat socialiste cette semaine, 57%-43% la semaine dernière, 54%-46% il y a deux semaines. La tendance dessinée par l’institut CSA est clairement celle d’un effondrement de Nicolas Sarkozy. François Hollande dispose d’une avance solide, au premier comme au second tour.

Ainsi, cette étude pose un rapport de force clairement en faveur de François Hollande, notamment au premier tour. Néanmoins, cette tendance est loin d’être celle affichée par tous les instituts comme le montre la suite de cet article.

Concernant le match pour la troisième place, CSA plaçait Jean-Luc Mélenchon en troisième position depuis le début du mois. Cette nouvelle enquête voit les courbes se croiser de nouveau : Marine Le Pen repasse devant le candidat du Front de gauche (17% contre 15%). Elle gagne deux points quand Jean-Luc Mélenchon en perd deux. L’institut CSA donne désormais un ordre d’arrivée partagé par tous les autres instituts (hormis TNS Sofres qui place les deux candidats au même niveau). Pour autant, la prudence s’impose, l’écart restant compris dans la marge d’erreur.

BVA : L’écart se contient entre les deux favoris,  la troisième position est très disputée

L’autre étude publiée ce matin et également réalisée les 16 et 17 avril, mais par l’institut BVA, livre des enseignements assez différents. Certes, la hiérarchie reste la même au premier tour : François Hollande puis Nicolas Sarkozy, puis Marine Le Pen, puis Jean-Luc Mélenchon. Néanmoins, les tendances et les écarts ne sont pas les mêmes.

Selon BVA, François Hollande recueille 29,5% d’intentions de vote au premier tour, soit un score relativement comparable à celui de l’institut CSA (29%). Comme CSA, BVA montre une certaine stabilité dans le niveau des intentions de vote pour le candidat socialiste sur les dernières semaines. En revanche, quand on observe les scores de Nicolas Sarkozy, des différences apparaissent : dans le baromètre de BVA, le candidat sortant reste, comme François Hollande, à des niveaux très stables sur ces dernières semaines. Selon cet institut (et rappelons qu’il est le seul à avoir annoncé de tels résultats), le candidat de l’UMP n’a jamais pris la tête du premier tour dans les intentions de vote. Le score recueilli par Nicolas Sarkozy dans l’étude BVA se révèle cependant notablement plus élevé que dans l’étude CSA (27,5% contre 24%). Par conséquent, l’écart entre les deux favoris est nettement plus réduit que dans l’étude de CSA : BVA annonce deux points d’écart quand CSA en annonce cinq. Si ces différences peuvent naturellement s’expliquer par la marge d’erreur, elles méritent néanmoins d’être relevées. Avec cet écart de deux points et donc l’annonce d’un rapport de force serré, BVA colle davantage aux résultats des autres instituts. Il ne confirme pas la diminution de Nicolas Sarkozy annoncée par CSA et montre au contraire que le candidat de l’UMP reste plutôt dans des niveaux d’intentions de vote plus élevés qu’au début de l’année.

Au second tour, et en cohérence avec les résultats du premier tour, BVA annonce également un rapport de force stable et un écart en faveur de François Hollande, certes important, mais plus réduit que l’institut CSA : 56% d’intentions de vote pour François Hollande, 44% pour Sarkozy, des scores inchangés la toute fin du mois de mars.

Pour la troisième place, BVA montre que les jeux sont largement ouverts. Les trois candidats y prétendant recueillent des scores assez serrés et donc contenus dans la marge d’erreur. Selon cette dernière étude, l’écart entre eux sembleraient même se resserrer : Marine Le Pen obtient 14% d’intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon 13% et François Bayrou 12%.

Ifop : depuis fin mars, Nicolas Sarkozy et Hollande au coude-à-coude pour la première place, Marine Le Pen troisième

Le « rolling » de l’Ifop, c’est-à-dire les intentions de vote réalisées en continu par l’institut (un résultat présenté tous les jours de la semaine) montre que l’écart entre les deux favoris est très réduit. Ces derniers jours, ils ont été successivement en tête des intentions de vote du premier tour.

Alors que depuis le 22 mars, Nicolas Sarkozy dominait les intentions de vote au premier tour, avec une faible avance sur le candidat socialiste (de 0,5 à 2 points), lundi, François Hollande a repris symboliquement la tête avec 27,5% d’intentions de vote contre 27% pour le président sortant. Hier, Nicolas Sarkozy repassait symboliquement en première place avec 27,5% d’intentions de vote contre 26,5% pour François Hollande.

Ces croisements répétitifs et l’écart toujours conscrit entre 0,5 et 2 points depuis la mi-mars démontrent un rapport de force très serré entre les deux principaux candidats. Si le candidat de l’UMP avait bien semblé prendre la tête depuis la fin mars, ce que montrait la tendance sur le nombre d’enquêtes réalisées, aujourd’hui, la plus grande incertitude existe quant à l’ordre d’arrivée dans le baromètre de l’Ifop. Ce qu’on l’on peut déduire à ce jour, c’est que les deux candidats disposent de potentiels électoraux très proches. La différence entre eux se contient dans la marge d’erreur et la tendance dessinée par les dernières vagues d’enquête n’est pas claire, ce qui ne permet pas de savoir qui, à l’heure actuelle du rapport de force, est véritablement en tête.

S’agissant de la troisième place, il n’y a pas d’évolution sur le long terme relevée par l’outil de l’Ifop : Marine Le Pen reste en troisième position et possède une avance de l’ordre de 2 à 3 points sur Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier reste également relativement stable depuis fin mars. Il oscille désormais entre 12,5% et 14% d’intentions de vote, après une progression qui lui a permis de dépasser François Bayrou, actuellement à environ 10% d’intentions de vote.

Ipsos : Nicolas Sarkozy et François Hollande à égalité, Marine Le Pen devance légèrement Jean-Luc Mélenchon

La dernière étude d’intentions de vote de l’institut Ipsos a été réalisée les 13 et 14 avril, soit trois jours avant les précédentes. Elle livre les résultats suivants :

En tête du premier tour, Nicolas Sarkozy, qui dominait de peu ces dernières semaines, est désormais au coude-à-coude avec François Hollande. Les deux favoris sont tous les deux crédités de 27% des voix. Il est intéressant de noter que le « rattrapage » effectué par le candidat socialiste ne s’effectue pas par une dynamique positive. Dans cette étude, François Hollande perd du terrain au premier tour et recule de 1,5 points par rapport à la précédente enquête réalisée les 6 et 7 avril. S’il arrive à tutoyer de nouveau le président sortant dans les intentions de vote au premier tour, c’est uniquement parce que Nicolas Sarkozy subit une diminution encore plus importante de son potentiel électoral (-2 points).

Ainsi, cette nouvelle enquête montre un effritement des voix pour les deux favoris, principalement au détriment des petits candidats qui semblent bénéficier de leur exposition médiatique accrue (Eva Joly gagne un point, Philippe Poutou,  Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade 0,5). Elle confirme que le candidat de l’UMP et celui du PS jouissent d’un capital électoral de poids relativement égal, ce qui interdit de définir leur ordre d’arrivée au premier tour.


Concernant la troisième place, les courbes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen se révèlent également très proches et se sont croisées deux fois dans les dernières semaines. Cette dernière enquête place Marine Le Pen devant Jean-Luc Mélenchon (15,5% d’intentions de vote pour la candidate frontiste contre 14,5% pour le candidat du Front de gauche). L’écart entre les deux candidat est donc très réduit (1 point) et soumis à la marge d’erreur, ce qui interdit, également pour la troisième place, de savoir avec certitude quel candidat l’emporte sur l’autre à l’heure actuelle.

François Bayrou, après être passé symboliquement sous la barre des 10% dans la dernière enquête, reste globalement stable autour de ce seuil depuis la fin mars. Il apparaît maintenant nettement distancé par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

TNS Sofres : François Hollande repasse en tête au premier tour, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen à égalité

Dans la dernière étude par TNS Sofres et réalisée les 11 et 12 avril,  François Hollande reprend la tête du premier tour (28% contre 26% pour le candidat UMP). Le candidat socialiste reste ainsi stable à un niveau faible. Nicolas Sarkozy, quant à lui, subit une érosion conséquente des intentions de vote en sa faveur (26%, -3 points par rapport au 26-27 mars).


Pour la troisième place, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sont à égalité avec 16% d’intentions de vote. Si ce score est globalement dans la moyenne de ce qu’enregistre la candidate du Front national depuis le début novembre 2011 selon la TNS Sofres, Jean-Luc Mélenchon poursuit une impressionnante dynamique amorcée mi-mars : il gagne six points en un mois et distance définitivement François Bayrou qui repasse sous la barre des 10%.

Quelles conclusions tirer de l’analyse de ces différentes études ?

Qui est donc en tête du premier tour ? François Hollande ou Nicolas Sarkozy ? Qui prendra la place du troisième homme ? Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen ? A l’heure actuelle, l’analyse des sondages apporte des réponses à ces questions nuancées et qui ne sont en rien définitives. S’il est facile de ne sélectionner qu’une ou deux études pour en tirer une interprétation politique allant dans le sens voulu, que devons-nous tirer de l’ensemble de ces études si nous les regardons avec objectivité ?

1. Deux candidats se détachent en tête : François Hollande et Nicolas Sarkozy. Si le rapport de force est nettement favorable au candidat socialiste, ce que montrent toutes les intentions de vote de second tour, François Hollande n’est pas pour autant assuré d’arriver en tête du premier tour. Aujourd’hui, les deux favoris sont au coude-à-coude dans toutes les études (hormis celle de CSA). Bien que, pour le premier tour, tous les instituts semblent peu à peu s’accorder sur la première place du candidat socialiste ces derniers jours, l’écart reste soumis à la marge d’erreur. Les deux candidats disposent d’un potentiel électorat proche et il impossible de savoir lequel est véritablement en tête à ce jour et dans l’état actuel du rapport de force. Pour le second tour en revanche, François Hollande dispose d’une avance solide, mais rien n’est encore définitivement joué à trois semaines de l’annonce du vainqueur.

2. Parler d’une progression de François Hollande au premier tour semble erroné : si le rapport de force lui est plus favorable, il ne progresse pas en valeur et affiche des niveaux d’intentions de vote globalement stables. Si dans la plupart des études, François Hollande repasse en tête donnant l’impression d’une progression, le changement de hiérarchie s’attribue à une chute de Nicolas Sarkozy et pas à une progression du candidat socialiste. Néanmoins, François Hollande semble bien creuser l’écart au second tour, comme le montre la plupart des instituts.

3. La dynamique qui a porté le candidat UMP en mars et qui lui a permis de gagner 2 à 3 points d’intentions de vote dans tous les sondages, semble bien s’être arrêtée. Depuis la fin du mois de mars, les instituts ne montrent plus de progression pour Nicolas Sarkozy. La plupart des instituts annoncent même désormais une baisse des intentions de vote en faveur du candidat UMP au premier tour et au second.

4. Comme pour la tête, le match pour la troisième place du premier tour est incertain. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se disputent cette place et la hiérarchie d’arrivée n’est pas du tout assurée. Si tous les instituts s’accordent à placer Marine Le Pen devant le candidat du Front de gauche, l’écart entre les candidats demeure compris dans la marge d’erreur et les difficultés toujours réelles pour estimer la candidate du Front national incitent à rester prudents, même si le rapport de force semble en sa faveur pour décrocher la troisième place.

Tableau récapitulatif des dernières intentions de vote


NB : Dans la lignée de nos précédents articles, nous avons pris le parti, par souci de concision, d’analyser les intentions de vote de cinq instituts de sondage. Ne sont pas traitées les intentions de vote de LH2, d’OpinionWay ou d’Harris interactive, qui montrent néanmoins les mêmes tendances.

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