Que disent les premières études d’intentions de vote pour les élections législatives ?

Les élections législatives auront lieu dans un mois et demi. Les premiers sondages d’intentions de vote pour ces élections ont été publiés le soir-même du second tour de l’élection présidentielle. Ceux-ci permettent d’appréhender le rapport de force national entre les différents partis, même si naturellement, les élections législatives, qui se déroulent circonscription par circonscription, dépendent assez largement d’éléments locaux (implantation des candidats et notoriété, enjeux locaux, sociologie électorale dans la circonscription, etc.). Et en tout état de cause, ces sondages ne permettent pas de déterminer le nombre de députés qu’obtiendra chacun des partis. Ils renseignent sur le pourcentage de voix que chaque formation obtiendrait au premier tour auprès de l’ensemble des Français, deux mois après l’élection nationale par excellence qu’est l’élection présidentielle. Cette information a évidemment une importance cruciale, notamment pour appréhender le poids de partis qui ne seront sans doute pas ou symboliquement représentés à l’Assemblée nationale du fait du mode de scrutin majoritaire.

Beaucoup d’interrogations surgissent à quelques semaines de cette élection : la victoire de François Hollande sera-t-elle confirmée par une victoire de la gauche aux élections législatives et si oui, de quelle ampleur serait cette confirmation qui s’est, pour l’heure, toujours produite sous la Cinquième République ? Quel score pour la droite après la défaite de Nicolas Sarkozy alors qu’en 2007, la droite parlementaire avait raflé près de la moitié des suffrages (45,6%) ? Comment le Front national résistera-t-il à une élection traditionnellement moins favorable à cette formation (il avait obtenu 4,3% des suffrages en 2007 après en avoir obtenu 10,44% à l’élection présidentielle) ? Quel avenir pour le Front de gauche après son score à deux chiffres à l’élection présidentielle ? Saura-t-il profiter de l’implantation des élus communistes ou le vote pour Jean-Luc Mélenchon revêtait-il une forte dimension personnelle ? Les électeurs de gauche voteront-ils « utile » dès le premier tour des élections législatives ? Quel score pour Europe Ecologie les Verts en tant que formation alors qu’elle se présente unie avec le PS dans certaines circonscriptions ? La dégringolade du MoDem se poursuivra-t-elle ?

Autant de questions auxquelles les sondages permettent d’apporter un début de réponse. Un début, car nous le rappelons encore, ces sondages donnent le rapport de force à la date de leur réalisation et ne prédisent pas les résultats du scrutin de juin. En un peu plus d’un mois, les lignes peuvent encore bouger, surtout en un contexte politique dense, marqué par les premiers pas du nouveau président.

1. Les deux principaux partis, l’UMP et le PS, au coude-à-coude, dominent largement

Les premiers sondages d’intentions de vote montrent une nette domination des deux principaux partis, qui sont par ailleurs les deux gagnants du mode de scrutin majoritaire qui prévaut lors de ces élections législatives.

La majorité des études placent l’UMP (associée à ses alliés le Nouveau Centre et le parti radical)  légèrement devant le Parti socialiste (et le parti radical de gauche). En moyenne, les six études conduites jusqu’à aujourd’hui placent le PS à 30% d’intentions de vote et l’UMP à 32%, soit pour ces deux partis, un score significativement supérieur à celui qu’ils ont obtenu au premier tour de l’élection présidentielle.

Les premiers sondages d’intentions de vote pour les élections législatives de 2012

Le parti du nouveau président obtient, dans l’étude la plus pessimiste 26% des voix (Harris interactive mais notons que cet institut propose un item « candidat divers gauche », placé ici dans notre tableau dans le « autres », non proposé par les autres instituts et qui explique en partie pourquoi le score du PS est nettement inférieur à celui mesuré par les autres instituts, mais en partie seulement car si on ajoutait ces deux scores, la somme ne serait que de 28%). Le score le plus favorable (32%) est enregistré dans la dernière étude de CSA. Notons également que dans sa précédente enquête, CSA avait placé le PS symboliquement au-dessus de l’UMP (31% contre 30%), ce qu’aucune autre étude n’a confirmé.

Quant à l’UMP, son score s’échelonne entre 30% et 33% selon ces mêmes études. Par ailleurs, CSA montre une progression de trois points en faveur du parti de droite entre ses deux enquêtes, ce que l’institut BVA, qui a réalisé ses deux enquêtes aux mêmes dates, ne confirme pas, montrant un score stable (33% puis 32,5%). Il est encore évidemment trop tôt pour savoir quelles dynamiques sont à l’oeuvre, et seules de nouvelles études peuvent nous permettre de les dessiner. En outre, nous remarquerons que les études conduites le jour du vote, du fait de leur réalisation rapide (en quelques heures) présentent, à nos yeux, une fiabilité plus faible que des études « classiques » réalisées en deux jours. En outre, certaines ont été réalisées avant la connaissance des résultats du premier tour (Ifop), et d’autres en pleine soirée électorale (BVA, CSA et Harris interactive) ce qui peut également avoir une influence non négligeable sur les résultats.Une grande prudence s’impose donc concernant les conclusions que nous pouvons en tirer.

2. Le Front de gauche en dessous de son score de l’élection présidentielle, EELV au-dessus

En moyenne le Front de gauche recueille 9% d’intentions de vote, soit un score légèrement inférieur à celui de Jean-Luc Mélenchon le 22 avril (11,1%). Le score du rassemblement de la gauche radicale varie assez fortement selon les instituts (de 7% pour Harris interactive à 10,5% pour BVA), ce qui nous rappelle par ailleurs que le score de Jean-Luc Mélenchon avait posé difficulté aux instituts de sondage lors du premier tour de l’élection présidentielle puisqu’il avait été estimé en moyenne à 14% trois jours avant le scrutin, soit le plus fort écart constaté pour un candidat entre les sondages réalisés juste avant le scrutin et les résultats réels. Si les instituts en ont évidemment pris acte, ce précédent incite à prendre avec d’autant plus de prudence le score du Front de gauche.

Après les 2,31% d’Eva Joly, EELV obtient en moyenne 4,5% d’intentions de vote (entre 4% et 5% selon les instituts), soit un score quasiment doublé. Ceci ne parait guère surprenant car les écologistes réalisent habituellement de meilleurs scores aux élections législatives qu’à l’élection présidentielle (ainsi en 2007, ils avaient obtenu 3,25% des voix contre 1,57% à l’élection présidentielle) et profitent, de surcroît, de leur accord avec le PS qui leur réserve certaines circonscriptions. Pour autant, EELV reste très en-deça des scores obtenus lors des élections européennes de 2009 (16%) ou des élections régionales de 201%0 (12%) et pâtissent de la force du PS et de la gauche radicale.

3. Le Front national en troisième position dans les intentions de vote

Au premier tour de l’élection présidentielle, Marine Le Pen a rassemblé un nombre de suffrages que le Front national n’avait encore jamais atteint. Le parti d’extrême-droite semble donc en mesure, si ce n’est d’envoyer des députés à l’Assemblée nationale, de largement perturber le jeu électoral en provoquant de nombreuses triangulaires. Au niveau national, les études d’intentions de vote ne montrent, pour l’heure, qu’un faible essoufflement du Front national dans une élection qui ne lui est pourtant pas la plus favorable. En moyenne, le Front national recueille un score de 16% dans les intentions de vote, oscillant entre 12% (dernière étude CSA) et 18% (Ifop).

L’amplitude est donc forte entre les instituts, pour un parti toujours difficile à estimer précisément par les sondages. Et si BVA et surtout CSA semblent dessiner une chute de ce score dans les derniers jours, il convient d’attendre les prochaines études avant de savoir s’il s’agit là d’une réelle tendance. Cependant, un score plus faible semble parfaitement envisageable pour le FN, notamment du fait d’un taux de participation habituellement plus réduit aux élections législatives, qui pourrait jouer en défaveur du parti de Marine Le Pen.

4. Le MoDem en grande difficulté ?

Avec en moyenne 5% des voix (entre 4% et 6% selon les études), le MoDem obtient pratiquement deux fois moins d’intentions de vote que son score à l’élection présidentielle (9,1%). Le parti de François Bayrou, qui avait déjà subi un net effondrement entre les élections présidentielle et législatives en 2007 (passant de 18,6% à 7,6%), semble en passe de rejouer ce mauvais scénario, avec des scores moindres. Les élections législatives, qui favorisent par leur mode de scrutin l’UMP et le PS, apparaissent particulièrement difficiles pour le parti centriste.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s