Présidence de l’UMP : François Fillon est-il réellement le « favori des sondages » ?

Le 18 novembre prochain, les militants UMP devront élire la nouvelle équipe dirigeante du principal parti d’opposition après deux défaites électorales majeures aux élections présidentielle et législatives. Plusieurs candidats sont aujourd’hui déclarés pour prendre la tête du parti, mais les médias se concentrent sur le combat entre les deux poids lourds de l’UMP, l’ancien Premier ministre François Fillon, candidat ouvertement déclaré, et le secrétaire général actuel du Parti, Jean-François Copé, qui devrait, sauf énorme surprise, annoncer sa candidature dans les semaines à venir. Les autres prétendants (notamment Nathalie Kosciusko-Morizet ou Bruno Le Maire) apparaissent, à l’heure actuelle, peu capables de réunir une majorité des militants sur leur nom.

De fait, les médias abordent généralement le combat pour devenir le futur chef de l’opposition comme un duel entre Jean-François Copé et François Fillon, ce dernier étant présenté comme le « favori des sondages ». Et effectivement, les études d’opinion montrent que François Fillon dispose d’une bien meilleure image auprès des Français que son principal adversaire. Néanmoins, si ces sondages peuvent nous renseigner sur la cote de popularité des deux hommes auprès de l’ensemble des Français et des sympathisants de l’UMP, ils ne nous livrent pas d’informations sur le rapport de force auprès du corps électoral du congrès, à savoir les militants du parti. Ces études ne peuvent en aucun cas donner avec certitude la préférence des militants, qui ne peuvent être interrogés en nombre dans des sondages auprès du grand public (l’UMP annonce disposer de 264 137 adhérents à jour de cotisation en juin 2012, soit 4 militants trouvés pour 1000 personnes interrogées). On peut supposer que l’opinion des militants ne doit pas diverger fondamentalement de celle des sympathisants, mais rien ne l’assure. Si les sondages ont globalement bien réussi à cerner les rapports de force dans le cadre de la primaire socialiste, ouverte plus largement au « peuple de gauche » qui a rassemblé plus de 2,5 millions de votants, rappelons que la primaire écologiste, où les seuls possesseurs d’une carte du parti pouvaient participer, a montré par ailleurs que l’opinion des sympathisants (qui préféraient massivement Nicolas Hulot) et des militants (qui ont désigné Eva Joly, et ceci pratiquement à la majorité absolue dès le premier tour) pouvait diverger assez nettement.

Ainsi, il faut bien prendre garde à ne pas sur-interpréter les sondages dans le cadre de la compétition pour la présidence de l’UMP. Pour autant, ceux-ci nous apportent des informations très utiles, car si le futur président du parti n’est élu que par les militants, il parlera aux sympathisants et plus globalement aux Français, dont il convient donc d’interroger les perceptions. En filigrane, c’est également la future élection présidentielle qui se dessine, et l’UMP devra être capable de désigner un candidat capable de rassembler largement si elle veut voir l’alternance se dessiner en 2017.

 

François Fillon est incontestablement plus populaire auprès des Français

Auprès de l’ensemble des Français, François Fillon dispose d’une image solide. Celui-ci est apprécié, et au-delà de son propre camp. Ainsi, les deux tiers des Français (65%) déclarent avoir une bonne image de lui [1], ce qui en fait l‘une des personnalités de droite les plus appréciées des Français, derrière Christine Lagarde (68%) mais devant les autres anciens Premiers ministres de droite Alain Juppé (63%), Jean-Pierre Raffarin (57%) et Dominique de Villepin (48%).

En outre, 55 % des Français jugent favorablement son action (Baromètre Ipsos/Le Point [2]) et 41 % souhaitent qu’il joue un rôle plus important dans les mois et années à venir (Baromètre TNS Sofres/Le Figaro Magazine [3]).

Jean-François Copé est loin de pouvoir se prévaloir de telles cotes de popularité. En juillet, 49 % des Français déclaraient en avoir une bonne image (contre 65 % pour François Fillon), 35 % juger favorablement son action (contre 55%) et seuls 24 % déclarent souhaiter qu’il joue un rôle plus important à l’avenir (contre 41%). Sur tous ces indicateurs, le secrétaire général de l’UMP accuse donc un retard de l’ordre de 15 à 20 points sur François Fillon, alors que leur notoriété est comparable. En termes de popularité, Jean-François Copé atteint un résultat comparable à celui de Nicolas Sarkozy (dont 48 % des Français déclarent avoir une bonne image).

La popularité des deux leaders étudiés s’est nettement bonifiée au cours des derniers mois. Ainsi, François Fillon a connu un net redressement de sa cote d’opinion depuis qu’il n’est plus en fonction, passant de 54 % d’opinions positives dans la baromètre Ifop/Paris Match en avril, à 65 % en juillet. Si Jean-François Copé bénéficie également d’une embellie conséquente avec son passage dans l’opposition (de 41 % à 49%), celle-ci reste plus modeste et l’écart entre les deux hommes s’accroît (13 points en avril, 16 en juin et juillet), François Fillon renforçant donc encore son avantage.

 

L’évolution de la popularité de François Fillon et Jean-François Copé au cours des derniers mois auprès de l’ensemble des Français
(baromètre Ifop/Paris Match – % Bonnes opinions)

François Fillon dispose d’un avantage également auprès des sympathisants de l’UMP

Si François Fillon peut se prévaloir d’une meilleure popularité auprès de l’ensemble de la population, c’est parce que son image auprès des sympathisants de gauche est meilleure que celle de Jean-François Copé. Près d’un sympathisant de gauche sur deux (47%) affirme avoir une bonne image de l’ancien Premier ministre contre seulement 32 % concernant Jean-François Copé. Mais cette différence n’explique pas entièrement le différentiel de popularité entre les deux rivaux. François Fillon dispose également d’un avantage auprès des sympathisants UMP : 93 % déclarent en avoir une bonne opinion et 82 % pour Jean-François Copé, une différence déjà présente lorsque François Fillon était encore Premier ministre et qui perdure. En outre, François Fillon jouit également d’une image sensiblement meilleure auprès des sympathisants du Front national (57 % de bonnes opinions contre 50 % pour Jean-François Copé).

 Popularité de François Fillon et Jean-François Copé en juillet 2012
(baromètre Ifop/Paris Match – % Bonnes opinions)

Si l’on regarde l’évolution de la popularité des deux hommes auprès des sympathisants de l’UMP au cours des derniers mois comme nous l’avons fait pour l’ensemble de la population, il apparaît que celle-ci varie relativement peu et qu’aucune tendance à l’augmentation ou à la diminution ne semble émerger sur le long terme, la popularité se maintenant en dépit de quelques points de variation. L’écart entre les deux prétendants à la tête de l’UMP se maintient auprès des sympathisants du parti de droite, malgré les défaites électorales. L’évolution de la popularité auprès de l’ensemble de la population s’explique uniquement par un regard plus favorable des sympathisants de gauche sur des personnalités qui passent dans l’opposition.

L’évolution de la popularité de François Fillon et Jean-François Copé au cours des derniers mois auprès des sympathisants de l’UMP (baromètre Ifop/Paris Match – % Bonnes opinions)

 

La préférence va logiquement à François Fillon

Le fait que François Fillon dispose d’une plus forte popularité que Jean-François Copé n’induit pas forcément que l’ancien ministre soit majoritairement préférée quand les deux personnalités sont mises en compétition l’une contre l’autre (les personnes appréciant les deux pourraient en effet se tourner très majoritairement vers le secrétaire général). Néanmoins, il apparaît que quand les Français ou les sympathisants sont amenés à choisir entre les deux hommes, François Fillon l’emporte sans appel, et ce, dans tous les sondages effectués jusqu’à ce jour.

Cette préférence est globale. Quand en juin dernier, l’Ifop [4] demande « parmi ces deux personnalités, laquelle préférez-vous ? », François Fillon est désigné par 76 % des répondants et Jean-François Copé par seulement 19 % (5 % refusant de choisir). Parmi les sympathisants UMP, l’écart est tout aussi massif (79 % pour François Fillon et 21 % pour Jean-François Copé), indiquant donc que ce ne sont pas les sympathisants de gauche qui font la différence en choisissant le candidat perçu comme le plus proche du centre. La préférence existe également indéniablement parmi les personnes proches du parti.

Interrogés plus spécifiquement sur la personne la plus à même de prendre la tête de l’UMP, François Fillon s’impose également massivement. Dans un sondage Ifop [5] réalisé en juillet auprès des sympathisants de l’UMP, 62 % citent François Fillon, 21 % Jean-François Copé (11 % une autre personnalité et 6 % ne se prononçant pas). Cette préférence reste inchangée par rapport à la fin mai.

 

En conclusion, on ne peut dénier que le qualificatif de « favori des sondages » s’applique à François Fillon. Il convient simplement de rappeler que ceux-ci n’assurent pas sa victoire au congrès de l’UMP, ces sondages ne portant pas sur le corps électoral. Néanmoins, ils mettent à jour les forts avantages de l’ancien Premier ministre, et en creux, les faiblesses de son adversaire. Le nouveau député parisien dispose d’une popularité solide auprès de l’ensemble des Français et en compétition avec Jean-François Copé, François Fillon est très largement préféré, et ce, quelle que soit la sympathie partisane. Même si le secrétaire général de l’UMP peut se prévaloir de très bons indicateurs de popularité auprès des sympathisants du parti, ceux-ci restent inférieurs à ceux de son adversaire, et l’ancien Premier ministre l’emporte largement quand il est opposé à lui, même auprès de cette cible.

En somme, si les sondages sont incapables de nous renseigner avec certitude sur le rapport de force au sein des militants, ils nous indiquent en revanche que François Fillon, s’il était élu président de l’UMP, disposerait d’un a priori plus favorable dans l’opinion, ou plus spécifiquement auprès des sympathisants de droite, que son adversaire.

 

[1] Baromètre Ifop/Paris Match, juillet 2012, réalisé par téléphone les 12 et 13 juillet 2012 auprès d’un échantillon de 1008 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
[2]Baromètre Ipsos/Le Point, juillet 2012, réalisé par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
[3]Baromètre TNS Sofres/Le Figaro Magazine, juillet 2012, réalisé en face-à-face du 29 juin au 2 juillet 2012 auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
[4] Baromètre Ifop/Paris Match, juin 2012, réalisé par téléphone les 17 et 8 juin 2012 auprès d’un échantillon de 1007 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
[5] Sondage Ifop/Le Figaro, réalisé par internet du 10 au 19 juillet 2012 auprès de 609 sympathisants de l’UMP, extraits d’un échantillon de 2983 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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