Une exceptionnelle chute de popularité de l’exécutif ?

Chaque nouveau sondage de popularité semble annoncer une nouvelle diminution des cotes de l’exécutif et les médias se font largement l’écho du désamour grandissant entre François Hollande et Jean-Marc Ayrault d’une part, et l’opinion publique d’autre part. Après être passé il y a quelques semaines sous le seuil symbolique des 50% de popularité, l’exécutif enchaîne des sondages où les avis négatifs l’emportent sur les positifs.

 

Cette faible popularité est particulièrement flagrante pour François Hollande. Comparé, comme il est naturel, avec son prédécesseur Nicolas Sarkozy, le président socialiste apparaît à la traîne dans les études d’opinion. Les principaux indicateurs que nous reprenons ci-dessous montrent que François Hollande accuse de 10 à 15 points d’écart avec son prédécesseur à la même période. Comme nous l’avions noté dans l’un de nos articles précédents, cet écart existait déjà en début de mandat. Ainsi, en juillet, il était environ de 10 points.

Cette comparaison fait apparaître que la chute de popularité de l’exécutif dans les premiers mois d’exercice n’est pas une spécificité du nouvel exécutif. Nicolas Sarkozy et François Fillon l’avaient également connue en 2007. Celle de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne semble pas forcément bien plus forte, mais il est remarquable que celle-ci intervienne alors même que l’exécutif disposait dès le départ d’une moins grande confiance de l’opinion publique.

Récapitulatif des principaux indicateurs de popularité de François Hollande
(cliquez pour agrandir)

NB : On pourra s’étonner que les deux indicateurs de « confiance » (CSA et TNS Sofres) présentent des résultats significativement différents. Il faut noter que les deux instituts ont effectué leurs mesures à deux semaines d’intervalle (fin août pour TNS Sofres, mi-septembre pour CSA) dans un contexte de chute de popularité de l’exécutif  soutenue.

Tous les indicateurs de popularité (confiance, jugement sur l’action ou opinion) sont clairement orientés à la baisse, et celle-ci apparaît particulièrement forte en cette rentrée. L’intervention télévisée de François Hollande sur TF1, où il a rappelé les actions entreprises par le gouvernement et précisé le calendrier des mesures, ne semble, pour l’heure, n’avoir aucun effet de ralentissement sur l’érosion des courbes. Ainsi, CSA, seul institut ayant réalisé son sondage après cette intervention, annonce toujours un résultat en diminution pour l’exécutif.

Pour autant, la comparaison avec les premiers sondages de popularité relativise l’idée d’une diminution de popularité forte et continue (juin a été choisi comme premier point de comparaison, tous les instituts n’ayant pas réalisé de mesure dès mai). Celle-ci montre que l’érosion de rentrée a été exceptionnellement plus forte que celle des premiers mois (hormis pour l’approbation de l’action de l’Ifop). Les cotes de popularité du nouvel exécutif n’avaient encore jamais enregistré de chute de l’ordre de six à 11 points, comme celle observée à la fin de l’été. Certains sondages avaient même montré une embellie de quelques points en juillet. Cette forte diminution quelques mois après la prise de fonction semble bien indiquer que de nombreux Français qui résidaient dans une position favorable et attentiste à l’égard du nouveau pouvoir élu, ont basculé dans l’insatisfaction.

 

Les indicateurs de Jean-Marc apportent globalement les mêmes enseignements.

Récapitulatif des principaux indicateurs de popularité de Jean-Marc Ayrault
(cliquez pour agrandir)

Quelques différences doivent néanmoins êtres soulignées :

– la comparaison avec François Fillon est moins offensante que celle entre les deux présidents. Si dans l’indicateur de confiance de CSA, Jean-Marc Ayrault marque la pas par rapport au précédent occupant de l’hôtel de Matignon, l’écart est bien moins grand que celui qui prévaut entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, notamment concernant les indicateurs orientés sur l’action. L’approbation de l’action mesurée par l’Ifop montre même que Jean-Marc Ayrault bénéficie d’un meilleur score que François Fillon à la même époque en 2007. Ceci ne s’explique pas tant par une performance supérieure du Premier ministre sur le président de la République dans les indicateurs d’opinion (hormis concernant l’approbation sur l’action une fois encore), mais par le fait que François Fillon disposait d’une popularité plus faible que celle de son président en début de mandat.

Jean-Marc Ayrault se distingue par une très forte cote d’opinion (question posée : « Pour chacune des personnalités suivantes, dites-moi si vous en avez une excellente opinion, une bonne opinion, une mauvaise opinion, une très mauvaise opinion ou si vous ne la connaissez pas suffisamment ?« ) ; les deux tiers des Français déclarent avoir une opinion positive du Premier ministre. Si cet indicateur est également le meilleur dont jouit François Hollande, le président (60%) apparaît moins apprécié que son discret Premier ministre. De la même manière, l’approbation de l’action du Premier ministre (56%) est significativement plus élevée que celle du président (47%). Sur les autres indicateurs, les résultats des deux hommes se tiennent. Nous sommes tentés de voir ici un biais méthodologique propre au faible taux de réponse obtenu par l’Ifop (certainement du à des « relances » plus intensives de la part des enquêteurs auprès des personnes interrogées par cet institut). En effet, les indicateurs des autres instituts ne donnent à voir aucune différence significative entre les deux têtes de l’exécutif pour l’instant mais un bien plus fort taux de non-réponses concernant Jean-Marc Ayrault. Tout se passe comme si les personnes au jugement encore faiblement formé sur Jean-Marc Ayrault – encore assez nombreuses vu sa faible popularité à sa nomination et sa relative discrétion médiatique -, plus fortement incitées à répondre par l’Ifop, lui accordaient un a priori positif.

 

En conclusion, la baisse de popularité de l’exécutif si commentée n’apparaît pas si surprenante dans le sens où Nicolas Sarkozy et François Fillon avant eux avaient connu une chute conséquente dans leur popularité dans leurs premiers mois d’exercice du pouvoir (et encore avant eux Jacques Chirac et Alain Juppé en 1995). Ce qui apparaît le plus étonnant est sans doute l’assez faible soutien dont est l’objet l’exécutif à peine élu. Ainsi, pour s’en tenir au président de la République, la première mesure de TNS Sofres montre que seuls 55% des Français faisaient confiance à François Hollande quelques jours après son élection. Ce score est l’un des plus faibles enregistrés pour un nouveau président. Si Jacques Chirac quand il a été réélu en 2002 face à Jean-Marie Le Pen affichait un score plus faible (50%), François Hollande apparaît loin des 63% de Nicolas Sarkozy, des 64% de Jacques Chirac en 1995 et surtout des 74% de François Mitterrand en 1981 (et 63% en 1988). C’est fatalement ces quelques points de moins au départ qui assurent à François Hollande des chiffres aussi défavorables quatre mois après sa présidence, et pas une inédite et fulgurante baisse de popularité de l’exécutif.

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