Les catégories modestes et François Hollande : une défiance qui s’accroît

François Hollande connaît une chute significative de sa popularité depuis son élection. Cette chute cache des disparités fortes selon les catégories de population. Si l’on s’intéresse aux plus modestes d’entre elles, qui ont largement contribué à l’élection du président de la République (en votant pour lui à 60% au second tour selon un sondage CSA*), il apparaît que le désamour est plus rapide parmi les employés et les ouvriers que dans d’autres catégories de la population.

Selon le baromètre politique de TNS Sofres, en septembre, 50% des Français déclarent faire confiance à François Hollande pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement, soit un recul de cinq points par rapport au mois de juin. Auprès des catégories populaires, ce recul est nettement plus marqué, comme le montrent les graphiques ci-dessous, qui retracent l’évolution de la confiance accordée au président spécifiquement parmi les ouvriers (premier graphique) et les employés (second graphique). Les traits en pointillés rappellent l’évolution chez l’ensemble de la population française.

 

Evolution de la confiance de ouvriers à l’égard de François Hollande (TNS Sofres)

Evolution de la confiance de employés à l’égard de François Hollande (TNS Sofres)

 

Encore aujourd’hui, les catégories modestes accordent davantage leur confiance à François Hollande que l’ensemble de la population (52% des ouvriers et 56% des employés contre 50% en moyenne), ce qui n’apparaît pas aberrant puisque ces populations ont davantage voté pour le président que la moyenne. Néanmoins, leur confiance s’érode plus vite que celle de l’ensemble des Français. Accordant un très fort soutien à François Hollande en son début de mandat, en juin, la diminution des « confiants » parmi les ouvriers s’établit à -11 points, contre -5 points dans la population totale. Parmi les employés, le recul est légèrement plus faible mais toujours bien supérieur à ce qui prévaut parmi l’ensemble de la population (-9 points).

L’évolution apparaît encore tout aussi flagrante quand on s’intéresse à la proportion de personnes déclarant ne pas avoir confiance dans le président de la République. Entre juin et septembre, elle passe de 31% à 44% parmi les ouvriers (soit +13 points) et de 26% à 39% parmi les employés (+13 points également). Parmi l’ensemble de la population, la progression est de +8 points (de 37% à 45%).

Ainsi, très majoritairement confiantes à l’égard du nouveau président en juin, les catégories modestes ont depuis nettement modifié leur jugement, marquant une déception vis-à-vis des premiers mois de la présidence de François Hollande plus forte que la moyenne. A l’aune des premières mesures du gouvernement, elles retirent plus massivement la confiance qu’elles accordent au président pour mener une bonne politique à l’avenir.

 

Les indicateurs de popularité des autres instituts confirment cette tendance. Ainsi, CSA, qui mesure également la confiance à l’égard du chef de l’Etat, mais a réalisé sa mesure deux semaines après celle de TNS Sofres, semble montrer que cette évolution est même en train de s’accentuer chez les ouvriers (alors que la confiance ne diminue que très légèrement parmi les employés). Dans leur dernière enquête, seuls 35% des ouvriers se déclarent confiants à l’égard de François Hollande, soit 8 points de moins que la moyenne nationale, et surtout un recul de 21 points par rapport à leur précédente enquête conduite fin août.

 

Quand on s’intéresse à l’indicateur de l’Ifop, qui mesure une notion un peu différente, l’approbation à l’égard de l’action, si la chute est forte, les catégories modestes ne se distinguent pas par un plus fort pessimisme. Ainsi, 44% des ouvriers déclarent approuver l’action de François Hollande (-11 points par rapport à juin) et 46% des employés (-18 points). Parmi l’ensemble de la population, la chute est aussi sévère (-16 points), l’approbation passant de 63% à 47%.

Les ouvriers apparaissent donc même moins déçus, la diminution de l’approbation étant moins rapide chez eux (mais elle était plus faible au départ : 55% contre 63% en moyenne en juin). Ce résultat n’est pas contradictoire avec une chute de la confiance envers le président de la République plus ancrée chez les catégories modestes mesurée par les autres instituts. Il faut en effet bien faire la différence entre ces deux indicateurs, la confiance étant orientée vers le futur de l’action gouvernementale, tandis que l’approbation de l’action est davantage tournée vers le bilan des politiques déjà mises en œuvre. Ce qu’il faut retirer de tous ces résultats, c’est que les catégories populaires approuvent moins aujourd’hui la politique gouvernementale, marquant bien une déception qui s’accroît à l’égard de la politique menée, mais pas plus forte que les autres catégories de population. Cependant, elles font montre de plus en plus de pessimisme sur l’action future du gouvernement. Les mesures gouvernementales, parfois insuffisantes et « mieux que rien » ne les satisfont pas plus pas moins que les autres, mais leur espoir que la politique à venir améliore la situation sur le long terme s’efface plus vite, semblant augurer une défiance plus forte à l’égard du pouvoir. Ce ressort est particulièrement fort chez les ouvriers et doit se comprendre au regard d’un plus grand scepticisme à l’égard du politique en général, qui se traduit notamment par une plus forte propension à se tourner vers le vote frontiste.

 

Ce pessimisme des ouvriers envers l’action du pouvoir socialiste est flagrant quand on regarde la confiance qu’ils accordent aux promesses faites par le président de la République lors de sa dernière intervention télévisée. Bien que la défiance l’emporte chez l’ensemble des Français, elle est encore plus importante parmi les ouvriers, confirmant le diagnostic de leur retour plus brutal à un fort pessimisme, qui caractérise cette frange de la population. Seuls 29% d’entre eux considèrent que les déficits seront réduits d’ici 2013 (39% de l’ensemble de la population), 30% que les chiffres de l’emploi seront meilleurs dans deux ans (contre 40%), 30% que leur situation personnelle se sera améliorée à l’issue de ces deux années (contre 36%) et 34% la situation du pays (contre 41%)**.

 

* « Le vote auprès des catégories populaires » : sondage CSA pour l’Humanité réalisé par internet le 6 mai 2012 auprès d’un échantillon de 797 personnes issues des « catégories populaires » (ouvriers et employés, en activité ou retraités), issu d’un échantillon de 2612 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

** « L’observatoire politique Septembre 2012 » : sondage CSA pour Les Echos réalisé par téléphone les 11 et 12 septembre 2012 auprès d’un échantillon de 1013 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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Un commentaire sur “Les catégories modestes et François Hollande : une défiance qui s’accroît

  1. L’augmentation du SMIC — un carambar par jour avait ironisé Mélenchon — a été une déconvenue très forte… Beaucoup ont vite réalisé que le changement, c’est PAS maintenant.

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