Que pensent les Français d’Arnaud Montebourg ?

Arnaud Montebourg est sans conteste l’un des ministres les plus visibles du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. A la tête d’un portefeuille inédit, le « Redressement productif », il fait sien le combat contre la désindustrialisation de la France, combat apparaissant souvent relativement vain, le ministre n’ayant remporté pour l’instant aucune victoire décisive. Accueilli par un regard plutôt bienveillant des Français à sa nomination, le ministre doit maintenant subir des réactions parfois violentes des salariés dont il veut sauver les postes, ceux-ci lui reprochant son inaction et dénonçant un « ministère de la parole ». Mais quel est réellement le rapport de l’opinion à l’égard d’Arnaud Montebourg ?

Une action qui divise

Arnaud Montebourg fait parfois l’objet de critiques virulentes des médias. Celles-ci ne se retrouvent pas dans l’opinion publique, qui ne lui accorde pas pour autant un fol amour. Les Français apparaissent en effet pour le moins divisés à l’égard du ministre du Redressement productif : 37 % déclarent approuver son action et exactement la même proportion la désapprouver (26 % des personnes interrogées ne se prononçant pas). La balance n’est cependant pas parfaitement équilibrée. Si l’on s’attache au détail des résultats, il apparaît que le pôle des fortement insatisfaits, qui déclarent désapprouver « tout à fait » l’action du ministre est deux fois supérieure à celui de ses « fans », qui l’approuvent « tout à fait » (16 % contre 7%). Parmi les ouvriers, que le ministre se fait fort de défendre, le jugement ne s’écarte pas de la moyenne. Il est en revanche légèrement plus positif chez les cadres supérieurs (44 % déclarant approuver son action) et les professions intermédiaires (42%).

En termes de proximité politique, le ministre recueille naturellement davantage de soutiens à gauche : les deux tiers des sympathisants de ce bord politique approuvent l’action du ministre, l’approbation étant plus forte au PS (71%) et au Front de gauche (66%) que chez Europe Ecologie les Verts (61%). Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que ces derniers approuvent majoritairement l’action ministérielle d’Arnaud Montebourg, nonobstant ses propos sur « le nucléaire, filière d’avenir ». Du côté de la droite, les jugements se font fortement négatifs, surtout à l’UMP (17%), moins à l’UDI (38%). 30 % des sympathisants frontistes déclarent approuver l’action d’Arnaud Montebourg, 50 % la désapprouver, un jugement donc moins sévère qu’à l’UMP mais nettement défavorable.

L’opinion se scinde de nouveau en deux quand il s’agit de déterminer ce qu’apporte le ministre du Redressement productif au gouvernement : 24 % le considèrent comme un atout, 21 % comme un handicap. Mais l’opinion la plus partagée reste qu’il n’est ni l’un ni l’autre (38%) – une opinion d’ailleurs tout autant présente parmi les sympathisants de gauche (37%) que ceux de droite (36%) -, comme si le ministre n’apportait rien au gouvernement, et que son ministère n’était quelque part qu’une coquille vide. Cette perception a sans doute à voir avec le manque d’envergure de l’action du ministre. Celui-ci n’a, en effet, lancé aucune action de long terme, n’est porteur d’aucun grand projet de loi, et agit plutôt en tentant de fixer des sparadraps sur les plaies de l’emploi industriel. Si le manque de vision est un reproche que les Français adressent au gouvernement dans son ensemble, force est de constater que cette attaque atteint avec plus de tranchant le ministère du Redressement productif.

Le Redressement productif est-il vain ?

Parmi les raisons expliquant cette division de l’opinion à l’égard de l’action du ministre du Redressement productif, la principale reste la croyance, fortement ancrée au sein des Français, que son action restera vaine face à la logique de l’économie mondialisée, qui engendre une désindustrialisation du pays. Six Français sur dix (59%) estiment qu’Arnaud Montebourg ne parviendra pas à redresser la production industrielle française et seuls 15 % qu’il le fera. Ce sont les ouvriers qui se montrent les plus optimistes quant à la capacité d’Arnaud Montebourg à enrayer la désindustrialisation du pays (23 %).

Il ne faut pas voir dans ses résultats un jugement fortement négatif sur la politique d’Arnaud Montebourg (rappelons que celle-ci est approuvée par 37 % des Français et rejetée par 37%). Il faut plutôt mettre ce résultat au regard du fort pessimisme de l’opinion publique sur la capacité des politiques à inverser la tendance économique, et nous insistons, des politiques en général, pas spécifiquement de ce gouvernement, qui, s’il déçoit notamment sur le plan de l’emploi en ce début de mandat, fait surtout les frais d’une opinion très répandue que tout a été tenté face au chômage.

Néanmoins, dans ce pessimisme ambiant, l’idée du patriotisme économique fait surgir quelques lumières. Certes, près d’un Français sur deux (46%) considère que le patriotisme économique est une idée qui ne tient pas compte des réalités économiques. Néanmoins, plus d’un tiers (35%) estime que celui-ci constitue une solution qui peut fonctionner pour redresser l’économie, dont 58 % des sympathisants de gauche. Resterait à l’orchestrer, et les Français croyant en l’efficacité du patriotisme économique s’avèrent peu convaincus qu’Arnaud Montebourg redressera l’industrie française, même s’ils le sont deux fois plus que la moyenne (31%). L’impuissance du ministre reste donc reconnue majoritairement même de ceux qui croient en l’existence de solutions, comme si celles-ci ne pouvaient être mises en œuvre (manque de courage politique, barrières européennes, puissance des lobbies économiques ?).

Un problème avec le style Montebourg ?

Le style du ministre est souvent décrié par ses opposants. Au sein de l’opinion, les avis se révèlent, de nouveau, assez mitigés. L’attitude d’Arnaud Montebourg face aux grands patrons, qui concentre les flèches, n’est jugée excessive que par 30 % des Français. 20 % considèrent au contraire que le ministre ne va pas assez loin dans ses critiques vis-à-vis des patrons. Et 23 % estiment que son attitude convient, cette perception étant même celle de 30 % des ouvriers (27% des personnes interrogées ne se prononcent pas).

Par ailleurs, les sondages qui mesurent l’image d’Arnaud Montebourg, montrent que celui-ci reste assez apprécié dans l’opinion, même si son action en tant que ministre divise : 52 % des Français déclarent en avoir une « image plutôt positive » et seuls 34 % une image « plutôt négative » (14 % ne se prononçant pas)*. Si cette image tend à se dégrader depuis sa nomination, Arnaud Montebourg bénéficie encore d’un large crédit dans l’opinion.

 

Sauf mention contraire, tous les chiffres cités sont issus d’un sondage TNS Sofres pour CQFD, réalisé par internet le 25 octobre 2012, auprès d’un échantillon de 1013 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

* Sondage CSA pour les Echos réalisé par téléphone les 2 et 3 octobre 2012, auprès d’un échantillon de 1002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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