Note de lecture pour les sondages d’intentions de vote

Les sondages d’intentions de vote réalisés à l’occasion des municipales présentés sur ce site sont réalisés par des instituts qui respectent les principes déontologiques de la profession. Ils sont effectués auprès d’échantillons représentatifs et leurs résultats sont donc extrapolables à l’ensemble de la population municipale considérée. Néanmoins, comme pour tout sondage, des précautions de lecture existent, tenant principalement à la marge d’erreur et à la date de réalisation de l’enquête. En outre, nous ne devons pas perdre d’esprit que des écueils méthodologiques persistent, notamment concernant l’estimation de la participation. Si les instituts les connaissent et tentent de les appréhender, des erreurs d’appréciation ne sont pas impossibles.

1. Un sondage est toujours soumis à une marge d’erreur

Les sondages réalisés en France le sont traditionnellement selon la méthode des quotas. On considère que ceux-ci sont soumis aux mêmes marges d’erreur que des échantillons construits selon la méthode aléatoire pure.

La marge d’erreur d’un sondage varie en fonction :

de la taille de l’échantillon : plus l’échantillon est petit, plus la marge d’erreur est importante ;
du pourcentage observé : dans un sondage donné, à taille d’échantillon donnée, la marge d’erreur n’est pas la même pour un résultat de 10% ou 50%.

Marges d'erreur pour les sondages en fonction de la taille de l'échantillon et du pourcentage observé
Marges d’erreur pour les sondages en fonction de la taille de l’échantillon et du pourcentage observé

Pour les élections municipales, la taille des échantillons est souvent relativement limitée. Il n’est pas rare que les études portent sur 500 ou 600 personnes, soit des marges d’erreur à 95% de chances de 4,1 à 4,5 points pour un pourcentage de 50%. Autrement dit, pour un pourcentage de 50% dans un échantillon de 600 personnes, il y a 95% de chances que le pourcentage réel, celui observé dans la population, soit compris entre 45,9% et 54,1%.

Pour autant, dans cette marge d’erreur, tous les résultats n’ont pas la même probabilité d’être proches de la réalité. En clair, si dans notre échantillon de 600 personnes, le résultat obtenu est de 50%, il est plus probable que le pourcentage réel soit de 50%, 51% ou 49% qu’à la limite extrême de la marge d’erreur (ici 45,9% ou 54,1%).

2. Un sondage rend compte de l’état des forces à un moment donné

Les sondages rendent compte d’un rapport de force à un instant t. Ceci signifie qu’un sondage réalisé le 15 octobre rend compte des votes qui auraient lieu le 15 octobre, et pas de ceux qui auront lieu le 15 mars.

Ce principe doit impérativement être gardé à l’esprit au moment de l’interprétation des études. Il signifie que plus les sondages sont menés en amont de l’élection, plus ceux-ci doivent être regardés avec précaution, pour plusieurs raisons :

– beaucoup d’électeurs se déterminent dans les derniers jours du scrutin ;
– les campagnes électorales sont généralement plus intenses dans cette phase et celles-ci, c’est même leur but, peuvent modifier le choix des électeurs, les incitent à se mobiliser ou non, permettent de faire connaître des candidats et leurs programmes ;
– certains sondages réalisés trop en amont du scrutin ne testent pas toujours la bonne offre électorale, car celle-ci n’était pas encore connue à la date de réalisation de l’enquête (fusion de liste, changement de candidat, entrée en dissidence, etc.).

Et naturellement, des événements imprévus peuvent toujours influencer le cours d’une campagne.

3. Des interrogations sur la constitution des échantillons ?

Le problème de la participation est particulièrement crucial dans les sondages électoraux. Si les études interrogent sur l’intention d’aller voter du répondant, on sait que la déclaration de l’abstention est toujours minorée, car ce comportement n’est pas bien perçu dans la société. Les abstentionnistes peuvent avoir peur d’être jugés, et ce, plus particulièrement dans les enquêtes téléphoniques où le répondant s’exprime par la médiation d’un enquêteur. La mesure de la participation est cependant essentielle, car celle-ci n’est pas uniforme socialement (les personnes âgées participent davantage que les plus jeunes par exemple) ni politiquement (certains camps se mobilisant plus ou moins selon les scrutins). Si les professionnels des sondages connaissent ces problématiques, ces effets restent toujours difficiles à anticiper et introduisent une incertitude dans les résultats obtenus.

Autre biais potentiel, la constitution des quotas servant aux échantillons. Les instituts construisent généralement les quotas selon les données de l’INSEE portant sur la population totale de la commune considérée. Or, la population électorale est différente : tous les habitants ne sont pas inscrits sur les listes électorales et, de plus, certaines catégories sont plus mal inscrites que d’autres, ce qui fait que cette non-inscription n’est pas neutre. Les instituts ne sont pas toujours transparents sur leur méthode de constitution des échantillons et peuvent utiliser des formules qui ne disent pas grand chose sur ce point. Ainsi, une formulation du type « échantillon représentatif de XXX personnes âgées de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales à X,  constitué d’après la méthode des quotas » n’est pas limpide : les quotas portent-ils sur la population de l’ensemble de la commune ou sur la population inscrite ? Ou encore, l’institut a-t-il réalisé un échantillon représentatif de la population d’où est tiré un échantillon de population inscrite (méthode affichée par d’autres instituts qui permet de distinguer population inscrite et population totale d’une commune).

4. Le cas particulier des grandes villes

Enfin, pour les trois plus grandes villes françaises (Paris, Marseille et Lyon), les intentions de vote pour les élections municipales sont souvent conduites sur l’ensemble de la ville. Or, dans ces communes, le scrutin a lieu par arrondissement / secteur. Le vainqueur de l’élection n’est pas forcément celui qui recueille le plus de voix au global, mais celui qui remporte le plus d’élus arrondissement par arrondissement / secteur par secteur. Ces sondages doivent donc être lus pour ce qu’ils sont : une approche en termes de nombre de voix au global et non pas un moyen de déterminer l’identité du futur maire.

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27 commentaires sur “Note de lecture pour les sondages d’intentions de vote

  1. Les intentions de vote publiées tiennent-elles compte du degré d’engagement (Êtes-vous certain d’aller voter ?) ou convient-il de les redresser avec ces données ?

    • Elles en tiennent compte mais peut-on vraiment approcher efficacement la participation par une simple question « êtes-vous certain d’aller voter ? » ? Comme nous le précisons dans l’article, l’abstention est systématiquement sous-déclarée dans les enquêtes. Ce biais est bien connu par les sondeurs, mais sont-ils sûrs d’obtenir des intentions de vote qui l’appréhendent avec justesse ? La confrontation entre intentions de vote et résultats réels nous le dira.

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