Que pensent les Français du "mariage pour tous" ?

Le débat autour du projet de loi "mariage pour tous" bat son plein. Alors que les débats parlementaires sont sur le point de se terminer et la loi d’être votée définitivement par l’Assemblée nationale, l’ample mouvement de manifestation à l’encontre de ce projet reste vivace et se radicalise. Deux logiques de légitimité s’affrontent : la gauche fait valoir que la mesure, présente dans le programme de François Hollande, est validée par l’élection de ce dernier puis d’une majorité de gauche à l’Assemblée nationale. Le mouvement d’opposition fait valoir un refus majoritaire de la population et demande donc l’organisation d’un référendum.

De nombreux sondages ont été réalisé sur cette question. Que montrent-ils ? Le "retournement de l’opinion" présenté par certains membres du mouvement "manif pour tous" est-il réel ?

Les Français sont majoritairement opposés au projet de loi

Premier enseignement à tirer des sondages, les Français se montrent effectivement majoritairement opposés au projet de loi "mariage pour tous". Dans un sondage Ifop*, réalisé au début du mois d’avril, 54% des Français estiment que le projet de loi est "une mauvaise mesure" et 46% qu’il est, à l’inverse, "une bonne mesure". En outre, ce sondage montre bien le refus radical d’une partie de la population : 40% des répondants estiment que le projet de loi constitue une "très mauvaise mesure" (et 14% "une assez mauvaise"). Un quart des Français apporte un soutien absolu à la mesure (24% la considérant comme "une très bonne mesure" et 22% "assez bonne").

Ces résultats sont confirmés par un sondage BVA** réalisé quelques jours auparavant. 55% des Français s’y déclarent défavorables à l’instauration au droit au mariage et à l’adoption par les couples homosexuels et 43% favorables (2% des répondants ne se prononçant pas).

Ainsi, les Français sont bien, majoritairement, opposés au projet de loi "mariage pour tous". Celui-ci est soutenu par un peu plus de quatre Français sur dix.

L’opposition au projet de loi est portée par un refus de l’adoption, les Français étant majoritairement favorables au mariage

Le projet de loi "mariage pour tous" ouvre deux nouveaux droits aux couples homosexuels : le mariage en tant que tel et l’adoption. Ces deux versants du projet disposent d’un accueil différencié dans l’opinion.

Les Français apparaissent majoritairement favorables au mariage des couples homosexuels. Les derniers sondages parus donnent des pourcentages relativement variables (du fait de méthodologies différentes et de la possibilité ou non offerte aux répondants de ne se pas se prononcer) mais montrant tous une nette majorité approuvant l’union : 53% dans un sondage CSA début avril (contre 42% opposés),  58% pour BVA mi-avril (contre 41%), 66% pour l’Ifop en février (contre 34% opposés)***.

Ce n’est donc pas l’opposition au mariage civil qui explique le refus majoritaire du projet de loi du gouvernement, mais bien celle qui est faite à l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Les mêmes sondages montrent qu’une majorité tout aussi claire refuse ce versant du texte : 56% s’y opposent dans le sondage CSA (contre 41% favorables), 53% dans l’étude BVA (contre 45%) et 53% pour l’Ifop (contre 47%).

Sur la longue durée, les Français apparaissent de plus en plus favorables à l’ouverture des droits aux couples homosexuels, mais le débat sur le projet de loi provoque bien une inflexion

Les sondages démontrent que l’acceptation de l’homosexualité a très largement progressé dans la société française au cours des dernières décennies. Ainsi, alors qu’en décembre 1973, seuls 24% des Français considéraient que "homosexualité est une manière acceptable de vivre sa sexualité", ils sont 84% à le penser en mars 2012 (données TNS Sofres).

Graphique acceptabilité homosexualité

Cette tolérance accrue à l’égard de l’homosexualité s’est accompagnée d’une augmentation progressive de l’adhésion à l’égalité des droits entre couples hétérosexuels et homosexuels, à travers le mariage et l’adoption. Concernant cette dernière, TNS Sofres comptabilise 30% de Français favorables en 2001 et 53% 11 ans plus tard, en mars 2012. Le même mouvement est remarquable sur le mariage.

Si le temps long montre une approbation toujours plus forte de l’ouverture de ces droits aux couples homosexuels, le débat sur le projet de loi "mariage pour tous" a bien provoqué une inflexion de l’opinion. Tous les instituts de sondage ont enregistré un recul de l’acceptation du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels en fin d’année 2012, venant rompre une courbe en augmentation régulière depuis des années. Ainsi, en décembre 2012, le baromètre OpinionWay/CEVIPOF de la confiance en politique indique que 52% des Français considèrent que "les couples homosexuels devraient avoir le droit de se marier civilement", soit une chute de 8 points par rapport à l’année précédente. Entre les mêmes périodes, la diminution est de 5 points chez BVA, les Français favorables au mariage passant de 63% à 58%.

Cette inflexion n’engendre aucun retournement d’opinion concernant le mariage. En effet, la perte de quelques points ne parvient pas à faire basculer une opinion assez largement acquise au droit à l’union pour les couples homosexuels. Nous reprenons ci-dessous les données BVA, mais les autres instituts montrent des résultats comparables :

Graphique favorable mariageEn revanche, pour l’adoption, qui bénéficiait d’une adhésion plus limitée, ce recul de quelques points a bien entraîné, en fin d’année 2012, un revirement :

Graphique favorable adoptionLa mesure réalisée par BVA en 2011 révèlait le score le plus haut jamais obtenu en faveur de l’adoption par les couples homosexuels : 56% des Français s’y déclaraient alors favorables (contre 40% opposés). L’opposition est encore majoritaire en octobre 2012 (50% contre 47%), pour basculer en décembre de la même année : 53% des Français disent alors s’opposer à l’adoption et 43% l’approuver, scores confirmés par la dernière enquête réalisée en avril.

Le débat autour du projet de loi a donc bien fait bouger les lignes et provoqué un recul de l’adhésion à l’ouverture des droits pour les couples homosexuels, de l’ordre de 5 à 10 points. Par conséquent, le texte prévoyant le mariage et l’adoption est aujourd’hui refusé par une majorité des Français, cette opposition s’appuyant davantage sur les réticences liées à l’ouverture à l’adoption, à laquelle une majorité des Français s’oppose, qu’à celles relatives au mariage, l’union étant acceptée par plus d’un Français sur deux.

 
 
 
* Sondage Ifop pour Fiducial et Europe 1 Bilan de l’action de François Hollande un an après l’élection de 2012. Réalisé par internet et par téléphone du 11 au 15 avril 2013, auprès d’un échantillon de 1967 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
** Sondage BVA pour Le Parisien magazine Les Français et la politique menée par François Hollande. Réalisé par internet les 3 et 4 avril 2013, auprès d’un échantillon de 986 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
*** Les sondages cités sont les suivants :
- sondage CSA pour BFM TV Les Français, le mariage des couples homosexuels et l’adoption. Réalisé par téléphone les 2 et 3 avril 2013, auprès d’un échantillon de 993 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
- sondage BVA pour I-télé Mariage et adoption pour les couples homosexuels. Réalisé par internet les 18 et 19 avril 2013, auprès d’un échantillon de 1219 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
- sondage Ifop pour Atlantico Les Français et le droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels. Réalisé par internet du 4 au 6 février 2013, auprès d’un échantillon de 959 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

A quoi servent des intentions de vote un an après ?

L’Ifop a publié il y a quelques jours un sondage* contenant une question d’intentions de vote à l’élection présidentielle « un an après ».

IV Ifop 2013-04

Cette question a suscité de nombreuses critiques : quel intérêt puisqu’elle place les répondants dans une situation totalement fictive ? Le caractère fictif de l’hypothèse posée par la question n’est pas en doute : il n’y a pas d’élection présidentielle en vue, et même si des circonstances exceptionnelles rendaient cette hypothèse plausible, il semble hautement improbable que l’offre électorale soit identique à celle du dernier scrutin présidentiel.

Cette question n’a effectivement aucune valeur pour éclairer un prochain scrutin. Il n’est pas question d’en tirer des conclusions du type « Nicolas Sarkozy aurait gagné si l’élection avait lieu aujourd’hui », car nous ne sommes pas en campagne pour élire un président, et une campagne ferait naturellement bouger les lignes, c’est sa raison d’être. L’exercice doit être interprété bien autrement.

 

Identifier les modification du rapport de force partisane conséquentes à la déception suscitée par François Hollande

Ces résultats présentent un intérêt, dans le sens où ils permettent de mesurer quelles sont les répercussions, sur le rapport de force électoral, de la première année de présidence de François Hollande. Le différentiel de 6 points sur le score de l’actuel président entre l’intention de vote réalisé en avril 2013 (22%) et son résultat réel le 22 avril 2012 (28%) démontre l’ampleur des répercussions électorales d’un an de mandat fortement déceptif (mis en lumière par la chute vertigineuse et rapide des indicateurs de popularité de l’exécutif, notamment auprès des électeurs du président).

Ce sondage montre aussi quels sont les potentiels « gagnants » de cette déception : pas les partis sur la gauche du PS, comme on aurait pu le penser du fait des critiques de l’aile gauche du parti présidentiel et du Front de gauche sur une inflexion trop « libérale », ou en tout cas pas assez « à gauche », du président. Jean-Luc Mélenchon recueille 11 % d’intentions de vote, exactement son score réel d’avril 2012 et Nathalie Arthaud et Philippe Poutou n’augmentent pas non plus leurs résultats. Eva Joly perd même 1 point (1,5 % contre ses 2,31 % du 22 avril 2012).

François Bayrou ne bénéficie guère non plus de la déception suscitée par François Hollande. Il ne gagne qu’un point (10 % contre 9,13 % le 22 avril 2012) et reste donc loin de pouvoir concurrencer le trio de tête (Hollande, Sarkozy, Le Pen), et demeure même derrière Jean-Luc Mélenchon.

Il ne semble donc pas y avoir de mouvements massifs au sein de l’électorat de gauche. Tout porte à croire que l’électorat déçu de François Hollande, plutôt que de se reporter à gauche ou au centre, préfère se réfugier dans l’abstention. Cette situation est hautement préoccupante pour la gauche dans la perspectives des prochaines élections municipales, qu’elle ne pourra remporter si son électorat ne se mobilise pas.

Les gagnants de la première année de la présidence de François Hollande sont donc à droite : Nicolas Sarkozy, qui recueille 30 % des intentions de vote (il avait fait 27,18 % en 2012) et surtout Marine Le Pen (22 % contre 17,90%). Plus qu’à un report des voix de gauche sur la droite, c’est surtout à une mobilisation forte de ces électorats à laquelle nous devons conclure à la vue de ces résultats. Il n’est pas certain que ces deux candidats « gagnent » beaucoup de voix dans l’absolu, ils peuvent seulement bénéficier d’un différentiel de mobilisation, l’électorat de droite apparaissant donc « remonté » face à l’action gouvernementale (la mobilisation contre le « mariage pour tous » en étant une illustration). Le gain supérieur de Marine Le Pen (4 points) semble tout de même indiquer un mouvement de l’électorat vers la candidate du Front national, qui laisse penser que ce parti pourrait être l’un des gagnants des scrutins municipaux en 2014.

 

Pour conclure, nous pouvons affirmer que cette question a droit de cité dans un sondage portant sur le bilan de François Hollande, car des conclusions éclairantes peuvent en être tirées. Néanmoins, la présentation « brute » des résultats interroge et on pourra reprocher à l’Ifop de n’avoir pas assez accompagné ces chiffres, dont une reprise « primaire » était évidemment à prévoir. En outre, il aurait été intéressant que l’institut fournisse d’autres éléments pour pousser plus loin l’analyse : que répondent les personnes ayant effectivement voté pour François Hollande en avril 2012 ? Où sont passé les 6 points perdus par le président ? On peut supposer, comme nous l’avons fait ici, que c’est sans doute dans l’abstention, mais pourquoi l’institut ne pousse-t-il pas l’analyse jusque là ?

 

* Sondage Ifop réalisé par internet du 11 au 15 avril auprès d’un échantillon de 1967 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La question d’intentions de vote a été posée uniquement aux personnes inscrites sur les listes électorales.

 

La cote de popularité de François Hollande repart à la hausse

Après des mois de chute puis de stagnation, la cote de popularité du chef de l’Etat amorce une remontée dans le dernier sondage Ifop/Paris Match (terrain les 31 janvier et 1er février). 43% des Français approuvent désormais l’action du chef de l’Etat, soit une augmentation de 6 points par rapport au mois précédent. Néanmoins, la part des opinions négatives reste toujours plus forte (57%).

Cote de popularité de François Hollande (Ifop / Paris Match)

Cote de popularité de François Hollande (Ifop / Paris Match)

Cette embellie est significative. Néanmoins, elle n’a pas été relevée dans tous les autres baromètres de popularité à ce jour. Parmi les deux réalisés ces derniers jours, l’augmentation est visible dans l’un, et pas dans l’autre (mais les questions ont des formulations différentes) :

- dans le dernier baromètre TNS Sofres, réalisé du 24 au 28 janvier, la cote de confiance de François Hollande stagne (35% de confiants) depuis novembre dernier.

- dans le baromètre BVA (24-25 janvier), l’amélioration de l’image du président est sensible : 44% des Français déclarent avoir une bonne opinion de François Hollande en tant que président de la République, soit une hausse de 4 points par rapport au mois de décembre.

Comment expliquer cette hausse ?

Le conflit engagé au Mali constitue la première explication avancée partout pour expliquer cette hausse de la popularité de François Hollande. Le baromètre Ifop/Paris Match, qui détaille l’évolution de différents aspects d’image montre bien cet effet de l’engagement des forces armées sur le continent africain. Parmi toutes les dimensions testées, seul l’item "défend bien les intérêts de la France à l’étranger" progresse, et de manière très notable (+9 points) :

Evolution des traits d'image de François Hollande

Evolution des traits d’image de François Hollande

Sur les autres dimensions, l’image de François Hollande reste inchangée et parfois sévère, surtout concernant la politique économique.

Qui François Hollande reconquiert-il ?

Le gain de popularité de François Hollande ne concerne que certaines catégories de population. Ainsi, alors qu’il gagne 6 points dans l’ensemble de la population, il n’en gagne aucun parmi les électeurs de Nicolas Sarkozy au premier tour (7% d’approbation) ou chez les électeurs de Marine Le Pen (10%, -2 points). Il reconquiert une partie du centre (43%, +12 points parmi les électeurs de François Bayrou) et de sa gauche (56%, +13 points parmi les électeurs de Jean-Luc Mélenchon). Sur son cœur d’électorat, l’effet est nul. Il faut dire que ses électeurs de premier tour le soutiennent toujours massivement (85%, -1 point).

Contestation des résultats du vote pour la présidence de l’UMP : quel impact sur l’image du parti et de ses dirigeants ?

Le prochain président de l’UMP devait être désigné par le vote des adhérents de l’UMP dimanche 18 novembre. Les résultats serrés ont entraînés de multiples contestations et coups de théâtre relayés par les médias. Sur toutes les chaînes, radios et dans tous les journaux, on parle du « triste spectacle » que donne de lui le principal parti d’opposition. Que révèlent les premiers sondages parus de l’impact de cette crise partisane dans l’opinion publique ?

Jean-François Copé et François Fillon sortent particulièrement écornés de ces bisbilles

Un sondage BVA réalisé « à chaud » les 22 et 23 novembre démontre que l’image des deux principaux protagonistes a été fortement endommagée par les disputes qui agitent le parti. Ce sondage prend pour point de comparaison antérieur les données de popularité de l’Ifop*, dont la dernière vague d’enquête a été réalisée en début de mois (8 et 9 novembre). Si l’on reprend les données de l’Ifop depuis le début de l’année en ajoutant les résultats par BVA, on obtient le graphique suivant :

Évolution de la popularité de François Fillon et de Jean-François Copé auprès de l’ensemble des Français ( % de « bonnes opinions »)

 

Les cotes de popularité des deux hommes subissent une forte baisse entre la mesure effectuée début novembre et celle réalisée deux semaines plus tard. Cette diminution est plus forte pour Jean-François Copé que pour François Fillon :

- Un Français sur deux (52%) continue à déclarer avoir une « bonne opinion » de François Fillon, ce qui constitue un score relativement élevé, comparable à celui obtenu par Nicolas Sarkozy en début de mois (50%) ou celui de François Hollande (49%). La diminution par rapport à l’avant-crise est néanmoins très significative (-11 points).

- La cote de popularité de Jean-François Copé, déjà plus faible, est davantage affectée par la crise à la tête de l’UMP. Seul un quart des Français (26%) déclare désormais avoir une bonne opinion de l’ancien secrétaire général de l’UMP, soit une diminution de 22 points par rapport au début du mois.

Cette plus forte chute de Jean-François Copé s’explique par le fait que celui est davantage considéré comme responsable de la crise qui agite aujourd’hui le parti de droite. Si un Français sur deux (48%) estime que les deux personnalités ont joué un rôle tout aussi important dans les déchirements au sein du parti, quand ils choisissent un responsable principal, les Français désignent largement plus Jean-François Copé (38%) que François Fillon (12%). Notons néanmoins que cette désignation peut être en partie due à la popularité préexistante des deux rivaux : Jean-François Copé disposant d’un a priori plus négatif dans l’opinion publique, les Français qui n’auraient pas suivi tous les rebondissements de cette crise de succession pourraient davantage le pointer comme le coupable en se basant sur leurs perceptions antérieures. Toutes les personnes formulant un jugement par le biais de ce sondage ne disposent évidemment pas de toutes les informations, et n’en disposeront sans doute jamais. Il est néanmoins intéressant de constater que, parmi l’ensemble de la population, c’est Jean-François Copé qui paie le plus fort tribut de cette crise, alors même qu’il a été désigné vainqueur par la COCOE.

La popularité des deux hommes chute également au sein de l’électorat UMP

Si l’on s’intéresse désormais plus précisément à l’opinion des sympathisants UMP, essentielle puisqu’ils sont le cœur de l’électorat du parti, les mêmes évolutions s’observent. La détérioration de l’image des deux principaux leaders de l’UMP affecte l’électorat du parti, et pas seulement les Français qui ne se sentent pas proches de l’UMP. Et comme parmi l’ensemble de la population, c’est Jean-François Copé qui subit la plus forte diminution de sa cote de popularité, même si l’écart entre les deux hommes est moins important au sein des sympathisants, car les responsabilités sont perçues comme plus partagées au sein de cette sous-population : 29 % des sympathisants UMP désignent Jean-François Copé comme le principal responsable de la crise, 20 % François Fillon et 49 % les deux.

Évolution de la popularité de François Fillon et de Jean-François Copé auprès des sympathisants UMP ( % de « bonnes opinions »)

 

Remarquons néanmoins que les deux hommes continuent de jouir d’un solde d’opinion nettement positif parmi les sympathisants : François Fillon recueille désormais de 76 % d’opinions favorables (-13 points par rapport aux 8 et 9 novembre) et Jean-François Copé de 64 % (-15 points).

Les sondages dont nous disposons à l’heure actuelle ne nous permettent pas de savoir si cette baisse de popularité a pu affecter d’autres dirigeants du parti, voire tous. Les prochains publications des baromètres de popularité nous permettront de constater si le discrédit est allé au-delà des deux candidats et notamment de voir dans quelle mesure leurs principaux lieutenants ont également été associés à la crise actuelle.

En revanche, l’image du parti est moins affectée

L’image globale de l’UMP apparaît également affectée, mais dans une moindre mesure. Ainsi, 36 % déclarent aujourd’hui avoir une bonne opinion de l’UMP, un recul de « seulement » 5 points par rapport au début du mois, donc plus limité que celui qui touche ses dirigeants.

Néanmoins, la « crise à l’UMP » n’est toujours pas close…

 

* La question et le mode de recueil utilisés sont identiques. Néanmoins soulignons que BVA n’a pas donné l’intégralité des données, notamment le nombre de « nsp », ce qui permettrait d’être absolument certain de la comparabilité des terrains d’enquête (ex : politique de relance des enquêteurs).

Les références du sondage cité dans cet article sont les suivantes : sondage BVA pour I-Télé réalisé par téléphone les 22 et 23 novembre 2012, auprès d’un échantillon de 976 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Que pensent les Français d’Arnaud Montebourg ?

Arnaud Montebourg est sans conteste l’un des ministres les plus visibles du gouvernement de Jean-Marc Ayrault. A la tête d’un portefeuille inédit, le « Redressement productif », il fait sien le combat contre la désindustrialisation de la France, combat apparaissant souvent relativement vain, le ministre n’ayant remporté pour l’instant aucune victoire décisive. Accueilli par un regard plutôt bienveillant des Français à sa nomination, le ministre doit maintenant subir des réactions parfois violentes des salariés dont il veut sauver les postes, ceux-ci lui reprochant son inaction et dénonçant un « ministère de la parole ». Mais quel est réellement le rapport de l’opinion à l’égard d’Arnaud Montebourg ?

Une action qui divise

Arnaud Montebourg fait parfois l’objet de critiques virulentes des médias. Celles-ci ne se retrouvent pas dans l’opinion publique, qui ne lui accorde pas pour autant un fol amour. Les Français apparaissent en effet pour le moins divisés à l’égard du ministre du Redressement productif : 37 % déclarent approuver son action et exactement la même proportion la désapprouver (26 % des personnes interrogées ne se prononçant pas). La balance n’est cependant pas parfaitement équilibrée. Si l’on s’attache au détail des résultats, il apparaît que le pôle des fortement insatisfaits, qui déclarent désapprouver « tout à fait » l’action du ministre est deux fois supérieure à celui de ses « fans », qui l’approuvent « tout à fait » (16 % contre 7%). Parmi les ouvriers, que le ministre se fait fort de défendre, le jugement ne s’écarte pas de la moyenne. Il est en revanche légèrement plus positif chez les cadres supérieurs (44 % déclarant approuver son action) et les professions intermédiaires (42%).

En termes de proximité politique, le ministre recueille naturellement davantage de soutiens à gauche : les deux tiers des sympathisants de ce bord politique approuvent l’action du ministre, l’approbation étant plus forte au PS (71%) et au Front de gauche (66%) que chez Europe Ecologie les Verts (61%). Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que ces derniers approuvent majoritairement l’action ministérielle d’Arnaud Montebourg, nonobstant ses propos sur « le nucléaire, filière d’avenir ». Du côté de la droite, les jugements se font fortement négatifs, surtout à l’UMP (17%), moins à l’UDI (38%). 30 % des sympathisants frontistes déclarent approuver l’action d’Arnaud Montebourg, 50 % la désapprouver, un jugement donc moins sévère qu’à l’UMP mais nettement défavorable.

L’opinion se scinde de nouveau en deux quand il s’agit de déterminer ce qu’apporte le ministre du Redressement productif au gouvernement : 24 % le considèrent comme un atout, 21 % comme un handicap. Mais l’opinion la plus partagée reste qu’il n’est ni l’un ni l’autre (38%) – une opinion d’ailleurs tout autant présente parmi les sympathisants de gauche (37%) que ceux de droite (36%) -, comme si le ministre n’apportait rien au gouvernement, et que son ministère n’était quelque part qu’une coquille vide. Cette perception a sans doute à voir avec le manque d’envergure de l’action du ministre. Celui-ci n’a, en effet, lancé aucune action de long terme, n’est porteur d’aucun grand projet de loi, et agit plutôt en tentant de fixer des sparadraps sur les plaies de l’emploi industriel. Si le manque de vision est un reproche que les Français adressent au gouvernement dans son ensemble, force est de constater que cette attaque atteint avec plus de tranchant le ministère du Redressement productif.

Le Redressement productif est-il vain ?

Parmi les raisons expliquant cette division de l’opinion à l’égard de l’action du ministre du Redressement productif, la principale reste la croyance, fortement ancrée au sein des Français, que son action restera vaine face à la logique de l’économie mondialisée, qui engendre une désindustrialisation du pays. Six Français sur dix (59%) estiment qu’Arnaud Montebourg ne parviendra pas à redresser la production industrielle française et seuls 15 % qu’il le fera. Ce sont les ouvriers qui se montrent les plus optimistes quant à la capacité d’Arnaud Montebourg à enrayer la désindustrialisation du pays (23 %).

Il ne faut pas voir dans ses résultats un jugement fortement négatif sur la politique d’Arnaud Montebourg (rappelons que celle-ci est approuvée par 37 % des Français et rejetée par 37%). Il faut plutôt mettre ce résultat au regard du fort pessimisme de l’opinion publique sur la capacité des politiques à inverser la tendance économique, et nous insistons, des politiques en général, pas spécifiquement de ce gouvernement, qui, s’il déçoit notamment sur le plan de l’emploi en ce début de mandat, fait surtout les frais d’une opinion très répandue que tout a été tenté face au chômage.

Néanmoins, dans ce pessimisme ambiant, l’idée du patriotisme économique fait surgir quelques lumières. Certes, près d’un Français sur deux (46%) considère que le patriotisme économique est une idée qui ne tient pas compte des réalités économiques. Néanmoins, plus d’un tiers (35%) estime que celui-ci constitue une solution qui peut fonctionner pour redresser l’économie, dont 58 % des sympathisants de gauche. Resterait à l’orchestrer, et les Français croyant en l’efficacité du patriotisme économique s’avèrent peu convaincus qu’Arnaud Montebourg redressera l’industrie française, même s’ils le sont deux fois plus que la moyenne (31%). L’impuissance du ministre reste donc reconnue majoritairement même de ceux qui croient en l’existence de solutions, comme si celles-ci ne pouvaient être mises en œuvre (manque de courage politique, barrières européennes, puissance des lobbies économiques ?).

Un problème avec le style Montebourg ?

Le style du ministre est souvent décrié par ses opposants. Au sein de l’opinion, les avis se révèlent, de nouveau, assez mitigés. L’attitude d’Arnaud Montebourg face aux grands patrons, qui concentre les flèches, n’est jugée excessive que par 30 % des Français. 20 % considèrent au contraire que le ministre ne va pas assez loin dans ses critiques vis-à-vis des patrons. Et 23 % estiment que son attitude convient, cette perception étant même celle de 30 % des ouvriers (27% des personnes interrogées ne se prononcent pas).

Par ailleurs, les sondages qui mesurent l’image d’Arnaud Montebourg, montrent que celui-ci reste assez apprécié dans l’opinion, même si son action en tant que ministre divise : 52 % des Français déclarent en avoir une « image plutôt positive » et seuls 34 % une image « plutôt négative » (14 % ne se prononçant pas)*. Si cette image tend à se dégrader depuis sa nomination, Arnaud Montebourg bénéficie encore d’un large crédit dans l’opinion.

 

Sauf mention contraire, tous les chiffres cités sont issus d’un sondage TNS Sofres pour CQFD, réalisé par internet le 25 octobre 2012, auprès d’un échantillon de 1013 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

* Sondage CSA pour les Echos réalisé par téléphone les 2 et 3 octobre 2012, auprès d’un échantillon de 1002 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Les catégories modestes et François Hollande : une défiance qui s’accroît

François Hollande connaît une chute significative de sa popularité depuis son élection. Cette chute cache des disparités fortes selon les catégories de population. Si l’on s’intéresse aux plus modestes d’entre elles, qui ont largement contribué à l’élection du président de la République (en votant pour lui à 60% au second tour selon un sondage CSA*), il apparaît que le désamour est plus rapide parmi les employés et les ouvriers que dans d’autres catégories de la population.

Selon le baromètre politique de TNS Sofres, en septembre, 50% des Français déclarent faire confiance à François Hollande pour résoudre les problèmes qui se posent en France actuellement, soit un recul de cinq points par rapport au mois de juin. Auprès des catégories populaires, ce recul est nettement plus marqué, comme le montrent les graphiques ci-dessous, qui retracent l’évolution de la confiance accordée au président spécifiquement parmi les ouvriers (premier graphique) et les employés (second graphique). Les traits en pointillés rappellent l’évolution chez l’ensemble de la population française.

 

Evolution de la confiance de ouvriers à l’égard de François Hollande (TNS Sofres)

Evolution de la confiance de employés à l’égard de François Hollande (TNS Sofres)

 

Encore aujourd’hui, les catégories modestes accordent davantage leur confiance à François Hollande que l’ensemble de la population (52% des ouvriers et 56% des employés contre 50% en moyenne), ce qui n’apparaît pas aberrant puisque ces populations ont davantage voté pour le président que la moyenne. Néanmoins, leur confiance s’érode plus vite que celle de l’ensemble des Français. Accordant un très fort soutien à François Hollande en son début de mandat, en juin, la diminution des "confiants" parmi les ouvriers s’établit à -11 points, contre -5 points dans la population totale. Parmi les employés, le recul est légèrement plus faible mais toujours bien supérieur à ce qui prévaut parmi l’ensemble de la population (-9 points).

L’évolution apparaît encore tout aussi flagrante quand on s’intéresse à la proportion de personnes déclarant ne pas avoir confiance dans le président de la République. Entre juin et septembre, elle passe de 31% à 44% parmi les ouvriers (soit +13 points) et de 26% à 39% parmi les employés (+13 points également). Parmi l’ensemble de la population, la progression est de +8 points (de 37% à 45%).

Ainsi, très majoritairement confiantes à l’égard du nouveau président en juin, les catégories modestes ont depuis nettement modifié leur jugement, marquant une déception vis-à-vis des premiers mois de la présidence de François Hollande plus forte que la moyenne. A l’aune des premières mesures du gouvernement, elles retirent plus massivement la confiance qu’elles accordent au président pour mener une bonne politique à l’avenir.

 

Les indicateurs de popularité des autres instituts confirment cette tendance. Ainsi, CSA, qui mesure également la confiance à l’égard du chef de l’Etat, mais a réalisé sa mesure deux semaines après celle de TNS Sofres, semble montrer que cette évolution est même en train de s’accentuer chez les ouvriers (alors que la confiance ne diminue que très légèrement parmi les employés). Dans leur dernière enquête, seuls 35% des ouvriers se déclarent confiants à l’égard de François Hollande, soit 8 points de moins que la moyenne nationale, et surtout un recul de 21 points par rapport à leur précédente enquête conduite fin août.

 

Quand on s’intéresse à l’indicateur de l’Ifop, qui mesure une notion un peu différente, l’approbation à l’égard de l’action, si la chute est forte, les catégories modestes ne se distinguent pas par un plus fort pessimisme. Ainsi, 44% des ouvriers déclarent approuver l’action de François Hollande (-11 points par rapport à juin) et 46% des employés (-18 points). Parmi l’ensemble de la population, la chute est aussi sévère (-16 points), l’approbation passant de 63% à 47%.

Les ouvriers apparaissent donc même moins déçus, la diminution de l’approbation étant moins rapide chez eux (mais elle était plus faible au départ : 55% contre 63% en moyenne en juin). Ce résultat n’est pas contradictoire avec une chute de la confiance envers le président de la République plus ancrée chez les catégories modestes mesurée par les autres instituts. Il faut en effet bien faire la différence entre ces deux indicateurs, la confiance étant orientée vers le futur de l’action gouvernementale, tandis que l’approbation de l’action est davantage tournée vers le bilan des politiques déjà mises en œuvre. Ce qu’il faut retirer de tous ces résultats, c’est que les catégories populaires approuvent moins aujourd’hui la politique gouvernementale, marquant bien une déception qui s’accroît à l’égard de la politique menée, mais pas plus forte que les autres catégories de population. Cependant, elles font montre de plus en plus de pessimisme sur l’action future du gouvernement. Les mesures gouvernementales, parfois insuffisantes et "mieux que rien" ne les satisfont pas plus pas moins que les autres, mais leur espoir que la politique à venir améliore la situation sur le long terme s’efface plus vite, semblant augurer une défiance plus forte à l’égard du pouvoir. Ce ressort est particulièrement fort chez les ouvriers et doit se comprendre au regard d’un plus grand scepticisme à l’égard du politique en général, qui se traduit notamment par une plus forte propension à se tourner vers le vote frontiste.

 

Ce pessimisme des ouvriers envers l’action du pouvoir socialiste est flagrant quand on regarde la confiance qu’ils accordent aux promesses faites par le président de la République lors de sa dernière intervention télévisée. Bien que la défiance l’emporte chez l’ensemble des Français, elle est encore plus importante parmi les ouvriers, confirmant le diagnostic de leur retour plus brutal à un fort pessimisme, qui caractérise cette frange de la population. Seuls 29% d’entre eux considèrent que les déficits seront réduits d’ici 2013 (39% de l’ensemble de la population), 30% que les chiffres de l’emploi seront meilleurs dans deux ans (contre 40%), 30% que leur situation personnelle se sera améliorée à l’issue de ces deux années (contre 36%) et 34% la situation du pays (contre 41%)**.

 

* "Le vote auprès des catégories populaires" : sondage CSA pour l’Humanité réalisé par internet le 6 mai 2012 auprès d’un échantillon de 797 personnes issues des "catégories populaires" (ouvriers et employés, en activité ou retraités), issu d’un échantillon de 2612 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

** "L’observatoire politique Septembre 2012" : sondage CSA pour Les Echos réalisé par téléphone les 11 et 12 septembre 2012 auprès d’un échantillon de 1013 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Une exceptionnelle chute de popularité de l’exécutif ?

Chaque nouveau sondage de popularité semble annoncer une nouvelle diminution des cotes de l’exécutif et les médias se font largement l’écho du désamour grandissant entre François Hollande et Jean-Marc Ayrault d’une part, et l’opinion publique d’autre part. Après être passé il y a quelques semaines sous le seuil symbolique des 50% de popularité, l’exécutif enchaîne des sondages où les avis négatifs l’emportent sur les positifs.

 

Cette faible popularité est particulièrement flagrante pour François Hollande. Comparé, comme il est naturel, avec son prédécesseur Nicolas Sarkozy, le président socialiste apparaît à la traîne dans les études d’opinion. Les principaux indicateurs que nous reprenons ci-dessous montrent que François Hollande accuse de 10 à 15 points d’écart avec son prédécesseur à la même période. Comme nous l’avions noté dans l’un de nos articles précédents, cet écart existait déjà en début de mandat. Ainsi, en juillet, il était environ de 10 points.

Cette comparaison fait apparaître que la chute de popularité de l’exécutif dans les premiers mois d’exercice n’est pas une spécificité du nouvel exécutif. Nicolas Sarkozy et François Fillon l’avaient également connue en 2007. Celle de François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne semble pas forcément bien plus forte, mais il est remarquable que celle-ci intervienne alors même que l’exécutif disposait dès le départ d’une moins grande confiance de l’opinion publique.

Récapitulatif des principaux indicateurs de popularité de François Hollande
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NB : On pourra s’étonner que les deux indicateurs de "confiance" (CSA et TNS Sofres) présentent des résultats significativement différents. Il faut noter que les deux instituts ont effectué leurs mesures à deux semaines d’intervalle (fin août pour TNS Sofres, mi-septembre pour CSA) dans un contexte de chute de popularité de l’exécutif  soutenue.

Tous les indicateurs de popularité (confiance, jugement sur l’action ou opinion) sont clairement orientés à la baisse, et celle-ci apparaît particulièrement forte en cette rentrée. L’intervention télévisée de François Hollande sur TF1, où il a rappelé les actions entreprises par le gouvernement et précisé le calendrier des mesures, ne semble, pour l’heure, n’avoir aucun effet de ralentissement sur l’érosion des courbes. Ainsi, CSA, seul institut ayant réalisé son sondage après cette intervention, annonce toujours un résultat en diminution pour l’exécutif.

Pour autant, la comparaison avec les premiers sondages de popularité relativise l’idée d’une diminution de popularité forte et continue (juin a été choisi comme premier point de comparaison, tous les instituts n’ayant pas réalisé de mesure dès mai). Celle-ci montre que l’érosion de rentrée a été exceptionnellement plus forte que celle des premiers mois (hormis pour l’approbation de l’action de l’Ifop). Les cotes de popularité du nouvel exécutif n’avaient encore jamais enregistré de chute de l’ordre de six à 11 points, comme celle observée à la fin de l’été. Certains sondages avaient même montré une embellie de quelques points en juillet. Cette forte diminution quelques mois après la prise de fonction semble bien indiquer que de nombreux Français qui résidaient dans une position favorable et attentiste à l’égard du nouveau pouvoir élu, ont basculé dans l’insatisfaction.

 

Les indicateurs de Jean-Marc apportent globalement les mêmes enseignements.

Récapitulatif des principaux indicateurs de popularité de Jean-Marc Ayrault
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Quelques différences doivent néanmoins êtres soulignées :

- la comparaison avec François Fillon est moins offensante que celle entre les deux présidents. Si dans l’indicateur de confiance de CSA, Jean-Marc Ayrault marque la pas par rapport au précédent occupant de l’hôtel de Matignon, l’écart est bien moins grand que celui qui prévaut entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, notamment concernant les indicateurs orientés sur l’action. L’approbation de l’action mesurée par l’Ifop montre même que Jean-Marc Ayrault bénéficie d’un meilleur score que François Fillon à la même époque en 2007. Ceci ne s’explique pas tant par une performance supérieure du Premier ministre sur le président de la République dans les indicateurs d’opinion (hormis concernant l’approbation sur l’action une fois encore), mais par le fait que François Fillon disposait d’une popularité plus faible que celle de son président en début de mandat.

- Jean-Marc Ayrault se distingue par une très forte cote d’opinion (question posée : "Pour chacune des personnalités suivantes, dites-moi si vous en avez une excellente opinion, une bonne opinion, une mauvaise opinion, une très mauvaise opinion ou si vous ne la connaissez pas suffisamment ?") ; les deux tiers des Français déclarent avoir une opinion positive du Premier ministre. Si cet indicateur est également le meilleur dont jouit François Hollande, le président (60%) apparaît moins apprécié que son discret Premier ministre. De la même manière, l’approbation de l’action du Premier ministre (56%) est significativement plus élevée que celle du président (47%). Sur les autres indicateurs, les résultats des deux hommes se tiennent. Nous sommes tentés de voir ici un biais méthodologique propre au faible taux de réponse obtenu par l’Ifop (certainement du à des "relances" plus intensives de la part des enquêteurs auprès des personnes interrogées par cet institut). En effet, les indicateurs des autres instituts ne donnent à voir aucune différence significative entre les deux têtes de l’exécutif pour l’instant mais un bien plus fort taux de non-réponses concernant Jean-Marc Ayrault. Tout se passe comme si les personnes au jugement encore faiblement formé sur Jean-Marc Ayrault – encore assez nombreuses vu sa faible popularité à sa nomination et sa relative discrétion médiatique -, plus fortement incitées à répondre par l’Ifop, lui accordaient un a priori positif.

 

En conclusion, la baisse de popularité de l’exécutif si commentée n’apparaît pas si surprenante dans le sens où Nicolas Sarkozy et François Fillon avant eux avaient connu une chute conséquente dans leur popularité dans leurs premiers mois d’exercice du pouvoir (et encore avant eux Jacques Chirac et Alain Juppé en 1995). Ce qui apparaît le plus étonnant est sans doute l’assez faible soutien dont est l’objet l’exécutif à peine élu. Ainsi, pour s’en tenir au président de la République, la première mesure de TNS Sofres montre que seuls 55% des Français faisaient confiance à François Hollande quelques jours après son élection. Ce score est l’un des plus faibles enregistrés pour un nouveau président. Si Jacques Chirac quand il a été réélu en 2002 face à Jean-Marie Le Pen affichait un score plus faible (50%), François Hollande apparaît loin des 63% de Nicolas Sarkozy, des 64% de Jacques Chirac en 1995 et surtout des 74% de François Mitterrand en 1981 (et 63% en 1988). C’est fatalement ces quelques points de moins au départ qui assurent à François Hollande des chiffres aussi défavorables quatre mois après sa présidence, et pas une inédite et fulgurante baisse de popularité de l’exécutif.